Affichage des articles dont le libellé est Entretien. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Entretien. Afficher tous les articles

vendredi 21 août 2020

Entretien avec Eddy Gomis et Raphael Amic

"Faire les choses avec sérieux sans se prendre au sérieux", voilà ce qui pourrait être la devise d'
Eddy Gomis et Raphael Amic (alias Peterson), car avec tout de même bientôt 13 numéros parus (le prochain est prévu pour fin 2020) il y aurait de quoi être fier, mais ce n'est pas vraiment le genre de la maison chez Sep7ième Dimension.
Et c'est la même rengaine quand il faut annoncer un nouveau numéro du fanzine, ou un nouveau podcast, on ne peut pas dire qu'ils soient omniprésents sur les réseaux sociaux ou qu'ils s'invitent à gauche et à droite.
Il serait pourtant dommage de passer à côté de cet excellent zine, alors pour en savoir un peu plus et vous donner envie de commander le prochain numéro, j'ai insisté auprès des deux compères pour qu'ils nous éclairent un peu sur Sep7ième Dimension. Ce qu'ils ont gentiment accepté, dans un style qui leur est propre et qu'on retrouve dans le fanzine, c'est à dire tout en décontraction, humour et franchise.

-Si Sep7ième Dimension existe depuis presque 20 ans on ne sait pas grand-chose des personnes qui se cachent derrière le fanzine ? Qui sont-elles ? Qui fait quoi?

Eddy GomisSep7ième Dimension c’est d’abord l’aventure de deux potes d’enfance. On s’est rencontré avec Raphael sur les bancs du collège et on a commencé à discuter cinoche, vidéoclubs, musique et ça dure maintenant depuis bientôt 27 ans ! A l’époque notre rêve c’était d’ouvrir un vidéoclub !!! Sep7ième Dimension c’est un peu notre vidéoclub à nous en fait. Au niveau de la répartition des tâches en ce qui concerne la rédaction d’un numéro du fanzine c’est du 50/50. On écrit et on met en page nos articles. On s’occupe aussi de mener nos interviews, de les traduire et les mettre en forme par la suite. De manière naturelle, et c’est aussi ce qui permet à Raphaël de se plaindre régulièrement, j’ai pris le rôle de rédacteur en chef et me suis occupé de tous les « â côté » logistique que sont l’impression, les commandes, les envois postaux, la création et la maintenance du site web et de la e-boutique, la communication sur les réseaux sociaux et aujourd’hui le Podcast. Je crois que ça lui va bien de ne pas s’occuper de ces choses-là mais il préfère se réfugier dans la complainte avec humour. C’est ce qui donne un peu de sel à la revue ! 

Raphael Amic : Après, c’est assez logique. J’apporte le talent et la connaissance, je ne peux pas m’encombrer la tête avec les détails logistiques… 

-C'est quoi l'histoire de Sep7ième Dimension? Comment est-il né? Vos influences viennent aussi, comme beaucoup, de Mad-Movies

EG : En fait l’idée a germé aux alentours de l’année 2000 et de notre période universitaire sur Montpellier. On était partis pour étudier le cinéma et forcément on s’est mis à rencontrer pas mal de personnes et notamment l’association montpelliéraine « Faux Raccords ». On a commencé à fréquenter leurs soirées et c’était exaltant. Faux Raccords, c’était un collectif d’artistes plutôt orienté « réalisation » et ils n’hésitaient pas à produire quantité de courts métrages originaux malgré le manque évident de moyens. A côté de ça, ils éditaient une revue indépendante intitulée Zybrid qui traitait de cinéma de genre. Ce qui m’a plus là-dedans c’était le côté démerdard, indépendant et surtout cela prouvait aussi qu’on n’avait pas besoin d’attendre une subvention ou l’aide de quelqu’un pour s’exprimer ou produire quelque chose. Y’avait un côté rebelle et « Lone Gunmen » qui me plaisait. J’ai commencé à collaborer avec eux. J’ai d’abord fournit deux critiques test afin de voir si mon phrasé pouvait coller à l’esprit du fanzine « Zybrid » et très vite ils ont été très enthousiaste vis à vis de ce premier jet. Malheureusement, ces chroniques ne furent jamais publiées car Zybrid arrêta sa parution à ce moment-là. Son rédacteur en chef, Sam Van Olffen avait d’autres idées en tête et peu à peu l’association tira sa révérence. Je sais que Frédéric Grousset s’est professionnalisé et a livré pas mal de petits budgets en France, quant à Sam Van Olffen, il a continué à expérimenter différentes choses notamment du sampling visuel en tant qu’artiste. Quoi qu’il en soit, mes chroniques n’avaient pas été publié et c’est à ce moment précis que je me suis intéressé au milieu du fanzinat français et que je me suis rendu compte que Zybrid n’était pas tout seul. Et un beau jour je suis allé voir Raphaël et je lui ai dit « Et si on éditait notre propre revue nous aussi ? » Voilà en gros comment tout a commencé. Notre influence majeure, tant visuelle que rédactionnelle est celle du Mad Movies old school, la période Jean-Pierre Putters et notamment celle des Granger, Guignebert, Allouch et Toullec. Pour nous, Mad Movies, c’était la seule revue de cinéma de genre qui restait originale et passionnante quel que soit la qualité de l’actualité cinéma. C’était farcis de private joke et que dire de ces longs éditos gauchistes signé Jean Pierre Putters ? Un régal. C’était aussi des rubriques passionnantes. Un vrai plaisir tous les 2 mois de guetter sa parution en kiosque. Rien à voir avec le plus mainstream Ecran Fantastique qu’on achetait parfois en doublon pour le poster mais globalement, pour nous, c’était un peu le royaume de la critique sans âme. Donc oui on a très tôt voulu reproduire ce ton si particulier qui nous avait plu dans Mad Movies mais cette fois-ci avec notre modeste revue. Et qu’elle ne fut pas mon plaisir d’interviewer et échanger avec Jean Pierre Putters à l’occasion de notre sixième numéro ! 

RA : Le Mad Movies de notre enfance fut en effet une grosse influence. Je pense même – pour mon cas du moins – que ça se ressent dans mon écriture. Il y a je pense la double influence de Putters et Toullec dans mes papiers… Les « Welcome to the 90’s » n’ont d’ailleurs pour seule ambition que de faire revivre un peu l’époque glorieuse de la rubrique « Vidéo et débats ». Et en même temps, c’est un peu le ras-le-bol du Mad Movies de ce début 2000 qui nous a poussé au cul ! Ça parlait beaucoup Manga, ça prenait Peter Jackson pour une divinité grecque… on ne se retrouvait plus spécialement là-dedans ! Eddy voulait aller de l’avant ! Il pensait que les 30 pages consacrées au Seigneur des Anneaux bouffaient trop sur d’autres sorties qui l’intriguait… Moi, à 20 ballets, j’étais déjà un vieux con. L’actu me faisait chier, et je me retournais vers le passé… D’où cette forme étrange qu’à toujours eue le mag ! Avec Eddy qui ouvre sur l’actu, et moi qui finit sur la partie plus vintage… et on se retrouve au milieu, pour le dossier central… 

- A part Mad Movies, vous suivez la presse cinéma et notamment le fanzinat actuel ? 

EG : Je ne suis pas forcément le fanzinat actuel. Je connais quelques noms comme Médusa, DélivranceVidéotopsie mais pas de collaboration ou de rapprochement particulier. On fait un peu notre truc dans notre coin, et je pense que c’est resté comme ça. Le seul échange un peu suivi que j’ai eu c’était avec Sam Guillerand du fanzine Every Day is like Sunday qui partage un peu ma philosophie du Do it yourself au niveau du fanzine. Lui par contre c’est carrément un mode de vie avec ses nombreux groupes qu’il autoproduit et les différents ouvrages qu’il publie tout seul comme un grand chaque année. Chapeau bas l’ami, comme toujours ! Après niveau presse cinéma, la meilleure chose qui soit arrivée ces dernières années c’est bien entendu Rockyrama qui arrive à allier professionnalisme de la publication et esprit issu du fanzinat. En même temps, ils viennent un peu de là. Je t’avoue que je suis même un peu jaloux. Rockyrama c’est un peu ce que pourrait être Sep7ième Dimension avec des gens et surtout de l’argent ! La nouvelle mouture de Métaluna était intéressante et originale mais elle n’a pas duré. Distorsion est bien dans son genre et j’apprécie beaucoup ce fou furieux de Rurik Sallé, ancien transfuge d’une période sympathique de Mad Movies et activiste au côté de Jean Pierre Putters pour les besoins de feu Métaluna. On a même échangé un de nos zines respectifs lors d’une édition du Hellfest c’est dire ! Globalement j’achète régulièrement Rockyrama et je continue à acheter Mad Movies même si l’esprit propre à la revue que j’affectionnais tant à avoir complètement disparu aujourd’hui. Ca reste toujours mieux que Les Cahiers du cinéma, Télérama ou même L’Ecran fantastique mais on est clairement plus au niveau de la grande époque. Ca me permet de rester dans l’actu on va dire. Après, leur boulot sur les hors-série est remarquable, en même temps Marc Toullec n’est jamais très loin ! 

RA : Moi je continue à lire Mad Movies, presque par habitude j’avoue… Je prends aussi les Années Laser, un peu comme une vieille mamie achèterait son Télé 7 jours… Il m’arrive parfois de prendre quelques Hors-séries de L’Ecran Fantastique. Le dernier sur la Hammer et le Giallo est très sympa. Enfin, je n’ai lu que la partie Hammer pour l’instant, mais c’est exquis ! Coté fanzine, j’ai déjà lu quelques Médusa et Vidéotopsie, quand les dossiers m’intéressent… Didelot est pas mal dans son genre ! 

-Parlons dates : 2002 à 2004, 4 numéros (5 avec le n°0) ; 2008-2011, 7 numéros ; un seul numéro ensuite, le 12 en 2016 et enfin ce n° 13 qui arrive en 2020 : surbookés ou grosses fainéasses ? 

EG : Ni l’un ni l’autre en fait ! Éditer une revue comme Sep7ième Dimension ça demande du temps et quand on avance dans l’âge, qu’on a un boulot, une vie de famille, ce temps-là s’amenuise. Je t’avoue aussi que ma vie personnelle a connu pas mal de rebondissements ce qui fait que j’ai dû me concentrer pleinement sur d’autres choses. Résoudre des problèmes et trouver des solutions. Voilà pourquoi la parution du fanzine s’est faite de manière aussi irrégulière. Aujourd’hui j’arrive à un stade de ma vie où j’ai acquis une stabilité tant professionnelle que personnelle qui me permet de dégager du temps et de mener à bien ce que j’ai en tête pour Sep7ième Dimension. Et pour revenir à ce travail de fourmi que constitue l’élaboration d’un magazine, il faut aussi être bien entouré ou seul c’est au choix (rires) ! 

RA : La vie de famille joue énormément, c’est sûr. Avec un gosse dans les pattes, c’est de suite moins simple ! Il y a aussi une part de flemme dans mon cas ! Tout ça demande du temps. J’aime me documenter au maximum avant d’écrire un article, revoir le film… Et se taper des vieux DTV en VHS pendant tout un mois peut parfois être laborieux (rires)! 

-Comment a évolué le fanzine depuis presque 20 ans maintenant ? Vous semblez être restés assez proches de votre ligne éditoriale du début ? 

RA : Pour citer Johnny : « ça ne change pas un homme, un homme ça vieilli »... C’est pareil pour nous, et donc forcément, pour le mag ! 

EG : L’idée c’est d’être dans une certaine forme de continuité. On était des jeunes cons insolents à l’époque. Aujourd’hui on est des vieux cons insolents ! Sep7ième Dimension c’est une partie de nous et j’ose espérer qu’on a su rester authentiques. Pour preuve, je n’ai jamais aimé Besson et récemment j’ai revu Le Cinquième Élément et je trouve ça toujours aussi naze. Je trouvais ça rigolo et gratuit de le souligner. Tu m’en veux pas trop j’espère ? [pas du tout, d'autant que j'ai jamais pu voir le film en entier ! NDF]

-Qu’entendez-vous par "Le fanzine de l'autre cinéma", sous-titre qui a muté en "Le cinéma de genre autrement" ? 

EG : Perso je t’avoue que je me suis pas posé énormément de questions quand j’ai changé le sous-titre. En gros l’idée était de virer « fanzine » du sous-titre. Je trouvais ça un peu redondant dans le sens où quand tu fais la démarche d’acheter le zine tu sais ce que tu achètes en fait, et puis l’autre raison c’était pour anticiper la déclinaison du zine sur d’autres supports. J’allais pas appeler ça à chaque fois « Le website de l’autre cinéma », « le podcast de l’autre cinéma », « l’autre cinéma de l’autre cinéma » etc. Le cinéma de genre autrement c’est sobre et efficace et en plus ça résume bien la chose : on est autre et on fait autrement. C’est pour ça que dans notre canard on y traite des acteurs alcooliques ! 

RA : Rien à dire là-dessus ! Les taglines à la con, c’est le rôle du patron ! 

-"Welcome to the Nineties", "Le film à réhabiliter", "Stay Tuned", "Soundtrack", sans oublier justement, à propos d'acteurs alcooliques, "Le Bar de Dennis Quaid", autant d’excellentes rubriques qui reviennent dans le prochain numéro ? On y trouvera quoi d’autre ? 

EG : Merci pour le compliment. Le but a toujours été de reprendre la formule gagnante du Mad Movies de notre enfance. Parler cinoche mais sous un autre angle. Et puis avec Raphael on s’amuse souvent, au bout de quelques verres et depuis toujours à inventer des histoires de tournages au travers de faits divers ou conneries sur certains acteurs ou réalisateurs qu’on aime bien. C’est de là qu’est venu cette histoire débile du Bar de Dennis Quaid. Donc pour répondre à la question que tu m’as posée et à laquelle je n’ai toujours pas répondu, certaines rubriques vont revenir et d’autres non. Le bar et les Welcome seront de retour mais Soundtrack et Stay Tuned disparaissent. Traiter de séries TV et d’actualité audio est trop compliqué vu la profusion actuelle liée aux plateformes de streaming. Avec un à deux numéros par an, autant te dire qu’on s’est résolu à nous créer notre propre actualité. C’est pourquoi nous orientons globalement le prochain numéro vers du thématique lié au film qui fait la couverture. Etant donné que Color out of Space est toujours invisible chez nous, comprendre par là qu’il n’est pas distribué, il reste une actualité qu’un fanzine comme le nôtre peut traiter avec la parution bi-annuelle vers laquelle nous nous orientons. Par contre rassure toi, de nouvelles rubriques arrivent et je te donne une exclusivité, nous aurons désormais une rubrique dédiée aux réalisateurs adepte de l’adultère. Ca s’appelle « Vient chez moi j’habite chez une copine » et c’est Mr James Cameron qui va inaugurer la rubrique. Tout un programme ! 

RA : La mort de Stay Tuned est une excellente nouvelle, je détestais cette rubrique ! Je n’étais pas fan non plus de Soundtrack… et en plus, je devais l’écrire !!! (rires) 


-Comment voyez-vous la suite Sep7ième Dimension après ce n° 13 ? Des sujets prévus sur le long terme ou vous préférez ne pas anticiper ? Au niveau de la forme, n’avez-vous pas pensé, comme certains fanzines le font, passer à la couleur ? 

EG : Un numéro 14 pour commencer !!! Plus sérieusement, l’idée pour moi ; c’est de pérenniser nos acquis et asseoir notre présence sur la toile. L’objectif à moyen terme est pour moi de livrer 2 numéros papiers par an et 3 podcasts par mois. Le sujet de la couleur est une préoccupation que j’ai évacué en relançant le fanzine cette année. Passer à la couleur reviendrait à augmenter notre prix de vente et comme Sep7ième Dimension se vend le prix qu’il coute, je n’ai pas envie d’augmenter celui-ci. Et le noir et blanc à son charme. Certains m’ont parlé d’opter pour le crowfunding ou un système qui permettrait de gagner de l’argent avec le magazine. Pour moi la réponse est toujours la même. Sep7ième Dimension est une passion, la mienne, la nôtre. Je ne vois pas pourquoi j’irai demander de l’argent aux gens pour qu’ils paient mon loisir. L’autre raison est que si de l’argent rentre à quelques niveaux que ce soit, il va y avoir des exigences et forcément une perte de liberté. Je veux rester libre de raconter ou écrire mes conneries. Personne n’est obligé de les lire ou de les écouter. C’est pourquoi je garderai toujours ce système de fabrication. J’ouvre des précommandes quelques mois avant afin de glaner la mise de départ pour le premier tirage et après je fais imprimer à la commande, au cas par cas. Nous ne gagnons pas d’argent, on en perd même un peu, mais c’est acceptable. C’est le prix de la liberté. C’est pour cette raison que je ne prends pas au sérieux et n’accorde que peu d’intérêt à la plupart des youtuber ou podcaster ciné qui cherchent à monétiser leur délire, traiter de sujets tendances pour multiplier les vues et par là gagner de l’argent. Quand j’enregistre un Podcast sur par exemple La Nuit des sangsues, je le fais pour l’envie, la passion. Si je touche 50 personnes et qu’elles ont pris du plaisir à l’écouter tant mieux. C’est le plus important. Si elles sont 50 000, c’est fantastique, à moi l’Élysée ! Plus sérieusement, l’optique c’est le partage et c’est ce qu’on applique au niveau du magazine papier et ça me satisfait amplement.

RA : La bouche du patron est globalement plus rapide que son bras ! 2 numéros par an, je suis curieux de voir ça ! (rires étouffés…) 

-Vous venez d'en parler, il y a maintenant un Podcast. D'autres projets ?

EG : Pas d’autres projets en tête à part d’ancrer solidement Sep7ième Dimension via une publication régulière. J’ai bien quelques idées de Hors-séries ou de mooks mais rien de concret dans l’immédiat. La priorité pour nous c’est de pérenniser notre jeune Podcast en multipliant peut-être les intervenants et peut-être même enregistrer des lives avec notre fanbase, soyons fous, rêvons un peu. 

RA : Tondre mon gazon pour ma part. Mais il fait vraiment très chaud… 

Merci à Eddy et Raphael pour ce dernier scoop essentiel et pour tout le reste.

Pour précommander le n° 13 c'est sur le site que ça se passe.

Les Podcasts sur Youtube.

La Page Facebook.

vendredi 6 mars 2020

Entretien avec Jérôme Ballay et Augustin Meunier

A première vue, il n'y a pas beaucoup de points communs entre Jérôme Ballay et Augustin Meunier : l'un est chevelu, aime le métal, les slashers, les chats et les tortues qui bouffent des pizzas. L'autre est beaucoup moins fourni en poils crâniens, aime le rock italien, les comics et le bis rital.
Et pourtant, suite à leur rencontre lors d'un festival ciné et après avoir participé à des fanzines de potes (comme rédacteurs mais aussi en tant que maquettiste pour Augustin), ils se lancent et créent leur propre fanzine pour, en 2017, sortir le premier numéro de Black Lagoon.

Après 3 numéros et avant un quatrième qui s'annonce courant octobre 2020, c'était le bon moment pour interroger Augustin et Jérôme sur leurs débuts, leur façon de travailler et leur approche du fanzinat :

-Comment vous êtes-vous rencontrés ? Pourquoi et à partir de quel moment vous vous êtes dit : « Faisons un fanzine » ?

Jérôme Ballay : C’était sur Facebook, à une époque pourtant pas si lointaine où il était encore possible de parler de tout et n’importe quoi cinématographiquement parlant sans se prendre une volée de bois vert ou se faire traiter de bisseux réacs. On en est venus à parler, je ne sais plus trop comment, du Continent des hommes-poissons de Sergio Martino, on s’est déclaré notre amour commun pour ce film et voilà, quelques mois plus tard, juste après l’édition 2015 du Bloody Week-End, on a projeté comme ça de se lancer nous aussi dans l’aventure du fanzinat. Logique en quelque sorte que notre premier numéro soit justement consacré… aux hommes poissons.

Augustin Meunier : Yep, on avait commencé à bavasser de notre passion pour les monstres aquatiques, et puis de fil en aiguille on s’est mis à causer quasiment de manière quotidienne. Pour ça, ça n’a pas changé. [rires] On a vu au Bloody 2015 que ça collait bien humainement et je dirais que vers juin ou juillet de la même année Jay m’a fait part de son idée de monter un zine. A ce moment-là, je songeais depuis quelques temps, environ six mois, à faire une version papier de mon site Toxic Crypt, donc l’envie de passer au format fanzine me titillait de plus en plus sérieusement. Et comme on a très vite remarqué que nos visions sur nos projets respectifs étaient très similaires, on a décidé de s’allier plutôt que de sortir, chacun de notre côté, un zine qui serait identique à celui de l’autre.

-C’était clair au départ dans quelle direction vous vouliez aller ? Dans l’édito du n° 1 vous écrivez ceci : « Notre priorité : que ce zine rappelle au premier coup d’œil l’atmosphère magique et tape-à-l’œil des magazines américains comme Famous Monsters of Filmland… ». C’est toujours le cas ?

JB : Notre priorité quand nous avons imaginé le fanzine c’était d’avoir avant tout quelque chose qui rappelait ces vieux magazines américains pleins de monstres iconiques et de grosses bestioles en tous genres. Un mag old-school en somme, chose que nous ne retrouvions plus à travers les revues professionnelles. Pas que ces dernières étaient mauvaises, loin de là, juste qu’elles ne nous convenaient plus. Peut-être parce que le cinéma de genre actuel n’est plus aussi attrayant à nos yeux qu’auparavant. Quant à savoir si cela est toujours d’actualité… plus que jamais, l’ami, plus que jamais.

AM : Je suis d’accord, notre manière de voir le fanzine n’a pas fondamentalement changé, même si elle a bien sûr évolué entre le premier et le troisième numéro. On reste toujours attachés à ce sentiment à l’ancienne, à cette vision américaine, à cet enthousiasme pour ce cinéma-là, mais je dirais qu’elle ne passe plus nécessairement par l’aspect visuel. Au moment du premier numéro, je commençais tout juste à marcher à peu près droit avec Photoshop, c’était plus facile pour moi d’avoir un modèle visuel auquel me référer. Vu qu’on savait qu’on allait opter pour le noir et blanc pour des questions de coût, Famous Monster of Filmland était le choix logique. C’est un mag’ en noir et blanc, et on y trouvait un amour sans fin pour les monstres, qui étaient placardés çà et là un peu partout. C’était communicatif, c’était le macabre joyeux. C’était ce qu’on voulait, le côté un peu fête foraine, fiesta d’Halloween. On retrouve toujours ça dans Black Lagoon, suffit de voir le dossier sur Don Glut pour s’en convaincre, des tonnes de créatures à l’ancienne y sont de la partie. Mais j’espère que le style s’est affiné avec le temps et que nos influences du début sont de moins en moins voyantes (sourire). Par contre, au niveau du contenu, je pense que nous avons dérivé progressivement du monster mag vers le zine branché Série B et producteurs indépendants. Ça ne change pas grand-chose dans les faits vu que les deux se croisent constamment, mais je pense que nous nous attachons désormais plus aux créateurs qu’aux créatures. Ce n’était pas le cas au tout début, nous réfléchissions plus en termes de thématiques que désormais.

-Comment s’organise le travail entre vous, qui fait quoi, côté rédactionnel (avec les collaborateurs) et côté logistique.

JB : Après le tâtonnement logique des deux premiers numéros, maintenant nous procédons de manière beaucoup plus simple : Augustin et moi-même décidons des sujets que nous voulons chacun traiter, puis nous demandons à nos collaborateurs (Adrien Vaillant, Thierry Augé et David Didelot pour ne pas les citer) ce qu’ils aimeraient faire. Une fois la totalité des textes récupérés, nous relisons quatre ou cinq fois ces derniers, histoire de ne pas passer sur d’éventuelles coquilles ou fautes de frappe (même si on en trouve toujours après… Grrrr), Augustin s’attelle à la mise en page puis on vérifie et revérifie tout avant d’imprimer. Une fois le machin sous la main et un peu de promo sur les réseaux sociaux (merci au passage à tous les copains pour les partages), je m’occupe personnellement des envois.

-Avec Black Lagoon on est loin de la manière de faire très artisanale des fanzines du siècle passé. On est, niveau mise en page et production en tout cas, plus proche des revues pro. Certains parlent d’ailleurs parfois de « prozine » et disent que ce n’est plus vraiment du fanzinat. Vous en pensez quoi ? Et vous vous situez où ?

JB : A mon sens, Black lagoon reste du fanzinat pur et dur. A l’heure actuelle n’importe qui peut sortir le même genre de revue. A part rédiger des textes, nous n’y connaissions absolument rien dans la conception d’un fanzine avant de nous lancer. Augustin s’est pris de passion pour Photoshop, a bossé jour et nuit pour dompter le bestiau, a dû refaire au moins 30 ou 40 fois sa toute première page avant d’être à peu près satisfait (ouais, il est un peu beaucoup perfectionniste le gaillard) tandis que de mon côté je récoltais toutes les infos nécessaires à la commercialisation du produit. Donc franchement si nous, nous sommes parvenus à le faire, n’importe qui peut nous imiter. En aucun cas nous ne sommes des « pros » ; donc parler de prozine…

AM : Perso cela ne me dérange pas que certains parlent de prozine, car je sais qu’ils le disent comme un compliment. Maintenant, en termes de tirage, de façon de faire et d’organisation entre nous, on est très loin des mags pros. On n’a même pas fait de groupe privé pour faire voyager les informations entre nous, c’est dire. J’en suis encore à aller voir les uns et les autres séparément pour faire passer les informations. [rires] Et puis, dans ta question, tu parles « du siècle passé », mais si la technologie que nous avons entre les mains, ainsi que les facilités d’impression, avaient été disponibles dans les années 80, je suppose que collage et agrafage aurait volontiers été abandonnés et que tous les zines se seraient parés de contours plus pros. On a juste la chance de s’y être mis à une époque où tout est plus facile.

-Couleur, reliure, imprimeur, tirage assez conséquent (pour un fanzine),  ça veut dire aussi des coûts plus élevés. Passer par des précommandes (ou le crowfunding comme d’autres le font) c’est indispensable dans le monde du fanzinat actuel ?

JB : Tout dépend des fonds disponibles. Nous avons l’avantage d’être deux donc de nous partager le coût d’un numéro. Et du moment que nous rentrons dans nos frais avec les ventes, c’est bien tout ce que nous demandons. Après il faut savoir fureter un peu partout, chercher l’imprimeur le moins onéreux mais sérieux, jongler au mieux avec les aberrants frais de port de la Poste, etc.

AM : Les précommandes ont surtout l’avantage de donner une idée de l’intérêt que le milieu porte à ce que tu vas sortir. On peut donc faire un tirage en fonction. Maintenant, est-ce que c’est indispensable… Je pense que si tu tires aux alentours de 100 ou 150 exemplaires, c’est tout de même une assurance bienvenue de pouvoir financer une partie de ton zine et limiter les risques financiers. Si tu ne tires qu’à 50 copies, alors c’est peut-être moins nécessaire, car elles finiront par partir quoiqu’il arrive.

-Maintenant les ventes de fanzines passent principalement par le net et un peu par le dépôt-vente. Il y a aussi les conventions et festivals. Vers où va votre préférence ?

JB : Perso j’aime bien les conventions et festivals, c’est toujours sympa d’avoir face à soi quelqu’un qui s’intéresse au fanzine, d’échanger quelques mots en « live » voire de discuter de nos passions respectives.

AM : Pareil, une convention comme le Retro Wizard Day est toujours un bon moment. Ça nous permet de connaître un peu mieux certaines personnes qui nous soutiennent, ce qui est plus difficile lorsque l’échange se fait sur Paypal. En outre, et c’est aussi l’avantage des boutiques qui prennent Black Lagoon en dépôt, les gens peuvent feuilleter le zine, ce qui est là aussi plus difficile à faire sur le net même si on essaie toujours de montrer à quoi ressemble l’intérieur via des photos ou vidéos.

-Comme pour un écrivain ou un dessinateur il y a maintenant des lecteurs qui demandent des dédicaces aux fanéditeurs. Doit-on dire « auteur de fanzine » plutôt que « fanéditeur » ? 

JB : Je me vois surtout comme un mec lambda qui fait du fanzinat alors « auteur de fanzine » ou « fanéditeur » … Un éditeur de fanzine peut-être, histoire de couper la pomme en deux.

AM : Pareil. La différence entre le gus qui publie un zine et celui qui va le lire, c’est que le premier a plus de temps libre que le second. Ou des proches conciliants (sourire). Quant aux dédicaces, je ne les prends pas comme celles qu’un fan demande à son idole, on est plutôt dans le domaine des copains de classe qui signent leurs fardes de géo à la fin de l’année pour avoir un souvenir. Ce n’est pas de l’admiration, c’est de la camaraderie.

-Mis à part sur Facebook, où finalement les commentaires intéressants et constructifs sont plutôt rares, avez-vous des retours, bons ou même moins bons, pour tel ou tel raison ?

AM : Il doit bien y avoir des mauvais retours ici ou là, mais on ne les a pas encore vus… On a bien eu quelques échos, mais rien de méchant. Quant aux retours en général, disons qu’on ne se noie pas dedans mais que c’est une constante dans le milieu d’en avoir assez peu. C’est quelque-chose qui revient assez souvent dans les discussions avec les autres fanéditeurs. Nous avons déjà de la chance d’avoir eu quelques mails encourageants et développés, ainsi que des lecteurs qui demandent fréquemment où on en est, quand sort le prochain… Ca fait forcément chaud au coeur. 

JB : Oui, pour l’instant on est vernis, tous les retours ont été positifs et proviennent en majorité de lecteurs qui nous écrivent directement via Messenger ou par mail. Pourvu que ça dure…

-Entre le BL1 et le prochain BL4 avez-vous changé, corrigé, amélioré des choses ou finalement vous êtes de manière générale satisfaits de ces premiers numéros ?

JB : Alors là, je laisse la parole à Augustin…

AM : Disons que j’ai un regard assez sévère sur les deux premiers numéros, que je trouve ratés à des niveaux différents. J’avais mis beaucoup de moi-même à chaque fois et le résultat que je m’imaginais ne se retrouvait pas dans mes mains à la sortie de l’imprimerie. Pour le premier, j’étais tellement concentré sur mon apprentissage de Photoshop que je n’ai pas remarqué que mes textes étaient mauvais. Pour le second, j’avais cru avoir fait des progrès niveau mise en page, et même si ce numéro est globalement meilleur que le premier de ce côté, j’ai tout de même été très déçu à l’arrivée. J’ai donc changé ma manière de m’organiser, et plutôt que de maquetter les articles séparément, au compte-goutte et en les répartissant sur l’année, je fais tout le zine d’une traite après avoir reçu les textes corrigés. Ça me donne une vue d’ensemble sur le boulot à abattre et la cohérence visuelle s’en trouve renforcée. Pour ce qui est de l’écriture, je relâche un peu la pression aussi, et je me rends compte que mes textes sont devenus bien plus lisibles. Je vais un peu plus vers l’épure, comme visuellement d’ailleurs.


-Quand on lit vos dossiers très bien documentés comme ceux sur Nosferatu à Venise (BL1), Wynorski, Monstervision (BL2) ou encore Don Glut (BL3) on se dit que le travail qu’il y a derrière est considérable. Ce n’est pas trop chronophage ?

JB : Pas vraiment puisque avant tout je fais ça par pur plaisir et non par contrainte. Et puis soyons lucides, nous ne sortons pour l’instant qu’un seul numéro par an, ce qui laisse quand même une marge énorme sur le temps passé à visionner les films que nous traitons ou à rédiger nos textes.

AM : Même chose pour moi, je choisis des sujets sur lesquels je veux en apprendre plus, donc je ne me soucie pas du temps que j’y passe. On est loin de la corvée qui te fait regarder ta montre ou te pousse à compter les semaines. Et puis, c’est très aléatoire, certains dossiers ou articles demandent plus de recherches et de temps que d’autres.

-C’était une condition au départ de proposer des sujets rarement ou jamais traités, ou vous fonctionnez à l’envie du moment et peu importe ce qui a déjà été fait ? 

JB : Nous évitons généralement tout ce qui a déjà été traité maintes et maintes fois. Pourquoi lire et relire toujours les mêmes choses ? Nous nous concertons après chaque numéro, proposons ce que chacun aimerait aborder dans le suivant et vogue la galère ! Nous ne nous penchons jamais sur un sujet que l’on se sentirait en quelque sorte « forcés » de traiter. On choisit ce qui nous plaît du moment que cela n’a pas déjà été trop souvent vu ailleurs, ni trop récemment. Et si vraiment quelque chose nous tient à cœur mais a déjà été lu chez d’autres, nous essaierons toujours de le traiter sous un jour différent.

AM : Nous faisons vraiment en fonction de nos envies, mais c’est sûr qu’on ne va pas se pencher sur un sujet qui vient tout juste de sortir ailleurs. On ne va pas proposer un dossier sur Fright Night ou sur la Fantastic Factory alors que L’Appel d’Azatoth vient d’en publier un, par exemple. Mais si dans quelques années l’envie nous prend et que notre angle n’est pas le même, on ne se privera pas pour autant de le faire. On édite un zine avant tout pour nous, ce qui veut dire qu’on ne se force pas de faire de l’inédit pour faire de l’inédit, et qu’on ne se refuse pas la redite si elle nous tient à coeur.

-On trouve de la musique metal dans BL. Pourquoi pas du hip hop, du reggae, du rock… ?

JB : Vu qu’on tape dans le genre horrifique, j’avais proposé les derniers albums de Jul ou de Nakamura mais mon associé a menacé de venir personnellement m’enfourner les disques en question là où je pense. Depuis il a l’exclusivité de la rubrique.

AM : La menace et le chantage, rien de tel pour qu’un partenaire file droit. Pourquoi seulement du metal et pas tous les genres que tu cites ? Parce que c’est la musique que j’écoute, tout connement. Les autres styles pourraient avoir leur place cela dit, vu qu’on trouve du rap branché épouvante (je pense à Necro), Yannick Maréchal du zine Oraison Funèbre a prouvé que le reggae avait des liens avec le cinoche d’horreur et on trouve du rock ou du punk là encore en rapport avec le genre. Voir les Misfits, Electric Frankenstein... Mais que veux-tu ? Je suis un metalhead et pas qu’à moitié, les deux sujets se marient à merveille, donc c’est de ça que je cause, même si je sais que ça ne plaît pas à tous. Mais il serait impensable pour moi de ne pas avoir une rubrique sur le sujet, c’est trop important à mes yeux et c’est probablement celle que je prends le plus de plaisir à écrire. En outre, ça me permet de rencontrer des gens cools, j’entretiens quelques bonnes correspondances avec d’autres fans depuis le premier numéro.


-Augustin, tu gères Toxic Crypt, qu’est-ce que t’apporte le fanzinat de plus par rapport à ce site ? Qu’est-ce que tu ne pourrais pas, ou ne voudrais pas faire sur ton site que tu fais avec BL ?

AM : Sur l’écriture, il n’y a pas d’énorme différence. Je fonctionne grosso modo de la même manière dans les deux cas, même si je m’adapte un peu sur Black Lagoon – je mets notamment en sourdine mon côté anticlérical un peu plus prononcé sur le site - car je sais que le lectorat n’est pas le même et me connaît moins personnellement, ne saisirait peut-être pas le second degré aussi vite. Et puis, nous tenons tous les deux à ce que le zine reste neutre sur les questions des croyances, de la politique et tout autre sujet tendancieux. On est là pour se détendre et bouffer du loup-garou, pas pour s’emmerder avec ce genre de trucs. C’est plutôt sur l’aspect visuel que Black Lagoon m’apporte beaucoup. Un site, une fois que tu as fait le template, la bannière et quelques boutons ici ou là, tu n’y touches plus jusqu’à une potentielle mise-à-jour. Le zine à l’inverse est plus excitant à faire car tu peux voir chaque numéro comme un recommencement. Donc ouais, je dirai que Black Lagoon me donne l’opportunité de donner de nouvelles formes à ma passion.

-Jérôme, tu avais un blog où tu proposais pas mal de bisseries italiennes dont tu es très friand si je ne me trompe pas. BL te permets un peu d’être dans cette continuité en proposant des articles sur ce genre (ou bien ton associé te freine un peu sur ça) ?

JB : C’est vrai que j’adore le cinéma de genre italien. Mais pas que… et heureusement d’ailleurs. Non, comme je l’ai dit un peu plus haut je traite ce que j’ai envie de traiter, sans me poser de questions. De mémoire Augustin ne m’a jamais muselé ou empêché de travailler sur un article en particulier.

AM : Et je ne vois pas pourquoi je le ferais. [rires]

-On peut s’attendre à quoi dans le futur ?

AM : A la même chose mais en mieux, on espère. Les prochains numéros, du moins les plus immédiats, ne devraient pas trop dévier du style du troisième, autant sur les thématiques que sur la forme. Mais bon, on ne peut jamais prévoir…

- Vous avez des sujets planifiés d’avance pour plusieurs BL ou vous y allez pas à pas, numéro par numéro ?

JB : Des idées on en a à foison, on les note pour de futurs numéros. Le souci c’est que ces mêmes idées se font souvent devancer par de nouvelles.

AM : Les idées vont et viennent, on les met de côté et on voit avec quel autre sujet elles cohabitent bien, comment on peut les rendre complémentaires et faire en sorte que le sommaire soit à la fois varié et cohérent. Mais il n’y a pas vraiment de planning, juste une vague idée, et il nous arrive souvent de changer d’avis au dernier moment. J’avais par exemple commencé à réunir beaucoup d’infos pour un dossier prévu pour le numéro 4, mais il ne sera finalement pas publié dedans, et peut-être même pas dans le cinquième numéro mais plutôt dans le sixième. [rires] C’est comme le dossier Don Glut, ça s’est décidé très tardivement, parce que j’étais tombé amoureux de son parcours en lisant son autobiographie. A l’inverse, nous savions depuis le début ou presque que le deuxième numéro serait consacré à Jim Wynorski, et ce numéro était encore en cours que Jay savait déjà ce qu’il ferait pour les 3 et 4. En fait, il est mieux organisé que moi, c’est une bonne chose qu’il se charge des aspects pratiques du zine à ma place.

Quelques questions en vrac :
-Ce que vous aimez dans le fanzinat :
JB : Etre libre de travailler sur le sujet de son choix.
AM : La Liberté aussi, mais vu que Jay l’a déjà dit, je vais opter pour l’occasion de parler avec des gens qu’on admire. Echanger avec Jim Wynorski et Don Glut, savoir que nos petits zines à la con sont maintenant dans leurs musées personnels, ça n’a pas de prix.
-Ce que vous n’aimez pas dans le fanzinat :
JB : Les bastons régulières avec les services postaux quand ils traitent tes enveloppes comme de la merde ou les boites de livraison style Mondial Bobet qui te livrent les colis que tu as toi-même expédié et qui font semblant d’être demeurés pour éviter de te rembourser les frais de port. Suffit juste d’être plus chiants qu’eux et d’avoir une sacrée dose de patience pour avoir gain de cause.
AM : Je dirais l’aspect promo. Je ne suis pas très à l’aise lorsque vient le moment de nous vendre. C’est délicat et désagréable.
-Combien de fanzines avez-vous lu en 2019 :
JB : Hmmmm… quatre probablement.
AM: Trois.
-Votre BL préféré :
JB : Le 3.
AM : Le troisième, y a pas photo.
-Ce qu’il y aura peut-être un jour dans BL :
AM : Une interview de Satan ?
-Ce qu’il n’y aura jamais dans BL :
AM : Une interview de Jésus. 

Gros merci à Jérôme et Augustin d'avoir pris le temps de répondre à cette interview et encore merci aussi de m'avoir fourni les fichiers PDF des Black Lagoon 1 et 2, des numéros définitivement épuisés mais que vous pouvez donc retrouver ici

Il reste par contre encore des exemplaires du n° 3 (tout en couleur), pour le commander avant qu'il ne soit trop tard, rendez-vous sur le blog ou la page Facebook de Black Lagoon ou encore par mail : fanzineblacklagoon@gmail.com.

mercredi 9 octobre 2019

Le Monstre de Florence - Autopsie d'un Mythe Criminel


David Didelot, après avoir cloturé l'aventure Vidéotopsien'a pas pu résister longtemps à l'appel du fanzinat. Il revient avec un projet situé entre le fanzine et le livre : Le Monstre de Florence - Autopsie d'un Mythe Criminel, sorte de dossier ultra complet sur un tueur en série ayant sévit dans la belle ville de Florence entre 1968 et 1985 (précommandes à partir de ce vendredi 11 octobre).

A cette occasion je lui ai proposé de répondre à quelques questions pour qu'il nous éclaire un peu plus sur ce projet. Comme toujours David a gentiment accepté de donner un peu de son temps et comme d'habitude ce qu'il raconte est très intéressant :

-Un peu plus d’1 an après la fin de Vidéotopsie, te revoilà ! Tu as fait une pause et ça te manquait d’écrire, ou bien n’as-tu jamais réellement arrêté ?

Ah tu sais, les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent comme on dit… J'avais promis à ma douce que j'arrêterai un peu, histoire de souffler et de lire surtout. Mais voilà, je m'aperçois que la vie sans un stylo est trop difficile… En réalité, si je n'ai pas cette soupape de l'écriture, je crois que je ne tiendrai pas.  Donc, oui, je n'ai jamais arrêté : après le dernier Vidéotopsie, je me suis vite attelé à Replay dans un premier temps. En deux mois c'était plié. Dans la foulée, j'ai écrit un grosse nouvelle qui paraîtra bientôt (Dénonciation positive, n°16984-270549, une dystopie assez incorrecte j'espère !), un livret pour la future sortie Blu-ray d'un film qui me tient à cœur, le texte d'un bonus pour un autre film etc. etc . Bref, aussi paradoxal que cela paraisse, je crois que je n'ai jamais autant écrit que depuis l'arrêt de Vidéotopsie !

-Le fait d’avoir stoppé le fanzine a-t-il comme conséquence que cela te permet justement de libérer du temps pour des projets comme celui-ci ?

Oui voilà, exactement, être une plume freelance en quelque sorte. Un thème me plaît ? Je n'hésite pas et ne me demande pas si ça rentre dans la ligne éditoriale de Vidéotopsie. Liberté absolue quoi, même si dans le cadre de mon fanzine, je ne me donnais guère de règles ou de limites non plus. Et puis oui, ça me libère du temps, notamment pour l'écriture de bonus DVD/Blu-ray - qu'il soit vidéo ou papier.  D'ailleurs, je suis sur le point d'écrire un très gros livret pour l'édition d'un film qui n'a rien de bis, et ça me réjouit aussi ! Sans compter que je contribue aussi à quelques fanzines que tu connais bien. Bref, je laisse courir mon stylo ou mon clavier là où il m'entraîne, sans trop réfléchir, et avec la seule envie au cœur.

-Tu définis Le Monstre de Florence - Autopsie d’un Mythe Criminel plutôt comme un fanzine. L’as-tu envisagé comme ça dès le départ ? Cela aurait pu être publié sous forme de livre ?

Alors j'ai hésité pour tout te dire… L'idée d'un format livre - même bref - m'a traversé l'esprit un moment. Auto-édité bien sûr, gage d'une liberté absolue encore une fois. C'était évidemment possible. Mais je me suis vite rendu compte que pour l'illustration, la maquette, ce serait moins pratique et moins chouette, d'autant que je tenais à ce que le texte soit abondamment illustré. Le sujet l'impose selon moi. Le format A4 m'est donc apparu plus adapté au final… et à mon maquettiste aussi je pense ! Et puis bon, on n'abandonne jamais ses primes amours, et ça me rappelle bien sûr la période des Vidéotopsie, jusque dans le choix du sous-titre. Cerise sur le gâteau (en tout cas pour moi), ce sera la première fois que j'éditerai un truc tout couleur. Inutile de te dire que j'ai hâte d'avoir le zine entre les paluches !

-Qu’est-ce qui t’a intéressé dans ce fait divers ?

Alors c'est justement l'objet des premiers chapitres du zine, mais pour résumer : le cadre d'abord, Florence et la campagne alentour… Comme je me plais à le dire, c'est la plus belle ville du Monde pour moi, et c'est là-bas que j'irai vivre mes vieux jours… On est d'ailleurs en train de chercher un appart' avec ma femme, et ça se fera. Une ville hors de notre Temps (médiocre), une ville-musée, ce qui me sied parfaitement ! Et puis justement, dans ce cadre enchanteur, une série de crimes sordides - mutilations et compagnie - qui défraya la chronique en son temps. Le Monstre de Florence, c'est le serial killer italien le plus célèbre (avec Roberto Succo), qui sévit entre 1968 et 1985, sans qu'on n'ait aucune certitude sur l'identité du ou des coupables. Au total, huit petits couples d'amoureux massacrés nuitamment dans la campagne toscane… Bref, un Jack l'Eventreur transalpin en quelque sorte, et un dossier qui - par certains aspects - peut ressembler à celui du tueur du Zodiaque, mais dans un cadre absolument grandiose, chargé d'histoire et d'art.  Il y a comme une espèce d'oxymore dans les termes mêmes de l'affaire, ce qui me fascine complètement ! En deux mots, on dirait un giallo, mais pour de vrai ! Et tu connais mon goût immodéré pour le genre…

-Je suppose qu’à la différence des autres livres et articles parus sur le sujet, tu fais notamment le lien avec le cinéma ? Que trouve-ton en résumé dans ce zine ?

D'abord, il est paru très peu de choses en France sur le sujet. J'excepte évidemment quelques articles de presse quand l'affaire pouvait rebondir en Italie, et deux livres édités chez nous, dont un traduit de l'Italien. Mais tout cela - aussi intéressant soit-il - ne traitait pas le sujet sous l'angle de son exploitation culturelle. En réalité, j'ai essayé d'aborder toutes les facettes de cette affaire dans mon zine ; évidemment, le déroulé des faits et les suspects, mais aussi le cadre et toute la culture autour du Monstre qui constitue le gros du zine : les films s'inspirant de l'affaire, les fumetti, la télévision, les bouquins… Plus intéressant à mes yeux : j'y aborde aussi les films qui peuvent être considérés comme des sources d'inspiration possibles pour le tueur… Ça peut paraître dingue, je sais, mais le bain culturel et cinématographique des années 70 et des primes années 80 a pu inspirer le Monstre : c'est en tout cas ce que certains "experts" ont estimé… Et des gens sérieux, pas des croisés partis en guerre contre le cinéma d'horreur ! Inutile de te dire que le giallo et le psychokiller sont donc à l'honneur dans mon truc. J'essaie ainsi de voir en quoi certains films, certaines scènes, peuvent évoquer les crimes du Monstre de Florence. Bref, si l'on veut résumer, je m'attaque aux films dérivés de l'affaire, et aux films (peut-être) à la source de l'affaire. Ça peut paraître légèrement romanesque et risqué, mais j'assume ! Au passage, le zine est préfacé par un "spécialiste" du récit criminalo-gore, Zaroff, que les lecteurs des défuntes éditions Trash connaissent bien. Merci encore à lui !

-Après de gros projets longs et lourds, comme Bruno Mattei, itinéraires bis ou Gore, dissection d'un collection, et même Vidéotopsie, est-ce que travailler sur Le Monstre de Florence ne t’a pas semblé un peu comme des vacances ? Et donc donné envie de recommencer bientôt ?

Tu as trouvé le bon mot : des vacances… pour un truc écrit en vacances justement ! Oui, de l'écriture presque récréative en réalité : en un mois pile, j'avais mis le dernier mot au fanzine. Quand un truc me plait vraiment, je fonce et ne relève pas la tête jusqu'au mot "fin".  Ma femme appelle ça de la monomanie : c'est bien possible ! Pour être franc, et sans que ça ne relève de la promo, je crois que c'est ce que j'ai préféré écrire jusqu'à présent, car le sujet réunit tout ce que j'aime : l'Italie, Florence, les affaires criminelles, le giallo… Le Monstre de Florence, c'est le point d'intersection de toutes mes passions si l'on peut dire ! Evidemment, je n'en ai pris conscience qu'au cours de sa conception, mais j'explique mon pur plaisir d'écriture comme cela. Alors évidemment, ça me donne des idées de récidive… Dans le même champ d'action d'ailleurs (crime story et exploitation culturelle). Mais tout cela après un gros travail que je dois d'abord mener pour… Je n'en dis pas plus pour l'instant ;)
Merci à toi en tout cas, et rendez-vous dans la campagne toscane, la nuit, sur les sentes dites tranquilles de ces collines… qui ont des yeux !


Un grand merci à David pour sa disponibilité de tous les instants ! 

Pour précommander (dès vendredi 11 octobre) Le Monstre de Florence - Autopsie d'un Mythe Criminel, qui paraîtra en novembre 2019, rendez-vous ici.

jeudi 9 août 2018

Entretien avec Matthieu Nédey et Valentin Sannier

Quand on voit l'un, l'autre n'est jamais très loin. Ils font partie de la jeune relève du fanzinat, arrivés sur la pointe des pieds depuis seulement quelques années mais qui se sont vite imposés et intégrés dans le "milieu".
Valentin Sannier (alias Val le blond), fondateur et rédacteur en chef des fanzines Torture Oculaire et La Fraîcheur des Cafards, collaborateur au site Monsters Squad et à Cathodic Overdose, le fanzine de son pote, Matthieu Nédey (alias Mighty Matt), qui lui rend bien puisque participant aux fanzines précités, mais également à Monsters Squad (pour lequel il a par ailleurs réalisé le design), ou encore au fanzine Everyday is Like Sundayil chronique aussi régulièrement des films sur une page Facebook du nom de Les films du placardAvec ce passé déjà riche et une actualité assez chargée pour avoir des choses à raconter, c''était l'occasion de rencontrer nos deux compères pour qu'ils nous en disent plus...

A propos de Torture Oculaire

-Valentin Sannier : J’ai toujours été obsédé par l’idée de faire un magazine depuis que je suis tout petit, gamin je faisais déjà un truc qui s’appelait « Ici pourri, le journal des petits pourris », avec des fausses pubs etc.
Ensuite j’ai découvert les fanzines grâce à Maniacs, je trouvais ça super cool, c’était exactement ce que je voulais faire. Il y a eu aussi Everyday is Like Sunday de Sam Guillerand qui m’a mis le pied à l’étrier.
C'est vraiment celui-là qui m'a donné l'impulsion de faire mon propre zine. J'ai donc commencé avec Torture Oculaire, fin 2008, c'était un fanzine étudiant, fait sur nos heures libres, pour tuer l’ennui pendant nos études en BTS communication visuelle. A la base on était 3 potes et le fanzine était surtout centré sur la BD, mais j'y intégrais quand même des pages musique et cinéma, pour varier un peu et parce que c'était mon truc.
Au départ mensuel pendant plus d’un an, Torture Oculaire est devenu ensuite bimestriel, avec de plus belles couvertures (dos carré/collé, couleur). Au fur et à mesure, on a invité quelques copains à participer, dont Matthieu. Le fanzine était fait à l’arrache mais pour les derniers on y avait mis plus d’énergie, d'ambition. Il fonctionnait plutôt bien. 

-Matthieu Nédey : Mais les profs ne nous aimaient pas trop, ils nous appelaient même de manière un peu condescendante "les fanzineux". Perso ça m’amusait et je pense qu’on provoquait un peu exprès aussi, on faisait des fausses pubs, des photos-montages parfois limite. En fait, on faisait beaucoup d’humour noir, on tapait sur les religions, etc. Je pense même qu’on était contents que ça nous mette un peu « en marge ».

-VS : Effectivement, ils n’aimaient pas qu’on passe du temps à travailler sur autre chose que sur les cours alors que c’était l’application pure de ce qu’on apprenait en classe.

-MN : Encore une fois, ils n’aimaient pas vraiment l’esprit et ne saisissait pas notre univers. La sous-culture, c’était vraiment pas leur truc.

-VS : On était les vilains petits canards quoi...

-MN : Et pourtant on avait notre petite réputation dans le bâtiment des arts appliqués et Torture Oculaire se vendait principalement dans le lycée.

-VS : C’était le fanzine du lycée en fait, mais à la fin on était quand même vendu dans des boutiques de Besançon mais aussi Dijon et même Genève. Bref, on a réussi à le vendre un peu partout, un peu sur le net aussi.
Ensuite on a intégré plus de monde et c’est devenu compliqué.

-MN : A la fin tout le monde n’était plus investi de la même façon, c'est dommage...




Leur rencontre

-VS : On s’est rencontré grâce à nos études communes.

-MN : En fait, moi j’étais dans la promo du dessous, j’étais le petit jeune de première année. Au début, j’achetais Tortue Oculaire et j’avoue que j’étais un peu jaloux parce que j’avais envie d’y participer. Je voulais créer quelque chose aussi, un truc complètement dans cet esprit-là, je voulais faire des BD, causer de films et de musique mais il n’y avait personne dans ma classe qui était…

-VS : …cool !

-MN : Oui voilà, c’est ça, il n’y avait personne qui était assez cool pour faire ce genre de projet. Les seuls qui avaient un peu le spirit collaboraient déjà à Torture Oculaire. J’avais d’ailleurs conseillé à Val d’y mettre telle ou telle chose que des camardes de promo avaient faite ! Je recrutais quoi, mais pour ma part, j’ai mis un peu plus de temps avant d’arriver dans l’équipe. J’ai commencé dans un numéro spécial fête de la musique. J’étais content.

-VS : C'était le n°7.

-MN : J’ai fait des chroniques CD, principalement du hardcore il me semble, mais j’avais aussi envie de faire des chroniques de films un peu dégueulasses ! Avant d’écrire dans Torture Oculaire, j’avais seulement fait des petites BD dans mon coin, des trucs comme ça que je ne diffusais pas. Mais jamais des fanzines parce que j’ai besoin d’avoir des gens autour de moi, et à chaque fois j’étais seul. Pour Torture Oculaire, j’étais tellement excité que j’ai fait un peu de forcing et Val a fini par craquer et accepter que je participe davantage.

-VS : Et il a intégré l’équipe à partir de la « saison 2 » (le n° 13).

-MN : Au début je faisais des petites chroniques. Ensuite j’ai pris d’avantage part à certaines étapes de la conception du zine, comme la mise en page par exemple. Et, honneur ultime, j’ai même eu le droit de réaliser une couverture. Puis je ne sais pas vraiment ce qu’il s’est passé, après les examens, le projet s’est un peu liquéfié, plus personne n’envoyait de textes ou de planches et on s’est un peu perdu de vue avec Val, avant que je le recontacte presque cinq ans plus tard pour Cathodic Overdose.

La Fraîcheur des Cafards

-VS : L’ambition initiale avec La Fraîcheur des Cafards, c’était vraiment de faire mon petit truc à moi. Puisque ça avait foiré avec Torture Oculaire, je voulais refaire un zine tout seul dans mon coin, un peu comme un petit carnet de bord perso. Je voulais y intégrer les nouvelles que j’écrivais à l'époque, parler des films que j’avais vu, des disques que j’écoutais à ce moment, intégrer un peu de BD... Finalement, le zine a pas mal évolué.
Même si j’en avais un peu marre de travailler avec d’autres personnes (car ça m’avait saoulé sur Torture Oculaire) j’ai rapidement demandé à des amis de venir bosser avec moi sur La Fraîcheur des Cafards. Car finalement j’aime bien cet esprit d’équipe. Je trouve ça important. Mes collaborateurs écrivent sur ce qu'ils veulent, ils ont carte blanche.

-MN : C’est ça qui est bien aussi quand tu montes ton zine : fédérer une équipe. Parfois, quand tu invites des gens à écrire dans tes pages, ils sont un peu genre stressés, ils demandent ce qu’ils peuvent faire ou pas… Je ne comprends pas vraiment ça car je pense que pour Val, comme pour moi, il n’y a pas vraiment de cahier des charges. Ce doit être le résidu de l’esprit Torture Oculaire

-VS : Tu fais ce que tu veux c’est ça qui est beau. 
Pour la suite de La Fraîcheur des Cafards j’ai toujours quelques idées d’avance dans la tête, je sais où je veux aller et ce dont j’ai envie de parler. Mais c’est aussi en fonction des découvertes, je n’ai pas de gros plans, je ne me mets pas de pression.



Cathodic Overdose

-MN : Comme je le disais, avec Val on s’est perdu de vue pendant environ cinq ou six ans. Il a pris la caisse de Torture Oculaire et on ne l’a plus jamais revu ! 

-VS : Tu parles ! Vous m’avez laissé avec les dettes…

-MN : Plus sérieusement, à l’époque je bossais sur les fanzines de Sam, Everyday is like Sunday, je faisais la mise en page car j’avais déjà collaboré avec lui sur des pochettes CD. J’ai rencontré Sam après avoir décoré le local de mon groupe, dans lequel il répétait aussi avec Demon Vendetta, avec des affiches de Roger Corman d’ailleurs. Bref, un moment j’ai eu envie de faire mon propre zine mais n’ayant jamais été très bon dans l’exercice, je n’étais pas trop chaud sur le fait d’écrire. Je n’ai donc pas poussé l’idée. Puis un ancien pote m’a proposé de gérer la partie cinéma de son blog. Comme j’avais l’impression de ne pas avoir le temps, j’ai pensé à Valentin et je lui ai téléphoné pour lui demander si ça l’intéressait. Au final, ça ne s’est pas fait et j’ai finalement accepté la proposition de mon pote. J’ai donc recommencé à écrire des textes qui ont en fin de compte été la base de mon futur zine. Comme j’avais repris contact avec Val, j’en ai profité pour lui proposer d’écrire dans Cathodic Overdose avec moi, comme à la grande époque quoi ! Et puis je ne voulais pas tout écrire tout seul car comme je te disais, dans nos études de graphisme, sur Torture Oculaire certains dessinaient super bien, d’autres avaient une bonne plume, mais moi j'étais plus doué pour la mise en page. C’est cette partie qui m’intéressait plus que l’écriture à la base.

-VS : Et comme moi je suis plutôt nul dans la mise en page je dessinais…

-MN : Je sais que les gens n’aiment pas forcément ça mais moi, ça m’a toujours plu, et les connaissances techniques acquises en formation me permettaient de faire des choses un peu folles mais assez propres. Enfin, comme je te le disais, j’ai débuté avec les pochettes CD, les fanzines je ne connaissais pas trop au début. J’ai découvert ça grâce à Valentin qui ramenait au bahut ses Everyday is like SundayDans le principe de création du zine, pour Cathodic Overdose, au début, on faisait tout à la main avec ma copine et ça me plaisait vachement mais je me suis rendu compte que si tu veux commencer à diffuser un peu plus, ça devient compliqué. Pour arrêter de coudre tous les exemplaires à la main et éviter les impressions pas toujours nickels, Valentin m’a conseillé de contacter l’association Sin’Art. Corrections orthographiques, impressions, avance des frais… J’étais vraiment intéressé par le fait de tirer le zine vers le haut, l’emmener vers autre chose.

-VS : Ils te font la promo aussi, le principe est quand même intéressant.

-MN Au final j’étais content même si j’ai eu un peu peur de « perdre » mon fanzine, le côté personnel surtout. Donc j’ai décidé de ne pas continuer avec Sin’Art. Maintenant, avec Emilie [Girard, sa compagne], on a notre association, qui s’appelle Ours, et avec laquelle on va essayer, en faisant du dépôt, de réinvestir l’argent dans le financement d’autres fanzines qu’on apprécie.

-VS : Ils l’on fait déjà pour une partie du n° 6 de La Fraîcheur des Cafards.

-MN : À la base, avec Emilie on faisait de la sérigraphie et des fanzines illustrés, qui n’avaient rien à voir avec le cinéma, on les déposait en librairie où ils se vendaient plutôt bien, qu’ils coûtent 2, 4 ou 5€. Comme on devait faire des factures, il fallait qu’on monte une asso. On l’a créée, on a incorporé Cathodic Overdose pour récupérer l’argent et le réinvestir dans d’autres impressions. Petit à petit on s’est dit que ce serait sympa de faire d’autres fanzines, de mettre de l’argent ailleurs, on faisait ça aussi avec des vinyles. Donc le projet c’est de faire de la microédition et de la distribution, mais je ne me bouge pas assez pour l’instant… par contre j’ai déjà du stock.

-VS : C’est un beau projet ça.

-MN : Pour revenir à Cathodic Overdose, par rapport aux personnes qui collaborent au fanzine, comme disait Val, ils font ce qu’ils veulent. Quand tu connais les gens avec qui tu travailles, que tu as des atomes crochus avec eux, tus ais que le zine sera agréable, quoiqu’ils racontent. Par exemple, Augustin Meunier de Black Lagoon et du site Toxic Crypt, voulait parler des Tortues Ninjas. Il ne pouvait pas le faire ailleurs et j’étais super content qu’il me le propose pour mon troisième numéro parce que je savais que ça lui faisait plaisir.



Le fanzinat actuel

-VS : On ne pensait pas qu’il  avait un microcosme aussi riche. Moi c’est à partir du moment où je me suis créé une page Facebook pour La Fraîcheur des Cafards. Non seulement j'en ai vendu plus mais aussi, en me créant des liens, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de gens qui bossaient là-dessus.

-MN : On avait peut-être conscience qu’il se passait des choses mais on ne le voyait pas avant de contacter les gens par facebook. À Besançon, je crois qu’il n’y a pas de librairie où trouver des fanzines spécialisés dans le cinéma. C’est en arrivant à Lyon plus tard finalement que j’ai commencé à découvrir tous les titres et à en collectionner certains… c’est que j’avais pour ma part du retard à rattraper.

-VS : Au niveau de ce qu'on trouve actuellement je trouve que Chéribibi c’est vraiment cool, super éclectique, super pointu. Trash Times, c’est vraiment de la bombe aussi.

-MN : Oui, trash Times c’est clairement l’un des tous meilleurs zines à plusieurs niveaux.

-VS : Après t’as tous les grands anciens.

-MN : Comme Vidéotopsie. J’en profite pour dire que j’ai adoré le spécial Amityville, ultra personnel et du coup assez touchant. Et puis dans les bons titres, il y a aussi Black Lagoon maintenant, qui est arrivé avec ses gros sabots et son esprit mauvais garçon… C’est probablement une histoire de génération mais les thématiques abordées me parlent vachement et l’humour du zine ne l’empêche pas d’être assez pointu.

-VS : Pareil, c’est bien mon esprit, je m’y retrouve aussi beaucoup, avec des sujets qui me parlent davantage.

-MNOui ça change un peu des trucs italiens qui nous parlent moins car on n’a pas forcément grandi avec. Ça fait du bien d’avoir des choses qui nous parlent plus à nous, à notre génération. C’est complémentaire avec un fanzine comme Médusa qui reste plus érudit mais tout aussi indispensable. Et puis dans le même esprit, au-delà des fanzines il y a aussi les bouquins de Damien Granger qui sont cools [B-Movies Posters], je ne sais pas s’il serait content d’entendre ça mais je vois ses projets un peu comme du fanzine de luxe en fait.

Comment se positionnent La Fraîcheur des Cafards et Cathodic Overdose, les sujets abordés

-VS : Personnellement je m’en tape de comment on est par rapport aux autres.  Je fais vraiment mon petit truc dans mon coin.

-MN : Je pense que le fait d’être « les petits derniers » ça nous force quand même à faire les choses bien. Quand tu vois la production actuelle ça te pousse à faire les choses correctement, ne serait-ce que par respect pour ce que les prédécesseurs ont apporté.

-VS : Tu penses qu’il y a une émulation ?

-MN : Oui. Quand tu vois la qualité des derniers numéros des fanzines comme Médusa ou Vidéotopsie… Je pense qu’il y a inconsciemment un échange générationnel qui te tire vers le haut. C’est un peu comme des oncles dont tu voudrais faire perdurer l’héritage. 

-VS : C’est vrai aussi, ça te pousse vers l’avant.

-MN : Sinon, à propos des sujets qu’on traite, j’aime bien le fait qu’on assume le côté culture populaire transversal, en allant même jusqu’au jeu vidéo. Par exemple le sujet sur le CD-i dans le troisième Cathodic Overdose c’est ce qui m’a fait le plus tripper à écrire.
Comme on disait, nos références sont dans le même délire, Everyday is Like Sunday en premier. Ce ne sont pas que des fanzines ou des magazines amateurs, c’est plus des carnets de bord, un peu comme un journal intime en fait.

-VS : En tout cas on est clairement des descendants d’ Everyday is Like Sunday.

-MN : Oui, d’ailleurs on parle moins de choses techniques ou d’histoire que d’autres zineux. C’est des choses qu’on maîtrise moins. On est plus dans le ressenti, dans le feeling… Notre amour pour cette culture, elle vient des découvertes de films mais aussi de ces séries, de ces jeux, de ces livres…  Tout est lié et au final le rapport qu’on entretient avec les univers dont on parle sont plutôt persos. Ce qu’un film me rappelle, ce qu’il me dit et dans quel état il me met, c’est pour moi plus important que le film en lui-même. On est donc forcément moins encyclopédiques…

Projets

-MN : Un projet qui aurait été cool c’était peut-être de faire un splitzine ensemble.

-VS : Ouais, on voulait faire un numéro double, comme ils l’ont fait avec Délivrance et Everyday is Like Sunday.

-MN : Maintenant, nos deux fanzines sont assez proches l’un de l’autre, ce ne serait peut-être pas vraiment intéressant de séparer en deux parties…

-VSOn a aussi parlé d'éditer un truc tiré de Monsters Squad. C’est complètement à notre portée. On pourrait réécrire deux ou trois trucs chacun, trier un peu dans les textes qu'on a déjà... En tout cas j’ai envie que ce soit édité, c’est toujours plus agréable de lire sur papier. Et plus satisfaisant, parce que ça existe, c'est un objet.

-MN : Oui, personnellement, quand j’écris pour Monsters Squad je pense qu’un jour il y aura une sortie papier. Un zine, ça vit autrement qu’un blog et tu peux te faire plus plaisir avec le format papier, même si sur un site on essaie de faire de belles choses… Je pense que Monsters Squad est quand même beau et propre… Je suis content… Mais c’est différent.

-VS : Pour une date anniversaire on pourrait faire ça.

-MN : Ouais, enfin, on attend que Pascal [Gillon] corrige ses fautes…  



-MN : Pour le prochain Cathodic Overdose, je visais normalement une sortie en octobre 2018 mais ça sera trop compliqué donc on verra. Début 2019 ma parait plus probable. Avec Valentin mais aussi Damien [Granger], on va faire un gros dossier sur les filmographies croisées de Brian Yuzna et Stuart Gordon. Cela a été vu et revu mais bon, encore une fois ça fait partie de notre ton aussi. Là où c’est intéressant, pour Médusa par exemple, d’aller chercher certains films, d’aller gratter, nous justement, vu qu’on n’a pas les compétences ou la capacité à gratter autant, on parle de choses moins surprenantes. Donc on fait du Yuzna et du Gordon, on parle de Ré-Animator pour la 140ème fois mais voilà… Les gens ne vont probablement rien apprendre…

-VS : Peut-être, on ne sait pas. Moi j’avais fait un dossier sur Carpenter [in La Fraicheur des Cafards n° 3] parce que j’avais envie de le faire et il a été plutôt bien reçu. Donc pour ce dossier-ci, Matthieu va traiter tous les films de Gordon et moi de Yuzna.

-MN : Voilà, on trouvait l’idée rigolote comme on est souvent associés et que c’est un peu pareil pour ces deux réalisateurs.

-VS : Pour le prochain La Fraicheur des Cafards, comme je suis papa depuis peu, je suis assez occupé, mais j’ai déjà mon sommaire.

-MN : Il y a un autre projet aussi, un nouveau fanzine d’un mec qui a un blog, il voulait bosser avec des gens et donc il nous a proposé d’y participer. Je pense que le fanzine peut être bien cool.

-VS : J'ai réalisé la couverture et aussi fait quelques illustrations et chroniques. Il y aura notamment un dossier sur Corman, et ça sera branché surf rock ! 


-MN : Ensuite, avec Valentin à terme, on aimerait bien faire un bouquin sur les monstres. Ce qui nous faisait triper c’était le livre de Jean-Pierre Putters, Les 101 monstres ringards

-VS : C’est un peu notre bible en commun.

-MN : On voudrait un peu faire ça comme un hommage, réactualisé, car c’est un sujet qui nous a marqué quand on était petits et qui nous a plongé dedans.
Et puis un autre projet, encore loin, mais qui me tient vraiment à cœur c’est un truc spécial Chair de poule, genre un gros projet sur tous les supports sur lequel l’univers de R.L. Stine a existé : les livres, les jouets, la série, les jeux-vidéo…

-VS : Avec ça on aimerait faire un big truc. Peut-être un fanzine commun ou un hors-série.

-MN : C’est clair que ne sera pas un « vrai » livre, mais quelque chose de quand même 150 ou 200 pages.  Je pense que ce serait bien d’y convoquer des gars comme Adrien [Vaillant, Perdu dans la 5ème dimension], Augustin [Meunier, Toxic Crypt], Lemmy [Lemonhead, Film Reels From Outer Space]...

-VS : Des gens de la même génération que nous et qui, comme nous, ont grandi avec cette collection et qui se sont ouverts à l’horreur en partie grâce à elle.

-MN : Il y en a qui ont eu Gore, nous on a eu Chair de poule !

-VS : De mon côté je travaille aussi depuis super longtemps sur un fanzine que j’aimerais sortir et qui comporterait mes nouvelles, un petit format. J’ai même le titre : Sphincters. J’espère qu’il sortira un jour.

Un super grand merci à Matt et Val pour leur disponibilité, leur enthousiasme et leur implication dans cet entretien.