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Date de création : 30.11.2013
Dernière mise à jour : 14.07.2026
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PRETRE

Publié le 26/06/2026 à 08:36 par papilacabane Tags : image sur vie merci moi france place saint monde chez homme femme société dieu nuit enfant

« Ce jour où

je me suis

senti prêtre »

  1. Des prêtres de tous âges, horizons et sensibilités témoignent à La Croix de ce moment où ils onttouché du doigt la raison d’être de leur ministère.

«Un matin, je traversais le village de la vallée de la Durance où j’étais curé depuis quinze ans, lorsque je vis sortir d’un bistrot un homme complètement ivre. Il se dirigea vers moi et me lança : “Je peux t’embrasser ?” Je lui répondis oui et il se jeta alors dans mes bras... À cet instant, j’ai senti que je n’étais pas seulement moi-même : c’est l’Église qu’un pauvre venait embrasser », raconte le père ­Stéphane Ligier, 54 ans. Prêtre du diocèse de Digne, il a toujours été proche des personnes en difficulté, habité par cette conviction : l’Église est « au service du monde » pour « témoigner de la proximité du Christ » – un monde, qui bruisse de « questionnements » et de « recherche » de sens. Mais c’est ce jour-là, vingt-six ans après son ordination, dans cette étonnante rencontre, qu’il a saisi intimement le sens de son sacerdoce.

Ce week-end en France, près d’une centaine de séminaristes diacres seront ordonnés prêtres. Ils vivront le même rituel, s’allongeront au sol au son de la litanie des saints, recevront l’imposition des mains de leur évêque et de leurs futurs ­confrères prêtres, comme cela se vit de façon ininterrompue depuis des siècles, puis présideront le lendemain leur première messe… Pour certains, c’est lors de l’un de ces gestes qu’ils toucheront du doigt la raison d’être de leur engagement sacerdotal, pour d’autres qui ont peut-être pourtant reçu un appel assez tôt dans leur enfance, et étudié pendant des années au séminaire, ce ne sera que bien plus tard qu’ils réaliseront le sens profond de ce qu’ils ont reçu ce jour-là…

C’est le cas du père Matthieu ­Bévillard, 32 ans, qui est resté « scotché »par une phrase, lancée à son adresse au moment où il franchissait la porte d’une chambre d’hôpital pour donner le sacrement des malades : « C’est le Galiléen qui vous envoie ! » L’homme, en fin de vie, s’était levé de son lit prononçant ces paroles d’une « voix très habitée ».

« Il m’a ramené à ce rôle fondamental du prêtre qui est de permettre aux fidèles d’entrer en contact avec le Christ aujourd’hui», confie ce prêtre qui célèbre la messe en ­latin et en français. C’est dans les ­sacrements que ce membre de la communauté des missionnaires de la miséricorde divine contemple la ­façon dont Jésus vient « concrètement toucher, nourrir, guérir »ceux qui viennent à lui. « En voyant tout cela, il faut rester lucide et ne pas prendre le melon : c’est un autre qui agit à travers notre humanité », souligne le prêtre ordonné il y a douze ans. Lorsque les personnes le gratifient d’un « merci mon père », il répond toujours « merci Seigneur ! ». Mais ces expressions de « gratitude » lui vont aussi droit au cœur : « C’est aussi un signe ­d’encouragement. »

C’est à bord de sa Peugeot que le père Christophe Sauvé, 58 ans, exerce son « ministère itinérant ». « Mon garagiste musulman m’appelle le commercial de Jésus ! », ­s’amuse ce prêtre du diocèse de Nantes, trente ans d’ordination et 45 000 km par an au compteur. Il accompagne les Tsiganes, une communauté dont il est lui-même issu. L’été est une période particulièrement intense : les caravanes s’installent sur « les grands terrains », mis à disposition par les pouvoirs publics. C’est là que le père Sauvé rejoint les familles pour célébrer l’eucharistie, les baptêmes, les confirmations… « Je suis sans cesse sollicité par les familles et je partage la simplicité de leur vie dans les moments joyeux et douloureux,explique-t-il. Je ne suis pas prêtre pour moi-même mais pour les autres. »

Il l’a particulièrement expérimenté le jour où il a reçu l’appel téléphonique d’un couple qui lui demandait de le rejoindre en urgence. Un « grand silence » règne sur le campement quand il gare sa voiture. Il découvre, entouré par sa famille, un enfant sans vie de 2 ans. Il était atteint d’une malformation cardiaque. La famille a refusé que le personnel des pompes funèbres touche le corps du petit et appelé le prêtre. « Ils m’ont demandé de les aider à déposer l’enfant en paix dans son cercueil et de le recouvrir de draps blancs. Il y avait entre nous une telle confiance, une telle communion…» Dans des moments comme celui-ci, explique-t-il, il est le « Rachaï » : « L’envoyé de Dieu. » Envoyé auprès de ces familles « souvent incomprises de la société mais aussi des chrétiens »,il veut être « le représentant du Prince de la paix, dans l’écoute, le dialogue et l’appel à la fraternité, mais c’est de plus en plus difficile, tant la haine et la violence anti-tziganes gagnent du terrain. »Le prêtre est souvent appelé au moment des expulsions… Et une partie de son ministère est dédiée au rôle de médiateur entre les familles, la mairie, la préfecture, la police, le procureur. Comme on l’a vu avec le père Bévillard, la célébration des sacrements peut jouer un rôle de puissant révélateur. Le père Marc Hémar, 71 ans, se trouvait il y a quelques années dans la paroisse Saint-Alpin de Châlons-en-Champagne qui proposait « les 24 heures du pardon ». Le principe : une église ouverte jour et nuit pour accueillir les gens qui veulent se confesser. « Un homme entre et s’adresse au premier prêtre qu’il croise : moi, se souvient-il. Nous nous retirons dans la chapelle, et l’homme m’explique qu’il traîne un boulet depuis trente ans… » Une « écoute profonde » et la discussion qui s’ensuit révèlent qu’il a commis un « péché grave ». Le prêtre, qui à l’âge de 6 ans affirmait à ses parents qu’il voulait devenir « Monsieur le curé », n’en dit pas davantage : secret de la confession oblige. Mais il témoigne que cet homme, qui est entré à cause du mot « pardon » inscrit sur les panneaux extérieurs, a retrouvé « sa liberté intérieure ».

« On se sent tout petit devant ce sacrement de la miséricorde qui nous dépasse complètement ! », confie le prêtre, ordonné il y a vingt-neuf ans. Pour qu’une rencontre vraie se produise, il faut être habité par« une qualité de présence », insiste-t-il.« Cette présence, c’est le Christ qui me la donne. Il s’agit ­d’être là, tout simplement.» Il se réjouit de la mise en place, par le diocèse, de petites fraternités locales qui allègent son emploi du temps.« Aujourd’hui, je passe moins de temps en réunion avec les différents conseils (pastoraux, économiques, etc.) qu’il y a quelques années. Je suis davantage disponible. »

Pour le père Emmanuel Blondeau, 63 ans, le « petit miracle » est hebdomadaire. Ce recteur de la cathédrale de Chartres, nommé à la rentrée prochaine formateur au séminaire d’Orléans, propose à chaque réunion avec ses paroissiens de méditer sur l’Évangile du dimanche suivant. « Je démarre avec une page blanche », explique ce prêtre du Prado (1), ordonné il y a trente-trois ans. « Durant la semaine, leurs commentaires et réflexions nourrissent ma méditation et ma prière. » Et portent parfois des fruits inattendus, à l’image de cette femme qui a demandé à rejoindre le catéchuménat après avoir écouté une de ses prédications. « En me laissant travailler par l’Esprit, je trouve des mots qui peuvent toucher les cœurs. C’est dans un moment tel que celui-ci que je m’étonne devant ce que Dieu arrive à faire avec un clampin comme moi!», s’esclaffe-t-il.

Même étonnement chez Loïc Madjri, 38 ans, ordonné en mai dernier pour le diocèse d’Arras (Pas-de-Calais). Il a hésité à répondre aux questions de La Croixmais le voilà partant pour raconter ce qu’il vient de vivre et qui lui révèle la surprenante fécondité du ministère de prêtre. À la paroisse de Béthune, il a été contacté par une mère de famille qui s’inquiétait pour son fils de 22-23 ans, qui a des problèmes de santé et a recours à la magie pour obtenir du « succès » et de « l’argent ». Le prêtre appelle le jeune et l’invite à se mettre « en relation avec le Christ pour voir comment il peut l’aider ». Il lui conseille de participer à la messe et de pratiquer l’adoration. Pour le soutenir, il prend même sur son lundi, habituellement son jour de repos, pour aller célébrer la messe avec lui et sa famille. Le jeune ressent une « grande paix » ; depuis, il s’est engagé de son propre chef dans la catéchèse pour adulte. « J’ai suivi le conseil que m’avait donné un prêtre avant mon ordination : ne freine pas le don que tu vas recevoir, tu verras que le Christ est toujours vivant et agissant. »

Gilles Donada