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Date de création : 30.11.2013
Dernière mise à jour : 14.07.2026
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10ANSAPRES LAUDATOSI

Villani, Lepage, Berger… 10 ans après Laudato si’, 7 personnalités ravivent l’encyclique du pape François

Témoignages

Article réservé à nos abonnés. Le pontificat du pape François a été marqué par la publication de son encyclique « Laudato si’» en 2015. Ici en novembre 2024 à la basilique Saint-Pierre.

Le pontificat du pape François a été marqué par la publication de son encyclique « Laudato si’» en 2015. Ici en novembre 2024 à la basilique Saint-Pierre. Stefano Spaziani / picture alliance/Stefano Spaziani

François est mort, vive « Laudato si’». Dix ans après la signature, le 24 mai 2015, et la publication de cette encyclique, premier texte entièrement consacré par un pape à la crise écologique, sept personnalités partagent leur ressenti à propos de ce texte et de l’impact qu’elles en ont mesuré.

L’anniversaire s’est subitement transformé en hommage. Il y a presque dix ans jour pour jour, le 24 mai 2015, le pape François signait l’encyclique Laudato si’ (« Loué sois-tu »). Ce texte majeur sur la sauvegarde de la « maison commune » est le premier entièrement consacré par un pape à la crise écologique. Un véritable cadeau aux chrétiens et à l’humanité.

Ce texte à la structure admirable va à la racine des choses, mêlant étroitement les questions écologiques, économiques, sociales et spirituelles. « Tout est lié »,rappelle François, qui s’appuie sur la vérité scientifique comme aucun pape, ni chef d’État, ne l’avait fait jusqu’alors. « Bien mieux que nous, le pape François a trouvé les mots pour expliciter la crise », nous confiait récemment la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, membre du comité des experts du réseau écologie de La Croix.

Bien sûr, on pourra regretter que Laudato si’et sa suite Laudate Deum(« Louez Dieu ») n’aient pas révolutionné le monde, que la « conversion écologique » de nos sociétés soit encore en gestation. Pire, que le déni climatique s’installe jusque dans les urnes. Ces deux textes n’en restent pas moins une source de motivation, un guide pour la route et la preuve que lucidité et espérance ne sont pas incompatibles.

À l’occasion de cet anniversaire, La Croix donne la parole à plusieurs personnalités sur la manière dont elles ont été saisies, interpellées ou confortées par Laudato si’. La suite sera à retrouver dans le numéro des 7 et 8 juin de L’Hebdo, consacré aux inépuisables ressources spirituelles de l’encyclique, puis du 10 au 20 juin sur le site de La Croix et dans les colonnes de votre quotidien. François est mort, longue vie à Laudato si’ !

« Le texte le plus complet jamais écrit par un chef d’État sur l’écologie »

Cédric Villani, médaillé Fields en mathématiques, distingué par la médaille Pie XI de l’Académie pontificale des sciences, dont il est membre depuis 2013

Pour le mathématicien Cédric Villani, l’encyclique de François sur l’écologie « incarne l’exemple même d’une action spirituelle capable de s’ancrer dans les sciences et le réel ».

Pour le mathématicien Cédric Villani, l’encyclique de François sur l’écologie « incarne l’exemple même d’une action spirituelle capable de s’ancrer dans les sciences et le réel ». DANIEL PERRON / Hans Lucas via AFP

« Quand j’ai lu l’encyclique Laudato si’pour la première fois, j’ai été marqué par sa manière lumineuse et clairvoyante de synthétiser la situation actuelle du monde. C’est de loin le texte le plus complet jamais écrit par un chef d’État sur l’écologie. Le pape François aborde l’état de notre maison commune avec une analyse scientifique implacable, sans rien oublier des maux qui accablent la planète.

C’est rare pour un texte de si haut niveau d’être aussi équilibré, en n’évoquant pas seulement le réchauffement climatique, mais aussi la pollution, les ressources en eau, la biodiversité, les questions sociales, les effets néfastes du lobbying… Sa force est d’intégrer aussi bien l’engagement personnel, en insistant sur ce que chacun peut faire, que l’obligation d’avoir des accords étatiques plus contraignants.

Est-ce parce que j’ai passé deux semaines auprès des Kogis dans la Sierra Nevada de Santa Marta, en Colombie ? J’ai en tout cas été particulièrement marqué par le paragraphe 146, qui demande « d’accorder une attention spéciale aux communautés aborigènes », celles qui « préservent le mieux »leurs territoires.

En tant que scientifique et agnostique, Laudato si’incarne pour moi l’exemple même d’une action spirituelle capable de s’ancrer dans les sciences et le réel. L’encyclique prend pour point de départ la description physique et scientifique du monde, avant d’instiller ensuite la foi comme supplément d’âme pour donner l’amour et la force de préserver notre maison commune. Cela montre combien le pape François était à l’écoute des sciences, c’est pour moi l’un des traits distinctifs de son mandat.

Face à la cécité des autres dirigeants du monde, Laudato si’m’a donné de l’espoir. Cela a d’ailleurs été un texte précieux sur lequel j’ai pu m’appuyer lorsque j’ai été député de 2017 à 2022. Avec le corpus cohérent constitué par Laudate Deum,la suite lucide et ferme pour attaquer les ennemis de l’écologie, et le complément social Fratelli Tutti,le pape François a réussi à mettre l’Église à l’avant-garde intellectuelle sur ces questions. »

« Quel dommage que l’humanité n’ait pas su saisir ce signal d’alerte »

Corinne Lepage, avocate et ex-ministre de l’environnement, travaillait à une Déclaration universelle des droits de l’humanité lors de la publication de Laudato si’

Ministre de l’environnement sous Jacques Chirac, Corinne Lepage travaillait à l’élaboration d’une Déclaration universelle des droits de l’humanité au moment de la publication de Laudato si’.

Ministre de l’environnement sous Jacques Chirac, Corinne Lepage travaillait à l’élaboration d’une Déclaration universelle des droits de l’humanité au moment de la publication de Laudato si’. JOEL SAGET / AFP

« Lorsque l’encyclique parait en 2015, nous sommes quelques mois avant les Accords de Paris sur le climat. L’époque était à l’opposé de la période actuelle. Après l’échec de la COP de Copenhague en 2009, la communauté internationale semblait prendre conscience de la gravité de la crise environnementale. À la demande du président de la République, François Hollande, je travaille d’ailleurs à l’élaboration d’une Déclaration universelle des droits de l’humanité visant à garantir une Terre habitable pour tous.

Laudato si’apparaît alors comme un texte particulièrement courageux et radical. L’encyclique ne se contente pas de déplorer la dégradation de notre environnement, elle cherche les causes profondes du mal, posant avec lucidité la question du progrès technique, du transhumanisme ou de “la croissance infinie ou illimitée”. Elle incrimine cette vision de l’homme qui le voit créateur à la place du créateur.

En un sens, l’encyclique pourrait d’ailleurs s’apparenter à ce qu’on appelle la “deep ecology” (écologie profonde), ce courant de pensée philosophique qui remet en cause la domination de l’homme sur le reste du vivant. Sans aller jusqu’à prôner l’égalité entre les êtres, François rappelle aux hommes leur responsabilité à prendre soin de toutes les espèces, animales et végétales. Il met fin à cette interprétation de la Genèse qui ferait de l’homme le possesseur de la nature. Parce qu’il a conscience de cette responsabilité qui lui incombe, il doit en être le gardien ou le protecteur…

C’est d’ailleurs sur le fondement de cette responsabilité que certains juristes, dont je fais partie, défendent un “droit des générations futures” à disposer d’une planète vivable. À sa manière, le pape nous appelait à vivre “comme frères et sœurs, sans causer de dommages à personne”.

Sur le fond, le diagnostic scientifique était connu de longue date et les solutions qu’il propose ne sont pas d’une grande originalité. Mais la force de Laudato si’vient de sa capacité de synthèse et la mise en cohérence de l’ensemble. Le pape appelait à une véritable conversion écologique, comprenant l’intégrité des écosystèmes mais aussi de la vie humaine. Quel dommage que l’humanité n’ait pas su saisir ce signal d’alerte, et soit dans une si mauvaise passe. »

« J’ai été agréablement surpris en découvrant Laudato si’»

Laurent Berger, ancien secrétaire général de la CFDT, directeur de l’Institut mutualiste pour l’environnement et la solidarité de Crédit mutuel-Alliance fédérale

Pour Laurent Berger, « Laudato si’ » reste « d’une actualité brûlante ».

Pour Laurent Berger, « Laudato si’ » reste « d’une actualité brûlante ». JOEL SAGET / AFP

« J’ai été élevé dans un milieu catholique, imprégné de la doctrine sociale. Au cours de mes études d’histoire, j’ai également été amené à me plonger dans plusieurs textes de l’Église, à l’occasion notamment de mon mémoire consacré à l’épiscopat nantais de Mgr Villepelet (1936-1966). Je n’ai toutefois pas toujours été aligné sur les positionnements de l’institution, et j’ai donc été agréablement surpris en découvrant l’encyclique Laudato si’.

Le pape François y relie les deux bombes à retardement que sont le réchauffement climatique et la crise des inégalités. Il pose sur ces enjeux de notre temps des mots universels et dénonce dans des termes très forts le consumérisme excessif de nos sociétés. Il renvoie à leurs responsabilités la communauté internationale, en particulier les pays riches.

À l’heure du détricotage de mesures environnementales par de nombreux gouvernements, ce texte reste d’une actualité brûlante. Son propos résonne avec le regard qu’on portait sur le monde à la CFDT, et avec l’engagement que j’ai désormais à l’Institut mutualiste pour l’environnement et la solidarité de Crédit mutuel-Alliance fédérale, qui consacre 15 % de son résultat au financement de projets qui permettent de lutter contre le réchauffement climatique et contre les inégalités sociales.

Je ne dirai pas que c’est un texte qui m’a inspiré dans mes différentes fonctions, ça n’a pas été mon guide d’action à la CFDT mais je m’y suis adossé, comme j’ai pu m’appuyer sur des analyses d’intellectuels ou de penseurs. Avec plusieurs partenaires, nous avions lancé en 2019 le Pacte de pouvoir de vivre qui repose sur ce même constat que les enjeux environnementaux et sociaux sont imbriqués. Une intuition qui structure aujourd’hui l’action de nombreuses organisations ou entreprises.

L’encyclique Fratelli Tutti, publiée en octobre 2020, m’a également marqué. François y fait un examen critique de la mondialisation, passe du « je » au « nous », appelle à la fraternité et à l’accueil des plus fragiles, une valeur que je n’ai cessé de porter tout au long de mon parcours. À mes yeux, l’Église doit être ouverte sur la société, aux défis du monde. L’élection de Léon XIV qui s’inscrit dans les pas de Léon XIII, père de la doctrine sociale est, je l’espère, de bon augure. »

« La notion d’écologie intégrale promue par François englobe tout »

Mgr Gerardo Alminaza, évêque de San Carlos (Philippines), engagé pour le désinvestissement et l’arrêt de projets fossiles portés par des compagnies pétrolières

Mgr Gerardo Alminaza espère que Léon XIV continuera l’œuvre écologique du pape François.

Mgr Gerardo Alminaza espère que Léon XIV continuera l’œuvre écologique du pape François. Mgr GA

« La visite du pape François aux Philippines en janvier 2015, puis la publication de Laudato si’en mai de la même année, ont été providentielles. Pour nous, ce message était très opportun car nous sommes l’un des pays les plus vulnérables à la crise climatique – avec 20 à 26 typhons par an, et des embardées météorologiques imprévisibles. La température atteint régulièrement les 42 °C voire 50 °C par endroits. S’ajoutent à cela les inondations, les éruptions volcaniques… Comme si l’environnement essayait de nous donner une leçon que nous ne comprenons pas.

L’encyclique de François m’a permis d’élargir ma perspective. Avant, je pensais uniquement à l’impact de la crise sur les êtres humains. Maintenant, je mesure combien il implique l’ensemble de l’écosystème. La notion d’écologie intégraleque François a promue englobe tout : droits humains, dignité, vie familiale, économie, justice et paix… Elle nous rappelle que tout est interconnecté, nous invitant à changer notre manière d’être aux autres et à ce qui nous entoure.

Comme dans une toile d’araignée, quand vous détruisez une partie, cela a un impact sur l’ensemble. Dans cette perspective, ce qui se passe aux Philippines affectera aussi la France, la Méditerranée, l’Afrique. Cela invite à élargir son cœur, son esprit. Partout où je vais, je me sens chez moi. Nous pouvons être de couleurs, de langues, ou de cultures différentes, mais il y a un sentiment d’appartenance à une maison commune, parce que nous sommes tous liés.

Cela doit, bien sûr, se traduire par des engagements concrets. Sur l’île de Negros, où j’ai été envoyé comme évêque en 2013, les femmes ont commencé à se battre il y a plus de trente ans contre l’exploitation du charbon. Grâce à ces mobilisations, nous avons réussi à convaincre les deux gouverneurs de l’île de se passer complètement du charbon pour aller vers les renouvelables. Nous sommes devenus un hope spot (« point d’espoir », jeu de mot avec « hot spot », point chaud en anglais, NDLR) au niveau mondial ! Nous voulons être la preuve qu’on peut se passer des combustibles sales.

Désormais, j’espère que notre nouveau pape Léon XIV, qui se positionne comme un pont entre le Nord et le Sud global, continuera l’œuvre écologique de François et nous aidera à faire face aux défis de la révolution industrielle actuelle, à l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle. »

« Les spiritualités, un nouvel élan pour l’écologie ? » : un débat ce mercredi à Paris

La Croix et le média en ligne Vert organisent, ce mercredi 21 mai de 18 h 30 à 21 h 30, une soirée débat à l’Académie du climat à Paris autour du thème : « Les spiritualités, un nouvel élan pour l’écologie ? ».

Une première discussion se déroulera entre Cécile Renouard, philosophe et religieuse assomptionniste, et Corine Pelluchon, philosophe. Suivra une table ronde rassemblant Isabelle Priaulet, Paula de Wailly, Mathieu Labonne et Hala Bounaidja Rachedi sur le thème : « Quelle place pour les spiritualités dans les mobilisations écologiques contemporaines ? ».

Les débats seront animés par des journalistes de La Croix et de Vert.

« Ce texte est peut-être arrivé trop tôt »

Franziska Brantner, députée au Bundestag et codirigeante du parti écologiste allemand Alliance 90/Les Verts

Codirigeante du parti des Verts allemands, Franziska Brantner estime que « Laudato si’ » est porteur d’espoir.

Codirigeante du parti des Verts allemands, Franziska Brantner estime que « Laudato si’ » est porteur d’espoir. CHRISTIAN MARQUARDT / NurPhoto via AFP

« Lors de la parution de l’encyclique, même si nous nous attendions à ce texte, j’ai été positivement surprise par l’argumentation du pape François sur la protection de la Terre à travers les arguments de la foi. Je ne suis pas liée à une Église mais moi aussi je pense que la crise climatique est une crise éthique, qui pose la question de notre responsabilité envers nous-même, envers les générations futures, la terre, les autres êtres sur la Terre, qu’ils soient humains ou pas. Quelle est la valeur que nous donnons à ce qui n’est pas humain ?

À l’époque de sa publication, ce texte m’a aussi rappelé une des racines de mon parti. Au sein des Verts allemands existe un courant de croyants, actifs dans les Églises et dans les instances religieuses, et qui fondent sur une croyance chrétienne leur conviction de la nécessité de protéger l’environnement et le climat. Cela a été, d’une manière ou d’une autre, repris par le pape et cela a renforcé, à mes yeux, une argumentation basée sur des fondements moraux.

En revanche, je ne sais pas si cela a eu un impact direct dans le débat politique allemand. Une des raisons est que le pape François raisonne beaucoup sur le rôle de l’individu, et pas sur celui de l’État. Pour nous en tant que parti, l’individu est évidemment important mais il faut le replacer dans un contexte, dans son environnement.

J’ai aussi l’impression que cette encyclique a été moins discutée en Allemagne que dans d’autres pays. Elle n’a pas été mise de côté mais il y a eu d’autres débats au sein de l’Église catholique en Allemagne, notamment sur les cas d’abus sexuels. Ce texte est peut-être arrivé trop tôt. Et pourtant ! Le pape François y parlait beaucoup de la beauté de la nature et cela donne beaucoup d’espoir, encore aujourd’hui !

Comparez avec le président américain Donald Trump, qui s’appuie politiquement sur les Églises et les chrétiens, plutôt protestants, mais qui recule sur le plan climatique. Comment est-il possible d’être aussi peu respectueux de la planète, de la terre-mère ? Il n’y a rien de spirituel dans sa pensée. Son vice-président J. D. Vance estime lui que l’amour de l’autre, c’est d’abord l’amour de sa famille. C’est un rétrécissement incroyable de la perspective d’un croyant. C’est une crise de l’éthique qu’heureusement nous ne constatons pas de la même manière ici en Allemagne. »

« Quand je lis les mots du pape, je me sens chrétien ! »

Yann Arthus-Bertrand, photographe, réalisateur et président de la fondation GoodPlanet, engagée pour la défense du vivant, il publia en 2018 l’encyclique Laudato si’accompagnée d’une sélection de ses photographies.

Le photographe Yann Arthus-Bertrand n’est pas croyant mais a contribué à diffuser la parole du pape sur la crise écologique.

Le photographe Yann Arthus-Bertrand n’est pas croyant mais a contribué à diffuser la parole du pape sur la crise écologique. JOAO LUIZ BULCAO / Hans Lucas via AFP

« Lorsque Laudato si’a été annoncée, j’ai été très intéressé de voir l’Église s’exprimer de manière aussi claire et déterminée sur l’environnement et l’écologie. En tant que militant écologiste, j’ai trouvé l’initiative formidable. N’étant pas croyant, je ne m’étais pas immédiatement plongé dans le texte, qui m’a d’abord semblé peu accessible. Si je partage depuis toujours les valeurs humanistes d’amour et d’accueil portées par le christianisme, je n’avais jusqu’alors pas ressenti un véritable engagement de l’Église en matière d’écologie.

Quelque temps plus tard, alors que je tournais un documentaire à Brazzaville (Congo), dans l’orphelinat dirigé par sœur Ida Pélagie Louvouandou, je rencontre Pierre Chausse, président du Fonds de dotation sœur Marguerite. Il m’encourage à lire l’encyclique avec plus d’attention. J’y ai découvert une parole généreuse, libre et radicale. Nous n’avons pas besoin d’espoir, mais de courage. Il faut une révolution pour sauver notre planète, une révolution qui ne sera ni politique, ni scientifique, ni économique, même si des changements doivent s’opérer dans ces domaines. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une révolution spirituelle, d’une transformation intérieure de nos valeurs profondes.

Quand je lis les mots du pape, je me sens chrétien ! J’ai eu envie de contribuer à diffuser cette parole forte auprès du grand public. J’en ai parlé à Pierre Chausse, également directeur des éditions Première Partie, et nous avons décidé de publier l’encyclique accompagnée de mes photographies (en partenariat avec La Croix), dont les droits d’auteur sont reversés aux œuvres de sœur Ida.

Après la parution du livre en 2018, j’ai eu la chance de rencontrer le pape François. J’ai été profondément impressionné par son amour pour l’humanité. Nous avons échangé sur sa vision holistique et humaniste de l’écologie. Nous avons besoin de grandes âmes pour porter ce message et le pape François a incarné cette responsabilité. Il l’a confirmé avec la publication de Laudate Deumen 2023. Tout est lié : parler d’environnement aujourd’hui, c’est aussi parler des réfugiés, de la souffrance animale, de l’amour de la vie et du sentiment profond d’appartenir à une maison commune, que chacun peut contribuer à améliorer à son échelle. »

« Un texte révolutionnaire »

Enrico Letta, ancien président du Conseil italien, et auteur d’un rapport sur le décrochage économique de l’Europe

En découvrant l’encyclique en 2015, l’ancien président du Conseil italien Enrico Letta n’a pas été surpris par son sujet mais plutôt par la puissance du propos de François.

En découvrant l’encyclique en 2015, l’ancien président du Conseil italien Enrico Letta n’a pas été surpris par son sujet mais plutôt par la puissance du propos de François. MUSTAFA YALCIN / Anadolu via AFP

« En découvrant l’encyclique en 2015, je ne fus pas surpris de son sujet. Lorsqu’on connaît l’attachement à la justice sociale du cardinal Bergoglio, et lorsqu’on sait que François d’Assise est le saint patron de tous ceux qui étudient et travaillent autour de l’écologie, on pouvait deviner que l’urgence climatique serait au cœur de son pontificat. En revanche, je fus surpris par la puissance de son propos, et étonné de voir qu’il n’a pas eu plus d’écho en dehors de l’Église.

Des encycliques qui ont façonné la doctrine sociale, Laudato si’est sans doute la plus politique. Le pape François y aborde de nombreux sujets, notamment la question de l’eau qui est source de tensions croissantes à travers le monde. Mais c’est surtout un texte révolutionnaire, qui marque un changement de paradigme en matière d’écologie. Car il lie la transition environnementale à la transition juste.

Ce texte m’a fait prendre conscience qu’il était nécessaire d’embarquer l’ensemble de la société, en particulier les classes sociales les moins favorisées, pour réussir la transition. Sans cela, les plus précaires considéreront que la transition doit reposer uniquement sur les plus riches. Le mouvement des gilets jaunes, en 2018, qui a été déclenché par une taxe sur les carburants, a montré que le pape avait vu juste.

Malheureusement, force est de constater, dix ans après la publication de l’encyclique, que l’appel de François n’a pas été entendu. La transition environnementale risque d’aller dans le mur car nous n’avons pas suffisamment considéré la question sociale. L’Europe doit sans tarder résoudre son problème de compétitivité car c’est la clé pour financer la transition, pour donner les moyens à l’industrie de s’y engager et limiter les destructions d’emploi.

C’est la raison pour laquelle j’ai formulé plusieurs recommandations dans un rapport présenté au Conseil européen en avril 2024. Si nous ne lions pas compétitivité et environnement, ce qui s’est passé avec les agriculteurs, qui ont manifesté en 2024 pour dénoncer ce qu’ils percevaient comme des entraves à la production au nom de l’écologie, se reproduira avec d’autres professions et catégories sociales, les salariés de l’industrie automobile, les propriétaires des maisons individuelles… »

Une lettre destinée aux catholiques et au monde

Laudato si’ (« Loué sois-tu », en italien médiéval), est la deuxième encyclique rédigée par le pape François, récemment décédé, le 21 avril 2025. Datée du 24 mai 2015, elle a été publiée par le Vatican le 18 juin suivant en huit langues.

Une encyclique est une « lettre solennelle » par laquelle un pape veut donner une autorité significative à ce qu’il y exprime – sans toutefois engager l’infaillibilité pontificale. Elle est adressée à l’ensemble de l’Église catholique ou plus spécifiquement à une des parties d’entre elles – évêques, clergé, fidèles. Mais Laudato si’visait aussi à créer le dialogue au-delà de cette communauté.

Avec un sous-titre « sur la sauvegarde de la maison commune »,elle est consacrée aux questions environnementales et sociales, à l’écologie intégrale, et de façon générale à la sauvegarde de la Création. Le pape François y appelle à une « conversion écologique », qui est en même temps une révolution culturelle et comportementale, avec une référence première : « le bien commun ».