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j'adore le conter, les enfants sont ravis de reprendre en cœur, pauvre ... il était tout mouillé, il avait
Par Anonyme, le 20.12.2021
merci infiniment pour ce magnifique conte
Par Anonyme, le 30.11.2021
superbe
Par Anonyme, le 21.05.2021
du génie
Par Anonyme, le 09.05.2021
excellent
Par Mohand, le 10.04.2021
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Date de création : 28.10.2008
Dernière mise à jour :
19.01.2024
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Jean-Claude RENOUX
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25, rue de l'Aspic
30000 Nîmes
Tel 0466214265
Ignominie, Patris et Filii, 2ème partie
Gégène : Remarquez, gueuler, c’est un signe de santé. C’est le militaire qui vous parle.
Moi : Ça, pour avoir la santé, elle avait la santé !
Chacal : Elle est morte en bonne santé, quoi.
Gégène : C’est déjà une consolation !
Balayette : Eh oui, quand on pense qu’elle aurait pu vivre centenaire !
Moi : Quand on y pense, oui, c’est une consolation.
Chacal : Ça aussi, ça console. Santé !
Quel malheur ! Mais qui a pu faire une chose pareille ?
Le curé : Ignominie Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, Amen !
Moi : Dites donc, votre curé là, c’est bien, ça rappelle le bon vieux temps, mais ça lasse à la fin. Il ne sait pas dire autre chose ?
Chacal : Rien ! C’est tout ce qui lui reste.
Gégène : Remarquez, pour un curé, c’est l’essentiel.
Moi : Le B.A. BA de l’abbé, en somme.
Gégène : C’est ça. J’en ouvre une autre. Sacré Dubouchon, toujours le mot pour rire.
Moi : Oui, heureusement qu’il nous reste les enterrements pour ça.
Gégène : Un petit dernier. Santé !
On m’a dit que la tête de votre femme a éclaté comme une noix de coco !
Moi : Je vois que monsieur est connaisseur.
Balayette : Oui, une noix de coco coupée nette de haut en bas, avec un œil de chaque côté.
Moi : Ça, pour du travail soigné, c’était du travail soigné.
Chacal : Oui, même que la cervelle s’est répandue partout.
Moi : Déjà qu’elle n’en avait pas beaucoup, la Fernande. Sauf pour compter. Ça, on ne peut pas dire, elle savait compter. On ne peut pas dire qu’elle n’économisait pas.
Le curé : Ignominie Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, Amen !
Chacal : Tout ça c’est pas bon pour l’image du village.
Moi : Le village ? Il n’y a plus que des vieux comme nous au village, ça ne changera pas grand chose.
Balayette : Allez savoir ! C’est peut-être bon pour le tourisme. Regardez l’auberge rouge, eh bien on la visite encore, alors que quand il y a eu toutes ces histoires avec Fernandel, on n’était pas encore nés, nous autres.
Chacal : Il est goûteux, votre Listel. Santé !
Oui mais là-haut il y en a eu plusieurs de meurtres.
Gégène : Ça c’est sûr que ça fait pas sérieux par rapport à eux. C’est toujours les mêmes qui ont de la chance, allez. Enfin, qui vivra verra comme on dit !
Balayette : Santé !
Chacal : C’est ça, santé.
À la vôtre, Dubouchon !
C’est là qu’il frappe à la porte mon René.
Moi : Entrez !
Je trouve que ça lui va bien ces cheveux gris mi-longs coupés au bol et ces lunettes rondes. Il n’a pas trop changé depuis vingt ans, à part sa crinière grisonnante et ce petit pli d’amertume aux coins des lèvres. Il porte toujours des jeans : pantalon, chemise, blouson.
René : Lieutenant René Verdelet.
Chacal : Mais c’est le fils du Justin !
Moi : Bonjour René. Tes parents, ça va ?
René : Je ne sais pas, je n’ai pas eu le temps de passer à la maison. Je suis ici pour des raisons professionnelles !
Gégène : C’est vrai que tu es dans la police maintenant ! Si on m’avait dit ça un jour, le fils Verdelet flic. Ton père, c’était un rouge à l’époque. Aujourd’hui il fait comme trente pour cent des vieux d’ici : il vote pour Le Pen.
Moi : Assieds-toi mon petit. Ces messieurs allaient partir.
Chacal : C’est ça, on cause, on cause, et on voit pas passer les bouteilles. Au plaisir, Dubouchon, on se revoit à l’enterrement ?
Moi : Oui, oui, c’est ça. Allez au revoir !
On les entend chanter :
« À l’enterrement de ma grand-mère
J’étais devant, j’étais derrière
J’étais derrière j’étais devant
J’étais tout seul à l’enterrement.
Ils ont des chapeaux ronds, vive la Bretagne
Ils ont des chapeaux ronds, vive les Bretons »
Moi : Tu sais mon petit, dans les enterrements, ce n’est pas le deuil le plus dur à supporter, c’est les con… doléances.
On se regarde longuement, on se sourit. Lui et moi, on s’est toujours compris.
Moi : Ça me fait plaisir de te revoir, mon petit.
René : Moi aussi. Vous savez, un instituteur comme vous, ça marque. On ne l’oublie pas.
Moi : Tu étais un bon élève, il n’y a pas à dire. Quelle idée de devenir flic !
René : C’est un métier comme un autre. Il faut bien manger. Et puis, j’aurais fait n’importe quoi à vingt ans pour emmerder mon père.
Je le revois marcher en tirant son charreton. Tout droit et tout rouge. Plus il buvait, plus il était rouge et plus il marchait droit. Un imbécile à qui des gens comme vous ont fait croire qu’il était le sel de la terre, et qu’en se libérant il libérerait la société tout entière. Ça lui donnait le droit de me mépriser parce que je ne voulais pas devenir ouvrier, comme lui. Il vous méprisait aussi, vous, un intellectuel ! Il méprisait la terre entière.
J’ai d’abord était gauchiste, pour l’emmerder, et puis flic.
Moi : C’est beau la vocation.
C’est vrai que ton père, il était rouge en ce temps-là. Ça lui allait bien au teint. Et puis, ça faisait couleur locale. La briqueterie, la politique, tout le village était rouge, même l’instituteur.
Bon, flic ou pas, je suis quand même content de te revoir. Ça te fait quoi de revoir le village ?
René : Déjà que c’était pas gai du temps de la briqueterie, maintenant qu’elle a fermé c’est devenu…
Moi : Mortel ?
René : J’osais pas vous le dire.
Moi : Tu sais que l’école a fermé aussi ? Le maire a bien fait venir une famille de Rmistes de la région parisienne. On en a parlé à la télévision. Les enfants ont grandi. La Rmiste elle ne pouvait plus en faire. Ils sont restés, les Rmistes. Par conscience professionnelle. Alors voilà, maintenant il n’y a plus que des vieux au village, comme moi, et des Rmistes, pour faire moderne.
Et ta femme, ça va ?
René : Mon ex-femme. Elle est partie avec les gosses.
Moi : Je sais, mais j’ai du mal à m’y faire.
René : Pas moi. Le métier, vous comprenez, ça me prend du temps, j’étais pas souvent à la maison.
Moi : Elle reviendra.
René : Non, elle ne reviendra pas. J’aime mieux me dire qu’elle reviendra pas plutôt qu’elle repartira. Elle s’est mise avec quelqu’un d’autre. Je prends les enfants pour les vacances. Vous savez, j’aurais préféré revenir en d’autres circonstances.