Pour la rentrée scolaire, tout le monde nous souhaite, à nous les professeurs : "Une bonne rentrée, hein, et puis surtout bon courage..."
On ne fait pas autant de cas de la rentrée des boulangers.
En fait, la rentrée touche plusieurs personnes : pas seulement les profs.
Les enfants, bien sûr. Contents, pas contents...ça dépend.
Les parents : bien heureux de se débarrasser de leurs gamins. Au bout de deux mois, ils savent bien la souffrance que représente la garde de leurs petits amours. Ils comprennent la patience qu'il faut développer. Ils n'osent pas imaginer combien il faut de ressource de calme pour s'en occuper toute la journée durant, surtout quand ils sont 25. Cela les ferait cauchemarder.
Les grands-parents : ils doivent reprendre leur rôle de nounous pour aller chercher leurs petits-enfants à l'école et les mener au cours de musique, de judo ou pour leur faire faire leurs devoirs.
Finalement, la rentrée concerne une grande partie de la population. Mais rassurons-nous, bientôt les vacances reviendront et les critiques sur les profs aussi. Plus de compassion pour ces fainéants qui abandonnent les enfants à leurs parents...
CC
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31 août 2015
3 septembre 2013
Pensée positive d'un soir de rentrée
En ce soir de rentrée, après avoir passé une journée à distribuer tout un tas de papiers administratifs à des sixièmes assommés, je suis heureuse d'avoir mal aux pieds au point d'avoir la flemme de me relever pour aller chercher la télécommande. Cela me permet de regarder le journal de France2, ce que je n'avais pas fait depuis les années 90, environ.
Évidemment, on a eu droit au reportage sur les CP en pleurs, parce qu'un 3 septembre sans ces petites figures barbouillées de larmes ne serait pas un 3 septembre.
Mais, surprise, nous avons aussi eu droit à un joli reportage avec quelques personnalités qui racontaient leurs belles rencontres avec des enseignants. C'est étonnant, parce qu'en général, on a plutôt des discours assez peu flatteurs, sur les enseignants. On se souvient souvent des mauvais.
Là, ces personnalités expliquaient que ces maîtresses - souvent des femmes, en effet - leur avaient donné envie d'apprendre, de découvrir, de donner le meilleur d'eux-même. C'est toujours ce qu'on essaye de faire, quand on est enseignant. En tout cas, moi, c'est ce que j'essaie de faire. C'est pas simple, je ne dis pas que j'y parviens. Pas toujours, en tout cas.
Mais parfois, quelques années plus tard - cela fait maintenant 10 ans que je professe - on croise un ancien élève et il vous sourit. Parfois, il dit des choses touchantes, il évoque des souvenirs, avec nostalgie. Et cela, c'est ce qui nous permet de tenir.
CC
Évidemment, on a eu droit au reportage sur les CP en pleurs, parce qu'un 3 septembre sans ces petites figures barbouillées de larmes ne serait pas un 3 septembre.
Mais, surprise, nous avons aussi eu droit à un joli reportage avec quelques personnalités qui racontaient leurs belles rencontres avec des enseignants. C'est étonnant, parce qu'en général, on a plutôt des discours assez peu flatteurs, sur les enseignants. On se souvient souvent des mauvais.
Là, ces personnalités expliquaient que ces maîtresses - souvent des femmes, en effet - leur avaient donné envie d'apprendre, de découvrir, de donner le meilleur d'eux-même. C'est toujours ce qu'on essaye de faire, quand on est enseignant. En tout cas, moi, c'est ce que j'essaie de faire. C'est pas simple, je ne dis pas que j'y parviens. Pas toujours, en tout cas.
Mais parfois, quelques années plus tard - cela fait maintenant 10 ans que je professe - on croise un ancien élève et il vous sourit. Parfois, il dit des choses touchantes, il évoque des souvenirs, avec nostalgie. Et cela, c'est ce qui nous permet de tenir.
CC
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19 mars 2013
Communication non violente
Aujourd'hui, j'ai assisté à un stage sur la communication positive. C'est très intéressant. Cela permet de prendre conscience de ce que l'on dit, de réfléchir aux mots, aux phrases que l'on peut dire aux élèves et qui sont des jugements, des interprétations, des accusations, des généralisations, qui peuvent blesser, braquer, provoquer la culpabilité, la colère ou la honte...
Bref, nous avons tendance à nous exprimer, parfois, en chacal, de manière agressive et accusatrice, quand nous devrions prendre de la hauteur, de la distance, du recul...et nous exprimer en girafe.
Passionnant.
Par exemple, en langage chacal, nous pourrions dire, ce soir :
"Putain, ce con de Cahuzac a merdé grave !"
En langage girafe, nous dirons plutôt :
"Quand Cahuzac prétend qu'il n'a pas de compte en banque, ni en Suisse, ni ailleurs, je me sens trompée parce qu'il semble que ce ne soit pas très réaliste, à notre époque, de ne pas avoir de compte en banque du tout. Mais le fait de démissionner est une saine réaction."
Ou pas.
CC
Bref, nous avons tendance à nous exprimer, parfois, en chacal, de manière agressive et accusatrice, quand nous devrions prendre de la hauteur, de la distance, du recul...et nous exprimer en girafe.
Passionnant.
Par exemple, en langage chacal, nous pourrions dire, ce soir :
"Putain, ce con de Cahuzac a merdé grave !"
En langage girafe, nous dirons plutôt :
"Quand Cahuzac prétend qu'il n'a pas de compte en banque, ni en Suisse, ni ailleurs, je me sens trompée parce qu'il semble que ce ne soit pas très réaliste, à notre époque, de ne pas avoir de compte en banque du tout. Mais le fait de démissionner est une saine réaction."
Ou pas.
CC
12 février 2013
Le diable, les détails et les rythmes scolaires
Au premier abord, une demi-journée de plus de travail sans être payé plus et une pause méridienne interminable, je ne trouve pas que ce soit une bonne idée.
D'un point de vue pratique, je travaille le mercredi matin et je ne trouve pas que ce soit une contrainte. J'aime beaucoup cette matinée, d'ailleurs, je trouve que les élèves sont détendus car ils savent qu'ils pourront se reposer ou jouer et pour certains, qu'ils iront faire de la musique ou du foot, l'après-midi.
D'un point de vue pratique, je déteste manger à la cantine et avoir trois heures pour se cuisiner des petits plats, pourquoi pas...
Malgré cela, c'est vraiment ce point qui m'inquiète parce que je pense à l'organisation des familles. J'ai un peu l'impression que l'organisation des horaires de l'école se heurte toujours à cette putain de question : "Mais bon sang, pourquoi est-ce que les femmes travaillent au lieu de rester à la maison pour s'occuper des gosses ? Tout serait tellement plus simple..."
Je me fais l'avocate du diable.
Il y a une deuxième question, aussi, à laquelle on se heurte inévitablement : "Mais comment faire pour satisfaire tout le monde et son père ainsi que les lobbies du tourisme ?"
La réponse du ministre est assez simple et me semble belle : il dit qu'il faut d'abord satisfaire les élèves. Et il paraît que les élèves ont besoin d'une pause méridienne longue. Je ne suis pas chronobiologiste. Mais je ne suis pas sûre qu'après s'être (au choix, rayez les mentions inutiles) ennuyé, abruti devant la télé, excité dans la neige, après avoir mal mangé en 5 minutes, après avoir été livré à lui-même dans la rue ou dans un appartement, l'élève moyen soit vraiment au top quand il revient en classe.
On verra à l'usage, bien sûr. Mais évidemment, si les mamans étaient là pour faire à manger, pour chouchouter les enfants et leur faire faire quelques activités sympa, ça serait sans doute top. Elles n'ont qu'à être professeur des écoles, après tout.
Et ne parlons pas des élèves qui seront pris en charge par le périscolaire. Ils auront couru dans la cour pendant deux heures, mal mangé à la cantine, ils se seront battus, ils auront hurlé dans une salle d'étude surchauffée, surveillés par des étudiants sous-payés et débordés. Enfin, je ne sais pas.
Je me fais l'avocate du diable, j'ai dit.
CC
D'un point de vue pratique, je travaille le mercredi matin et je ne trouve pas que ce soit une contrainte. J'aime beaucoup cette matinée, d'ailleurs, je trouve que les élèves sont détendus car ils savent qu'ils pourront se reposer ou jouer et pour certains, qu'ils iront faire de la musique ou du foot, l'après-midi.
D'un point de vue pratique, je déteste manger à la cantine et avoir trois heures pour se cuisiner des petits plats, pourquoi pas...
Malgré cela, c'est vraiment ce point qui m'inquiète parce que je pense à l'organisation des familles. J'ai un peu l'impression que l'organisation des horaires de l'école se heurte toujours à cette putain de question : "Mais bon sang, pourquoi est-ce que les femmes travaillent au lieu de rester à la maison pour s'occuper des gosses ? Tout serait tellement plus simple..."
Je me fais l'avocate du diable.
Il y a une deuxième question, aussi, à laquelle on se heurte inévitablement : "Mais comment faire pour satisfaire tout le monde et son père ainsi que les lobbies du tourisme ?"
La réponse du ministre est assez simple et me semble belle : il dit qu'il faut d'abord satisfaire les élèves. Et il paraît que les élèves ont besoin d'une pause méridienne longue. Je ne suis pas chronobiologiste. Mais je ne suis pas sûre qu'après s'être (au choix, rayez les mentions inutiles) ennuyé, abruti devant la télé, excité dans la neige, après avoir mal mangé en 5 minutes, après avoir été livré à lui-même dans la rue ou dans un appartement, l'élève moyen soit vraiment au top quand il revient en classe.
On verra à l'usage, bien sûr. Mais évidemment, si les mamans étaient là pour faire à manger, pour chouchouter les enfants et leur faire faire quelques activités sympa, ça serait sans doute top. Elles n'ont qu'à être professeur des écoles, après tout.
Et ne parlons pas des élèves qui seront pris en charge par le périscolaire. Ils auront couru dans la cour pendant deux heures, mal mangé à la cantine, ils se seront battus, ils auront hurlé dans une salle d'étude surchauffée, surveillés par des étudiants sous-payés et débordés. Enfin, je ne sais pas.
Je me fais l'avocate du diable, j'ai dit.
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13 septembre 2012
Une nouvelle agression de professeur
Encore une nouvelle agression par un parent d'élève, par un élève, par un pittbull avec une batte de base-ball : toutes les formules sont possibles.
Haro sur les enseignants !
Rien de spécial à en dire sauf que plus la misère grandit, plus la violence est grande dans les établissements scolaires...Et la situation ne s'est pas arrangée, ces derniers temps : fermeture d'usines, débauche des intérims et des CDD, c'est la crise.
Je ne suis pas optimiste. Tout cela va aller en empirant.
CC
Haro sur les enseignants !
Rien de spécial à en dire sauf que plus la misère grandit, plus la violence est grande dans les établissements scolaires...Et la situation ne s'est pas arrangée, ces derniers temps : fermeture d'usines, débauche des intérims et des CDD, c'est la crise.
Je ne suis pas optimiste. Tout cela va aller en empirant.
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26 juin 2012
Le foot est-il un sport d'équipe ?
Le foot n'est pas ma tasse de thé. Comme tous les sports en général, d'ailleurs. J'ai tendance à penser qu'il vaut mieux pratiquer que regarder. Ce n'est pas pour autant que je pratique beaucoup, mais c'est une autre histoire.
Le foot, en tout cas, par son statut de sport populaire, a une incidence sur ma vie professionnelle. Je suis professeur principale d'une classe de 5ème, cette année et nous avons abordé la découverte professionnelle. Après un premier sondage à la louche, il s'est avéré que les deux tiers des garçons de la classe veulent devenir footballeur.
Les garçons sont moins matures que les filles, en 5ème : elles ont des rêves beaucoup plus réalistes. Des avocates, docteurs, secrétaires, vendeuses et quelques esthéticiennes, coiffeuses ou poseuses d'ongles. Rien d'extravagant et pas une seule chanteuse à la star académie.
Il semble donc que le foot influence fortement les jeunes garçons. Ce n'est pas un scoop. Ce qui motive, évidemment, c'est l'argent et la gloire. Les filles, les grosses voitures, les coupes de cheveux délirantes...
Le sport en lui-même n'a finalement que très peu d'importance. D'ailleurs, parmi ma brochette de futurs vainqueurs, il y en a qui ne jouent même pas au foot, qui sont gras comme des poulets industriels et qui courent le 100 mètres en une demi-heure, s'ils ont le vent dans le dos. Mais les événements récents nous ont prouvé qu'ils ont raison : le foot n'est pas une question de performance sportive ! On peut perdre et gagner quand même 100 000 Euros. On peut très bien se passer de toutes les conneries qu'on nous apprend à l'école, comme la politesse, l'esprit d'équipe ou le respect.
Parfois, je me demande si nous ne sommes pas tous influencés excessivement par ce bel esprit du sport : nous oublions trop souvent que la vie est un sport d'équipe, la solidarité n'est pas un vain mot. Pourtant, on préfère se faire des doigts d'honneur sur les ronds points et se klaxonner aux feux rouges...
CC
Le foot, en tout cas, par son statut de sport populaire, a une incidence sur ma vie professionnelle. Je suis professeur principale d'une classe de 5ème, cette année et nous avons abordé la découverte professionnelle. Après un premier sondage à la louche, il s'est avéré que les deux tiers des garçons de la classe veulent devenir footballeur.
Les garçons sont moins matures que les filles, en 5ème : elles ont des rêves beaucoup plus réalistes. Des avocates, docteurs, secrétaires, vendeuses et quelques esthéticiennes, coiffeuses ou poseuses d'ongles. Rien d'extravagant et pas une seule chanteuse à la star académie.
Il semble donc que le foot influence fortement les jeunes garçons. Ce n'est pas un scoop. Ce qui motive, évidemment, c'est l'argent et la gloire. Les filles, les grosses voitures, les coupes de cheveux délirantes...
Le sport en lui-même n'a finalement que très peu d'importance. D'ailleurs, parmi ma brochette de futurs vainqueurs, il y en a qui ne jouent même pas au foot, qui sont gras comme des poulets industriels et qui courent le 100 mètres en une demi-heure, s'ils ont le vent dans le dos. Mais les événements récents nous ont prouvé qu'ils ont raison : le foot n'est pas une question de performance sportive ! On peut perdre et gagner quand même 100 000 Euros. On peut très bien se passer de toutes les conneries qu'on nous apprend à l'école, comme la politesse, l'esprit d'équipe ou le respect.
Parfois, je me demande si nous ne sommes pas tous influencés excessivement par ce bel esprit du sport : nous oublions trop souvent que la vie est un sport d'équipe, la solidarité n'est pas un vain mot. Pourtant, on préfère se faire des doigts d'honneur sur les ronds points et se klaxonner aux feux rouges...
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13 juin 2012
Enseignement : Patrick Picard.
Aujourd'hui, j'ai assisté à une conférence de Patrick Picard. C'est un ancien instituteur qui travaille désormais sur des thèmes de recherche, qui aide les enseignants à progresser en analysant leur pratique, en prenant du recul sur les gestes du métier.
C'est un chercheur - même s'il n'aime pas le terme - qui n'arrive pas en détenteur dictatorial d'un savoir absolu. Il part du principe que le travail réel est différent du travail théorique, structurellement.
Cette présentation ne peut que plaire aux professeurs qui sont trop souvent considérés comme des imbéciles par les pédagogues : "Laissez-nous vous dire ce qui ne va pas, nous avons les solutions." C'est ce que j'ai vécu, souvent, sur les bancs de l'IUFM.
Son propos est aussi de reconnaître notre posture professionnelle. Il considère le métier d'enseignant comme un véritable métier, justement, avec des savoir-faire, des gestes professionnel.
C'est important, parce que socialement, le métier et son vocabulaire sont connotés (et politiques, si je puis ajouter...) : les idées reçues sur le métier sont légion et tout le monde se sent le droit de donner son avis. Par exemple, tout le monde pense que "le niveau baisse". Objectivement, c'est faux : les exigences, les savoirs ont augmenté sans commune mesure depuis les années soixante. Et dans cette époque bénie des réacs, il n'y avait guère qu'un élève sur deux qui obtenait le brevet. Aujourd'hui, en Franche-Comté, par exemple, il n'y a plus que 10% d'une classe d'âge qui a des difficultés de compréhension de l'écrit, selon les statistiques des JAPD.
La conférence de ce matin portait plus spécifiquement sur l'enseignement en milieu défavorisé.
Le constat est fait, depuis une dizaine d'année que ce n'est pas parce que les enfants vont plus longtemps à l'école qu'ils réussissent mieux.
Il y a plusieurs raisons à cela : le contexte familial, extérieur à l'école, bien sûr, mais aussi l'école elle-même. Une des difficultés pour les élèves issus de classes populaires sont confrontés à des implicites, des savoirs scolaires qu'ils ne sont pas capables de comprendre et que l'on ne leur explique jamais.
Il convient donc de se demander comment mettre en place de l'aide et cela implique forcément des tensions, des controverses : comment concilier, par exemple, les objectifs sociaux et les objectifs scolaires ou comment individualiser et "faire classe"...Doit-on transmettre des compétences ou des connaissances ?
Les enseignants, face à ces tensions, se retrouvent souvent isolés.
C'est pour cela que Patrick Picard était là, ce matin : pour mettre en place des groupes de travail, autour de thèmes qui nous intéressent, car "c'est à plusieurs qu'on apprend à faire seul", comme le dit Yves Clot.
Si le sujet vous intéresse, vous pouvez aussi découvrir le site Néopass@ction.
CC
C'est un chercheur - même s'il n'aime pas le terme - qui n'arrive pas en détenteur dictatorial d'un savoir absolu. Il part du principe que le travail réel est différent du travail théorique, structurellement.
Cette présentation ne peut que plaire aux professeurs qui sont trop souvent considérés comme des imbéciles par les pédagogues : "Laissez-nous vous dire ce qui ne va pas, nous avons les solutions." C'est ce que j'ai vécu, souvent, sur les bancs de l'IUFM.
Son propos est aussi de reconnaître notre posture professionnelle. Il considère le métier d'enseignant comme un véritable métier, justement, avec des savoir-faire, des gestes professionnel.
C'est important, parce que socialement, le métier et son vocabulaire sont connotés (et politiques, si je puis ajouter...) : les idées reçues sur le métier sont légion et tout le monde se sent le droit de donner son avis. Par exemple, tout le monde pense que "le niveau baisse". Objectivement, c'est faux : les exigences, les savoirs ont augmenté sans commune mesure depuis les années soixante. Et dans cette époque bénie des réacs, il n'y avait guère qu'un élève sur deux qui obtenait le brevet. Aujourd'hui, en Franche-Comté, par exemple, il n'y a plus que 10% d'une classe d'âge qui a des difficultés de compréhension de l'écrit, selon les statistiques des JAPD.
La conférence de ce matin portait plus spécifiquement sur l'enseignement en milieu défavorisé.
Le constat est fait, depuis une dizaine d'année que ce n'est pas parce que les enfants vont plus longtemps à l'école qu'ils réussissent mieux.
Il y a plusieurs raisons à cela : le contexte familial, extérieur à l'école, bien sûr, mais aussi l'école elle-même. Une des difficultés pour les élèves issus de classes populaires sont confrontés à des implicites, des savoirs scolaires qu'ils ne sont pas capables de comprendre et que l'on ne leur explique jamais.
Il convient donc de se demander comment mettre en place de l'aide et cela implique forcément des tensions, des controverses : comment concilier, par exemple, les objectifs sociaux et les objectifs scolaires ou comment individualiser et "faire classe"...Doit-on transmettre des compétences ou des connaissances ?
Les enseignants, face à ces tensions, se retrouvent souvent isolés.
C'est pour cela que Patrick Picard était là, ce matin : pour mettre en place des groupes de travail, autour de thèmes qui nous intéressent, car "c'est à plusieurs qu'on apprend à faire seul", comme le dit Yves Clot.
Si le sujet vous intéresse, vous pouvez aussi découvrir le site Néopass@ction.
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30 mai 2012
Livret personnel de compétences
Une loi est passée : tous les élèves de CM2 doivent valider le palier 2 et tous les élèves de troisième doivent valider le palier 3.
C'est une loi. Ils doivent valider.
Donc, les états d'âme des professeurs sont superflues. Il se peut que vous pensiez des choses du genre : "Ah, mais non, Kévin, on ne peut pas dire qu'il sait orthographier un texte de 10 lignes de manière correcte. Il sait tout juste écrire son prénom en capitales." Vous avez le droit de le penser. Mais vous devez quand même valider la compétence. C'est la loi.
Alors pour se donner bonne conscience, on multiplie les PPRE, les aides, les tutorats, les rendez-vous chez l'orthophoniste. Mais quand ça veut pas, ça veut pas. Pour se donner bonne conscience, on se réunit, on discute pendant des heures sur le cas de Kévin. Mais voilà, Kévin n'arrive toujours pas à écrire son blaze comme il faut. Il faut dire qu'avec un blaze pareil...
Non, sincèrement, on ne peut pas valider : c'est une farce !
On en parle, on débat, entre enseignants. Et puis le principal du collège déboule et finalement, on coche la case. On valide. C'est la loi. Nul ne peut ignorer la loi.
CC
2 avril 2012
Inspection, introspection...
Les publications ont été rares, ici, ces derniers temps.
J'ai eu une inspection, aujourd'hui, qui m'a fait angoisser pendant toute la semaine dernière. Elle est passée, elle a eu lieu cet après-midi, en dernière heure de la journée, avec la classe de 5ème qui ne fonctionne pas. Celle avec le fond du panier, celle qui n'a pas d'options, pas de motivation, de grosses faiblesses. Des élèves qui savent à peine lire.
Forcément, ça ne s'est pas bien passé. Pas idéalement. D'autant que j'avais préparé une séance un peu ambitieuse. Parce que les programmes le sont et qu'il me semblait qu'il fallait que je suive les programmes. Et parce que je crois qu'il faut donner de la culture et des choses ambitieuses aux élèves. Surtout à ceux là. (Et surtout le jour de l'inspection...)
L'inspecteur m'a détrompée. Il m'a dit qu'il fallait viser très bas, avec ce genre d'élèves (je ne répéterai pas les propos qu'il a utilisés pour les désigner...). Viser les compétences élémentaires : lire, dire, écrire de manière "socialement acceptable". C'est le socle de compétences. Le strict minimum.
Il n'a pas tort, finalement. Même si dans cette classe, il y a des élèves capables de suivre, capables de plus. Tant pis pour eux. Ou du moins, s'ils sont bons, ils s'en tireront quand même. Plus tard, ailleurs...peut-être.
Je ne sais pas s'ils s'en tireront. Je ne sais parfois pas à quoi rime mon métier. Je ne sais pas vraiment ce qu'est le service public...
François Hollande propose de l'espoir, il est toujours bon à prendre, pour la jeunesse...
CC
J'ai eu une inspection, aujourd'hui, qui m'a fait angoisser pendant toute la semaine dernière. Elle est passée, elle a eu lieu cet après-midi, en dernière heure de la journée, avec la classe de 5ème qui ne fonctionne pas. Celle avec le fond du panier, celle qui n'a pas d'options, pas de motivation, de grosses faiblesses. Des élèves qui savent à peine lire.
Forcément, ça ne s'est pas bien passé. Pas idéalement. D'autant que j'avais préparé une séance un peu ambitieuse. Parce que les programmes le sont et qu'il me semblait qu'il fallait que je suive les programmes. Et parce que je crois qu'il faut donner de la culture et des choses ambitieuses aux élèves. Surtout à ceux là. (Et surtout le jour de l'inspection...)
L'inspecteur m'a détrompée. Il m'a dit qu'il fallait viser très bas, avec ce genre d'élèves (je ne répéterai pas les propos qu'il a utilisés pour les désigner...). Viser les compétences élémentaires : lire, dire, écrire de manière "socialement acceptable". C'est le socle de compétences. Le strict minimum.
Il n'a pas tort, finalement. Même si dans cette classe, il y a des élèves capables de suivre, capables de plus. Tant pis pour eux. Ou du moins, s'ils sont bons, ils s'en tireront quand même. Plus tard, ailleurs...peut-être.
Je ne sais pas s'ils s'en tireront. Je ne sais parfois pas à quoi rime mon métier. Je ne sais pas vraiment ce qu'est le service public...
François Hollande propose de l'espoir, il est toujours bon à prendre, pour la jeunesse...
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28 février 2012
Sarkozy ose tout avec les enseignants
| Banané ! |
Il nous ressort carrément LE slogan de 2007, rien que pour nous, les enseignants. Attention, c'est cadeau, c'est collector, c'est vintage et même totalement has been : "Travailler plus pour gagner plus !"
Oui, il a osé ! Si c'est pas nous prendre pour des cons puissance 10, je ne sais pas ce que c'est !
Et en plus, il pense que dans la salle, il n'y a pas de professeurs de mathématiques ! Parce que si on calcule, il nous propose de travailler 44% de temps en plus pour seulement 25% de salaire en plus ! C'est clair, ça va pas le faire ! Il n'y a pas le compte !
Il peut se moquer de François Hollande, il n'empêche que ses propositions sont un peu plus raisonnables...
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22 février 2012
Désespoir total ?
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L'année dernière, on nous a presque mis un couteau sous la gorge pour qu'on mette en place des "classes à rythme". C'est à dire des classes qui ont des cours théoriques le matin et du sport et des matières artistiques l'après-midi. Vous avez forcément entendu parler de ça à la rentrée, ça a fait la une des journaux. Luc Chatel s'enorgueillissait de cette magnifique invention sur toutes les chaînes.
L'année prochaine, je vous l'annonce en primeur, si la majorité est reconduite, ce ne sera pas le plan com' de rentrée : nous n'avons plus les moyens de les mettre en place.
Nous n'avons plus les moyens de mettre en place toutes les options que le collège proposait aux élèves : la classe européenne d'espagnol, l'option golf, l'option tennis de table, le club NTA (informatique) et les classes à rythme. Bref, tout ce qui pouvait permettre aux élèves de s'enrichir, de travailler autrement, d'être motivés. Tout ce qui pouvait leur ouvrir des portes intéressantes au lycée.
Les syndicats nous ont dit que c'était "comme si l'on voulait nous habituer à ne plus être en ZEP".
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A quelques jours des vacances, alors que j'ai du mal à maîtriser mes classes de 20 élèves, je suis désespérée.
Cette après-midi, on s'est mobilisés devant l'établissement pour expliquer ça à la presse et aux parents. Mais le cœur n'y est pas. On n'y croit plus. On est aux premières loges de l'effondrement de la société. On pense que ce sera moins désastreux avec Hollande, mais on se dit que les gens sont assez cons pour voter Sarkozy encore une fois.
Et puis si c'était la première année qu'on nous tapait sur la tête, on serait peut-être encore un peu révoltés, moins passifs. Mais voilà 5 ans que la situation empire chaque année, que les conditions se dégradent. On nous a fusionnés, réduits, compressés, dépecés. Et à chaque fois, on nous a promis que ça irait, on nous a rabâché qu'on était "l'éducation prioritaire". On a parlé d'ambition et de réussite.
Et puis on nous a tout enlevé.
Dans l'école d'à côté, il n'y a plus de RASED. Ce qui signifie qu'il y aura encore plus d'élèves en très grande difficulté qui nous arriverons.
Dans le lycée d'à côté, on supprime 20 postes l'année prochaine. On supprime aussi les options. Plus de grec ancien pour les petits zuppiens. La culture et l'éducation, ce n'est pas pour eux.
CC
20 février 2012
Professeurs : ce que la société pense que nous faisons
Tiens, ce soir, je vais faire comme ma copine Olympe. Elle publie une image très drôle sur les féministes.
Moi, c'est sur les professeurs.
Aujourd'hui, j'ai vécu une alerte à la bombe. Je suis un peu fatiguée. Déjà que la moitié de nos élèves sont des bombes en puissance...
Bonne nuit !
CC
2 février 2012
Désespoir du professeur
Séance "Collège au cinéma". Cent cinquante 6èmes et 5ème dans une salle pour regarder un film qui ne ressemble pas du tout aux merdes américaines qu'ils regardent habituellement. "Madame, pourquoi on ne va pas voir Halloween 4 ?"
Comme c'est avec l'école, au moindre gros mots, ils hurlent leur indignation. "Madame, ils parlent mal, dans votre film tout pourri. C'est du vocabulaire relâché !".
Le Petit Criminel, héros du film de Doillon, braque une parfumerie. Il est maladroit, ce n'est pas un vrai méchant. Quand il ressort de la parfumerie, il dit au revoir et merci. Les élèves sont morts de rire. A croire qu'on a 150 vrais criminels aguerris dans la salle...
Un instant, dans ce film, on voit les seins de Clotilde Courau. Une seconde. Les cent cinquante gamins n'en peuvent plus. Les filles font "Haaaaaan !". Les garçons demandent à ce qu'on fasse "rewind" et "pause".
Le film est lent et réflexif. "Y'a pas d'action."
Au bout de 26 minutes, timing de série télé, on en a 15 qui doivent aller faire pipi.
Et du pop-corn, on peut ?
Il y a des jours, où, vraiment, je déteste mon métier. Une bonne idée comme "Collège au cinéma" se transforme finalement en séance sociale : choisir "Le Petit Criminel" de Doillon pour le passer à des 5èmes de ZEP, ce n'est pas une bonne idée. Le héros braque une caisse, menace un policier d'une arme...Bel exemple. Un film qui les renvoie à leur misère, en plus...
Désespoir du professeur.
CC
Comme c'est avec l'école, au moindre gros mots, ils hurlent leur indignation. "Madame, ils parlent mal, dans votre film tout pourri. C'est du vocabulaire relâché !".
Le Petit Criminel, héros du film de Doillon, braque une parfumerie. Il est maladroit, ce n'est pas un vrai méchant. Quand il ressort de la parfumerie, il dit au revoir et merci. Les élèves sont morts de rire. A croire qu'on a 150 vrais criminels aguerris dans la salle...
Un instant, dans ce film, on voit les seins de Clotilde Courau. Une seconde. Les cent cinquante gamins n'en peuvent plus. Les filles font "Haaaaaan !". Les garçons demandent à ce qu'on fasse "rewind" et "pause".
Le film est lent et réflexif. "Y'a pas d'action."
Au bout de 26 minutes, timing de série télé, on en a 15 qui doivent aller faire pipi.
Et du pop-corn, on peut ?
Il y a des jours, où, vraiment, je déteste mon métier. Une bonne idée comme "Collège au cinéma" se transforme finalement en séance sociale : choisir "Le Petit Criminel" de Doillon pour le passer à des 5èmes de ZEP, ce n'est pas une bonne idée. Le héros braque une caisse, menace un policier d'une arme...Bel exemple. Un film qui les renvoie à leur misère, en plus...
Désespoir du professeur.
CC
1 février 2012
M'dame, pourquoi vous étiez pas là, hier ?
| Merci à Jack Koch Deux |
Ils sont 20, cette année. Ils pourraient être 25, parce que selon l'usage (ce n'est pas vraiment une loi, je crois), il ne doit pas y avoir plus de 25 élèves dans une classe d'un établissement ECLAIR.
Mais 20, c'est la raison. D'ailleurs, en 5eW, je n'en ai que 17. Moins Jo, qui a toujours la gastro, qui est toujours absent. Ce n'est même pas par ruse, qu'il est absent, parce que le pauvre, à chaque fois qu'il se pointe, c'est le jour de l'interro...Bref, ma 5eW, c'est une toute petite classe. Pourtant, quand je suis devant, j'ai l'impression qu'ils sont 45.
Ils rentrent en classe en braillant, ils s'assoient comme de délicats dinosaures sur le mobilier vieillissant de l'Education Nationale, en faisant craquer le plancher, en faisant couiner leurs baskets sur les pieds des tables, en faisant tomber lourdement les chaises, en cognant leur sac dans les murs, en s'invectivant, en réclamant un livre, une trousse, un stylo, en définissant leur territoire comme des animaux sauvages.
Ils s'assoient et ne me regardent pas. Les filles attendent sagement, bavardant à peine, chuchotant pour faire passer le temps. Les garçons s'agitent encore et toujours, se retournent, s'interpellent. Ils sont des dizaines, ils sont des milliers. Ils sont 16. Jo a la gastro. J'ai fait l'appel. On va pouvoir continuer.
"Ouvrez vos classeurs, ouvrez vos livres !" Ma voix passe par-dessus le brouhaha. Il se passe quelque chose, jetons un oeil. Ah ! Oui ! La prof est là. "Eh ! M'dame ! Pourquoi vous étiez pas là, hier ?"
Parce que cette année, vous êtes déjà des milliers dans cette classe et que l'année prochaine, vous serez encore plus.
Le collège va perdre au moins deux classes, peut-être trois.
CC
30 janvier 2012
Froid
Il va faire froid.
Je vous ai déjà expliqué que je travaille cette année dans des conditions déplorables. Des "préfabriqués" me servent de salle de classe.
Je redoute beaucoup ces grands froid qui arrivent.
Sinon, on avait installé dans ma salle un tableau blanc interactif, il y a quelques semaines. On avait donc retiré mon tableau blanc : il était posé contre le mur. Ce n'était pas pratique pour faire classe. Le tableau blanc interactif n'était pas utilisable, car il n'était pas relié à un ordinateur.
Là, il y a un ordinateur. Mais on a retiré le vidéo projecteur. J'écris toujours sur le tableau classique, courbée en deux. Les élèves ne voient rien.
M'enfin, ce qui me fait le plus peur, ce sont ces -15°C qui sont annoncés dans nos contrées...
Au moins, dans les vieilles histoires du temps jadis, il y avait un poêle dans le coin de la classe et les enfants allaient couper du bois, chaussés leurs sabots, le matin de bonne heure : ça avait de la gueule...
CC
Je vous ai déjà expliqué que je travaille cette année dans des conditions déplorables. Des "préfabriqués" me servent de salle de classe.
Je redoute beaucoup ces grands froid qui arrivent.
Sinon, on avait installé dans ma salle un tableau blanc interactif, il y a quelques semaines. On avait donc retiré mon tableau blanc : il était posé contre le mur. Ce n'était pas pratique pour faire classe. Le tableau blanc interactif n'était pas utilisable, car il n'était pas relié à un ordinateur.
Là, il y a un ordinateur. Mais on a retiré le vidéo projecteur. J'écris toujours sur le tableau classique, courbée en deux. Les élèves ne voient rien.
M'enfin, ce qui me fait le plus peur, ce sont ces -15°C qui sont annoncés dans nos contrées...
Au moins, dans les vieilles histoires du temps jadis, il y avait un poêle dans le coin de la classe et les enfants allaient couper du bois, chaussés leurs sabots, le matin de bonne heure : ça avait de la gueule...
CC
14 octobre 2011
Prof : le métier qui rend fou
Il a craqué : il a massacré tout le monde à coup de sabre japonais.
Évidemment, ce sont des individus, des histoires personnelles, des cas particuliers.
Mais croyez-moi, tout cela ne m'étonne qu'à moitié.
Chaque jour, des élèves irrespectueux. Chaque jour, une administration à la con. Chaque jour, des parents sur le dos. Chaque jour, un ministre qui dit des conneries à la télé. Chaque jour, un manque de reconnaissance sociale. Chaque jour, un pouvoir d'achat en berne. Chaque jour, des mesures à la con qui consiste à ficher les gamins dès l'âge de 5 ans...Chaque jour, plus de précarité pour une bonne partie des collègues, en vacation ou en contrat...Chaque jour...
Un jour, on craque.
CC
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28 septembre 2011
Diviser pour mieux régner
Une fois n'est pas coutume, mettons un peu de Pernault dans le blog...Et avec un peu de Sarkozy. Avec des glaçons ?
Donc, Sarkozy disait hier "Aujourd'hui, il y a des protestations, c'est normal dans une démocratie" (ouf !)
Il continuait ainsi : "Mais les emplois qui sont en cause, ce n'est pas les emplois de la fonction publique, c'est les emplois de l'industrie, c'est les emplois de l'entreprise, c'est les emplois qui sont exposés à la concurrence. Mon devoir de chef de l’État c'est d'abord de penser aux ouvriers, aux salariés et aux cadres qui sont lancés dans la compétition internationale et qui ont besoin du soutien de l’État, plus que de penser à ceux qui ont un travail difficile mais qui ont un statut qui les protège.Vous, vous êtes exposés, c'est pour ça que je dois d'abord être avec vous plus qu'avec d'autres qui sont protégés dans leur statut."
Sarkozy divise donc. Il clive. Il désigne des privilégiés pour faire bisquer ceux qui ne le sont pas.
Cependant, si l'on met de côté que depuis 10 ans, depuis que la droite est au pouvoir, on n'a jamais eu autant de précaires (vacataires et contractuels, contrats allant à l'encontre du droit du travail...) dans l'Education Nationale, il faut rappeler que les profs ne descendent pas dans la rue pour eux, mais pour les élèves. Pour les conditions d'apprentissage des enfants.
Voilà, c'est dit. Je répète, au cas où, juste pour vous, président.
Monsieur Sarkozy, 54% des enseignants ne perdent pas une journée de salaire juste pour défendre leur salaire. Vous la voyez la contradiction ? Les enseignants ont une conscience professionnelle et s'ils essaient de se faire entendre, c'est dans l'intérêt de leurs élèves.
Alors ? Prêt à cliver entre les travailleurs de l'industrie et l'avenir de leurs enfants ? Non ?
CC
Donc, Sarkozy disait hier "Aujourd'hui, il y a des protestations, c'est normal dans une démocratie" (ouf !)
Il continuait ainsi : "Mais les emplois qui sont en cause, ce n'est pas les emplois de la fonction publique, c'est les emplois de l'industrie, c'est les emplois de l'entreprise, c'est les emplois qui sont exposés à la concurrence. Mon devoir de chef de l’État c'est d'abord de penser aux ouvriers, aux salariés et aux cadres qui sont lancés dans la compétition internationale et qui ont besoin du soutien de l’État, plus que de penser à ceux qui ont un travail difficile mais qui ont un statut qui les protège.Vous, vous êtes exposés, c'est pour ça que je dois d'abord être avec vous plus qu'avec d'autres qui sont protégés dans leur statut."
Sarkozy divise donc. Il clive. Il désigne des privilégiés pour faire bisquer ceux qui ne le sont pas.
Cependant, si l'on met de côté que depuis 10 ans, depuis que la droite est au pouvoir, on n'a jamais eu autant de précaires (vacataires et contractuels, contrats allant à l'encontre du droit du travail...) dans l'Education Nationale, il faut rappeler que les profs ne descendent pas dans la rue pour eux, mais pour les élèves. Pour les conditions d'apprentissage des enfants.
Voilà, c'est dit. Je répète, au cas où, juste pour vous, président.
Monsieur Sarkozy, 54% des enseignants ne perdent pas une journée de salaire juste pour défendre leur salaire. Vous la voyez la contradiction ? Les enseignants ont une conscience professionnelle et s'ils essaient de se faire entendre, c'est dans l'intérêt de leurs élèves.
Alors ? Prêt à cliver entre les travailleurs de l'industrie et l'avenir de leurs enfants ? Non ?
CC
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13 septembre 2011
Les profs, ces privilégiés...
Les enseignants français sont payés à coup de lance-pierres. C'est l'OCDE qui le dit. Par rapport aux enseignants des pays Européens, un enseignant du primaire touche environ 3000 dollars de moins par an.
Ce n'est pas nouveau. Mais d'habitude, les enseignants français préfèrent axer leurs revendications sur les manques de moyens pour les élèves : les suppressions de postes, le manque d'heures pour fonctionner, les fermetures de classes, les effectifs trop lourds.
Les professeurs français sont pris d'une sorte de modestie : ils se sentent privilégiés par rapport au reste de la société. Ils côtoient souvent toute la misère du monde à travers leurs élèves, alors, ils n'osent pas se plaindre.
Souvent, au plus profond d'eux-même, ils se disent : "Oui, j'ai un bac plus cinq, oui, j'ai des amis qui étaient à la fac avec moi, qui bossent dans le privé et qui gagnent le double que moi, mais bon, j'ai la sécurité de l'emploi et de nos jours, ne pas être au chômage, c'est déjà beaucoup. Et puis je ne suis pas à plaindre, il y a pire que moi...En plus, il y a d'autres priorités."
En fait, les professeurs n'ont pas tort. Mais ils n'ont pas totalement raison non plus. Des professeurs au rabais, ce n'est pas l'idéal. Cela ajoute des soucis à un métier qui est déjà stressant. Cela décrédibilise toute une profession que l'on a déjà l'habitude de brocarder facilement...
Les enseignants vivant à Paris tirent la langue plus que les autres : ils ne peuvent plus se loger. J'ai une amie institutrice qui gagne moins aujourd'hui qu'il y a 2 ans. Les cotisations retraites ainsi que les complémentaires santé ont augmenté. Et la vie est largement plus chère.
Moi-même, depuis quelques mois, je rame aux alentours du 20...
Pourtant, je ne suis pas sûre que l'on fasse beaucoup pleurer dans les chaumières avec ça...Il y a une grève le 27, mais je pense qu'une fois de plus, les revendications ne seront pas autour de ce thème bassement matériel...
CC
Ce n'est pas nouveau. Mais d'habitude, les enseignants français préfèrent axer leurs revendications sur les manques de moyens pour les élèves : les suppressions de postes, le manque d'heures pour fonctionner, les fermetures de classes, les effectifs trop lourds.
Les professeurs français sont pris d'une sorte de modestie : ils se sentent privilégiés par rapport au reste de la société. Ils côtoient souvent toute la misère du monde à travers leurs élèves, alors, ils n'osent pas se plaindre.
Souvent, au plus profond d'eux-même, ils se disent : "Oui, j'ai un bac plus cinq, oui, j'ai des amis qui étaient à la fac avec moi, qui bossent dans le privé et qui gagnent le double que moi, mais bon, j'ai la sécurité de l'emploi et de nos jours, ne pas être au chômage, c'est déjà beaucoup. Et puis je ne suis pas à plaindre, il y a pire que moi...En plus, il y a d'autres priorités."
En fait, les professeurs n'ont pas tort. Mais ils n'ont pas totalement raison non plus. Des professeurs au rabais, ce n'est pas l'idéal. Cela ajoute des soucis à un métier qui est déjà stressant. Cela décrédibilise toute une profession que l'on a déjà l'habitude de brocarder facilement...
Les enseignants vivant à Paris tirent la langue plus que les autres : ils ne peuvent plus se loger. J'ai une amie institutrice qui gagne moins aujourd'hui qu'il y a 2 ans. Les cotisations retraites ainsi que les complémentaires santé ont augmenté. Et la vie est largement plus chère.
Moi-même, depuis quelques mois, je rame aux alentours du 20...
Pourtant, je ne suis pas sûre que l'on fasse beaucoup pleurer dans les chaumières avec ça...Il y a une grève le 27, mais je pense qu'une fois de plus, les revendications ne seront pas autour de ce thème bassement matériel...
CC
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3 avril 2011
Andalousie
Je suis revenue hier soir d'Andalousie. Voyage scolaire exténuant mais réjouissant à plusieurs égards.
Tout d'abord, bien sûr, la découverte du pays : l'Andalousie, à cette saison, c'est une terre de cocagne, un sorte de paradis sur terre. Les odeurs des glycines, du chèvrefeuille et surtout des orangers en fleur sont un enchantement permanent. Une nature luxuriante.
C'est une terre de mélange culturel, aussi, Al-Andalus, 7 siècles de culture arabe, un architecture et une douceur de vivre orientale, des quartiers juifs côtoyant les quartiers chrétiens et les quartiers musulmans, dans une belle harmonie, parce que la richesse des lieux était partagée et que lorsque tout le monde s'enrichit également, on se tolère aisément. Le résultat, ce sont des palais et des lieux de cultes d'une richesse extraordinaire. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, lorsque les rois catholiques ont repris la région, ils n'ont pas rasé les mosquées. Ils les ont aménagées avec plus ou moins de bonheur pour en faire des cathédrales.
Les gens sont ouverts et souriant, sur cette terre fertile. La douceur de vivre n'est pas seulement celle du climat.
Et puis les élèves aussi ont été transformés par cette expérience unique. Le voyage scolaire, le grand, celui qui bouleverse les habitudes, qui fait sortir de chez soi, c'est inoubliable. C'est la première expérience sans les parents, à des milliers de kilomètres, c'est la première fois que l'on vit en commun avec les camarades, qu'on découvre autre chose, qu'on sort de son trou.
Leurs regards éblouis, cela paye pour la fatigue du prof (victime d'une gastro et d'un gros rhume doublé d'une extinction de voix, en plus). Nous les avons découverts autrement, aussi, loin de chez eux, loin du collège et de ses petites habitudes sclérosantes. Tendres, attachants, sensibles, timides, extravertis, chacun avec son histoire et ses blessures...
Et enfin, les collègues, bien sûr. Là aussi, c'est une façon de se découvrir autrement : on sait avec qui on part, évidemment. On ne travaille pas ensemble sans se connaître un peu. Mais dans une expérience pareille, on a le temps de se découvrir mieux. Les collègues deviennent des amis et c'est un vrai bonheur, là aussi.
Il me reste à me soigner. J'ai tenu à coup anti-inflammatoires, durant le voyage et ma voix n'est pas guérie...La reprise, demain, risque d'être difficile...Mais j'ai quelques longueurs d'avance, niveau bronzage !
CC
C'est une terre de mélange culturel, aussi, Al-Andalus, 7 siècles de culture arabe, un architecture et une douceur de vivre orientale, des quartiers juifs côtoyant les quartiers chrétiens et les quartiers musulmans, dans une belle harmonie, parce que la richesse des lieux était partagée et que lorsque tout le monde s'enrichit également, on se tolère aisément. Le résultat, ce sont des palais et des lieux de cultes d'une richesse extraordinaire. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, lorsque les rois catholiques ont repris la région, ils n'ont pas rasé les mosquées. Ils les ont aménagées avec plus ou moins de bonheur pour en faire des cathédrales.
| La Mosquée Cathédrale de Cordoue. |
Les gens sont ouverts et souriant, sur cette terre fertile. La douceur de vivre n'est pas seulement celle du climat.
Et puis les élèves aussi ont été transformés par cette expérience unique. Le voyage scolaire, le grand, celui qui bouleverse les habitudes, qui fait sortir de chez soi, c'est inoubliable. C'est la première expérience sans les parents, à des milliers de kilomètres, c'est la première fois que l'on vit en commun avec les camarades, qu'on découvre autre chose, qu'on sort de son trou.
Leurs regards éblouis, cela paye pour la fatigue du prof (victime d'une gastro et d'un gros rhume doublé d'une extinction de voix, en plus). Nous les avons découverts autrement, aussi, loin de chez eux, loin du collège et de ses petites habitudes sclérosantes. Tendres, attachants, sensibles, timides, extravertis, chacun avec son histoire et ses blessures...
Et enfin, les collègues, bien sûr. Là aussi, c'est une façon de se découvrir autrement : on sait avec qui on part, évidemment. On ne travaille pas ensemble sans se connaître un peu. Mais dans une expérience pareille, on a le temps de se découvrir mieux. Les collègues deviennent des amis et c'est un vrai bonheur, là aussi.
Il me reste à me soigner. J'ai tenu à coup anti-inflammatoires, durant le voyage et ma voix n'est pas guérie...La reprise, demain, risque d'être difficile...Mais j'ai quelques longueurs d'avance, niveau bronzage !
CC
11 août 2010
Notre Identité Nationale, c'est Cruchot
Depuis les annonces de Grenoble, je suis abasourdie. Complétement sonnée.
A vrai dire, je rigole gentiment du président et de sa politique depuis 2007 et j'avais l'impression de le connaître à peu près, le jugeant plutôt gendarme Cruchot, flic teigneux mais pas tellement crédible et surtout ridicule.
Mais j'avais l'impression qu'il laissait le soin de déraper méchamment à ses sbires. Lefebvre, Hortefeux, Estrosi ou Morano, c'était un peu sa 7ème compagnie pour dire des conneries.
Mais avec le discours de Grenoble, tout m'a semblé bouleversé. Comme si ces déclarations étaient historiques.
Il paraît même que Mââme Cruchot est en colère...
Au début, donc, je le confesse, l'information m'a laissée K.O.
Retirer la nationalité. En me creusant la tête, il me semblait que ça s'était déjà fait sous Vichy. Cependant, je me suis bien retenue de faire un billet pour faire la comparaison. On est si vite taxé d'un point Godwin. Et d'ailleurs, on n'est pas en guerre, il ne faut pas pousser.
Et puis, tout ne va pas si mal : ça fait plus de 60 ans qu'on n'a pas eu de guerre, tout le monde mange à sa faim, ou presque, et tout le monde, ou presque à un toit sur la tête. A peu près. M'enfin, on ne peut pas comparer, quoi.
Après cette première réaction, j'ai lu des tas de billets, sur la blogosphère et partout ailleurs. J'ai même failli oublier l'affaire Bettencourt, à vrai dire.
Et voilà qu'en me replongeant dans mes préparations de cours pour la rentrée, j'ai compris soudain la nature des annonces sécurité de Cruchot.
C'est ma profession de professeur de collège qui m'a éclairée.
Face à un élève pénible, qui par exemple se retourne sans cesse pour parler à un camarade, il y a une première attitude possible : reprendre l'élève, en l'interpelant avec douceur mais fermeté, en lui suggérant qu'il ne devrait pas se conduire ainsi. Pas un mot de plus que ça : "Je serais toi, je suivrais le cours au lieu de me retourner."
Évidemment, l'élève va continuer à parler, parce qu'un élève teste toujours les limites d'un prof, c'est la règle. C'est alors que le professeur ajoute : "Je t'avais prévenu : tu n'aurais pas dû continuer. Dépose ton carnet sur mon bureau." En général, pas la peine d'aller plus loin. L'élève sait qu'on annonce, qu'on prévient et qu'on agit.
Deuxième solution : dès que l'élève commence à parler, le professeur peu expérimenté ou énervé ou encore, fatigué, va élever la voix. Il va menacer : "Si tu continues de parler, comme ça, je t'envoie chez le principal. Suffit, maintenant."
L'élève, évidemment, continue de parler. Mais cette fois, il le fait parce qu'il sait qu'il est bien peu probable que le prof l'envoie vraiment chez le principal pour de simples bavardages. La peine promise est totalement disproportionnée par rapport au délit : que dira le prof, pour se justifier, quand le principal demandera un rapport d'exclusion ? L'élève bavardait. Oui, c'est un peu juste.
Et l'autorité du professeur est remise en cause irrémédiablement.
Ma comparaison vaut ce qu'elle vaut, c'est à dire pas grand chose, mais elle m'a permis de comprendre que Sarkozy promet sans être capable de tenir. Il remet donc gravement son autorité en cause. Et c'est ce qui est grave...Mais pas plus que ce qui se passe depuis 2007. C'est toujours Cruchot qui nous dirige. Depuis 2002 et tout va bien. Ou pas.
CC
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