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Dernière mise à jour : 14.07.2026
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L'ACTUALITE

LACRISEPOLITIQUE leglisecatholque

Publié le 04/09/2025 à 08:08 par papilacabane Tags : sur vie france chez belle article société annonce texte livre

Crise politique : l’Église catholique doit-elle prendre la parole ?

Enquête

Article réservé à nos abonnés. Manifestation pour l’abandon de la loi asile immigration, à Paris, le 21 janvier 2025.

Manifestation pour l’abandon de la loi asile immigration, à Paris, le 21 janvier 2025. ERIC BRONCARD / Hans Lucas/AFP

Face à un pays bloqué, qui prend la parole dans l’Église aujourd’hui ? La Croix se penche sur le relatif silence de l’institution dans la crise et sur les conditions d’une parole audible.

En cette rentrée politique et sociale explosive, où est l’Église ? Alors que dans les années 1980, de nombreux évêques, formés par l’Action catholique, s’exprimaient publiquement sur ces grands sujets de société, leur voix semble plus rare, ou peine à se faire entendre. Pourquoi cela ? Qui prend, ou doit prendre la parole dans l’Église aujourd’hui, et à quelle condition cette parole est-elle crédible ? Est-ce du ressort des évêques ? Ou bien des laïcs ?

De récentes polémiques autour des prises de position de catholiques comme le milliardaire Pierre-Édouard Stérin ou la militante socialiste Marine Rosset ont aussi montré ces derniers temps combien la prise de parole publique au nom de sa foi pouvait mettre l’institution en porte-à-faux.

« L’enseignement social de l’Église invite à intervenir, notamment dans le champ politique, économique et social », soutient le jésuite François Euvé, directeur de la revue Études. Mais rappelle-t-il, en raison du débat historique autour de la laïcité en France, « les interventions des cultes sont peu appréciées dans le débat public ». D’où une certaine mesure des évêques dans leurs prises de parole, pour ne pas être contre-productifs – avec le risque en contrepartie, d’une parole insuffisamment incisive.

« Une activité exceptionnelle de la Conférence épiscopale dans les années 1960-1980 »

L’institution catholique était-elle vraiment plus présente dans le débat public par le passé ? « Il y avait une activité exceptionnelle de la Conférence épiscopale des années 1960 à 1980, souligne Jacques Palard, historien et politiste, directeur de recherche émérite au CNRS. De grands rapports sont produits à l’époque, comme celui de Mgr Matagrin en 1972 sur une pratique chrétienne de la politique. »

La même année, une note de l’épiscopat s’intéressait aux « chrétiens ayant fait l’option socialiste », un mois avant le congrès d’Épinay qui préparera l’union de la gauche sous l’égide de François Mitterrand. Certains évêques s’exposent lors de mouvements sociaux, « comme Mgr Maziers, auprès des grévistes de Dassault en 1967 », rappelle encore Jacques Palard. Mais « s’il y a bien une parole dans ces années-là, c’est d’abord une réflexion générale sur le politique, plutôt qu’une intervention directe », nuance Christian Sorrel, historien à l’université Lumière-Lyon 2.

Plusieurs facteurs ont provoqué un passage « d’une parole engagée, presque militante, à une certaine réserve »au sein d’une institution qui souffre d’une « crise de légitimité », poursuit l’historien. D’une part, alors que le nombre de catholiques n’a cessé de diminuer, l’épiscopat devient moins représentatif dans la société française.

D’autre part, dans une société polarisée, l’opinion catholique est « plus clivée », tandis que le vote catholique à l’extrême droite progresse. « Quand je parle d’avortement, on m’accuse d’être d’extrême droite, et quand je soutiens les migrants, on m’accuse d’être d’extrême gauche », expliquait en substance Mgr Xavier Malle, dans son livre plaidoyer Ces exilés qui passent nos montagnes(Emmanuel, 2025). Celui-ci s’interdit généralement de réagir à chaud sur l’actualité, pour maintenir la communion dans son diocèse et éviter le risque de récupération politique, mais estime qu’« il y a aussi un temps pour parler ».

À l’« affaiblissement externe » s’ajoute un « affaiblissement interne », explique Jacques Palard : la baisse des mouvements d’Action catholique et la reprise en main par Rome, qui réaffirme à partir des années 1980 sa primauté sur les questions doctrinales et sa volonté de nommer des évêques moins politiques et davantage administrateurs dans un contexte aussi de diminution des ressources matérielles et humaines. « Les évêques sont préoccupés par la gestion de leur diocèse, et ont matériellement peu de temps à consacrer à des réflexions plus globales »,confirme François Euvé.

Un engagement qui revient d’abord aux laïcs

Mais est-ce aux seuls évêques de prendre la parole ? « En situation de crise, qui serions-nous pour nous mettre en surplomb ? », réagit Mgr Olivier Leborgne, évêque d’Arras. Si lui-même n’hésite pas à monter au créneau « quand la dignité humaine est en jeu », notamment sur la situation des migrants à Calais, dans son diocèse, il rappelle que l’engagement « au service de la cité » revient d’abord aux laïcs, comme l’a remis en valeur le concile Vatican II.

« Il ne faut pas tout attendre de l’institution et du clergé », confirme Foucauld Giuliani, professeur de philosophie et membre du collectif Anastasis, à l’origine du Festival des poussières, sorte de pépinière pour la nouvelle génération des chrétiens de gauche. Ce même collectif, qui rassemble de jeunes laïcs soucieux de la réflexion et de l’engagement politique des chrétiens, publie d’ailleurs régulièrement des prises de position politiques sur des événements de l’actualité et prépare un texte pour le 10 septembre.

« Aujourd’hui, la question de la cohérence est primordiale », poursuit Foucauld Giuliani. « Si on ne forme pas une communauté qui vit radicalement ce qu’elle annonce, on passera juste pour des gens gentils », abonde l’évêque d’Arras. « J’entends souvent dire, au sujet des migrants ou de la fin de vie : ’’Vous défendez une très belle éthique, mais les chrétiens ne vous suivent pas’’ », regrette-t-il.

« Nos plaidoyers sont ancrés sur le terrain »

Cohérence, et compétence. Cette exigence se vérifie aussi bien au niveau individuel que collectif, notamment dans les grandes associations d’inspiration catholique, du Comité catholique contre la faim et pour le développement aux Entrepreneurs et dirigeants chrétiens, en passant par les petits frères des Pauvres. « Nos plaidoyers sont ancrés sur le terrain, on ne va jamais se positionner sur un sujet où l’on n’est pas en pointe », explique ainsi Didier Duriez, président du Secours catholique, qui entend éviter les « constructions intellectuelles brillantes qu’on ne saurait pas incarner ». Avec ses 900 salariés et près de 60 000 bénévoles engagés, ce « service d’Église » apartisan peut se prévaloir de sa crédibilité sur « toutes les formes de pauvreté ».

« Quand nous agissons auprès des pouvoirs publics, y compris par voie judiciaire, nous veillons à le faire avec d’autres », poursuit Didier Duriez, citant l’action collective d’associations « d’inspirations très différentes » pour rappeler régulièrement à l’État ses obligations en matière de lutte contre la pauvreté.

Ce souci de faire cause commune comme gage d’efficacité se retrouve aussi dans l’Action catholique ouvrière (ACO), régulièrement sollicitée par les syndicats marqués à gauche, explique son secrétaire national, Jean-François Courtille, qui n’observe chez eux aucun « rejet anti-catho ». Preuve que la parole des catholiques reste attendue

LA NLLE CALEDONIE

Publié le 18/07/2025 à 08:04 par papilacabane Tags : sur mer bonne vie france homme histoire création cadre texte pouvoir

En Polynésie française, l’accord sur la Nouvelle-Calédonie alimente le débat sur l’indépendance
Manuel Valls en visite officielle en Polynésie française pour la première fois depuis sa prise de poste en tant que Ministre des Outre-Mer. Il y a rencontré Moetai Brotherson, président de la Polynésie française. VAIKEHU SHAN / Hans Luca/AFP

Mais ce déplacement d’une semaine sur l’archipel du Pacifique s’inscrit de fait dans un contexte politique particulier. Quelques jours plus tôt, le 12 juillet, l’État et les différentes forces politiques néo-calédoniennes signaient à Bougival (Yvelines) un accord actant la création d’un « État de la Nouvelle-Calédonie ».Une étape clé pour le futur du Caillou observé avec attention par la population polynésienne, alors que le Parti indépendantiste (le Tavini huiraatira) est au pouvoir depuis 2023.

Un sujet de discussion

D’emblée, Manuel Valls a souhaité poser le cadre. « La position de la France reste inchangée »au sujet de la Polynésie, a-t-il prévenu, arguant qu’elle ne possède pas la même histoire que la Nouvelle-Calédonie. Pourtant, Moetai Brotherson, le président du territoire, s’est déjà penché de près sur le texte. Il a annoncé en avoir confié l’examen à ses juristes. Le 14 juillet, veille de l’arrivée de l’ancien premier ministre, le leader indépendantiste en faisait même la promesse : « ça va être un sujet de discussion. »

Car si l’accord de Bougival ne concerne nullement la Polynésie française sur le plan juridique, il possède une forte dimension symbolique pour les polynésiens. Dans un communiqué, le parti Tavini du président Moetai Brotherson a vertement critiqué un texte « ambigu ».À rebours, le Tapura, parti autonomiste et rival politique du Tavini, n’a pas manqué de saluer un accord « historique »,estimant qu’il permettait de montrer que « l’indépendance n’est pas la seule issue de dignité » pour les territoires d’Outre Mer.

L’ONU et la décolonisation

Loin d’être surprenante, cette situation reflète les débats vigoureux sur le futur de cet archipel, colonisé par la France à partir de 1842. Car si la lutte contre la vie chère reste la priorité du mandat de Moetai Brotherson, il ne perd pas de vue son objectif : aboutir à une indépendance polynésienne, négociée en bonne intelligence avec la France.

Cet homme politique de 55 ans, modéré au sein de son propre camp, a déjà agi en ce sens. En 2013, il fut membre d’une délégation partie au siège de l’ONU à New York, obtenant ainsi la réinscription de la Polynésie française sur la liste onusienne des territoires autonomes à décoloniser. Un affront pour Paris qui n’a jamais cessé de contester cette action, refusant de s’asseoir à la table des négociations.

Douze ans plus tard, le sujet reste houleux. Rien qu’en mai 2025, dans le cadre d’une réunion auprès du Comité spécial de décolonisation de l’ONU, les délégations indépendantistes et autonomistes s’affrontèrent. « C’est important de dire que le Tavini ne parle pas au nom de tout le peuple,affirma le député autonomiste Moerani Frébault. On a démontré que le modèle de développement de la Polynésie française fonctionne, on a mis en avant la coopération que l’on a avec l’État en matière de santé et d’éducation. »

« Cela fait 12 ans que la France bloque subtilement le processus de décolonisation que l’on a avec l’ONU »,lui répondit le représentant du Tavini Richard Tuheiava. Reste à savoir si les indépendantistes parviendront à imposer le sujet à Manuel Valls.

L'INDONESIE

Publié le 15/07/2025 à 10:40 par papilacabane Tags : sur blog mer base france monde voyage chez article air cadre blogs

Défilé du 14-Juillet : l’Indonésie à l’honneur, pas les droits humains

Analyse

Article réservé à nos abonnés. Le président indonésien Prabowo Subianto assiste à la commémoration du jour du Pancasila à Djakarta, le 2 juin.

Le président indonésien Prabowo Subianto assiste à la commémoration du jour du Pancasila à Djakarta, le 2 juin. YASUYOSHI CHIBA / AFP

Un mois et demi après le voyage d’Emmanuel Macron à Djakarta, l’Indonésie est la nation invitée à défiler sur les Champs-Élysées, le 14 juillet. L’occasion pour l’Élysée de célébrer l’alliance stratégique avec ce pays. Et de fermer les yeux sur les crimes massifs attribués à son armée et à son président.

L’année dernière, c’était l’Inde. Cette année, au tour de l’Indonésie d’être l’invitée d’honneur du défilé du 14-Juillet. En présence du président Prabowo Subianto, ils seront 449 militaires indonésiens à ouvrir la parade militaire sur les Champs-Élysées, soixante-quinze ans après l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, le 4 janvier 1950. Une relation que l’Élysée soigne au mieux, comme en témoigne le récent voyage d’Emmanuel Macron à Djakarta, à la fin du mois de mai. C’est au cours de cette visite que le président français a proposé à Prabowo Subianto d’être son invité d’honneur au défilé du 14-Juillet.

Second client de l’industrie française de l’armement en Asie du Sud-Est

Pour l’industrie française de l’armement, l’Indonésie est un client important, le second en Asie du Sud-Est, après l’Inde. En 2022, elle lui a passé commande de42 Rafale (les premiers lui seront livrés au début de l’année 2026) et, en 2024, de deux sous-marins Scorpène (livraison 2031). À la fin de 2025, elle va recevoir les deux avions A400M qu’elle lui a achetés.

Lors de son déplacement à Djakarta, Emmanuel Macron aurait signé pour « 17 milliards d’euros de contrats », a assuré son entourage. Dans la liste, des Rafale, des frégates légères, des sous-marins Scorpène, des canons Caesar et leurs munitions, a précisé le ministre de la défense, Sébastien Lecornu, sur X. À l’occasion de ce défilé, le président indonésien pourrait finaliser ces nouveaux contrats, en annonçant par exemple l’achat de 24 Rafale, selon une information exclusive de La Tribune.

Partenaire opérationnel

Partenaire commercial important, l’Indonésie l’est aussi sur le plan opérationnel. Sa base aérienne de Halim-Perdanakusuma sert à la France de point d’appui pour sa composante air en mission dans la zone indo-pacifique. Tout comme son port de Lombok pour sa marine nationale : le porte-avions Charles-de-Gaulle y a fait escale, au début de l’année, dans le cadre de Clemenceau 25, la vaste mission multi-opérationnelle du groupe aéronaval qui s’est terminée à la fin du mois d’avril.

Dans un environnement fortement marqué par le bras de fer sino-américain, le président Prabowo Subianto serait très sensible au positionnement de « puissance d’équilibre » de la France, explique-t-on à Paris. Et de plus, il est francophile. Contestée directement ou indirectement dans cette région du monde, où elle compte des départements et des territoires d’outre-mer, par de grandes puissances comme la Chine ou la Russie, la France se trouve de son côté dans l’obligation de renforcer ses alliances et sa coopération avec les puissances émergentes de l’Indo-Pacifique : c’était le sens du voyage du président français dans la zone, à la fin du mois de mai.

Fermer les yeux sur les crimes de l’armée

Sur le plan des droits humains, ce rapprochement entre les deux pays n’est pas sans poser question. Dans une tribune publiée le 29 mai dans La Croix, le Franco-Indonésien Dipa Arif, collaborateur de Justice et Paix-France (1), se désolait de voir Paris « conclure des accords militaires majeurs avec un pays accusé de violations graves des droits humains, sans renier ses valeurs fondamentales ». Il y rappelait les violences multiples de l’Indonésie sur les Papous, cinquante-six ans après l’annexion de la Papouasie occidentale par Djakarta.

« L’armée indonésienne a aussi commis d’innombrables massacres, exactions, violences inouïes en Indonésie même, tuant entre 500 000 et 1 million de personnes en 1965, explique-t-il à La CroixUne violence qu’elle a exportée au Timor oriental à partir des années 1970 jusque dans les années 1990. Elle s’est aussi attaquée et continue à le faire aux mouvements prodémocratie dans le pays. »Le paradoxe est qu’elle défend aussi certaines valeurs républicaines comme la méritocratie, poursuit-il : « C’est même la seule institution dans laquelle les minorités peuvent faire carrière selon leur mérite. »

Et de son président Prabowo Subianto

Une armée dont est issu le président Prabowo Subianto. « En tant qu’officier, il a participé à plusieurs massacres au Timor oriental comme celui de Kraras, en 1983 (200 civils tués). Gendre du dictateur Suharto, il a été un pilier de la dictature et de ses violences. Ses hommes des forces spéciales, du tristement célèbre Kopassus, ont commis les pires crimes et continuent à le faire dans la plus grande impunité. » Selon Dipa Arif, comme selon la lettre spécialisée Asie 21, le Kopassus serait représenté sur les Champs-Élysées.

Interrogée par La Croix sur la possible présence de ces hommes parmi les 449 militaires indonésiens, l’armée française répond : « Chez nous, ils ne sont pas identifiés comme tels. » Et à propos des accusations de violations graves des droits humains portées contre l’armée indonésienne et le président Subianto, l’Elysée répond à La Croix : « On constate que l’armée indonésienne participe à de nombreuses opérations de maintien de la paix dans le monde, preuve de son sérieux. »

(1) Auteur d’un blog Mediapart sur l’Indonésie.

LEGOUVERNEMENT

Publié le 26/09/2024 à 15:27 par papilacabane Tags : sur france place saint monde article

Le gouvernement veut tailler dans les dépenses face au nouveau dérapage du déficit Le déficit risque de dépasser les 6 % du produit intérieur brut en 2024. Les nouveaux ministres de Bercy promettent un budget 2025 « de vérité et d’effort », axé sur des économies substantielles. Quant aux hausses d’impôts, elles resteront limitées. Le ministre de l’économie et des finances, Antoine Armand, à son arrivée pour le premier conseil des ministres, à l’Elysée, à Paris, le 23 septembre 2024. Le ministre de l’économie et des finances, Antoine Armand, à son arrivée pour le premier conseil des ministres, à l’Elysée, à Paris, le 23 septembre 2024. JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

Du sang, du labeur, des larmes et de la sueur. C’est ce qu’avait promis Winston Churchill aux Britanniques en mai 1940, juste après avoir été nommé premier ministre, en pleine guerre mondiale. Michel Barnier semble parti pour tenir le même type de propos aux Français. Au moins en matière d’argent public.

A deux semaines de la présentation du budget de l’Etat pour 2025, ses deux ministres qui se partagent désormais Bercy ont préparé le terrain, mercredi 25 septembre, lors d’une audition par la commission des finances de l’Assemblée nationale.

Face au violent dérapage des comptes publics, « nous vous proposerons un budget de vérité et d’effort, qui nécessitera des mesures de redressement conséquentes », a annoncé Antoine Armand, désormais responsable de l’économie. « Oui, la situation de nos finances publiques est grave », a ajouté, martial, son collègue Laurent Saint-Martin, chargé du budget. Pour agir, « le moment, c’est maintenant ».

Sans être précis, l’un et l’autre ont fixé une ligne : les efforts porteront « d’abord et avant tout » sur les dépenses publiques, dans lesquelles ils s’apprêtent à couper par des « mesures fortes ». Les hausses d’impôts, elles, resteront limitées. Clairement, les deux ministres macronistes n’entendent pas remettre en cause la politique de l’offre, favorable aux entreprises, défendue par le président de la République, Emmanuel Macron, depuis 2017, malgré l’envolée de la dette publique qui l’a accompagnée.

De la sueur et des larmes, mais, d’abord, de la « vérité ». C’est ainsi que Laurent Saint-Martin a entamé sa présentation. « La vérité, c’est qu’en 2024, le déficit public risque de dépasser les 6 % du PIB[produit intérieur brut] selon les dernières estimations dont nous disposons », a déclaré le nouveau ministre chargé du budget.

La France va devoir s’endetter davantage encore

Silence accablé dans la petite salle du Palais-Bourbon. Après avoir dérapé à 5,5 % du PIB en 2023, ce déficit de l’Etat, des collectivités locales et de la Sécurité sociale devait initialement être ramené à 4,4 % en 2024, pour revenir, en 2027, aux 3 % prévus dans les traités européens. Or, au lieu de diminuer, le déficit ne cesse de s’aggraver. Entre les prévisions d’avril et celles dévoilées mercredi, l’écart atteint plus de 25 milliards d’euros.

Les causes du glissement restent à démêler. Avant de quitter Bercy, l’ex-ministre de l’économie Bruno Le Maire avait mis une grande partie de la responsabilité sur le dos des collectivités locales, accusées de dépenser sans compter. « Il y a eu une époque où chaque maire voulait son gymnase ou sa salle des fêtes, mais c’est fini, réplique le sénateur (Parti socialiste) de la Sarthe Thierry Cozic. Les élus locaux ne sont pas de mauvais gestionnaires. »

RETRAITES

Publié le 12/12/2019 à 14:47 par papilacabane Tags : sur france chez société travail pouvoir prix vie monde plat presse couple femme place demain cadre femmes enfant littérature

Retraites : l’opinion publique est-elle prête à une réforme d’une telle ampleur ? Directeur adjoint du département Opinion de l’Ifop, Jérôme Fourquet revient sur les annonces du premier ministre et sur l’état du pays.

Entretien

Retraites : l’opinion publique est-elle prête à une réforme d’une telle ampleur ?

 

Le premier ministre Édouard Philippe a dévoilé mercredi 11 ddécembre en détails le projet de réforme des retraites du gouvernement. Thomas Samson/AFP

 

Pour l’auteur de L’Archipel français (1), le mouvement de grèves témoigne de la fragmentation de la société et d’un manque de confiance en l’avenir comme en la parole publique.

La Croix : Comment analysez-vous la tonalité du discours d’Édouard Philippe ?

Jérôme Fourquet :C’était un exercice d’équilibriste. D’un côté, ne pas adopter un ton trop raide ou une attitude martiale et mettre en scène un bras de fer pour en tirer un bénéfice politique, comme Margaret Thatcher face aux mineurs par exemple. De l’autre, faire preuve de détermination et montrer la volonté du gouvernement de faire avancer le dossier. En résumé, hors de question de céder comme de « mater » les syndicats.

→ À LIRE. Tous les syndicats appellent à la mobilisation le 17 décembre

La mobilisation dans la rue a sans doute poussé à cette posture. Impressionné par la journée du 5 décembre, le pouvoir s’est rassuré depuis par l’absence d’amplification du mouvement. Le gouvernement se dit que la partie n’est pas perdue, à condition de trouver le bon ton pour ne pas relancer la contestation.

Que nous dit la crise qui accompagne cette réforme au sujet des fractures du pays ?

J. F. : Le début de cette mobilisation – car il faut rester prudent sur les formes qu’elle pourrait prendre dans les semaines à venir – témoigne d’une forte fragmentation de notre société, et selon plusieurs lignes de faille. Tout d’abord, à côté des catégories les plus mobilisées et qui ont le plus à perdre, il y a ceux qui se sentent moins concernés et plus résignés. La majorité des salariés du privé ont ainsi intégré l’idée d’un manque à gagner lié à la réforme – moindre en comparaison de celui des fonctionnaires.

Les salariés du public constituent donc le gros de troupes, même si certains débrayages ont pu être décidés dans des grandes entreprises. Mais au sein même de la fonction publique, on observe aussi une différence de mobilisation entre ceux qui ont le plus à perdre et les autres. À la SNCF par exemple, les « roulants » qui peuvent partir à la retraite entre 50 et 52 ans sont très mobilisés : 77 % de grévistes chez les conducteurs, 58 % chez les contrôleurs pour un taux global de grévistes de 17 % le 9 décembre. Et au sein d’une même profession, les écarts sont aussi sensibles, entre les chauffeurs de bus de la RATP et ceux qui travaillent en province et qui ne bénéficient pas des mêmes conditions de retraite.

→ DÉCRYPTAGE. Retraites : âge d’équilibre, pension minimale… Les points clés de la réforme

À cela, s’ajoute une fragmentation générationnelle. Les retraités sont ceux qui soutiennent le moins le mouvement. Ils bénéficient du système et se montrent naturellement favorables à tout ce qui peut le garantir et le pérenniser. Mais à l’autre bout de la pyramide des âges, les étudiants n’ont pas non plus rejoint massivement la mobilisation pour l’instant, malgré un contexte marqué par l’immolation de l’un d’entre eux il y a peu. Pour la plupart, ils sont convaincus que le système aura encore changé quand ils entreront sur le marché du travail et voient en quelque sorte ces grèves comme des combats d’arrière-garde. C’est une différence notable avec 1995 où des dizaines d’universités avaient été bloquées.

Dans ce contexte, la population peut-elle accepter une réforme d’une telle ampleur ?

J. F. :Vue l’ampleur de la réforme proposée, le conflit social ne va pas s’arrêter instantanément. Ce qui se joue pour le gouvernement, c’est moins d’espérer convaincre une majorité de Français que de réduire et d’isoler les opposants les plus déterminés et de tabler sur la résignation d’une part significative de la population pour faire au final passer son projet en ayant lâché certaines concessions.

Ceux qui sont dans la rue combattent la logique de régression des droits qui sous-tend selon eux la réforme. Au-delà de leurs régimes spéciaux, ils disent lutter pour tous les salariés et se voient comme un pôle de résistance contre le détricotage de la protection sociale. Mais ils reprochent aussi à cette réforme d’introduire énormément d’incertitude. Le système par point ouvre la possibilité d’ajustements futurs. Et même si la valeur du point est garantie dans la loi, objectent-ils, qui dit que l’on ne reviendra pas dans l’avenir sur cette disposition ? La réforme actuelle suppose en fait une confiance sur le long terme et un crédit de la parole publique. Et tous les deux font défaut aujourd’hui.

Peut-il y avoir d’autres formes de convergence, avec les « gilets jaunes » par exemple ?

J. F. :Malgré une certaine porosité idéologique et la présence de certains gilets jaunes dans les cortèges, ces manifestations n’ont rien à voir avec le mouvement social d’il y a un an. Dans leurs itinéraires, leur calendrier, leurs codes comme leur physionomie, elles sont beaucoup plus classiques. Les syndicats ont démontré leur capacité à compter encore en mobilisant leurs bases, qui sociologiquement et culturellement diffèrent du « peuple des ronds-points ».

→ ANALYSE. Retraites, qu’est-ce qu’une réforme juste ?

Comme tout mouvement social, celui-ci agrège dans les sondages le soutien de ceux qui désapprouvent la politique générale du gouvernement. Et aujourd’hui, ils sont deux tiers des Français à se déclarer mécontents de l’action d’Emmanuel Macron. Ces grèves, comme les gilets jaunes, sont ainsi le réceptacle du mécontentement contre le pouvoir.

La mobilisation de l’an passé pèse en outre sur l’attitude des syndicats comme du gouvernement. Les premiers savent qu’il faut assumer un certain de degré de combativité et de conflictualité pour être entendus. Même s’il veut conserver son ADN politique, le réformisme, le gouvernement a lui compris qu’il n’est pas opportun de pousser trop les feux car il sait le pays hautement inflammable.

Retraites : âge d’équilibre, pensions... Le décryptage point par point de la réforme « Une retraite plus simple, plus juste, pour tous. » C’est ce qu’a promis le premier ministre, Édouard Philippe, en présentant le « système universel des retraites ».

Analyse

Retraites : âge d’équilibre, pensions... Le décryptage point par point de la réforme

 

Des employés de la SNCF écoutent le premier ministre dévoiler les détails du plan de réforme des retraites, ce mercredi 11 décembre. Philippe Lopez/AFP

 

► Quand rentrera en vigueur le nouveau système ?

Tout dépend de votre situation. Le cas le plus simple est pour les jeunes nés à partir de 2004, et qui entreront sur le marché du travail au plus tôt en 2022. Ils dépendront immédiatement du système universel à points, qui entrera en vigueur au 1er janvier 2022 pour les nouveaux arrivants. À l’autre bout, tous ceux qui sont « à moins de 17 ans de la retraite aujourd’hui, c’est-à-dire ceux nés avant 1975 et qui auront plus de 50 ans en 2025» ne seront pas concernés par le futur système universel.

Reste la situation de ceux nés entre ces deux bornes. Et là, les choses se corsent. Les personnes nées à partir de 1975 cotiseront dans le futur système universel à partir du 1er janvier 2025. Pour les régimes spéciaux, tous ceux qui sont à plus de 17 ans de la retraite aujourd’hui basculeront également. « La transition sera très progressive, a rappelé Édouard Philippe. La partie de carrière effectuée jusqu’à 2025 donnera lieu à une première partie de retraite calculée sur les anciennes règles, et celle après sera régie par le système universel. »

→ SYNTHÈSE - Retrouvez les annonces d’Édouard Philippe

Autrement dit, on calculera vos « anciens » droits à la retraite en 2025, qu’on mettra de côté, puis on calculera vos nouveaux droits à la retraite dans le système universel. Au moment de partir, vous toucherez le cumul deux pensions, la vieille qui a été « figée » et la nouvelle.

Le calcul de l’« ancienne pension » n’est pas encore clair. Comment se fera la prise en compte la règle des 25 meilleures années pour une personne qui n’a travaillé que 15 ou 20 ans dans l’ancien système ? Se contentera-t-on de ces quelques années ? Extrapolera-t-on les années manquantes ? Ou bien dessinera-t-on une carrière fictive entière, de laquelle on extraira les 25 meilleures années ? Les questions se posent encore plus pour les fonctionnaires, dont la pension est calculée sur les six derniers mois hors prime pour l’instant.

Concernant les cotisations, Édouard Philippe prévoit une période de transition de 10 à 15 ans pour aboutir à ce que tout le monde cotise au taux unique de 28,12 %, jusqu’à 120 000 € de revenu brut. Pour les indépendants et les libéraux, l’idée est que « tous convergeront vers le taux de cotisation cible», même si les uns acquerront des « nouveaux » droits et d’autres resteront dans l’ancien système.

► À quel âge pourra-t-on partir à la retraite ?

Rassurons déjà ceux qui commencent à travailler tôt : le dispositif « carrières longues » est maintenu, avec un départ à 60 ans à condition d’avoir cotisé l’équivalent de 5 trimestres avant d’avoir 20 ans. Pour les agents qui exercent des fonctions dangereuses dans le cadre de missions régaliennes (policiers, pompiers, gardiens de prison etc.), les « dérogations d’âge » seront également maintenues.

Légalement, l’âge de départ à la retraite reste fixé à 62 ans. Mais, à compter de 2027, il sera impossible de partir avant 64 ans sans subir de décote, hors mécanisme de pénibilité, carrière longue, départ anticipé pour les forces de l’ordre et dérogation pour handicap. Et d’ici à 2027, la possibilité d’un départ à 62 ans sans décote devrait progressivement s’éloigner. En réalité, Édouard Philippe mélange une volonté d’économies rapides et les paramètres d’équilibre du futur système, ce qui a provoqué le vif mécontentement des syndicats qui jusque-là soutenaient la réforme.

Le premier ministre estime en effet que « pour garantir les pensions, pour financer un niveau élevé de solidarité, et pour profiter de la hausse de l’espérance de vie, sans augmenter les impôts, la seule solution, c’est de travailler progressivement un peu plus longtemps. » Pour ne pas « brusquer», l’« âge pivot » évoqué par Jean-Paul Delevoye en juillet dernier – rebaptisé « âge d’équilibre » – ne s’appliquera qu’à compter de 2027. Mais en attendant, « il reviendra aux partenaires sociaux de fixer la trajectoire de retour à l’équilibre et de la maintenir. »

« Avant le 1er janvier 2022, les responsables de la nouvelle gouvernance auront à définir le bon système de bonus-malus pour aller vers ces 64 ans », a poursuivi le premier ministre, qui ne veut pas « renvoyer les mesures d’économies au-delà du quinquennat». La gouvernance du futur système par les partenaires sociaux sera donc mise en place au plus tard en 2021. Charge à eux de trouver des mesures d’économies qui devront s’appliquer dès 2022.

Dans le détail, il s’agit de mettre en place un système de bonus-malus qui rejoindrait progressivement celui du système universel. Ce dernier prévoit 5 % de décote par an pour les départs avant 64 ans, à compter de 2027 donc. Et un mécanisme de surcote équivalent.

Si les partenaires sociaux ne parviennent pas à un accord, la loi fixera « à compter du 1erjanvier 2022 un âge d’équilibre à 62 ans et 4 mois, qui augmentera ensuite de 4 mois par an» précisent les documents de cadrage publiés sur le site du gouvernement. Par défaut, la décote et la surcote seront alors de 5 % par an. Autrement dit, il sera ainsi impossible de partir sans décote avant 63 ans en 2024. Ceux qui voudront partir à 62 ans cette année-là perdront 5 % de leur pension.

► Qui fixera la valeur du point ?

Mettre tout à plat pour passer d’un système en annuité à un système à points suscite de fortes inquiétudes a reconnu Édouard Philippe. Aussi, le premier ministre s’est attaché à rassurer « ceux qui jugent le point plus abstrait que le trimestre et doutent de la préservation du niveau de leurs pensions dans la durée».

Pour « regagner leur confiance », il a mis en avant la place qui sera laissée aux partenaires sociaux qui seront chargés du « pilotage» du nouveau système. Le « rôle central » leur revient puisque « 75 % du système est financé par des cotisations».

Ainsi, ce sont eux qui seront appelés à trancher la question très centrale de la valeur du point, « sous le contrôle du Parlement ». Celle-ci reste en effet à déterminer, même si, en juillet, le rapport de Jean-Paul Delevoye avait posé comme hypothèse de travail que 10 € de cotisations rapporteraient un point et qu’un point ouvrirait droit à une pension de retraite de 0,55 € par an.

En laissant le choix aux mains des syndicats et du patronat, le gouvernement affiche son engagement « à ce que la valeur du point ne soit pas fixée à la sauvette, au gré des difficultés budgétaires », a plaidé Édouard Philippe. Le premier ministre a également donné une double garantie sur l’évolution au fil des décennies du stock de points qu’un salarié accumulera tout au long d’une carrière.

La loi, d’abord, « prévoira une indexation progressive, non pas sur les prix comme aujourd’hui, mais sur les salaires qui, dans notre pays augmentent plus vite que l’inflation». De plus, même en cas d’aléas économiques, aucun retour en arrière ne sera possible : « la loi prévoira une règle d’or pour que la valeur des points acquis ne puisse pas baisser». Autrement dit, les points engrangés au fil des ans ne pourront que prendre de la valeur, jamais en perdre.

Le critère d’indexation des points acquis sur le salaire moyen rompt avec la logique d’indexation sur l’inflation, qui est la règle pour les pensions de retraites depuis la réforme Balladur de 1993. En revanche, les pensions une fois calculées n’évolueront plus chaque année au rythme des points ou des salaires moyens, mais continueront à être revalorisées seulement en fonction de l’inflation.

► Quid des régimes spéciaux ?

« Le temps du système universel est venu. Celui des régimes spéciaux s’achève », a affirmé Édouard Philippe qui a cependant insisté sur une nécessaire progressivité de cette disparition « sans brutalité et dans le respect des parcours individuels ». Selon le premier ministre, il convient notamment de respecter « le contrat social qui lie une personne à une organisation. Dans certains métiers, l’âge de départ à la retraite en fait partie intégrante.»

Parmi ces régimes spéciaux, l’attention était focalisée sur ceux des cheminots de la SNCF et des agents de la RATP. Au 7e jour de la grève dans les transports, beaucoup attendaient des annonces pouvant convaincre une partie de ces salariés à reprendre le chemin des aiguillages, des trains, des métros ou des bus.

« Je pense à tous ceux qui galèrent, pour qui chaque journée est devenue un véritable parcours d’obstacles entre les transports et les problèmes de garde d’enfants »,a d’ailleurs déclaré le premier ministre selon lequel les « garanties données» par le gouvernement justifiaient que la grève s’arrête. Il a de fait renvoyé les organisations syndicales vers les directions des entreprises concernées pour que les deux parties « engagent le dialogue. »

« Mais on ne sait même pas quel est leur mandat et quelles sont ces garanties,réagissait un porte-parole de la CFDT cheminots, premier syndicat chez les conducteurs de trains. Et quel est le rôle du ministre des transports si ce sont les entreprises qui gèrent des négociations ?

En ce qui concerne les mesures d’âge, le dossier mis en ligne sur le site du premier ministre indique que « pour les fonctionnaires et les agents des régimes spéciaux dont l’âge légal de la retraite est 57 ou 52 ans», les premières générations concernées par le régime universel seront à la SNCF et à la RATP, selon l’âge de départ possible, celles de 1980 et de 1985.

Cette décision confirmait des rumeurs qui circulaient depuis plusieurs jours dans les milieux proches de ces entreprises. Le gouvernement rejette in fine la « clause du grand-père » demandée par plusieurs syndicats, à savoir le maintien des droits de tous les cheminots aujourd’hui au statut à la SNCF (l’embauche au statut est terminée au 1er janvier prochain) ou des agents RATP.

On sait que la direction de la SNCF avait suggéré au gouvernement de ne toucher les cheminots qu’à partir de la génération 1973, ce qui laisserait la moitié des conducteurs en dehors de la réforme. Le gouvernement est allé plus loin. Selon l’Unsa ferroviaire, appliquer la réforme aux générations annoncées ferait basculer au final 50 000 cheminots dans le régime universel sur moins de 100 000 cheminots au statut à l’horizon 2025.

► Quelles solutions pour les enseignants ?

« Il serait inacceptable que les enseignants perdent le moindre euro de pension. » Édouard Philippe a cherché à rassurer les professeurs, qui, comme tous les fonctionnaires, verront leur retraite calculée sur l’ensemble de la carrière et non plus sur les six derniers mois, en contrepartie de quoi leurs primes seront incluses dans le calcul des pensions.

Problème, leur taux de prime est de 12 % dans le primaire et 19 % dans le secondaire, contre 22 % en moyenne pour les fonctionnaires. Cela suppose donc un effort considérable de revalorisation. « Nous inscrirons dans la loi la garantie selon laquelle le niveau de retraite des enseignants sera sanctuarisé », a martelé le premier ministre.

Début octobre, le président Macron a avancé le chiffre de « 10 milliards d’euros »pour combler le fossé. Ses ministres Jean-Michel Blanquer et Gérald Darmanin, de 400 à 500 millions d’euros par an.

« Cela ne représenterait qu’une quarantaine d’euros par mois », s’étrangle Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes, le principal syndicat du secondaire, qui accueille avec scepticisme l’annonce de discussions jusqu’à l’été entre ministère et syndicats. Celles-ci doivent permettre de fournir «le cadre, sur les dix prochaines années, de la reconstruction des rémunérations, des carrières et des organisations du travail », assure Édouard Philippe.

« L’amélioration peut se faire par les salaires mais aussi par les primes », a précisé dans la foulée le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer, dit vouloir recevoir les syndicats dès vendredi 13 décembre.

« Le gouvernement ne dit pas si ces revalorisations concerneront tous les professeurs ou si l’on va vers un système à deux vitesses. Il n’évoque pas non plus les enseignants quand il parle de pénibilité », soupire la patronne du Snes. Son syndicat appelle à une grande journée interprofessionnelle, mardi 17 décembre. En attendant, il invite aussi ses adhérents à participer à la journée d’action du jeudi 12 décembre, avec notamment des appels à la grève dans certaines académies.

► Quels mécanismes de solidarité ?

Si le système de retraite actuel est plutôt protecteur – « la France a le taux de pauvreté parmi les retraités les plus faibles du monde », a souligné le premier ministre –, il laisse subsister « des iniquités » et peine à protéger « les Français les plus fragiles », ce que la réforme propose de corriger.

L’instauration d’une pension minimale de 1 000 € par mois pour une carrière complète, soit 85 % du smic, est ainsi présentée comme une « révolution sociale ». Elle devrait profiter principalement aux exploitants agricoles, dont la majorité a des retraites inférieures au seuil de pauvreté.

Les femmes sont également données comme « les grandes gagnantes » du nouveau système, elles dont les pensions sont actuellement inférieures de 40 % en moyenne à celles des hommes en raison des inégalités salariales et des interruptions de carrière. Pour y remédier, la réforme promet de « compenser à 100 % » les effets de la maternité, via l’acquisition de points dès le premier jour d’arrêt et une majoration de 5 % des points dès le premier enfant, attribuable à la mère sauf choix contraire. Les familles nombreuses ne sont pas oubliées : le premier ministre ajoute 2 % supplémentaires à partir du troisième enfant.

Le projet promet également d’abaisser la borne des 67 ans – âge à partir duquel s’annule la décote pour ceux et celles qui n’ont pas cotisé assez de trimestres pour espérer une retraite à taux plein. Quelque 80 000 femmes seraient concernées chaque année. Elles pourront, demain, partir deux ou trois ans plus tôt qu’aujourd’hui sans perte.

Enfin, le calcul des pensions de réversion sera harmonisé. Les treize dispositifs actuels – qui proposent des taux de réversion variables, mais aussi des conditions de ressources ou d’âge différentes – seront fondus en un seul qui permettra au conjoint survivant – le plus souvent une femme – de conserver 70 % des droits à la retraite cumulés du couple.

Le projet de réforme prévoit également des mesures de solidarité pour garantir que les périodes d’inactivité ne pénalisent pas les personnes pour le calcul de leur pension. Ainsi, grande nouveauté par rapport au système actuel, la prise en compte des droits lors des interruptions de carrière – dues à la maladie, au chômage, à l’aide d’un proche ou à l’invalidité – sera nettement améliorée, et donc la pension versée au moment du départ.

De même, si les Français sont appelés à « travailler plus longtemps » pour équilibrer le système, « ceux qui ne le peuvent pas seront protégés », a promis Édouard Philippe.

Le compte pénibilité qui permet à un salarié du privé d’accumuler des points par trimestre d’exposition à des facteurs de risques lui permettra également de faire valoir son « droit au repos » avant l’âge légal de 62 ans. « Davantage de points de retraite seront accordés pour tous ceux qui exercent longtemps des métiers pénibles », souligne le dossier de presse fourni à l’issue de l’intervention du premier ministre.

Mais « construire une protection sociale du XXIe siècle » qui prenne mieux en compte « les nouveaux visages de la précarité » sera coûteux. Aussi « les plus hauts revenus seront mis à contribution » pour participer à cet effort de solidarité, a indiqué Édouard Philippe.

Le premier ministre a ainsi rappelé que ceux qui gagnent plus de 120 000 € par an – environ 300 000 personnes – seront soumis à une cotisation supplémentaire de 2,8 % n’ouvrant aucun droit à la retraite mais destinée à alimenter le fonds de solidarité.

« Tout le reste est littérature », a appuyé Édouard Philippe en réponse aux critiques de ceux qui reprochent à la réforme de profiter aux riches.

MACRON

Publié le 11/12/2019 à 10:10 par papilacabane Tags : message sur monde base chez coup article travail texte pouvoir

Réforme des retraites : entre concessions et fermeté, le double risque de Macron Aller au bout de sa réforme sans être sourd à la colère sociale, c’est l’équation délicate que doit résoudre Emmanuel Macron, alors que son premier ministre, Edouard Philippe, doit présenter mercredi à midi le détail du texte. Emmanuel Macron, lors d’une visite de l'université de Picardie-Jules-Verne, à Amiens, le 21 novembre. Emmanuel Macron, lors d’une visite de l'université de Picardie-Jules-Verne, à Amiens, le 21 novembre. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR « LE MONDE »

Lâcher suffisamment de lest pour affaiblir la mobilisation, sans mécontenter ceux qui l’ont soutenu pour sa capacité à « transformer » le pays. Le chemin de sortie de crise paraît très étroit pour Emmanuel Macron, confronté à un puissant mouvement de contestation contre sa réforme des retraites.

Sous pression, après une première journée de mobilisation, le 5 décembre, qui a rassemblé plus de 800 000 manifestants, et une deuxième, mardi 10 décembre, qui a de nouveau entraîné des perturbations dans de nombreux secteurs, l’exécutif doit lever le voile sur un projet de loi encore flou.

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Mercredi 11 décembre, lors d’une allocution très attendue, le premier ministre Edouard Philippe doit présenter les modalités d’application de la réforme, sur lesquelles le gouvernement se réserve des marges de négociation. Si la fermeté est de mise sur le principe d’un système universel par points, le pouvoir n’exclut pas en revanche des gestes susceptibles de faire bouger certains syndicats.

Parmi ces aménagements pourraient notamment figurer un décalage de l’entrée en vigueur de la réforme et des périodes de transition pour les régimes spéciaux ; une revalorisation des carrières de la fonction publique, notamment des enseignants qui craignent que leurs pensions baissent ; une absence de mesures budgétaires immédiates ; un élargissement de la pénibilité…

Bataille de l’opinion

Quelles seront les pistes retenues pour essayer d’éteindre le feu ? L’équation à résoudre semble hautement complexe pour l’exécutif, qui doit trouver le bon dosage. En s’extirpant d’un double risque politique : celui de trop lâcher, ou pas assez.

Si les concessions annoncées paraissent trop minces aux yeux des organisations syndicales, le pouvoir pourrait se voir accuser de rester « droit dans ses bottes », et d’être sourd au message de la rue. Une attitude de fermeté, qui pourrait rendre caducs ses espoirs de gagner la bataille de l’opinion. Les fers de lance de la contestation – la CGT et la FO – auraient alors de sérieux arguments pour convaincre leurs troupes de poursuivre la mobilisation, jusqu’à ce qu’ils obtiennent le retrait pur et simple de la réforme.

Avant même que M. Philippe prenne la parole, ces deux syndicats ont laissé planer la menace de poursuivre les blocages, en prévenant qu’ils « réfléchissaient » à l’opportunité de mener une nouvelle journée de manifestations jeudi.

« La balle est dans le camp du gouvernement », estime le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, en l’appelant à « entendre la colère ». Et à ne pas s’enliser dans une seconde grande crise sociale, un an après les « gilets jaunes », potentiellement dévastatrice pour la popularité d’Emmanuel Macron dans l’optique de l’élection présidentielle de 2022.

Didier Aubert, CFDT cheminots : « Si on nous accorde la clause du grand-père, on sort du conflit » Le secrétaire général de la CFDT cheminots explique au « Monde » ce qui lui ferait arrêter la grève. Piquet de grève des cheminots devant la gare de Lyon-Perrache, le 10 décembre. Piquet de grève des cheminots devant la gare de Lyon-Perrache, le 10 décembre. BRUNO AMSELLEM / DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

A quelques heures de la présentation très attendue de la réforme des retraites par le premier ministre, Edouard Philippe, Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT cheminots, rappelle, dans un échange avec Le Monde, quelles sont les lignes rouges de son syndicat (le quatrième représentatif à la SNCF après la CGT, l’UNSA et SUD). Depuis le jeudi 5 décembre, la CFDT cheminots est en grève reconductible.

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Avez-vous eu des contacts avec les représentants de l’Etat au cours de ces derniers jours ?

Très peu. Juste un coup de fil de cinq minutes du secrétaire d’Etat aux transports, Jean-Baptiste Djebbari, vendredi soir. Nous avons rencontré, samedi après-midi, le directeur des ressources humaines de la SNCF, davantage dans une position de médiateur, que mandaté pour mettre sur la table des propositions concrètes. On a le sentiment de participer à un dialogue de sourds. Je ne comprends pas le fonctionnement de ce gouvernement : on est en plein conflit et l’Etat fait traîner les discussions comme s’il s’agissait d’une négociation au long cours

Quelles annonces du premier ministre vous feraient arrêter la grève ?

Je rappelle que, selon la réforme ferroviaire de 2018, les cheminots d’aujourd’hui bénéficient d’un statut qui va se fermer le 31 décembre 2019. Dans cette logique, si le gouvernement nous accorde la clause du grand-père [un mécanisme qui impliquerait que seuls les nouveaux embauchés soient concernés par la réforme], on sort du conflit tout de suite.

Nous serions aussi d’accord pour que les agents aient l’option – sur la base du volontariat, j’insiste là-dessus – de basculer dans le régime universel moyennant un rachat de l’âge de départ. Actuellement, il existe une surcotisation patronale, dite « T2 », destinée à financer le départ anticipé du salarié et les avantages spécifiques de notre retraite. Si l’agent choisit de renoncer à une retraite anticipée, cette surcotisation T2 doit se transformer en hausse de salaire qui lui permettra d’augmenter ses points pour sa future retraite.

Par contre, nous serions opposés au grand marché de dupes d’une clause générationnelle [la réforme ne s’applique qu’aux cheminots nés après une date précise, 1985 par exemple]. Surtout s’il n’y a pas de mesures de compensations. La CFDT cheminots ne jouera pas au pompier pendant que le gouvernement joue au pyromane.

La CFDT est bien représentée chez les conducteurs, qui sont les fers-de-lance de la grève à la SNCF. Dans quel état d’esprit sont-ils à la veille des annonces ?

Très décidés à continuer. Et, attention, on est en train d’arriver à un moment – au bout de six-huit jours de conflit – où les gens ont trop perdu pour reprendre le travail avec rien ou trois fois rien. J’ai connu 1995 et j’ai vu arriver ce point de bascule où la grève prend une dimension qui peut devenir irrationnelle.

L'OTAN

Publié le 08/11/2019 à 09:05 par papilacabane Tags : sur bonne monde article presse mort
« Termes radicaux » pour Merkel, « paroles en or » pour Moscou : les réactions aux déclarations de Macron sur l’OTAN Dans un entretien à « The Economist », il a décrit une Alliance atlantique en état de « mort cérébrale ».

Le Monde avec AFP Publié hier à 13h30, mis à jour à 07h48

Lecture 3 min.

Emmanuel Macron, en visite à Pékin, le 6 novembre. Emmanuel Macron, en visite à Pékin, le 6 novembre. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR « LE MONDE »

Emmanuel Macron a estimé, jeudi 7 novembre, que l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) était en état de « mort cérébrale », dans un entretien à l’hebdomadaire anglais The Economist. Le président français l’explique par le désengagement américain vis-à-vis de ses alliés, notamment en Syrie, et de l’attitude de la Turquie, membre de l’Alliance atlantique – autre nom de l’OTAN. Un sommet de l’organisation aura lieu à Londres au début du mois de décembre.

Il faut « clarifier maintenant quelles sont les finalités stratégiques de l’OTAN », a affirmé le chef de l’Etat, en plaidant, comme depuis le début de son mandat, pour « muscler » l’Europe de la défense. « Vous n’avez aucune coordination de la décision stratégique des Etats-Unis avec les partenaires de l’OTAN et nous assistons à une agression menée par un autre partenaire de l’OTAN, la Turquie, dans une zone où nos intérêts sont en jeu, sans coordination, a-t-il souligné. Ce qui s’est passé est un énorme problème pour l’OTAN. »

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La chancelière Angela Merkel a rapidement commenté ces déclarations lors d’une conférence de presse à Berlin, jeudi, aux côtés du secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg. « Je ne pense pas qu’un tel jugement intempestif soit nécessaire, même si nous avons des problèmes, même si nous devons nous ressaisir », a-t-elle déclaré. Les « termes radicaux » de M. Macron ne correspondent pas à « mon point de vue au sujet de la coopération au sein de l’OTAN », a ajouté la chancelière. M. Stoltenberg a, de son côté, estimé que l’OTAN restait « forte », relevant que les Etats-Unis et l’Europe « travaillaient ensemble plus que nous ne l’avons fait depuis des décennies ».

« Ce sont des paroles en or. Sincères et qui reflètent l’essentiel. Une définition précise de l’état actuel de l’OTAN », a écrit, de son côté, la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova sur sa page sur Facebook, commentant les propos sur l’OTAN de M. Macron. Le président français a, cependant, eu dans la même interview des mots sévères sur la Russie, dont le modèle n’est, selon lui, « pas soutenable ».

Enfin, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, a jugé, lors d’une conférence de presse à Leipzig (Allemagne), que l’OTAN restait « historiquement un des partenariats stratégiques les plus importants ». Il en a profité pour rappeler l’exigence de Donald Trump aux pays membres de l’Alliance de mieux « partager le fardeau » de son financement – le président américain avait lui-même qualifié l’OTAN d’organisation « obsolète » en janvier 2017.

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Dans ce long entretien accordé à The Economist, le président français s’inquiète également de la « fragilité extraordinaire de l’Europe », qui « disparaîtra » si elle ne « se pense pas comme puissance dans ce monde ».« Je ne crois pas dramatiser les choses, j’essaye d’être lucide », souligne Emmanuel Macron qui voit trois grands risques pour l’Europe : qu’elle ait « oublié qu’elle était une communauté », le « désalignement » de la politique américaine du projet européen, et l’émergence de la puissance chinoise « qui marginalise clairement l’Europe ».

« Depuis soixante-dix ans, on a réussi un petit miracle géopolitique, historique, civilisationnel : une équation politique sans hégémonie qui permet la paix.(…)Mais il y a aujourd’hui une série de phénomènes qui nous mettent dans une situation de bord du précipice », insiste M. Macron, qui voit aussi l’Union européenne « s’épuiser sur le Brexit ».

Le président français estime d’abord que « l’Europe a oublié qu’elle était une communauté, en se pensant progressivement comme un marché, avec une téléologie qui était l’expansion ». Selon le chef de l’Etat, il s’agit là d’une « faute profonde parce qu’elle a réduit la portée politique de son projet, à partir des années 1990 ».

Deuxième danger, pour Emmanuel Macron : les Etats-Unis qui restent « notre grand allié » mais « regardent ailleurs » vers « la Chine et le continent américain ». Ce basculement a été amorcé sous Barack Obama, estime le chef de l’Etat. « Mais pour la première fois, nous avons un président américain [Donald Trump] qui ne partage pas l’idée du projet européen, et la politique américaine se désaligne de ce projet », estime-t-il.

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Enfin, le rééquilibrage du monde va de pair avec l’émergence – depuis quinze ans – d’une puissance chinoise qui crée un risque de bipolarisation et marginalise clairement l’Europe. Et à ce risque de « G2 » Etats-Unis/Chine, s’ajoute « le retour de puissances autoritaires, au voisinage de l’Europe, qui nous fragilisent également très profondément », ajoute M. Macron, citant la Turquie et la Russie. En conséquence, il estime que si les Européens n’ont « pas un réveil, une prise de conscience de cette situation et une décision de s’en saisir, le risque est grand, à terme, que géopolitiquement nous disparaissions, ou en tout cas que nous ne soyons plus les maîtres de notre destin. Je le crois très profondément ».

TU VEUX OUTU VEUX PAS...

Publié le 20/10/2019 à 09:08 par papilacabane Tags : sur monde homme fond article message gain pouvoir
Brexit : le double message de Boris Johnson à Bruxelles Le premier ministre s’est conformé à son obligation légale de demander un nouveau délai aux Européens, tout en rappelant son hostilité à cette démarche et son souhait d’un maintien du calendrier prévu.

Le Monde avec AFP Publié hier à 19h10, mis à jour à 07h27

Lecture 3 min.

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, devant les députés de la Chambre des communes à Londres, le 19 octobre. Le premier ministre britannique, Boris Johnson, devant les députés de la Chambre des communes à Londres, le 19 octobre. JESSICA TAYLOR / UK PARLIAMENT / VIA REUTERS

Le vote tant attendu à propos de l’accord trouvé mercredi par Boris Johnson et l’Union européenne (UE) n’a finalement pas eu lieu. Réunis samedi 19 octobre, les députés de la Chambre des communes ont infligé un revers au premier ministre britannique. « BoJo » a en effet été contrarié par un député issu de son propre camp, Oliver Letwin, qui a fait adopter – à 322 voix pour, 306 contre – un amendement qui complique singulièrement ses plans. Cet amendement visait à demander un report du Brexit le temps que soit adoptée toute la législation nécessaire à sa mise en œuvre.

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  • Quelles conséquences ?

Après l’annonce du vote, Boris Johnson a rappelé sa détermination à sortir son pays de l’UE coûte que coûte le 31 octobre, assurant ne pas vouloir « négocier de report » avec les Vingt-Sept. Il a regretté que le vote historique qui était prévu samedi sur son accord de divorce avec Bruxelles soit désormais « vidé de son sens ».

Mais conséquence du vote des députés britanniques, le premier ministre a dû se conformer au Benn Act, cette loi votée contre son gré par une majorité de parlementaires « remainers » (anti-Brexit) début septembre.

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Elle stipule que si aucun accord de sortie n’est approuvé par le Parlement britannique d’ici au 19 octobre, le premier ministre doit réclamer un report du Brexit, prévu le 31 octobre, au 31 janvier 2020. « Le but de cette loi est de garantir que le Royaume-Uni ne sorte pas de l’Union européenne sans accord », avait expliqué Hilary Benn, le député travailliste qui l’avait présentée à la Chambre des communes.

Boris Johnson avait donc jusqu’à minuit, heure de Bruxelles, samedi 19 octobre, pour faire parvenir cette requête à l’Union européenne, ce qu’il a fait. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a annoncé, à 23 heures, avoir reçu de Londres cette demande de report.

« La demande d’extension[du délai fixé pour le Brexit] vient d’arriver. Je vais à présent commencer à consulter les dirigeants de l’UE sur la manière de réagir », a-t-il écrit sur Twitter.

Donald Tusk
 
@eucopresident
 

The extension request has just arrived. I will now start consulting EU leaders on how to react. #Brexit

 
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  •  

Mais selon une source au sein des services de Downing Street, trois lettres ont été envoyées. La première, celle qui demande un report du Brexit, n’a pas été signée par Boris Johnson. Le premier ministre se serait contenté d’envoyer une photocopie du modèle intégré au Benn Act, sans y apposer sa signature.

En revanche, il a bien signé une deuxième lettre, dans laquelle il rappelle ne surtout pas vouloir de ce délai. « Une nouvelle extension porterait préjudice aux intérêts du Royaume-Uni et de nos partenaires de l’UE, ainsi qu’aux relations entre nous », a-t-il écrit, selon des copies circulant parmi des journalistes à Bruxelles. « Nous devons mener ce processus à terme afin de pouvoir passer à la phase suivante et construire notre nouvelle relation », a-t-il ajouté.

Une troisième lettre a aussi été rédigée par l’ambassadeur britannique auprès de l’UE, Tim Barrow, pour souligner que la demande avait été uniquement envoyée afin de se conformer à la loi.

  • Les consultations débutent entre les Vingt-Sept

La Commission européenne a « pris acte » samedi du vote des députés britanniques et intimé au gouvernement de Boris Johnson de lui donner la marche à suivre « dès que possible ». « Il appartiendra au gouvernement britannique de nous informer sur les prochaines étapes », a réagi dans un tweet Mina Andreeva, porte-parole de l’exécutif européen.

Selon une source européenne, les consultations entre M. Tusk et les dirigeants des Vingt-Sept « pourraient prendre quelques jours ». Dimanche matin, ce sont les ambassadeurs des Vingt-Sept qui doivent se retrouver à Bruxelles pour discuter du Brexit, une réunion qui était déjà prévue avant le rebondissement de samedi à la Chambre des communes.

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De son côté, Emmanuel Macron a demandé à Boris Johnson une clarification rapide sur l’accord sur le Brexit entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. L’Elysée a déclaré qu’un « délai supplémentaire n’est dans l’intérêt de personne ». « Un accord a été négocié, il appartient désormais au Parlement britannique de dire s’il l’approuve ou le rejette. Il faut un vote sur le fond », a rappelé la présidence française.

  • Où en est le camp du « Remain » ?

Pour ceux qui espèrent un nouveau référendum, l’amendement Letwin apporte un gain de temps bienvenu. Alors que les députés étaient réunis, des centaines de milliers de personnes défilaient dans les rues de Londres, s’accrochant à un dernier espoir d’organiser un deuxième référendum. Il y avait sans doute un peu moins de monde que le million de personnes de mars 2019, mais c’est impossible à confirmer avec certitude, en l’absence de comptage officiel. Cette mobilisation semblait toutefois celle du dernier espoir.

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JERUSALEM

Publié le 12/08/2019 à 11:33 par papilacabane Tags : sur chez saint belle article place fete soi
Des dizaines de blessés après des heurts sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem Deux fêtes religieuses, juive et musulmane, avaient lieu dimanche 11 août. Une concomitance à l’origine de nouvelles tensions dans la vieille ville entre Palestiniens et policiers israéliens.

Par Claire Bastier Publié aujourd’hui à 04h12, mis à jour à 10h19

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Affrontements entre Palestiniens et policiers israéliens devant la mosquée al-Aqsa de Jérusalem, le 11 août. Affrontements entre Palestiniens et policiers israéliens devant la mosquée al-Aqsa de Jérusalem, le 11 août. MAHMOUD ILLEAN / AP

La journée promettait d’être électrique. Elle le fut. La concomitance exceptionnelle de deux fêtes religieuses, juive et musulmane, dimanche 11 août, a provoqué un regain de tensions dans la vieille ville de Jérusalem. Une soixantaine de Palestiniens ont été blessés, ainsi que quatre policiers israéliens, dans des heurts qui ont éclaté sur l’esplanade des Mosquées (mont du Temple pour les juifs), l’un des sites les plus sensibles du conflit israélo-palestinien.

Dimanche matin, des dizaines de milliers de musulmans s’y sont rendus pour la grande prière de l’Aïd-el-Kébir, la fête du sacrifice. Cette année, le premier jour de l’Aïd coïncidait avec Ticha Beav, jour de deuil et de jeûne pendant lequel les juifs commémorent, notamment, la destruction des deux temples de Jérusalem.

Devant la concordance des calendriers religieux, le Waqf, la fondation jordanienne chargée des biens musulmans à Jérusalem, avait décidé de fermer les autres mosquées de la Ville sainte pour que les fidèles se rendent en masse à celle d’Al-Aqsa, sur l’esplanade.

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Invoquant des raisons de sécurité, la police israélienne, qui contrôle l’entrée du site, en avait d’abord interdit l’accès aux juifs. Mais, sous la pression de la droite religieuse nationaliste, elle les a finalement autorisés à y monter, suscitant la colère des Palestiniens sur place. Elle a dispersé ces derniers avec des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes.

Les exceptions se multiplient

Si les ultraorthodoxes s’interdisent de poser un pied sur le mont du Temple, suivant la doctrine du grand-rabbinat d’Israël, certains nationalistes religieux en revendiquent l’accès et le droit à la prière. D’après le statu quo qui régit les lieux saints à Jérusalem, seuls les musulmans sont autorisés à prier sur l’esplanade des Mosquées. Pendant leurs périodes de fêtes, le troisième lieu saint de l’islam est généralement fermé aux non-musulmans, mais les exceptions se multiplient, comme le montre ce dernier épisode.

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Dans la journée de dimanche, la Jordanie, gardienne des lieux saints musulmans de Jérusalem, a dénoncé les « provocations » israéliennes qui alimentent « la rage et la frustration » au premier jour de l’Aïd-el-Kébir.

L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a également condamné « l’agression » des forces de l’ordre israéliennes sur l’esplanade des Mosquées. Les Palestiniens craignent qu’Israël prenne le contrôle du site, qu’ils considèrent comme leur dernière parcelle de souveraineté à Jérusalem-Est ; la partie orientale de la ville, qu’ils associent à la capitale de leur futur Etat, est sinon sous occupation israélienne depuis 1967.

L’esplanade des Mosquées n’est pas le seul théâtre de tensions à Jérusalem-Est. Depuis plusieurs semaines, la police israélienne mène dans le quartier palestinien d’Issawiya, en contrebas du campus de l’Université hébraïque, dans le nord-est de la Ville sainte, une opération de grande ampleur, sous prétexte de lutte anticriminelle. Les Palestiniens ainsi que des organisations de défense des droits de l’homme décrivent plutôt un acte de punition collective d’une durée inédite.

Raids quotidiens

Chaque soir depuis le 12 juin, des dizaines de policiers patrouillent dans les rues d’Issawiya, des barrages routiers sont érigés pour contrôler l’entrée et la sortie des véhicules. Pendant ces raids quotidiens, les forces de l’ordre répondent par des balles en caoutchouc, parfois par balles réelles, aux pierres et aux pétards lancés par les jeunes. Lors d’une confrontation le 20 juin, l’un d’entre eux, Mohammed Samir Abid, a été tué par un officier de police. Les raids ont ensuite repris de plus belle. Selon l’ONG israélienne B’tselem, environ 80 Palestiniens d’Issawiya ont été incarcérés depuis le début de l’opération il y a un mois.

« Les policiers disent que les gamins leur lancent des pierres, mais ce n’est pas nouveau. Ils veulent juste nous punir. C’est une décision politique dans la perspective des élections israéliennes de septembre », explique Mohammed Abou Houmous, un militant et membre du comité local d’Issawiya. Chaque soir, à 17 heures, lorsque les forces de l’ordre investissent le quartier, il sort les filmer avec son smartphone avant de publier ses contenus sur les réseaux sociaux pour dénoncer leur action. Quelques activistes, israéliens ou internationaux, l’accompagnent en signe de solidarité avec la population locale.

Depuis la mi-juin, le quotidien des 20 000 habitants d’Issawiya est, en effet, bouleversé : les commerces n’ouvrent que le matin et, dès la fin d’après-midi, plus personne ne sort de chez soi. Les gens désespèrent d’un retour à la normale. « La police assure qu’elle s’arrêtera quand plus une seule pierre ne sera lancée, transmet Abou Houmous. En fait, Issawiya est devenu son terrain d’entraînement. »

Pas de perspective de développement

Connu pour être un foyer de la résistance palestinienne, Issawiya est perçu par la plupart des Israéliens comme un quartier critique. Une présence policière accrue leur paraît donc justifiée. Les ONG dénoncent de leur côté une opération excessive qui nourrit les frustrations et la violence.

Issawiya n’a d’ailleurs pas de perspectives de développement, les habitants n’obtenant presque aucun permis de construire de la municipalité. « Il n’y a pas de plan d’aménagement à Jérusalem-Est », résume Aviv Tatarsky, enquêteur de terrain pour l’organisation Ir Amim, engagée à Jérusalem dans le contexte du conflit israélo-palestinien. Cette année, les autorités chargées de l’urbanisme ont prévu 12 000 unités de logements dans l’ouest de la ville et 1 500 unités dans sa partie orientale. Les Palestiniens ont donc le choix entre partir ou construire sans permis. Depuis le 1er janvier, les démolitions de structures dites illégales se sont multipliées à Jérusalem-Est, indique Ir Amim.

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« Ce qui se passe à Issawiya fait partie d’une stratégie israélienne plus large, destinée à judaïser Jérusalem et à en faire partir des Palestiniens [qui sont 330 000, soit 38 % de la population hiérosolomytaine, les habitants de Jérusalem] », poursuit Aviv Tatarsky.

Largement soutenue par les Etats-Unis du président Donald Trump, cette stratégie se décline sous différentes formes à Jérusalem-Est : « Dans la vieille ville et autour, comme à Silwan, c’est par la colonisation et le tourisme nationaliste, observe l’expert. A Issawiya, c’est désormais par la répression et l’intimidation. »

CONVENTIONS DE GENEVE

Publié le 12/08/2019 à 09:06 par papilacabane Tags : image gif sur vie mer saint enfants place demain femmes centre
Le pape demande le respect des Conventions de Genève Dimanche 11 août, après la prière de l’Angelus, le pape François a fait allusion au 70e anniversaire de la signature des quatre Conventions de Genève, le 12 août 1949. Ces traités internationaux fondamentaux dictent les règles de conduite à adopter en période de conflits armés, notamment pour la protection des civils, des blessés et des prisonniers de guerre.
Le pape demande le respect des Conventions de Genève

 

Après la prière de l’Angélus, place Saint-Pierre, le pape François a évoqué les Conventions de Genève, dont le Saint-Siège est signataire. Gregorio Borgia/AP

 

Dimanche 11 août, après avoir récité l’Angélus avec les fidèles et les pèlerins rassemblés sur la place Saint-Pierre, le pape argentin a pris la parole depuis la fenêtre de son bureau. « Demain marque le 70e anniversaire des Conventions de Genève, instruments juridiques internationaux importants qui limitent le recours à la force et visent à protéger les civils et les prisonniers en temps de guerre », a-t-il déclaré.

Signées à Genève le 12 août 1949, ces conventions comprennent quatre traités et trois protocoles additionnels qui établissent les normes du droit international relatives au traitement humanitaire en temps de guerre, couvrant les forces armées sur terre et sur mer, les prisonniers de guerre et les civils.

 

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Le pape a prié pour que cet anniversaire « sensibilise de plus en plus les États à la nécessité indispensable de protéger la vie et la dignité des victimes des conflits armés ».

Hôpitaux, écoles, lieux de culte et camps de réfugiés

Il a rappelé également que, selon ce traité, « tous sont tenus de respecter les limites imposées par le droit international humanitaire, protégeant les populations non armées et les structures civiles, notamment les hôpitaux, les écoles, les lieux de culte, les camps de réfugiés ». Avant d’ajouter : « Et n’oublions pas que la guerre et le terrorisme représentent toujours une perte sérieuse pour toute l’humanité. »

Le Saint-Siège est signataire des Conventions de Genève et les cite fréquemment lors de ses appels en faveur de corridors humanitaires, de la protection des populations civiles et du traitement des prisonniers de guerre.

Le pape François a d’ailleurs récemment cité les Conventions de Genève pour appeler à la fin des bombardements de populations civiles en Syrie par la Russie et les forces syriennes fidèles au président Bashar Al Assad – les hôpitaux et les quartiers civils ayant régulièrement été les cibles de roquettes et de bombardements depuis le début de la guerre civile en Syrie.