Le monde part en vrille !
Le monde part en vrille ! Mais tout n’est pas perdu.
« Good Luck, Have Fun, Don’t Die »
Ce soir vous avez décidé de vous rendre au petit resto du coin. Une pause bien mérité après une journée comme les autres. Une soirée tranquille, sans histoire. L’établissement ne paie pas de mine, mais vous connaissez la serveuse et le patron, la bouffe est simple mais bonne et les prix corrects. Soudain, un drôle d’énergumène déboule dans la salle vêtu comme un clochard. Personne ne prête attention à ce malheureux. Jusqu’à ce qu’il dévoile un drôle d’équipement attaché autour du corps (une ceinture d’explosifs ?) et lance à voix haute : « Ceci n’est pas une prise d’otage. Je viens du futur. Ca craint ! Et j’ai besoin de volontaires pour sauver le monde et l’humanité ! ». Mouais…
Le réalisateur américain Gore Verbinski n’avait rien proposé sur les grands écrans depuis dix ans. C’est long dix ans sans tourner. Et c’est assez inexplicable pour des artistes talentueux. On doit pourtant à Verbinski de sacrés films marqués par une personnalité à part tels que la trilogie « Pirates des Caraïbes », le film d’animation ‘Rango’, ‘Lone Ranger’ et ‘A Cure for Life’. Le voici donc de retour dans les salles de cinéma avec la comédie noire ‘Good Luck, Have Fun, Don’t Die‘. Une histoire folle qui, à mesure qu’elle progresse, prend des allures de film de science-fiction. Car ce soit disant voyageur spatio-temporel qu’interprète le génial Sam Rockwell n’est peut-être pas si cinglé que ça. Enfin si, mais le délire apocalyptique qu’il raconte semble crédible pour certains clients du restaurant. Qu’il s’agisse d’une mère de famille (géniale Juno Temple, méconnaissable ici) qui a perdu son fils dans une fusillade, ou d’un couple d’enseignants (Michael Pena et Zazie Beetz) dépassés par leurs élèves scotchés à leur téléphone portable, la réalité est déjà suffisamment étrange et anxiogène, comme si nous vivions tous dans une réalité parallèle issue d’un roman de Philip K. Dick. Alors pourquoi pas un visiteur du futur ?
Le film dresse un constat à la fois drôle et inquiétant de notre époque et de notre rapport à la technologie. Réseaux sociaux abrutissants, jeux proposant des réalités virtuelles, clonage, folie des armes à feu, intelligences artificielles, omniprésence des écrans… Tout y passe. Le constat est terriblement juste. Le propos du film n’est pas un rejet radical de la technologie, mais une sonnette d’alarme devant l’absence de réflexion sur le « progrès ». Si le progrès sert à effacer tout esprit critique et à formater des consommateurs passifs, alors il y a effectivement danger. De toute façon, lorsque vous marchez en ville pour vous rendre au cinéma et que vous croisez un nombre hallucinant de passants avec leur téléphone portable à la main, vous êtes déjà préparés à ‘Good Luck, Have Fun, Don’t Die‘. Nous vivons bien dans un monde dickien !
Ce regard critique sur notre monde, l’humour parfois désespéré qui l’accompagne, mais aussi cet appel à la résistance rappellent le cinéma de Terry Gilliam. Tout comme le plus américain des Monty Python, Gore Verbinski mélange les technologies pour raconter son histoire. On devine que son budget n’est pas celui d’un blockbuster, tout en étant suffisant pour proposer des visions incroyables, aussi effrayantes qu’absurdes. ‘Good Luck, Have Fun, Don’t Die‘ vous reste en tête en quittant la salle de cinéma. Vous savourez ce que vous venez de découvrir. Premier coup de coeur cinéma de l’année !
Catalogue Enki Bilal
En juin prochain, une exposition incontournable pour tous les amateurs de bandes dessinées ouvrira ses portes à Paris. Il s’agit du Fonds Enki Bilal, une rétrospective qui entend mettre en valeur l’oeuvre du célèbre dessinateur/peintre/cinéaste, compagnon de route de la génération Métal Hurlant. Pour accompagner cet évènement, un catalogue va être édité par les Editions Barbier.
Le catalogue ‘Enki Bilal : le Fond de la Forme‘ se présentera comme un beau livre de 256 pages, à la couverture cartonnée avec finition premium, format 27×21,5cm, reliure cousue… Pour aider à la fabrication de l’ouvrage, une campagne de financement participatif est actuellement en cours sur la plateforme Ulule, avec plusieurs contreparties proposées. Le succès est, comme on pouvait s’y attendre avec un artiste tel qu’Enki Bilal, au rendez-vous depuis les premières heures du lancement de l’opération. Plusieurs versions avec une couverture alternative sont proposées (Classique, Early Birds, Luxe), avec marque-page et carte postale grand format exclusifs offerts à tous les participants. Attention, la fin de cette campagne approche et a été avancée au 21 avril :
https://fr.ulule.com/fonds-enki-bilal/
La robe de la Mariée est (encore) pleine de sang !
Dans le précédent volet intitulé ‘Wedding Nightmare‘ (‘Ready or Not’, 2019), nous faisions la connaissance de la charmante Grace (Samara Weaving) le jour de son mariage avec son charmant et riche fiancé. Une journée magique… Jusqu’au soir où elle découvre que sa nouvelle famille s’adonne à un rituel particulier : la chasse à l’homme. Ou à la femme dans le cas présent, afin d’honorer un culte satanique ! Après une nuit d’enfer, Grace parvenait à survivre à sa belle-famille.
‘Wedding Nightmare : deuxième partie‘ démarre exactement à la fin du film précédent. Grace est emmenée à l’hôpital où elle retrouve sa soeur Faith à son chevet. Va-t-elle pouvoir reprendre tranquillement des forces après un premier mariage ? Pas vraiment car le cauchemar recommence ! En effet, ses beaux-parents appartenaient à un cercle secret réunissant d’autres familles fortunées. Et ce clan entend lui demander des comptes. Nouvelles noces de sang en vue…
Les deux réalisateurs, Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillet, retrouvent leur héroïne et l’horreur, assaisonnée d’un humour noir qui fait souvent mouche, pour lui faire subir de nouvelles mésaventures. La violence n’épargne personne et le sang gicle abondamment. La tradition sacrée du mariage en blanc est repeinte au gros rouge qui tache. Mais c’est surtout la famille et ses relations compliquées qui sont dans le viseur. Tout ça dans un jeu de massacre jubilatoire.
Le principal intérêt de ces deux films (en attendant un troisième ?), en plus de son ton et d’une mise en image soignée, est la qualité de son casting. A commencer par la blonde Samara Weaving qui possède une large palette d’émotions dans son jeu. Si cette comédienne australienne a de faux airs de l’Anglais Michael Sheen, elle suit les traces de son oncle Hugo Weaving avec talent. Dans le premier film, elle faisait face à des beaux-parents trop souriants pour être honnêtes interprétés par Andie MacDowell et Henri Czerny. Elle est ici accompagnée de Kathryn Newton dans le rôle de sa soeur, pour affronter une belle brochette de salopards incarnés entre autres par Shawn Hatosy, Sarah Michelle Gellar, Elijah Wood… et un certain David Cronenberg. Il n’y a pas que les gens riches dont il faut se méfier, il y a aussi leurs héritiers ! Le choc des classes sociales fait toujours des dégâts.
Si cette nouvelle franchise « Wedding Nightmare » (attention à ne pas trop épuiser la formule, des imitations apparaissent déjà comme le récent ‘They will kill you’) ne révolutionne rien, elle demeure un divertissement agréable, réservé à un public averti. Elle aurait pu devenir quelque chose d’un peu plus ambitieux, mais ses auteurs préfèrent proposer une récréation sans conséquence. De quoi passer malgré tout une bonne soirée au cinéma avec quelques frissons garantis.
The Dark Side of the Moon
Ce soir, des Humains s’aventurent du côté de la face cachée de la Lune.
Un voyage vers l’inconnu, toujours plus loin de la Terre.
Le Major Tom le confirme : la Planète Bleue est toute petite et bien fragile.
Bella Valentina
En cette période de Triduum Pascal, rien de plus naturel que d’aller faire un petit tour en Italie. Dans la bande dessinée, vous connaissez peut-être « Valentina », l’héroïne de Guido Crepax dont l’intégrale est disponible chez Dargaud. Dans le cinéma, il y a Valentina Nappi, une jolie brune aux formes voluptueuses. Elle va être à l’honneur du prochain numéro d’Erotic Bazar.
Valentina Nappi est l’une des pornstars les plus connues actuellement. Elle s’est faite un nom dans l’industrie du X en tournant en Europe et aux Etats-Unis. Parmi les nombreux films à son palmarès on peut citer des productions Vixen, Tushy, Blacked, Dorcel et une parodie des « Star Wars » (‘Hand Solo-a DP XXX Parody’, pas encore vue mais cela ne saurait tarder). On peut aussi la découvrir dans le cinéma traditionnel, comme dans la comédie ‘Sexy Maddalena’ (Amazon Prime) où la réalisatrice lui a confié le rôle d’un… ange gardien ! C’est sa carrière que David Didelot (Videotopsie) va scruter sous tous les angles dans le numéro 5 de son fanzine Erotic Bazar-Chroniques de l’alcove. Un numéro culte on s’en doute (tout comme l’était celui consacré à Olivia del Rio et vite épuisé). Une publication de 110 pages, vendues 12 € (plus frais de port), attendue pour le mois de mai et bien évidemment réservée aux adultes.
David Didelot s’apprête également à publier un autre ouvrage consacré à une autre starlette italienne du cinéma pour adultes : Moana Pozzi. Ce sont les gars de Pulse Vidéo qui sont sur le coup et la campagne de financement participatif sera prochainement lancée sur Ulule.
Pour Valentina, ça se passe sur la boutique du fanzine :
https://videotopsie.blogspot.com
Réparer les étoiles
Imaginez. Un beau matin, vous vous réveillez avec la tête toute retournée. Les réveils difficiles, ça arrive à tout le monde. Sauf que cette fois vous n’avez pas passé la nuit à faire la fête. En fait vous ne vous souvenez plus de rien. Une voix programmée vous annonce que vous sortez d’un long coma artificiel. Vous réalisez peu à peu que vous êtes à bord d’un vaisseau spatial qui file tout droit vers Tau Ceti, en dehors de notre système solaire !
‘Projet Dernière Chance‘ est de ces films dont vous ne savez pas grand chose, mais que vous sentez bien. Il y est question d’astrophages, une sorte de « cancer cosmique » qui contamine les astres, et d’une mission spatiale envoyée pour essayer de trouver un remède à ce mal qui se répand à travers les étoiles et menace notre soleil. Des blockbusters de science-fiction qui traitent d’une possible fin du monde, on n’en compte plus. Mais d’où vient ce vent de fraîcheur que dégage ce très sympathique film réalisé par Phil Lord et Christopher Miller ? A un réel savoir faire de conteurs, à des effets spéciaux si stupéfiants de réalisme qu’ils se font oublier (ILM, BUF, Weta Workshop et d’autres sont au générique), à un humour bien dosé, à ses idées de mise en scène, à son interprète principal Ryan Gosling, à la bande originale composée par Daniel Pemberton ? La réponse est oui. Le film additionne tous ces éléments avec bonheur. Et le résultat, sans révolutionner le genre, se doit impérativement d’être découvert sur un grand écran et avec un son à la hauteur.
Difficile d’en dire plus sans gâcher le plaisir de la découverte. Mais on peut ajouter qu’au-delà d’une Odyssée de l’espace, d’un Interstellar rigolo, ce trip bourré de millions de dollars que se sont offerts les deux réalisateurs est en fait… un remake à peine déguisé du fauché et délirant ‘Dark Star’ (1974), le film de fin d’études de John Carpenter, co-écrit avec Dan O’Bannon. Un Projet culotté et un résultat gagnant.
Après la chute
Deux cent ans après la guerre nucléaire, les Etats-Unis sont un désert ravagé où subsistent encore et malgré tout des survivants. Il y a les malheureux qui ont subi d’horribles mutations, des factions militaires (la Confrérie de l’acier, la Nouvelle République de Californie, la Légion) prêtes à s’entretuer, quelques réfugiés dans ce qu’il reste des grands villes. Et il y a les privilégiés qui se sont développés dans les abris anti-atomiques sous-terrains. Tout ce beau monde va nous être présenté à un moment donné lorsque la candide Lucy, une habitante de l’Abri 33, s’aventure à la surface de Los Angeles, découvrant un monde impitoyable très différent de la communauté dans laquelle elle a grandi. Tout le monde recherche la « fusion froide », une source d’énergie fabuleuse, effrayante et inépuisable. Mais Lucy va surtout découvrir que son propre père a une part de responsabilité dans l’apocalypse. Qui a déclenché la fin du monde ?
Dans la saison 2 de « FALLOUT », nous retrouvons Lucy (Ella Purnell) lancée à la recherche de son père (Kyle MacLachlan) à travers les Terres Désolées, direction Las Vegas. La Goule (Walton Goggins), un chasseur de prime qui porte les stigmates d’une terrible irradiation, l’accompagne. La jeune idéaliste doit donc nouer une alliance avec cet être dénué de scrupules (des horreurs, il en a trop vu, mais il lui reste malgré tout encore l’espoir de retrouver sa femme et leur fille). Un drôle de couple que tout oppose, mais leurs différences leurs permettent d’affronter les nombreux dangers qui parsèment leur route, telle que la Légion ou diverses créatures mutantes. Tandis que la Confrérie de l’acier et ses troupes envisage d »étendre son pouvoir. En parallèle, le récit poursuit les retours dans le temps, à l’époque d’avant l’apocalypse nucléaire. Nous en apprenons un peu plus sur comment de grandes compagnies ont planifié la fin du monde (« on gagne énormément d’argent quand on vend la fin du monde ») afin de se débarrasser non pas d’une partie de son personnel… mais de l’humanité ! Afin de reconstruire un « monde meilleur » sur lequel elles règneraient bien évidemment. Mais qui tire réellement les ficelles de ce jeu délirant et cruel qui dure depuis deux siècles ? Qui a déclenché la fin du monde ?
« Je ne vais pas m’excuser de ne pas vouloir assassiner mon prochain » (Lucy)
Cette série Amazon/MGM Studios produite par Jonathan Nolan (frère de Christopher) et sa femme Lisa Joy (ils sont à l’origine de la série « Westworld »), supervisée par les showrunners Graham Wagner et Geneva Robertson-Dworet, a été tournée sur pellicule 35mm comme on peut le lire dans L’Ecran Fantastique (numéro 44, décembre 2025). Ce qui donne une esthétique cinématographique à cette adaptation d’un jeu vidéo et la distingue de beaucoup d’autres séries. Un choix visuelle qui convient parfaitement pour représenter le monde d’après (ambiance western post-apo) et d’avant la bombe. Le monde d’avant est une Amérique alternative où la robotique, les armes nucléaires et les gros écrans et claviers d’ordinateurs côtoyent des appareils photos à flash à ampoule des années 1950, tandis que passent des standards du jazz ou du rock’n roll. « FALLOUT », après une première saison très intéressante, confirme qu’elle est ce qui s’est fait de mieux dans le genre post-apo depuis ‘Furiosa’. Un mélange particulièrement réussi de SF, d’horreur, de western et de comédie.
« Okey dokey ! »
Au milieu de l’horreur, l’humour a pour fonction de dénoncer notamment les méthodes radicales de management, du monde de l’entreprise donc, appliquées à toute l’humanité. Un humour qui repose sur le décalage. Que ce soit dans les situations que vivent les nombreux personnages (exemple : la naïve Lucy qui, encerclée par un gang armé, lance : « je sais que nous avons des différences culturelles, mais il faut que vous sachiez que je suis une personne gentille »), que dans les dialogues, pour mieux respirer entre des scènes gores ou des assertions qui font froid dans le dos, car miroir de notre présent de spectateurs (« chaque dollar dépensé équivaut à un vote ! »).
Conseil d’une mère à sa fille : « Ne les vois pas comme des êtres humains, mais comme des Américains ! »
La grande question qui parcours la saison est donc : qui a déclenché la fin du monde ? La 3e saison qui doit entrer en tournage l’été prochain devrait apporter pas mal de réponses qu’il tarde de découvrir. « FALLOUT » est la série la plus passionnante du moment, avec le spin-off de « Game of Thrones », ‘A Knight of the Seven Kingdoms’. Les moyens réunis sont impressionnants. Mais c’est bien l’interprétation qui suscite tout de suite l’intérêt, avec dans les rôles principaux Ella Purnell (une Candide aux grands yeux parcourant les Terres Désolées), Walton Goggins en chasseur de prime victime des retombées radioactives, Aaron Moten en soldat de la Confrérie de l’acier et l’acteur fétiche de David Lynch, Kyle MacLachlan (l’agent spécial Dale Cooper de « Twin Peaks »), ici dans un rôle très ambigu. Dans de petits rôles on a même plaisir à reconnaitre de vieilles connaissances telles que Clancy Brown, Natasha Henstridge, Justin Theroux, Macaulay Culkin et Brian Thompson. Signalons enfin que c’est Ramin Djawadi qui signe la bande originale des deux premières saisons, musique accompagnée par des standards du jazz, de la country ou du rock’n roll tels Sinatra, Bill Haley, Johnny Cash…
‘FALLOUT-saison 2‘ est disponible sur Prime Video et va sortir prochainement sur supports physiques (dvd, blu-ray et blu-ray 4K).
Petit détour du côté de l’actualité BD. Le troisième et dernier volet du cycle « Druuna-au commencement » est disponible dans toutes les librairies et s’intitule ‘Diabolicus Morbus‘ (éditions Glénat). Il s’agit d’un prequel aux aventures de la célèbre héroïne créée par l’Italien Paolo Eleuteri Serpieri. Nous découvrons la belle brune aux courbes affolantes perdue dans la même cité interminable, affrontant encore et toujours des créatures épouvantables, des militaires aux ordres des prêtres et des intelligences artificielles gardiennes du passé et du savoir des humains. Tout ce beau monde se livre à des luttes cruelles où le sexe s’invite lorsque la belle jeune femme apparait. L’histoire signée Marco Cannavo ne change pas beaucoup de celles de Serpieri, avec le même univers de ville-labyrinthe en décrépitude. Il y est cependant plus question d’IA que de virus et de mutants. Le récit joue toujours avec les mises en abime, alternant entre flashback, rêves érotiques et réalités virtuelles. Nous retrouvons des références mythologiques, mais aussi à la ‘Divine Comédie’ (et à son Enfer) de Dante Alighieri. Quant aux dessins et aux couleurs de Andrea Iula et Corrado Roi, sans égaler le travail du maître, ils lui font honneur. Le tout se laisse lire agréablement.
Il s’agit d’une petite récréation, une pause, afin de nous faire patienter jusqu’à la publication d’un probable 10e volume des aventures de « DRUUNA » sur lequel Serpieri travaille depuis un moment déjà, comme il l’annonçait dans l’avant-propos du premier livre (‘Espoirs’, 2022) de ce nouveau cycle. L’homme n’est plus tout jeune. Le premier livre, ‘Morbus Gravis‘, fut publié en 1986. Quarante ans à suivre cette histoire d’une humanité perdue dans l’espace, ayant quitté sa planète Terre rendue inhabitable après « la grande catastrophe ». Quatre décennie où la belle Druuna et ses amants errent dans un labyrinthe de béton, d’acier et de poussière, un univers post-apo où le sexe et l’horreur se livrent une lutte sans fin. Alors croisons les doigts pour un grand et ultime retour de la divine Druuna !
Alerte : l’Angine de Poitrine
Un nouveau virus a fait son apparition au Québec et se répand actuellement un peu partout. Il s’agit de Angine de Poitrine ! Qu’est-ce que c’est que ces deux zigotos ? S’agit-il d’extraterrestres rigolos récemment débarqués sur notre planète bleue ? Ou bien d’une secte inquiétante ? Ou encore de créatures issues d’un délire à la Moebius ?
Le mystère reste entier. Khn (guitare/basse) et Klek (batterie) délivrent un rock expérimental qui vous file des fourmis dans les jambes. Une maladie contagieuse contre laquelle il n’existe aucun traitement à l’heure actuelle. Le danger est réel.
Tchao 2025, chalut 2026 !
La nouvelle année est bien entamée, mais il est encore temps de faire un petit retour rétrospectif sur celle qui vient de s’achever.
CINEMA. En matière de films, 2025 ne se sera pas distinguée par des chefs d’oeuvre qui resteront dans les mémoires. Et si vous trouvez des films qui vous font envie, c’est déjà pas mal. Encore une fois, répétons-le, on n’a pourtant jamais produit autant d’images qu’aujourd’hui (avec ou sans IA). Mais quantité ne rime pas forcément avec qualité. Trop plein de films, spectateurs blasés devant l’offre (salles, plateformes de streaming…), manque d’idées originales, manque de courage des financiers de cette industrie, manque de curiosité du public… ? Dans les films vus l’an dernier dans les salles (impossible de tout voir, pas envie de tout voir non plus), il y a cependant de bonnes choses à retenir. Et les nouveaux talents ne manquent pas. Deux titres se distinguent parmi les découvertes, deux films japonais : ‘Le Joueur de Go‘ et ‘En boucle‘. On peut également retenir ‘Companion‘, ‘Queer’, ‘The Insider’, ‘Sinners’, une nouvelle « Mission : Impossible » pour Tom l’intrépide, une ‘Ballerina’ aussi efficace qu’un « John Wick », des ‘F1’ qui décoiffent, ‘Exit 8’ et son couloir de métro inquiétant, un nouvel ‘Homme qui rétrécit’ selon Kounen… Trois réalisatrices se sont distinguées, par leur talent et leur choix de tourner en pellicule. Trois jeunes femmes d’Amérique du Nord : Annapurna Sriram avec ses ‘Fucktoys’, Grace Glowicki et son ‘Dead Lover’, et Julie Pacino avec ‘I live here now’. Des talents à suivre de près (derrière mais aussi parfois devant la caméra, avec en plus un délicieux sens de l’humour) découverts grâce à des festivals et des films qui méritent d’être plus largement diffusés. Dans le cinéma français, en plus du retour de Jan Kounen, il faut saluer la nouvelle comédie drôle et gonflée de Fabrice Eboué. Avec ‘Gérald le conquérant’, le comédien issu du stand up réalise un nouveau film qui le classe parmi les réalisateurs de comédies populaires français les plus intéressants du moment, au même titre que Franck Dubosc qui fait une apparition dans ce film.
Quand l’actualité ne vous inspire pas, certaines salles proposent des classiques à découvrir ou redécouvrir sur grand écran. C’était le cas avec ‘Terminator’ (1984) et ‘Terminator 2 : le jugement dernier’ (1991) qui montrent que James Cameron peut avoir la main un peu lourde lorsqu’il décide de restaurer ses propres films (grain de pellicule effacé, couleurs un peu trop boostées). Si ‘Star Wars, épisode III : la revanche des Sith’ (2005) a pris un méchant coup de vieux dans sa débauche d’effets numériques, il rappelle cependant le talent de conteur incomparable de George Lucas. Talent de conteur que Cameron vise avec ses « Avatar », mais sans y parvenir, car trop concentré sur la technique (George Miller sait trouver le juste équilibre avec ses « Mad Max »). ‘A toute épreuve’ (1992) de John Woo est toujours aussi percutant. ‘L’oeuf de l’ange’ (1985) de Mamoru Oshii est une oeuvre d’une grande beauté qui sait conserver une partie de ses mystères. Tandis que la ‘Horde Sauvage’ (1969) de Sam Peckinpah (même dans un DCP pas récent) remet à leur place (c’est à dire loin derrière) bons nombre de films actuels qui jouent les petits malins en se prétendant subversifs. Mais le plus beau classique redécouvert sur un grand écran et la plus éclatante copie restaurée reste le ‘Barry Lyndon‘ (1975) de Stanley Kubrick. Rien de tel que ces révisions pour se rappeler ce qu’est le cinéma, ce qu’il peut proposer et donc la qualité qu’on est en droit d’attendre d’un film.
La musique était présente dans les salles de cinéma, avec par exemple les formidables documentaires ‘Becoming Led Zeppelin’ et ‘Butthole Surfers : the hole truth and nothing butt’ qui ridiculisent le concept de biopic. ‘Sinners‘ débarqua dans les salles comme étant (en apparence) un film d’épouvante, avec des créatures aux dents longues, pour se révéler être un vibrant hommage au blues ! Il y a eu une rediffusion royale princière de ‘Purple Rain’ (1984) avec son personnage principal toujours aussi misogyne/ridicule avec les femmes, mais c’était sans doute la volonté de Prince afin de rendre son personnage/double à l’écran plus émouvant dans son parcours douloureux vers le succès. Enfin, il arrive que des concerts enregistrés soient diffusés dans certaines salles. Drôle de concept (c’est le cas de ballets et d’opéras), mais ça fonctionne pas mal lorsque vous n’avez pas les moyens de vous rendre à un concert hors de prix ou situé très loin de chez vous, et que la salle est équipée d’un excellent système sonore. Exemple de deux expériences de qualité : ‘The World of Hans Zimmer’ et ‘The Cure : the show of a lost world’.
MUSIQUE. Quelques bons albums sont sortis en 2025. Mais à titre personnel, l’année passée est à marquer d’une pierre noire avec la fermeture définitive du disquaire indépendant HIT IMPORT, à Nice. Salut amical aux deux vendeurs Fifi et Ludo, des passionnés de rock et metal également ouverts à d’autres styles. Un disquaire c’est un commerce, mais aussi un lieu convivial d’échanges et de découvertes, où on parle de musique, de ciné, de bouquins… bref de la vie.
En 2025 il y a eu un nouveau double live de Iggy Pop, un nouvel album de Buddy Guy, un live de Slash, un live de David Gilmour, des remixes des Cure, une réédition augmentée de Prince ‘Around the world in a day’, la meilleure (double) bande originale de film de l’année avec ‘Sinners’, de belles pépites lors du Disquaire Day… Mais le prix des vinyles ne cesse de grimper et lorsque vous ne pouvez pas suivre, le cd peut être une alternative. Ou bien vous pouvez vous contenter d’une écoute en ligne. Et mettre des sous de côté pour des éditions limitées plus onéreuses, mais qui valent largement le prix. Comme par exemple le dernier coffret rétrospectif consacré à David Bowie : ‘I can’t give everything away (2002-2016)’. Une édition proposant les derniers albums de Bowie, des concerts, des faces B et des inédits, le tout supervisé et remasterisé avec talent par le producteur Tony Visconti.
LECTURE. Il n’y a pas que les écrans dans la vie. La lecture sur papier résiste malgré tout. Il y a les titres de la presse que vous achetez plus ou moins régulièrement chez les marchands de journaux ou en ligne (le 4e numéro de Von, le magazine de la photographe Ellen Von Unwerth, est disponible depuis quelques semaines, tandis que Medusa fanzine n°33 est en précommande). Question de temps et d’argent. Et il y a des publications qui vous font de l’oeil dans les libraires. Ainsi l’an dernier un petit essai sur le cinéma s’est distingué, celui de Jean-Baptiste Thoret consacré à John Carpenter : ‘Back to the bone‘.
LES DISPARUS. L’occasion de rendre un petit hommage à quelques hommes et femmes qui nous ont quitté en 2025. Il y a eu David Lynch. Immense perte (et encore un David qui s’en va). Mais aussi : Claudia Cardinale, Jean-Pierre Putters, Brigitte Bardot, Bertrand Blier, Yves Boisset, Tchéky Karyo, Emilie Dequenne, Udo Kier, Terence Stamp, Diane Keaton, Gene Hackman, Rob Reiner, Robert Redford, Val Kilmer, Diane Ladd, Joe Don Baker, Ted Kotcheff, Graham Green, Michael Madsen, Jean-François Davy, Jeanna Fine, Paul Thomas, Nora Orlandi, Lalo Schifrin, Roy Ayers, Mark Snow, Marianne Faithfull, Perry Bamonte, Ozzy Osbourne, Chris Rea, Lea Massari, Nadia Cassini, Tetsuya Nakadai, Cary-Hiroyuki Tagawa, Lee Tamahori, Drew Struzan… et David Lynch.
Comme le veut la tradition, à tous les voyageurs atterrissant sur ce blog, réguliers ou occasionnels, de ce monde ou d’un autre, je souhaite une Bonne Année 2026 ! Une année pleine de découvertes, de passions et de joie face à un monde plus imprévisible que jamais, devant le retour des impérialismes et autres coups de la vie. Le cinéma et la musique ont en commun de réunir des gens différents, là ou les idéologies divisent. Une nouvelle année avec de bons films (par exemple la ressortie de ‘City on fire’ de Ringo Lam ou le ’28 ans plus tard : le Temple des morts’), de bonnes lectures et de la musique, beaucoup de musique, toutes sortes de musiques.
« The Blues chase the blues away » – Buddy Guy (2025)