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Ignominie, Patris et Filii, 4ème partie

Publié le 30/12/2012 à 09:33 par contespourtous Tags : chiens prénom pensées chats centerblog background vie moi coup chez homme enfants fond travail mort histoire nuit nature sourire
Ignominie, Patris et Filii, 4ème partie

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Jean-Claude RENOUX
nimausus@hotmail.fr
25, rue de l'Aspic
30000 Nîmes
Tel 0466214265


Ignominie, Patris et Filii, 3ème partie 

 

On n’échange pas trois mots en traversant le village. La nuit tombe vite en novembre. Il fait frisquet. Je suis sûr que lui comme moi, on pense à Simplette, plus qu’à Justin, son mari. 
Son vrai nom à Simplette, c’est Paulette. Elle n’aime pas trop, mais elle n’a pas choisi. D’ailleurs elle n’a pas choisi grand chose dans la vie, la pauvre Simplette. Elle s’appelle Paulette, parce qu’elle est née le vingt-neuf juin. Elle a travaillé dès son plus jeune âge, vu qu’elle était une enfant de l’assistance publique, comme on disait à l’époque. À seize ans, elle a quitté les champs pour venir travailler en usine. C’est là qu’elle a rencontré Justin Verdelet. 
À l’époque, c’était un beau gars. Grand, fort, un tantinet rouquin et rougeaud, et qui prenait très au sérieux sa responsabilité de secrétaire de cellule. Ma Simplette, elle n’est pas allé chercher plus loin : un ouvrier, c’était de son panier. Autant ne pas viser le panier des autres, genre fils de famille qui lui aurait fait un gosse sans l’épouser. Justin avait toute l’apparence d’un homme respectable. On voyait de suite que c’était un garçon avec qui il ne fallait pas plaisanter. Droit comme un I, sans jamais sourire, vous regardant droit dans les yeux de son regard inquisiteur. Il était tout auréolé de sa gloire récente de grand manitou du parti lors de l’épuration. Son plus grand acte de résistance, je crois que c’est d’avoir commandé les pelotons d’exécution des collabos du coin. Elle n'a pas dû rigoler tous les jours, la Simplette, avec le Justin coincé comme une fermeture éclair dans les poils de… Je m’égare ![/i]

[i]Qu’est-ce qu’on trouve en arrivant chez Simplette ? Mes pieds nickelés et leur curé délabré.
Ma Simplette, elle est debout, nerveuse comme une chèvre, à tirailler son tablier qui n’a plus d’âge. Pas question de leur offrir à boire.[/i]

Chacal : Pauvre Justin, lui si gentil, toujours le mot pour rire.
Le curé : Ignominie Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, Amen !
Simplette : Tu l’as souvent entendu rire, toi ?
Chacal : C’est que, c’est un homme qui avait de la retenue.
Simplette : Quand il cognait, j’aurais préféré qu’il en est un peu plus, moi, de la retenue. 
Gégène : Peut-être, mais on peut pas lui enlever ça : il était travailleur !
Balayette : Ça oui, on pouvait pas lui enlever ça, il travaillait beaucoup. C’est moi qui vous le dis, vu qu’il a travaillé à la briqueterie quand j’étais contremaître. On avait pas les mêmes opinions, mais je peux dire qu’il travaillait beaucoup.
Simplette : Il buvait beaucoup aussi !
Le curé : Ignominie Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, Amen !
Gégène : Le travail ! J’ai lu que les travailleurs de force doivent boire beaucoup pour brûler les calories. Ils en ont trop, c’est pour ça qu’ils travaillent et qu’ils boivent. C’est dans leur nature. Mais ils peuvent pas tout éliminer d’un coup.
Simplette : Dommage.
Le curé : Ignominie Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, Amen !

La pauvre Simplette, ce curé radoteur, ça la laisse perplexe.

Simplette : Il est rayé ou quoi ?
Gégène : Non, il est vieux, il sert plus à grand chose, alors on l’a sorti un peu, histoire qu’il prenne l’air. Ton mari, Simplette… (Le regard de René lui fait brusquement se souvenir du prénom de notre hôtesse) Paulette, il travaillait beaucoup, donc il buvait beaucoup. C’est logique, quand on y réfléchit.
Simplette : La logique, la logique, elle explique pas tout la logique. Regarde Mitterrand, il était contre la peine de mort, Mitterrand. Eh ben il est mort quand même !
Gégène : Mais ça n’a rien à voir, Sim… Paulette !
Simplette : C’est bien ça que je dis. C’est pas logique !
Chacal (faussement contrit et plein d’arrière-pensées) : Pauvre Justin !
Balayette : Allez, c’est bien les meilleurs qui s’en vont les premiers.
Gégène : Oui, c’est ceux qui restent les plus à plaindre, allez !
Simplette : Mais je ne me plains pas !
Le curé : Ignominie Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, Amen !
Gégène : Je disais ça en général… Paulette !
Simplette : Oui, eh bien c’est moi la veuve, si tu as quelque chose à dire, tu me le dis à moi, c’est pas la peine de passer par le général, tout gaulliste que tu soyes.
Gégène : C’est manière de parler, Paulette.
Simplette : Oui, eh bien je suis peut-être simplette, mais les manières, c’est pas toi qui me les apprendras. À t’entendre, on croirait que tu souhaiterais que ce soye moi la morte et que le mort, il soye vivant.
Chacal : Paulette !
Le curé : Ignominie Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, Amen !
Simplette : Rien du tout. Je dis que mon mari, il buvait, et que quand il buvait, après il me cognait. 
SALAUD !
Gégène : Rétablissons les faits objectivement : il buvait beaucoup parce qu’il travaillait beaucoup, et s’il te frappait de temps à autre, c’est parce qu’il avait encore de l’énergie inemployée ! C’est le militaire qui te parle, je sais de quoi je parle. C’est du vécu. C’est du vécu et c’est scientifique.
Simplette : C’est sans doute pour ça que j’y ai jamais rien compris, moi, à la science !
Gégène : C’est pourtant facile à comprendre. C’est pas tant qu’il buvait trop, c’est qu’il ne travaillait pas assez ! Au fond, ton mari, c’était un tendre qui s’ignorait.
Simplette : Ça, il le cachait bien.
Le curé : Ignominie Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, Amen !
Gégène : La vérité, c’est qu’il s’économisait. Il aurait été gentil tout le temps, sa gentillesse naturelle se serait vite épuisée. Il y a des gens comme ça, tu sais. Il y en a plus qu’on croit. Ils se retiennent pour pas tout donner d’un coup ! 
C’est la rareté des choses qui fait leur valeur. Tous les économistes te le diront. N’est-ce pas Chacal ?
Simplette : Oui, eh bien, c’est pas les conomistes qui vivaient avec lui. Quand il me frappait, moi j’aurais préféré qu’il se conomise, comme tu dis. 
Chacal : Que veux-tu, c’était sa nature !
Le curé : Ignominie Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, Amen !
Gégène : Pauvre Justin.
Balayette : Il aimait pas trop les enfants, mais il était gentil quand même.
Chacal : Il aimait pas les chiens non plus.
Gégène : Et les chats, il les aimait pas aussi !
Le curé : Ignominie Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, Amen !
Balayette : Il aimait personne, c’était dans sa nature ça aussi, mais il était quand même gentil quand on savait le prendre.
Chacal : Pour bien savoir le prendre, en fait il fallait le laisser !
Gégène : C’est ça, il fallait le laisser travailler et boire.