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Date de création : 30.11.2013
Dernière mise à jour : 14.07.2026
12685 articles


RELIGION

journeedePriere

Publié le 22/08/2025 à 15:56 par papilacabane Tags : sur vie moi france place monde chez homme article création dieu livre

Journée de jeûne et de prière pour la paix : « La prière est capable de transformer le monde »

Entretien

Article réservé à nos abonnés. « Le jeûne parle de la relation première de l’homme avec <a class=Dieu. »" />

« Le jeûne parle de la relation première de l’homme avec Dieu. » Thomas Brégardis / OUEST FRANCE/MAXPPP

Léon XIV a invité, vendredi 22 août, les fidèles à une journée de jeûne et de prière pour la paix. Le père Jean-Luc Fabre, directeur France du Réseau Mondial de prière du pape (1), revient sur le sens de cette invitation et de cette tradition dans l’Église.

La Croix : Le pape Léon XIV a appelé, vendredi 22 août, les fidèles à une journée de jeûne et de prière pour la paix, pourquoi ?

Père Jean-Luc Fabre :Cette intention rejoint celle du mois d’août, confiée par le pape au Réseau mondial de prière du pape, qui est pour la « cohabitation pacifique » des sociétés ! La question qui se pose est : la prière est-elle du côté de l’action ou de la relation ? Lorsqu’on accomplit une action, nous voulons un résultat, de même lorsque nous prions. Or, ce qui est important, c’est de comprendre que la prière est d’abord, et avant tout, une recherche de relation.

Certes, elle est en partie du côté de l’action et le fait de prier et de jeûner mobilise tout notre être : notre tête, notre corps et notre cœur. Mettre en jeu des choses qui sont nécessaires à notre vie manifeste l’intensité de notre supplication. Toutefois, l’action véritable n’est pas celle que je suis capable de faire par moi-même mais bien celle qui passe par le fait que je me reçois d’abord de Dieu, puis que je suis en relation avec la Création et avec d’autres personnes.

La prière réordonne nos relations et donc notre action. En cela, la prière est la quintessence de l’action. C’est là la grande redécouverte permise par l’Apostolat de la prière né en France en 1844 (devenu sous le pape François « Réseau mondial de prière du pape »), celle de croire que la prière est capable de transformer le monde. Le pape Léon XIV ne dit pas autre chose quand il dit, par exemple, à propos de la situation en Ukraine : « Il faut travailler dur et prier beaucoup ».

La Croix : Est-ce une demande exceptionnelle faite par Léon XIV ou une tradition chez les papes ?

J-L. F. :C’est une tradition dans l’Église catholique. Le pape François a notamment appelé à une journée de prière et de jeûne en octobre 2024 un an après les attentats du Hamas en Israël le 7 octobre 2023. On peut aussi penser à Jean-Paul II qui avait lié les rencontres interreligieuses pour la paix d’Assise au jeûne et à la prière, ou qui, après les attentats de 2001 à New York, avait proposé cette même démarche alors que les musulmans finissaient le Ramadan.

Il avait cette idée que le jeûne est une démarche profonde partagée par de nombreuses traditions religieuses et spirituelles. Il faut également noter que cet appel au jeûne et à la prière n’est pas que le fait des papes. Le 14 août, l’Union internationale des supérieures générales a demandé une journée de jeûne et de prière pour la paix. Après l’assassinat du père Jacques Hamel, Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, avait aussi appelé à une telle journée.

La Croix : Quels sont les fondements de ces appels à la prière et au jeûne ?

J-L. F. : Il suffit de penser à la manière dont Jésus commence sa mission publique. Après avoir été baptisé, il part au désert où il jeûne et prie durant quarante jours. Il va y vivre une dimension fondamentale de l’être humain telle qu’elle a été rapportée notamment dans le livre du Deutéronome (8,3) : « Il t’a fait passé par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim et il t’a donné à manger la manne, cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue, pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. ».

Le jeûne parle de la relation première de l’homme avec Dieu. Et ce n’est qu’à partir de là qu’il trouve le véritable sens de son action. Une fois arrivé en terre promise, alors que le peuple hébreu sera capable de produire lui-même sa propre nourriture, sera mis place le rite de l’offrande des prémices, ces premiers fruits récoltés offerts comme manière de recevoir de Dieu tout don et d’aider l’homme à partager. Plus largement, le jeûne ouvre notre cœur à accueillir la vie avec gratitude, comme un don sacré.

(1) Cette œuvre pontificale présente dans 89 pays et touchant 22 millions de catholiques mobilise chaque mois les fidèles autour d’une intention particulière du pape : https://www.prieredupapefrance.net/

LARELIGION

Publié le 09/09/2024 à 11:32 par papilacabane Tags : sur bonne vie saint monde mort société dieu

« La religion peut contribuer à restaurer ce que le capitalisme a détruit » « La religion peut contribuer à restaurer ce que le capitalisme a détruit »

 

File d’attente devant un Apple store lors de la sortie de l’iPhone 11 à Shanghai, en Chine, vendredi 20 septembre 2019. WANG GANG / Featurechina/MAXPPP

 

Alors que nos sociétés s’égarent dans un matérialisme toujours plus prononcé cherchant à remplacer les idoles de jadis par une fervente foi dans la croissance économique et l’acte de consommation, la notion de transcendance s’étiole dramatiquement. Pourtant, bâtir un nouveau contrat social capable de réconcilier respect des limites planétaireset des fondamentaux sociaux exige de renouer avec la religion, et de ressusciter le Dieu que le capitalisme triomphant pensait avoir effacé.

C’est à la fin du XIXème siècle dans le bouillonnant contexte du déploiement fougueux de la société commerciale, jubilante de ses réussites économiques, que Friedrich Nietzscheemprunte à Gérard de Nerval la formule qu’il contribue à rendre célèbre « Dieu est mort » [1]. Cette phrase qui apparaît sous sa plume dans Le Gai Savoir (1882) exprime à la fois le lucide constat de la déchristianisation et sa vive critique de la religiosité.

Face à la redoutable efficacité de la technologie industrielle, la morale et la métaphysique religieuse perdent en influence pour être peu à peu remplacées par une foi aveugle dans le « saint marché » dont les voies, comme l’a prouvée la crise de 1929, semblent tout aussi impénétrables, et dans la science. Abattre de vieilles idoles, seulement pour leur en substituer de nouvelles, tend à montrer ce besoin de l’être humain pour la vénération de ce qui le dépasse.

L’illusion du développement personnel

Seulement voilà, cette fâcheuse tendance de l’humain à placer sa foi dans la croissance économique capitaliste culmine depuis le tournant néolibéral des années 1980 à des hauteurs vertigineuses. Pour s’en convaincre il suffit d’observer les files d’attentes de fidèles attendant, devant la boutique, la sortie le nouvel Iphone doté d’une inédite fonction futile, ou les fanatiques entrepreneurs comme Elon Musk qui promettent de régler la question écologique à coups de satellites.

Face à la « grande détresse » [2], Jésus n’avait-il pas dit à ses disciples que « de faux prophètes se lèveront et produiront signes formidables et prodiges au point d’égarer même les élus » [3] ? Devant ce déchaînement de matérialisme vide de sens, l’humain reste pourtant en quête de spiritualité. Pour tenter de pallier ce manque, des guides de développement personnel fleurissent. Nombrilistes à outrance, ils ne font que renforcer nos individualismes et contribuent à l’éclatement du corps social.

Un besoin fondamental de l’humain

Loin de croire que la religion soit une relique du passé qui va progressivement disparaître face aux progrès scientifiques, ou bien un simple « opium du peuple » destiné à discipliner les masses, je crois qu’elle répond à un besoin fondamental de l’humain, en particulier à l’heure où le capitalisme entre en décadence. Tel que l’avait prédit dès 1972 le rapport Meadows [4], la recherche de croissance infinie dans un monde aux ressources finies ne peut mener qu’au dépassement des 9 limites planétaires auquel nous assistons aujourd’hui.

Outre l’insoutenabilité écologique, c’est le lien social, ciment de la bonne entente des sociétés humaines que notre modèle économique œuvre à détricoter. Tel que le montrait déjà en 1944 Karl Polanyi, l’extension sans fin du marché, qui mène au remplacement des relations de réciprocité, de don ou de charité entre les humains par des échanges marchands ne peut mener qu’à une économie désencastrée des relations sociales [5], autrement dit inhumaine.

La force de la religion

C’est précisément à ce niveau fondamental que la religion peut contribuer à restaurer ce qui a été détruit. Tel que l’explique le sociologue Hartmut Rosa « la religion puise sa force intrinsèque dans le fait qu’elle dise : mon existence n’est pas fondée sur un univers muet, froid, hostile ou indifférent mais sur une relation répondante. C’est le cœur de la pensée religieuse des trois monothéismes » [6].

Ce que nous dit ici le penseur allemand, c’est que l’être humain a profondément besoin d’entrer dans une relation de résonance avec une altérité englobante, qu’on ne peut pas comprendre, et que l’on peut appeler Dieu. Cette humilité devant l’incompréhension, la reconnaissance que quelque chose nous dépasse c’est l’inverse de la posture du technosolutioniste qui, à l’image de Prométhée, « armé de son arc partit faire la guerre à Dieu » [7]. La science n’explique pas tout, et affirmer qu’elle le pourra un jour relève d’une idéologie funeste, cherchant à extraire l’humain de sa réalité : celle des limites.

Une autre prospérité

Sauver l’humanité exige de rompre avec le consumérisme poussant à la vaine accumulation d’objets matériels qui ne peut combler le vorace appétit suscité par la publicité. Pour cela il faut renouer avec l’essentiel, soit la faculté d’émerveillement pour les petites choses de la vie rythmant la convivialité du quotidien, celle que les films du studio Ghiblimettent à l’honneur.

Ce discours anticapitaliste est un des messages clés de l’Évangile. Comme le dit Jésus aux disciples, le bonheur ne saurait résider dans le matérialisme : « ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où les mites et les vers font tout disparaître » [8], et le fait d’accumuler la richesse éloigne des Cieux « en vérité je vous le dis, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux » [9] . La prospérité ne réside pas dans l’achat compulsif et l’aisance ostentatoire, mais dans l’échange fraternel avec les autres êtres humains et la relation de résonance avec un Dieu quel qu’il soit.

Je suis convaincu que la religion peut contribuer à nous aider à retrouver cette saine humilité, à créer des espaces de dialogues riches et in fine à faire advenir une forme de décroissance prospère, comme semble nous y inviter le Pape François dans son encyclique Laudato Si.

[1] NIETZSCHE Friedrich, Le Gai Savoir (1882), 108.
[2] L’Evangile selon Matthieu, chapitre 24, verset 21.
[3] L’Evangile selon Matthieu, chapitre 24, verset 24.
[4] Les Limites à la croissance, rapport commandé par le club de Rome, 1972.
[5] POLANYI Karl, La Grande Transformation, 1943.
[6] ROSA Hermut, Pourquoi la démocratie a besoin de religion, la Découverte 2023.
[7] Prométhée, chanson du groupe Akhenaton, Album Métèque et Mat, 1995.
[8] L’Evangile selon Matthieu, chapitre 6, verset 19
[9] L’Evangile selon Matthieu, chapitre 19, verset 24.

LEMARIAGE

Publié le 18/08/2023 à 16:29 par papilacabane Tags : saint monde enfants histoire dieu

« Il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du royaume des Cieux »

Les célibataires, c’est un tout petit morceau de l’humanité qui, de la part de toute l’humanité, renonce à ce qui est le plus elle-même pour se laisser saisir par Dieu, et saisir sans division, « celui qui est marié est divisé » (1 Co 7,33), dit saint Paul. Et si ce tout petit morceau d’humanité fait cette démarche vers le Seigneur, c’est pour vivre seulement l’Amour dont il aime l’humanité. En faire une histoire personnelle, c’est en faire une très petite chose. Le célibat est une fonction d’amour vécue de la part du monde entier. Et cela amène ceux qui y sont appelés à accepter le choix de solitude que le Seigneur a fait pour eux. Un célibat qui ne serait pas une solitude serait un ersatz. L’acceptation de cette solitude en face de Dieu est comme la rançon, le gage de notre disponibilité pour l’amour.
Le mariage est la somme de deux vocations qui se retrouvent dans un même foyer. Ces deux êtres se conditionnent et s’influencent et s’aident. Dans le célibat, on est seul en face de Dieu et le Christ devient celui dont on est le conjoint. C’est son royaume qui devient le foyer et toute l’humanité qui devient les enfants. (…) Cette disponibilité n’est que l’expression d’une même option pour le déracinement de la terre, et l’implantation dans le Christ. « Il y en a qui ne se marient pas à cause du Royaume » (Mt 19,12), dit l’Évangile. Le commandement du Seigneur : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toute ton âme et de toutes tes forces » (Mt 22,37) doit être pris à l’état pur et direct par le célibataire.

LES IMAGES DU PONTIFICAT

Publié le 16/08/2022 à 16:01 par papilacabane Tags : image sur place saint monde photo
« Le pape rejoint ceux qui sont confinés » : le 27 mars 2020, une bénédiction en temps de Covid

Le 27 mars 2020, alors que l’Italie entre dans sa troisième semaine de confinement, que le Vatican est fermé au public et que la pandémie de Covid se diffuse dans le monde, le pape François choisit de sortir de ses appartements pour un temps de prière et une bénédiction urbi et orbi, à la ville et au monde, sur la place Saint-Pierre.

Habituellement rempli de touristes et de pèlerins, le cœur palpitant de la cité papale est vide de toute foule. Le pape François célèbre sous une pluie discontinue, sous un crucifix miraculeux. Habituellement installé dans l’église San Marcello al Corso, à Rome, il aurait permis de stopper une épidémie de peste dans Rome en 1552.

La célébration est suivie par des milliers de fidèles à la télévision. Et cette image du pape, « petit point lumineux blanc au milieu du désert », comme le décrit Isabelle de Lagasnerie, cheffe du service photo de La Croix, restera comme un symbole du lien maintenu entre le Saaint-Père et les fidèles pendant la pandémie de Covid-19. Une manière pour le pape d’insuffler de l’espoir et de leur dire : « Revenez quand on pourra », conclut Dominique Greiner, rédacteur en chef religion de La Croix.

LAGLOIRE DE DIEU

Publié le 29/05/2022 à 08:57 par papilacabane Tags : bonne vie amour saint dieu message
COMMENTAIRE Réservé aux abonnés Voir la gloire de Dieu ?

Faut-il s’appeler Étienne et être à la veille de son martyre pour voir la gloire de Dieu ? Étienne, face à ses accusateurs, est rempli de l’Esprit Saint. Appelé à devenir apôtre, il porte en lui l’espérance et la Bonne Nouvelle dont il aura été un témoin vivant. Ce même Esprit que nous avons reçu à notre baptême et à notre confirmation et que nous invoquerons à nouveau à la Pentecôte­. Étienne, au moment de sa lapidation s’abandonne dans la confiance et s’en remet à Jésus. Jésus, entré dans la gloire du Père, n’a cessé de prier pour l’unité. Une unité qui s’adresse à tous, à ceux qui sont là, à ceux qui croiront grâce à la Parole proclamée par les uns et les autres. Cette unité n’est pas non plus uniformité mais elle est communion. C’est l’amour parfait entre le Père et le Fils qui crée l’amour, dans le respect même de la liberté de chacun d’entre nous. Cette commu­nion rend crédible le message que nous avons reçu et que nous transmettons à notre tour. Et la communion ne se limite pas à quelques-uns mais elle vise aujourd’hui la communauté catholique entière, et aussi les autres chrétiens. Si nos actes et nos paroles reflètent cet amour commu­nion, nous rejoindrons « celui qui a soif ». Accueillons tous ceux qui désirent recevoir l’eau de la vie, elle donne vie à tout le peuple de Dieu. Et la gloire de Dieu sera visible dans le peuple de Dieu, dans la célébration des sacrements et la vie fraternelle. Elle sera visible dans l’humilité et la sagesse. Dans la charité et le partage. Dans le dialogue et la réconciliation. À celui qui donnera ce témoignage, il sera dit : « Oui, je viens sans tarder. »

Quels lieux de dialogue puis-je favoriser pour accroître la communion en famille, en Église ?
Comment perçois-je les soifs d’aujourd’hui, spirituellement et littéralement ? 

SAINT IRENEE

Publié le 29/01/2022 à 09:43 par papilacabane Tags : sur saint monde soi histoire dieu femmes
Saint Irénée, « docteur de l’unité » Saint Irénée, « docteur de l’unité »

 

Dominique Greiner, rédacteur en chef Maxime Matthys

 

Le 21 janvier, en pleine semaine de prière pour l’unité des chrétiens, le pape François a proclamé saint Irénée « docteur de l’Église » avec le titre de « doctor unitatis », c’est-à-dire « docteur de l’unité ». Le deuxième évêque de Lyon, originaire de la région de Smyrne (aujourd’hui Izmir en Turquie) en Asie Mineure, est ainsi reconnu pour avoir établi au IIe siècle un pont spirituel et théologique entre l’Orient et l’Occident. C’est donc un signal œcuménique fort.

Le titre de docteur de l’Église met également en avant l’éminence de sa doctrine où il est question de récapitulation, d’unité, d’harmonie, de vérité, de l’Église, de la règle de foi… Irénée fut en effet un ardent défenseur du dogme à une époque où la gnose connaissait un grand succès. Au-delà de leur diversité, les différents courants gnostiques avaient en commun d’être dualistes. Ils expliquaient la présence du mal dans le monde par l’existence, auprès de Dieu bon, d’un principe négatif qui aurait produit les choses matérielles, ce qui logiquement conduisait à sous-évaluer les réalités corporelles au profit du seul esprit. D’où une religion qui niait le corps au profit d’une démarche intellectuelle, et une vision du monde très pessimiste, en rupture avec la foi telle qu’elle est confessée dans le Credo des Apôtres, dans un unique Dieu, Créateur et Sauveur.

Mais la gnose n’appartient pas qu’au passé, même si elle a pris de nouveaux atours, comme l’indique l’exhortation à la sainteté Gaudete et exsultate (2018). Le pape dit le danger d’une imprégnation gnostique de nos manières de vivre et de penser qui se traduit notamment par la suffisance, le repli sur soi, la crainte de l’incertitude, le mépris du corps, le fatalisme, la tentation de fuir le monde tel qu’il est au lieu de chercher à le transformer… « Le gnosticisme est l’une des pires idéologies puisque, en même temps qu’il exalte indûment la connaissance ou une expérience déterminée, il considère que sa propre vision de la réalité représente la perfection »,avertit François. En proclamant Irénée docteur de l’Église, le pape le désigne comme une ressource sûre pour nous aider à surmonter la tentation du gnosticisme et à vivre dans « une unité et une harmonie » toujours plus grandes avec Dieu, notre prochain et l’ensemble des créatures.

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ST BERNARD

Publié le 20/08/2021 à 11:13 par papilacabane Tags : sur vie france place saint monde chez amis travail mort nuit livre
Saint Bernard et les cisterciens Né en 1090, dans une noble famille bourguignonne, saint Bernard de Clairvaux est fêté le 20 août. Ce mystique, amoureux de la vie solitaire et monastique, a pourtant été appelé à arbitrer les affaires du monde et de l’Église.

Lecture en 4 min.

Saint Bernard et les cisterciens

 

Saint Bernard de Clairvaux. Vitrail du milieu du XVe siècle, Rhin supérieur. Musée de Cluny, Paris. © D. R.

 

Moine à Cîteaux à l’âge de 22 ans, père abbé à 25, Bernard de Clairvaux fonde cinq abbayes avant d’avoir atteint sa trentième année. Réformateur des cisterciens, conseiller des rois et des papes, le saint, né en 1090 dans la décennie qui voit la première croisade, est également connu pour ses prédications lors de la deuxième croisade. Le rayonnement de ce docteur de l’Église est tel qu’on rédige sa biographie de son vivant. Certains le surnomment « le dernier des Pères de l’Église ».

Alors qu’il n’a que 22 ans, Bernard réussit à convaincre ses proches, oncles, frères et amis, de le suivre dans la vie de dénuement de l’abbaye de Cîteaux. Le jour de Pâques, ce n’est pas un mais trente hommes qui se présentent au monastère. Une vie d’austérité les attend : pas de viande ni de poisson aux repas, travail de la terre. La nuit, ils dorment habillés sur des paillasses posées sur des planches de bois. À cette époque, Cîteaux est le théâtre d’une réforme visant à revenir à la stricte observance de la règle de saint Benoît. À la suite de Bernard et de son groupe, les postulants sont si nombreux que Cîteaux n’a plus de place pour les accueillir et doit essaimer.

Fondateur, prieur et doctrinaire

En 1115, l’abbé de Cîteaux confie à Bernard un groupe de moines pour fonder une abbaye qui prendra le nom d’Abbaye de Clairvaux, parce qu’elle fut construite dans une clairière. En effet, c’est au Val d’Absinthe que le jeune père abbé, futur Bernard de Clairvaux, et quelques moines venus de Cîteaux, vinrent défricher, il y a plus de huit siècles, une clairière de terre aride au cœur de la vieille forêt gauloise qui couvre les collines et les vallées des confins de la Champagne et de la Bourgogne.

Cette terre de silence et de pauvreté va devenir pour la postérité la grande abbaye de la « claire vallée », Clara Vallis, plantée de vignes et animée de granges, de forges et de moulins. Le terrain, choisi avec précaution, avait été offert par un proche de Bernard, il comprenait ces éléments essentiels à l’organisation d’une abbaye cistercienne (autarcie et solitude). Les premières années dans ce nouveau monastère sont calmes. Le jeune Bourguignon eut le temps de mûrir une doctrine personnelle, riche expression de la spiritualité cistercienne. Les sermons qu’il dispense à ses moines et ses traités sont recopiés et diffusés. Son rayonnement s’étend et le prieur des Chartreux lui demande d’écrire sur la charité. Les moines de l’ordre de saint Bruno sont bouleversés par ces écrits et veulent le rencontrer.

En 1112, les moines relevant de Cîteaux, ou cisterciens – les moines blancs – ont 19 couvents. À cette époque, on les oppose aux moines noirs de Cluny qui se permettent des accommodements avec la règle de saint Benoît. Pierre le Vénérable, jeune moine de 28 ans, est élu à la tête d’un millier de monastères répandus dans toute l’Europe. Passionné par la règle de saint Benoît, il entreprend de réformer les abbayes clunisiennes. Bernard et lui vont s’expliquer longuement sur le conflit qui oppose moines blancs et moines noirs. Cette polémique les rapproche et ils deviennent amis.

Appelé dans le monde

En devenant moine, Bernard souhaitait mener une vie recluse. De rencontre en rencontre, il se trouve en relation avec les hommes les plus en vue de l’époque et devient un personnage influent. Sa vie monastique va être longuement et fréquemment interrompue. On vient de plus en plus le consulter pour les affaires de l Église. Mystique et contemplatif, Bernard est tout au long de sa vie arraché à la solitude de Clairvaux pour arbitrer des affaires royales, épiscopales, papales et internationales, à caractère religieux ou non…

Bernard est reconnu par ses contemporains et entretient de nombreuses relations épistolaires, notamment avec Hildegarde de Bingen. Et lorsque l’Église s'inquiète de voir la moniale, future sainte Hildegarde, commencer à consigner par écrit ses visions dans son livre Scivias (1141), Hildegarde fait appel à lui. Bernard rassurera ainsi le pape Innocent III en déclarant que les visions d' Hildegarde – proclamée docteur de l'Église en 2012 par Benoît XVI – sont « des grâces du Ciel ».

En 1130, à la mort du pape Honorus, deux clans de cardinaux s’affrontent pour l’élection de son successeur. Innocent II, grâce à l’appui de Bernard qui a acquis une immense renommée, est reconnu pape légitime, d’abord en France, puis, au bout de huit ans, dans toute la chrétienté.

En 1141, Innocent II nomme le nouvel archevêque de Bourges sans consulter Louis VII. Ce dernier, jaloux, confisque des biens du clergé et envoie des soldats ravager des diocèses. Le roi de France demande également aux évêques qui lui sont fidèles de casser le mariage de Thibaud de Champagne, un ami de Bernard. Le souverain envahit les domaines de Thibaud, fait brûler le bourg de Vitry et l’église où se réfugient 1 300 personnes. En entendant les cris de ses victimes, le roi est pris d’épouvante. Il écrit à saint Bernard pour lui demander de l’absoudre de ses péchés. Le moine lui répond durement, avec audace. Son intervention permet une réconciliation entre le roi, Thibaud de Champagne et le clergé.

À la mort d'Innocent II, en 1143, Paganelli, un frère cistercien de Bernard, monte sur la chaire de Pierre et devient Eugène III. Saint Bernard songe aux difficultés que va rencontrer son ami et rédige ses conseils sous la forme d’un livre qui servira par la suite à de nombreux papes. Dans les années qui suivent, Eugène III doit se réfugier à plusieurs surprises chez le frère blanc : il fuit un clan de cardinaux adverses. Chétif et malade, Bernard conserve la puissance de sa plume et écrit aux Romains.

Implication dans la deuxième croisade

En 1144, des tensions en Terre sainte poussent Louis VII à tenir sa promesse de se battre pour défendre le tombeau du Christ afin d’expier ses crimes en Champagne. Mais les grands seigneurs ne veulent pas repartir en croisade : la précédente a été tellement meurtrière… Le souverain demande à saint Bernard – toujours en relation avec les pays d’Orient depuis qu’il a fondé l’ordre des Templiers – de les convaincre. Celui-ci refuse d'agir, si ce n'est sur demande du pape. En 1146, sur ordre d'Eugène III, Bernard devient le prédicateur officiel de la deuxième croisade.

Cette guerre est un échec, comme les deux qui suivront. Tandis que les châteaux français s'écroulent les uns après les autres en Terre sainte, les monastères cisterciens se multiplient. Bernard de Clairvaux meurt à 62 ans, le 20 août 1153. Le pape Alexandre III le canonise en 1174 et Pie VIII le proclame docteur de l’Église universelle en 1830.

NOTRE DOSSIER sur saint Bernard de Clairvaux

NOTRE DOSSIER sur sainte Hildegarde de Bingen

LA TRINITE

Publié le 28/05/2021 à 10:39 par papilacabane Tags : sur moi vie france place saint amour argent soi homme belle article mort centre dieu pouvoir
La Trinité, une originalité chrétienne Ce dimanche 30 mai 2021, nous fêtons la sainte Trinité. Confesser à la fois la Trinité et l’unicité de Dieu est pour bien des chrétiens une difficulté majeure. Pourtant, la communion du Père, du Fils et du Saint-Esprit est au cœur de notre foi. Par Jean-Noël Bezançon.

Lecture en 5 min.

La Trinité, une originalité chrétienne

 

Les Grandes heures d'Anne de Bretagne, Jean Bourdichon (1457–1521) /Bibliothèque nationale de France

 

Selon le Nouveau Testament, la rupture entre Jésus et les autorités juives, le centre des controverses et de son procès, fut sa revendication d'un lien singulier avec Dieu : «Ce n'est pas pour une œuvre belle que nous voulons te lapider, mais pour un blasphème, parce que toi qui es un homme, tu te fais Dieu» (Jean 10, 33) ; «Dès lors les Juifs n'en cherchaient que davantage à le faire périr, car non seulement il violait le sabbat, mais encore il appelait Dieu son propre Père, se faisant ainsi l'égal de Dieu» (Jean 5, 18)

Six siècles plus tard, les musulmans se scandalisent : «Impies ceux qui ont dit : »Allah est le troisième d'une triade« Il n'est de divinité qu'une Divinité unique» (Coran, V, 7). En «ajoutant» le Fils et le Saint-Esprit à la foi au Dieu unique, les chrétiens ne rendent-ils pas le dialogue impossible avec les autres croyants ?

Pourtant, l'originalité trinitaire, telle qu'elle apparaît dans la célébration du baptême, dans le «Gloire à Dieu», le Credo ou les prières eucharistiques, est indéracinable de la foi chrétienne. Mais comment expliquer que les chrétiens, qui continuent, comme Jésus et avec lui, à croire en un seul Dieu, aient pu en venir ainsi à croire «aussi» en Jésus ?

De la foi de Jésus à la foi en Jésus

Jésus demeure le modèle parfait du croyant (Hébreux 12,2). Or la foi juive en un Dieu unique n'est pas d'abord une croyance, un système de pensée. Ce «monothéisme» est d'abord un art de vivre : c'est manifester, dans les choix de la vie, que Dieu seul est Dieu, que rien n'est Dieu sauf Dieu.

C'est un combat permanent contre la divinisation de tout ce qui n'est pas Dieu, les «idoles» : le pouvoir, l'argent, la nation, le sexe, les rites religieux eux-mêmes, tout ce que nous sommes toujours tentés de sacraliser. La profession de foi du Deutéronome, le "Shema Israël«, »Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l'unique" (Deutéronome 6, 4), n'abolit rien de la vie des hommes mais elle relativise tout par rapport au seul absolu, Dieu. C'est, encore aujourd'hui, une vraie libération de tous les Pharaons.

Jésus a hérité de ses pères cette foi contestante. Il est même le champion de ce monothéisme : s'il y a bien quelqu'un pour qui rien n'est dieu sauf Dieu, ni César, ni les liens familiaux, pas même le Temple ou le Sabbat, c'est bien lui. «Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu maintenant le délivre !», reconnaissent même ses ennemis au pied de la croix (Matthieu 27, 43). Jésus a pris au sérieux sa confession de foi, il l'a traduite en actes.

La foi est donc cette relation à Dieu qui remet tout à sa juste place. Ce qui a frappé les premiers compagnons de Jésus, c'est précisément l'intensité, la proximité, l'intimité de sa relation à Dieu. Là est son originalité, manifestée dans son comportement et dans sa prière.

Cette audace tranquille avec laquelle il enseigne («On vous a dit, moi je vous dis…», Matthieu 5), la justification qu'il en donne («Mon enseignement ne vient pas de moi mais de celui qui m'a envoyé» Jean 7, 16), sa façon de disposer du pardon de Dieu («Tes péchés sont pardonnés», Marc 2, 5), le pouvoir qu'il a de vaincre la maladie et de terrasser les puissances du mal, tout cela atteste une relation tout à fait particulière avec celui que tous nomment Dieu et que, lui, ose appeler Père, et même «mon Père». C'est cette singularité qui fascine les uns et scandalise les autres.

Au point que, très vite après sa mort et sa résurrection, ses disciples en viennent à associer à la réaffirmation traditionnelle de leur foi l'attestation de la relation unique de Jésus avec ce Dieu unique : «Il n'y a pour nous qu'un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes» (1 Corinthiens 8, 6).

Donner à Jésus ce titre de Seigneur, qui dans toute la première alliance est propre à Dieu, ce n'est évidemment pas le substituer à Dieu : «Jésus Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père», chantent les Philippiens (2, 11). A sa gloire, pas à sa place : Seigneur avec Dieu, comme lui et en lui, en raison de sa relation unique avec lui, relation d'origine et d'intime proximité suggérée par le titre de Fils.

Le Credo du baptême

Héritiers de la foi de Jésus, les chrétiens continuent donc de proclamer : «Nous croyons en un seul Dieu». Et c'est bien le Créateur, le Dieu d'Abraham et de Moïse, le Dieu qui sauve et qui fait alliance. Mais désormais ils le proclament Père en un sens nouveau et beaucoup plus fort puisque, avant même d'être le créateur de tous les hommes et le père d'Israël et de son roi, il est depuis toujours le Père de ce Fils devenu l'un d'entre nous, Jésus.

Dans le Nouveau Testament «Dieu» reste le nom propre du Père. Quand ce nom est sujet d'une phrase (en grec, O Theos, avec l'article), il désigne toujours le Père. Mais la nouveauté surprenante est qu'on en soit venu, après Pâques, à attribuer à Jésus lui-même ce titre de Dieu. Telle est la foi de Thomas quand il reconnaît le Ressuscité, confessant sa divinité dans le moment même où il en comprend les plaies : «Mon Seigneur et mon Dieu» (Jean 20, 28). Ce qui permet à l'évangéliste de proclamer dès son Prologue que le Verbe, la Parole éternelle de Dieu, est depuis toujours à ce point tourné vers Dieu qu'il est Dieu comme Dieu : «Et le Verbe était tourné vers Dieu. Et le Verbe était Dieu» (Jean 1, 1).

Les lettres de Paul, elles aussi, à plusieurs reprises, donnent à Jésus les titres de Seigneur et de Dieu, non seulement dans des confessions de foi (Romains 10, 9 ; 1 Corinthiens 12, 3 ; 2 Corinthiens 13, 13), mais parfois même au détour d'une phrase, comme si cela allait de soi (voir Romains 9, 5 ; Tite 2, 13). D'où, dans le Credo, l'apparition d'un second article, comme une sorte de redoublement de l'unicité : Unique est Dieu, Unique est ce Fils si proche de lui, tellement un avec lui, qu'il est Dieu avec lui et en lui.

Et, toujours sans faire nombre avec la foi dans l'Unique, le Credo rebondit une fois encore, dans un troisième article, lié à la troisième plongée du baptême, pour confesser l'Esprit, appelé lui aussi Seigneur, source divine de la vie, et englobé, avec le Père et le Fils, dans une seule et même adoration.

Là encore, les chrétiens n'ont pas le sentiment d'innover : Jésus n'a-t-il pas lui-même, dans ses paroles d'adieu, parlé de l'Esprit comme de quelqu'un, lui attribuant des actions personnelles (venir, enseigner, rappeler, témoigner…, Jean 14, 15 et 16), allant jusqu'à le présenter comme un autre lui-même, un «autre Paraclet» (Jean 14, 16 et 26 ; 15, 26) ?

Voilà pourquoi, sans rien renier de la foi de Jésus dans le Dieu Unique, nous croyons au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Et cela change non seulement notre compréhension de Dieu mais aussi, radicalement, notre compréhension de l'homme et de sa vocation.

La Trinité, lumière sur l'homme

C'est sur ce point que le «monothéisme trinitaire» des chrétiens représente une véritable révolution : "Le monothéisme unitaire, c'est-à-dire le monothéisme où Dieu était considéré comme un solitaire, est quelque chose de déconcertant… car comment situer ce personnage qui se regarde, qui tourne autour de soi ?...

C'est de ce cauchemar effrayant que Jésus nous a délivrés… Dire que Dieu n'est pas solitaire, c'est immédiatement nous dire que la vie de Dieu va vers un Autre, que la vie de Dieu est charité… La vie divine apparaît tout entière concentrée dans ce don mutuel du Père au Fils, et du Fils au Père, dans l'unité du Saint-Esprit… En Dieu il n'y a qu'une manière d'exister, c'est de se donner«. Parce que »Dieu est amour" (1 Jean 4, 7), l'homme advient en aimant. Parce que Dieu n'est pas solitaire, l'homme n'est lui-même qu'en devenant solidaire. C'est dans la relation qu'il advient comme personne, à la ressemblance des personnes trinitaires.

Cette communion du Père, du Fils et du Saint-Esprit, s'aimant d'un amour si intense, si total, qu'ils ne font qu'un, n'est pas, pour les chrétiens, un supplément facultatif venant compliquer la foi au Dieu unique. Il est vital pour notre vie d'hommes, et pour la vie entre les hommes, de découvrir que «Personne n'est quelqu'un tout seul, pas même Dieu».

ORTHODOXES

Publié le 31/07/2020 à 08:20 par papilacabane
La Vierge Marie, une femme tendre et sage La Vierge Marie tient une grande place dans la liturgie et la prière orthodoxes. Entretien avec Véronique Lossky, professeur émérite à l’Université Paris IV.  Propos recueillis par Sophie de Villeneuve.

les Cahiers croire : Y a-t-il une différence entre catholiques et orthodoxes dans la façon de se situer par rapport à la Vierge Marie ?

Véronique Lossky : La différence avec le monde occidental, c’est que nous n’avons pas le culte de l’imitation du Christ ou de la Vierge. L’imitation est un chemin spirituel qui n’est pas orthodoxe. Pourtant, nous imitons beaucoup les saints. Nous lisons leur vie, nous essayons d’appliquer leurs règles de prière ou de vie. Mais rien de tel avec la Vierge, ou avec Jésus. Les imiter est impossible. La Vierge devenue Mère de Dieu est pour nous «à l’étage au-dessus» : nous ne sommes pas appelés à servir de réceptacle au Dieu incarné autrement que par la communion, c’est-à-dire en participant à la divine liturgie. La Vierge, «porte de l’Incarnation», reste exceptionnelle.

Elle a donc une place bien à part ?

V. L. : Oui, car c’est par sa venue au monde que commence le salut de l’être humain. C’est par elle que Dieu est fait homme, Jésus-Christ. Par elle, «aujourd’hui notre salut commence». Et dès le moment où elle a dit oui, elle devient exceptionnelle, même si elle est par définition un être humain, une femme comme toutes les femmes, pas une divinité. Nous sommes de ce point de vue très opposés au dogme de l’Immaculée conception, qui est d’ailleurs tardif.

Et pourquoi ?

V. L. : Par définition, la Vierge est un être comme tout le monde. C’est une femme, un être humain, pas un Dieu. Marie a certes été conçue miraculeusement par des parents âgés, visités par Dieu, mais, comme nous tous, elle est marquée du péché originel. Pour nous, c’est très important. Tous les saints sont des êtres humains et nous les prions pour qu’ils intercèdent pour nous. Cela ne veut pas dire qu’ils sont des intermédiaires, que nous avons besoin de tremplin pour aller vers Dieu, nous pouvons y aller directement, mais les saints sont des passeurs. Et la Vierge est la première à intercéder pour nous, parce qu’elle a porté la divinité, parce qu’elle a été choisie, parce que l’ange l’a visitée. Il y a quelque chose qui lui est propre. En cela, nous pouvons l’admirer, la vénérer et la prier.

La féminité est-elle importante dans l’orthodoxie ?

V. L. : Bien sûr, même si le débat sur la place de la femme existe aussi. Mais Marie échappe un peu à cela. Sa féminité remplit l’espace. Dans l’iconographie d’abord : les vierges miraculeuses sont très présentes et nombreuses. Les vierges de Kazan et de Vladimir sont des icônes très répandues. Dans l’hymnographie aussi, la Vierge est citée de multiples fois et de multiples manières. Toutes les prières sont ponctuées par la salutation de saint Paul : «Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit», et la prière qui suit cette invocation, après «et maintenant et toujours et pour les siècles des siècles, amen», est toujours dévolue à la Vierge. Cela s’appelle «dogmatikon», qui veut dire : «sur le dogme». Le premier dogme de l’orthodoxie est l’Incarnation et la Résurrection. Cette prière s’appuie sur l’histoire de Marie. Dans un office, il y a une centaine d’invocations à la Vierge. Selon la fête en question, on chante sa naissance, sa virginité, sa pureté, son oui, son intercession, sa bonté, sa féminité, sa maternité. Tous ces aspects de la vie de Marie sont très riches et l’imagination poétique permet d’aller dans toutes les directions, selon tous les modèles littéraires. L’orthodoxie est donc imprégnée de féminité. Jusqu’aux coupoles russes et grecques, dont l’architecture tout en rondeur a quelque chose de très maternel et féminin.

Pourquoi une telle place donnée au féminin ?

V. L. : Parce que l’être humain a besoin de la tendresse féminine, maternelle, charnelle. Nous avons une icône magnifique de la Vierge de tendresse qui parle particulièrement à la sensibilité russe, parce qu’elle porte en elle un besoin de pureté. Dans l’iconostase, l’icône du Christ est à droite et celle de la Vierge à l’enfant à gauche. Elle est celle qui a dit oui…

Pourquoi ce oui est-il considéré, y compris d’ailleurs chez les catholiques, comme quelque chose d’extraordinaire ?

V. L. : Il fallait bien que quelqu’un le dise… Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour que Dieu s’incarne ? Sans doute parce que ce «oui» tardait à venir... Certes, c’est un «oui» mystérieux et l’on peut se demander si Marie aurait pu dire non… Après tout, l’homme est libre, capable de refuser Dieu. Marie était capable de dire non. Et là, librement, elle a accepté. Comme le Christ qui, librement, de par sa propre volonté, s’est incarné. C’est bien ce que nous chantons dans les hymnes. Ce « oui » est donc la preuve d’une grande humilité et d’une grande fierté. La Vierge n’a pas donné un « oui » de résignation. Dire oui n’empêche pas de protester, de se poser des questions, de se révolter même. Mais la Vierge a manifesté sa liberté, et c’est bien pour cela qu’il fallait que sa naissance soit semblable à la nôtre.

Selon les catholiques, Marie a vécu une «assomption», tandis que les orthodoxes parlent de «dormition». Comment voyez-vous sa mort?

V. L. : Je ne sais pas. Pour moi la Vierge est morte, mais pourquoi ne pas croire que sa mort fut très exceptionnelle ? Pourquoi ne pas croire que les apôtres aient vu ce corps s’élever dans les cieux ? C’est important pour la sensibilité et l’émotion. Certains apôtres ont bien vu la transfiguration. Je suis prête à accepter dans ma vénération de la Vierge qu’elle est montée au ciel. Notre grand saint Séraphin de Sarov est aussi mort d’une façon exceptionnelle et il est un saint vénéré. De même que la main de Dieu s’est posée sur son épaule, je crois que la main de Dieu s’est posée sur l’épaule de la Vierge au moment de sa mort. Mais il reste vrai que je ne suis pas aussi à l’aise avec la mort de Marie que je le suis avec celle du Christ. Pour le Christ nous avons le tombeau, le linceul, la pierre roulée, la stupéfaction des femmes… La Vierge, elle, s’est endormie.

Dans votre vie de femme, croyante, qu’apporte Marie ?

V. L. : Difficile à dire, car cela m’oblige à me penser autrement que comme une femme, ce que je n’arrive pas à faire. La Vierge pour moi est en premier, car elle est femme et moi aussi. Je ne suis pas comme elle mais nous avons une nature en commun. Marie est tendresse, intelligence, sagesse, protection. D’ailleurs la grande fête de «la Protection de la Vierge», début octobre, est un élément de la vénération quotidienne. Marie nous protège, telle une mère. Évidemment, cette relation n’a rien à voir avec celle qui nous relie au Christ, car il est Dieu. Le Christ, Dieu-homme, m’accompagne. Avec le Père et l’Esprit, il est plein de sollicitude pour l’être humain. Mais la Vierge, elle, est de notre côté, pleinement humaine, à l’écart de la Trinité. Elle nous aide à devenir comme Dieu, malgré nos limites, qu’elle partage avec nous. Je crains toujours de diviniser Marie et je fais très attention en traduisant les hymnes. Je n’aime pas, par exemple, écrire pour la Vierge : «Sauve-nous, toi qui aimes les hommes.» Il faut traduire : «Prie pour nous, intercède pour notre salut». Car ce n’est pas elle qui sauve, ce n’est pas elle qui a créé l’homme et l’univers. Toutes les mères savent bien qu’elles ne sont pour rien dans la création, et que c’est le mystère du souffle divin, présent dans la rencontre des cellules sexuelles. Et que cette rencontre est à l’image de Dieu.

Aujourd’hui, les femmes sont loin de vivre comme la Vierge. N’y a-t-il pas un hiatus entre l’image d’une Vierge tendre et protectrice et les femmes d’aujourd’hui ?

V. L. : Non, je ne pense pas. La Vierge est au service d’une destinée exceptionnelle, comme chaque femme. Elle remplit son destin à sa façon et dans notre vie moderne, les femmes font de même. Marie incarne une image de la femme protectrice, qui n’a pas peur, et en cela, toutes les femmes peuvent se reconnaître.

Quels passages des Évangiles concernant Marie vous touchent le plus ?

V. L. : La Passion. La Vierge au pied de la Croix. Chaque femme orthodoxe, qu’elle soit mère ou pas, ressent personnellement sa douleur de mère. Lorsqu’une femme souffre, en tant que mère en particulier, sa prière va tout naturellement vers la Vierge pour lui demander de partager sa souffrance, elle qui a pleuré le Christ crucifié. Et pour cela, le côté «mère compatissante» est l’un des aspects les plus quotidiens de la conscience orthodoxe vis-à-vis de la Mère de Dieu. Et, ne l’oublions pas, dans ce côté sacrificiel, on lit la promesse de résurrection.

LE VATICAN

Publié le 02/07/2020 à 08:10 par papilacabane Tags : sur monde saint presse cadre
Le pape demande une enquête sur la basilique Saint-Pierre Le pape François a ordonné lundi 29 juin, fête des saints Pierre et Paul, une enquête sur la gestion de l’organisme responsable de la plus grande église du monde.

Les faits

Lecture en 2 min.

Le pape demande une enquête sur la basilique Saint-Pierre

 

La basilique Saint-Pierre est la plus grande église au monde. MATTHIEU MILLION/STOCK.ADOBE

 

À l’occasion de la fête des saints Pierre et Paul, lundi 29 juin, le pape François a ouvert un nouveau front dans sa lutte pour assainir les finances du Vatican en demandant une enquête sur la Fabrique de Saint-Pierre, l’organisme qui, depuis le XVIe siècle, gère la basilique Saint-Pierre, plus grande église du monde.

Selon un communiqué publié, mardi 30 juin, par la Salle de presse du Saint-Siège, cette enquête fait suite à un signalement des services du réviseur général, l’équivalent au Vatican de la Cour des comptes.

→ PODCAST. Les 7 travaux du pape François : 2. S’attaquer aux scandales financiers

À la suite de ce signalement, le promoteur de justice du Tribunal de l’État de la Cité du Vatican a ordonné la saisie de documents et ordinateurs dans les bureaux administratifs de la Fabrique, l’organisme gestionnaire de Saint-Pierre confié depuis 2005 au cardinal Angelo Comastri, également archiprêtre de la basilique.

« Clarifier l’administration »

Le pape a, par ailleurs, désigné un « commissaire extraordinaire » à la tête de la Fabrique, en la personne de Mgr Mario Giordana, ancien nonce apostolique en Slovaquie.

Celui qui avait déjà conduit, en 2018, une enquête sur les finances du Chœur de la chapelle Sixtine, est chargé de « mettre à jour les statuts » de la Fabrique, d’en « clarifier l’administration et réorganiser les bureaux administratifs et techniques ».

Cette enquête intervient, rappelle le Saint-Siège, dans le cadre du récent motu proprio sur « la transparence, le contrôle et la mise en concurrence des marchés publics »,qui a créé un véritable Code des marchés publics au Vatican, et qui entre justement en vigueur ce mercredi 1er juillet.

« Ad Usum Fabricae »

Forte de 120 salariés (les sanpietrini), la Fabrique de Saint-Pierre a son origine dans la commission créée en 1523 par Clément VII pour gérer la construction de la basilique Saint-Pierre et formalisée en 1589 par Sixte Quint sous le nom de Révérende Fabrique de Saint-Pierre.

Extrêmement puissante, la Fabrique disposait, pour le gigantesque chantier, de ses propres ressources financières et même, jusqu’en 1863, d’une justice spécifique. Elle avait aussi une porte dans les murs de Rome, la porta Fabbrica (aujourd’hui close près de la salle Paul VI) qui lui permettait d’acheminer les briques cuites dans le quartier voisin des Fornaci (les Fours).

Pour éviter les taxes à l’entrée de Rome, celles-ci étaient marquées du sigle « auf », (« Ad Usum Fabricae »: « Pour la construction »), ce qui a donné les expressions « auffa » en dialecte romain et « a ufo » en italien, signifiant « à l’œil »… Un signe que les indélicatesses dans la gestion de la Fabrique ne datent pas d’hier.