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je pense et même je le souhaite au plus profond de moi, qu'un jour une école de france pays initiateur des dro
Par Anonyme, le 02.10.2024
mon dernier commentaire semble avoir été coupé. avec le smartphone c'est moins pratique. je disais que j'avais
Par Michèle Pambrun , le 15.08.2024
je m'avise de ce que vous êtes du même pays géographique que marie-hélène lafon et bergou. pierre bergounioux
Par Michèle Pambrun , le 15.08.2024
j'ai regardé, on est toujours curieux de la vie des écrivains qu'on aime, tant pis pour eux
Par Michèle PAMBRUN , le 15.08.2024
je vais l'acheter illico.
de séverine chevalier j'ai lu jeannette et le crocodile.
c'est une voix singulièr
Par Michèle PAMBRUN , le 15.08.2024
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Date de création : 08.07.2011
Dernière mise à jour :
31.01.2025
425 articles
Battues
D'Antonin Varenne éditions Ecorce
La collection Territori, genre de joint-venture entre La manufacture de livres et les éditions Ecorce semble être un gisement précieux. Comme un sous-sol riche, elle nous livre des histoires façonnées comme des pierres précieuses dénichées à force de coups de tamis dans la terre des mots.
Je viens de terminer "Battues" d'Antonin Varenne et je suis sous le choc. Le cul posé dans mon fauteuil j'ai pris un grand bol d'air, j'ai entendu siffler les balles et j'ai éprouvé les sauvages espaces du plateau de Millevaches. Cet endroit est un personnage à lui seul, imposant, inquiétant, insoumis jusqu'à l'ultime fibre, il remplit chaque page, hante chaque personnage et imbibe de sa substance la moindre ligne. Et il est le seul qui ne triche pas.
Quelle extase de traverser une telle histoire. La maîtrise de la langue qui copine avec la perfection se mêle avec une construction aussi habile qu'insaisissable. L'auteur reconnu de "Trois mille chevaux vapeur" paru chez Albin Michel nous fait exploser son savoir-faire. En artificier de la langue il dynamite le récit et installe un rythme à la fois indolent et tendu, fantasque et saccadé.
Les allers et retours dans la chronologie de l'histoire apportent beaucoup à la nervosité du récit, ils nous remuent, nous malmènent, nous empêchent de poser les valises, il faut rester en éveil.
Au delà de ce que l'on appelle à tort l'intrigue (méfiez-vous de l'intrigue dit Stephen King aux apprentis auteurs dans son grand livre "Ecriture, mémoires d'un métier") mais là je digresse méchamment, au delà de cette intrigue disais-je, l'auteur développe une sacrée faculté descriptive et narrative. Envoûtantes, hypnotiques, elles donnent à ce roman une couleur et une saveur uniques.
Quand on se trouve confronté à l'épaisseur des personnages, quand on percute de plein fouet les caractères et les esprits qui vagabondent dans ces lignes, on se dit que le responsable de ce festival connaît très bien la matière humaine, qu'il l'a cotoyée et disséquée avec une minutie d'horloger suisse.
Mais le véritable tour de force réside dans les dialogues. Cette partie d'écriture qui doit absolument être réussie si l'on veut vraiment rendre une histoire crédible et vraie. Le dialogue est le nerf de la guerre, celui par qui le lecteur pénètre le récit, celui par lequel le lecteur se fait prendre sans se rendre compte de sa capture, se fait imprégner d'une manière irrémédiable des humeurs, des colères et des grandes peines. Il se retrouve soudain au beau milieu des protagonistes, à tourner la tête à gauche puis à droite, à compter les points, à recueillir les confidences, il est à l'intérieur du roman. Juché sur ce véhicule, enhardit par la fougue du verbe, celui qui lit alors ces lignes est ferré pour de bon, jamais il ne se décrochera, même en filant dans les nénuphars et les arbres immergés.
J'imagine avec aisance que l'auteur a dû en passer des heures dans les coins sombres des petits bistrots de campagne, d'où une faible lumière parvenait à transperçer les carreaux sales de petites fenêtres basses. Il a dû faire preuve d'une discrétion magistrale, jusqu'à se rendre invisible pour saisir au vol ces tournures, ces courbures qui donnent à une réplique cette saveur fatale, ces phrases portées d'esprit qui ne peuvent être nées qu'à la suite d'une très longue observation du monde qui l'entoure, d'une écoute exacerbée aussi.
Qu'il a dû les laisser traîner ses oreilles curieuses, dans les recoins des magasins aux néons déprimants, dans les courants d'air des comices agricoles, quand les prix se scellent d'une poignée de mains virile sous un regard matois.
Les dialogues sont le chef-d'oeuvre de cet ouvrage puissant et âpre comme le pays qu'il décrit et qu'il célèbre. Le reste est à la hauteur, comme le haut plateau où se déchirent ces vies étriquées, où se font et se défont ces destins promis au pire ou au meilleur, où l'ennui et le manque d'espoir matent les caractères et les rêves plus sûrement qu'aucune autre coercition. Ce plateau où des gens posent un genou à terre tandis que d'autres se dressent comme ces douglas immenses et insolents qui le festonnent d'une colline à l'autre.
Partout dans ces pages Antonin Varenne nous inonde d'une littérature trop rare aujourd'hui. La page 32 livre une perle d'analyse parmi d'autres : Sur ses épaules, malgré ses fringues de chasseur anglais et ses grands airs, la courbure du paysan.
Page 126 on ne peut que rester sans voix de cette description de société : Quand on est mariée à un type qu'on connaît depuis la maternelle, que c'est le seul exemplaire d'homme qu'on a jamais connu, aussi tendre et communicatif qu'un tracteur, ce n'est pas vraiment la panacée.
On trouve aussi des avis désabusés, comme page 136 : Tout ce foutoir des compromis dans lequel les luttes finissent toujours par se diluer et se perdre. Ou un peu plus loin : Les plus belles alliances sont des promesses de guerre.
Des phrases à déferrer les chevaux ! (pour citer l'auteur).
J'ai été tellement ébloui que je ne vous ai pas encore raconter le début pour vous allécher.
Quelque part sur le plateau, là où convergent plusieurs cultures, cet endroit aux relents de nulle part qui conjugue passé et présent et n'ose pas regarder le futur. Rémi Parrot traîne sa blessure d'enfance dans ses habits de garde-chasse. Dans cette ville mise en coupe réglée par deux familles puissantes et rivales depuis des lustres, au milieu de la détresse ordinaire et des vies foutues, dans ces terres dures où se sont évaporés tant de rêves, les haines et les colères retenues depuis si longtemps vont être libérées. Un premier mort, une très belle femme de retour après si longtemps, des rivalités, des secrets et des compromissions politico-économiques. Une contrée rebelle, une ambiance au cordeau et la violence qui peut sourdre partout. Un gendarme accrocheur et pugnace, un lieu beau comme une cathédrale. Un roman dont l'ambiance colle parfaitement avec la musique de Bruce Springsteen dans son fabuleux album de 1995 "The ghost of Tom Joad".
Un putain de roman, qui peint un microcosme rural avec brio et connaissance.
Quand un auteur se saisit d'un territoire qu'il maîtrise ça fait mal, très mal.