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vendredi 4 février 2011

Eric Cordier & Seijiro Murayama - Nuit


ERIC CORDIER & SEIJIRO MURAYAMA - Nuit (HerbalInternational, 2010)

Seijiro Murayama: percussion, voice, etc.
Eric Cordier: field recordings, various actions

En principe, je n'ai rien contre l'électronique, sauf les field recordings... L'aspect figuratif des enregistrements concrets enlève beaucoup de l'impact et du potentiel propre à chaque son, à mon sens, ça en dit trop sur la musique et ça entrave le travail le l'auditeur en quelque sorte, puisque le potentiel absent de ces textures sonores, c'est la possibilité d'association d'idées et d'affects remplacés par un référent déjà donné qui nous empêche de donner du sens à ce que l'on écoute.
Abstraction faite de ce ressentiment envers la musique concrète (ou les fields recordings comme on dit maintenant mais je vois pas la différence), il n'en reste pas moins que ce disque a quelque chose (mais peut-être que je ressens ça seulement à cause de mon admiration pour ce spécialiste de la caissse claire et ce virtuose de la vielle à roue...). Bon déjà, j'imagine que le but était de retranscrire musicalement la nuit, et en l'occurence, on peut dire que ce but est atteint. Tout y passe: l'ambiance nocturne naturelle à travers des crissements et des insectes, aussi bien que la nuit urbaine à travers cette ambiance sombre, lente et tendue rendue par le frottement de divers objets et percussions ainsi que des enregistrements d'annonces ferroviaires ou publicitaires.
Mais le meilleur ne réside pas ici je trouve, ce qu'il y a de surprenant dans ce disque est l'agencement des différentes strates sonores qui s'opposent ou s'interpénètrent selon les moments. Chaque son est traité comme un objet avec ses singularités, puis il est manipulé et associé à un autre objet sonore pour enfin créer une texture: et c'est bien l'agencement de ces différentes textures en strates (ce qu'on compare habituellement à l'architecture) qui fait la force et l'attrait de ce disque. Car, abstraction faite de leurs référents, ces nappes sonores, de par leur timbre, ne ressemble à rien de connu (musicalement); et c'est alors que, de ce magma sonore, peut émerger le génie de Cordier (Enkidu, Suture, Pheremone) et Murayama (K.K. Null, Suture, Lo). Tous les deux résident en France, et ils ont plusieurs fois collaboré ensemble (notamment sur le magnifique Suture), mais on ne peut pas dire qu'ils sont des stars ici: et pour cause, tous deux sont ancrés dans une culture expérimentale radicale et extrême (cf. les deux solos de Murayama pour caisse claire et cymbale, un seul paramètre: le timbre). Mais ils ont beau être radicaux et extrêmes, je ne dirais pas non plus qu'ils tombent dans le formalisme ou l'autosuffisance, quand ils enregistrent, c'est pour communiquer quelque chose, et ça s'adresse à des gens, ils ne font pas exprès d'être incompris pour se lamenter d'être incompris. La musique de Cordier et Murayama, qu'elle soit électronique ou acoustique, est bien une part d'eux-mêmes qu'ils souhaitent partager à un maximum de gens mais sans faire de compromis.
La démarche est radicale, l'écoute est dure et demande beaucoup d'attention, mais le jeu en vaut la chandelle. Il y a plein de trucs à ressentir et à penser à travers cette écoute, le son du duo est vraiment remarquable par sa singularité et son "authenticité", et l'agencement organique des strates sonores est digne d'un Berio, d'un Ligeti ou d'un Penderecki (même si ça n'a rien à voir...).
Recommandé! (from ImprovSphere)

FLAC1 / FLAC2
If you love it, buy it

mercredi 24 novembre 2010

Pheromone - Disparlure

Jean-Luc Guionnet: chiftelia, cithara, metal sheet, bow, wooden sticks, contact mics
Eric Cordier: hurdy-gurdy, electroni treatments
Pascal Battus: guitar

Eric Cordier et Jean-Luc Guionnet nous ont donné à entendre quelques unes des propositions expérimentales les plus intéressantes de ces dernières années, avec " Tore " paru sur Shambala et Synapses sur le label Selektion. Aujourd’hui Corpus Hermeticum sort le disque de PHEROMONE, trio avec Eric Cordier (vielle à roue et traitement électronique) et Jean-Luc Guionnet (citera, chiftelia, bois, métal et micros contact), auxquels s’est joint Pascal Battus (guitare environnée). Trio d’improvisation définitivement sorti de l’approche old school, sans pour autant sacrifier à la tendance minimaliste actuelle. Comme la plupart des disques parus sur Corpus H. celui-ci est traversé par l’énergie du rock. Pour PHEROMONE le petit Robert donne cette définition en biologie : sécrétion externe produite par un organisme, qui stimule une réponse physiologique ou comportementale chez un autre membre de la même espèce. L’ improvisation jouée comme réponse à une stimulation sonore de l’autre. Ce qui semble dire qu’il n’y a pas de réponses imaginaires mais seulement antérieures (de l’ordre du réflexe, codifiée). Ce qui pourrait être une remise en cause (ou tout au moins un doute émis à propos) du caractère déclaré libertaire de l’improvisation ou des musiques improvisées, une façon de dire qu’elles comportent un caractère idiomatique, un déterminisme culturel ? Mais il resterait du désir, du collectif, de la circulation, de l ’échange, de l’un à l’autre, l’improvisation comme érotique. Longue pièce enregistrée par Eric La Casa et Pierre-Henri Thiebaut Disparlure ", développe des paysages sonores bruissants, sons éclatés dans l’espace se répondant à la façon de ces phéromones, atteignant une apparente cacophonie de nuit d’été. Les textures sont denses et travaillées de torsions et de déchirures, de brûlures et d’implosions, la matière ne reste jamais inerte, le travail incessant. Disque de grincements, de matières ferrugineuses, lourdes, très denses. On y entend quelque chose de l’ordre de l’animalité, un peu à la façon d’une nourriture que se disputeraient des coléoptères voraces, déchiquetant, amputant, déchirant cette masse sonique. L’intérêt pour les sources sonores (de la guitare environnée ou de la vielle à roue) disparaît, semble secondaire, une belle confusion règne là, riche et non maigre, mais pourtant coupante, dangereuse. Les mains tremblent, cherchent, fouillent dans la matière à la recherche de ce son d’or qui fascine tant Charlemagne Palestine, mais ici comme pris dans le déchet, le rebus de la chose musicale. Quête alchimique de la merdre en or. Disparlure ", un bégaiement à la Christian Prigent, il y a de l’anamorphose dans la musique du trio, une torsion du musical dans le bruit monstrueux, comme une mise en vibration du réel. Prigent parlant de l’anamorphose en dit : " Son intérêt réside dans ce geste symptomatique, qui désavoue implicitement la réalité que serait censée figurer la représentation codée " . Est-ce de la musique (cette grande écriture codée des sons d’une société à un certain stade de son développement) ou plus simplement un moment de vie, du temps parlé ? Après le trio Noetinger / Marchetti / Werchowski, Bruce Russell continue d’ ouvrir son label aux expériences de l’improvisation de la vieille Europe, sortant la musique de l’impérialisme culturel anglo-saxon. Il y aurait un autre monde ?

MICHEL HENRITZI

1998 DISPARLURE (Corpus Hermeticum) rapidshare/mediafire

samedi 27 février 2010

Eric Cordier & Seijiro Murayama - Suture

SUTURE (free-rock psyche)






























Eric Cordier: hurdy-gurdy (vielle à roue), electronics
Seijiro Murayama: drums, voice

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