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Date de création : 30.11.2013
Dernière mise à jour : 14.07.2026
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GUERRENUKRAINE

Publié le 02/12/2025 à 12:21 par papilacabane Tags : sur vie moi monde travail centre texte sourire enfant

« La guerre va encore durer cinq ans » : en Ukraine, les soldats ne croient plus en une paix rapide
Un soldat ukrainien du bataillon des « Loups de Da Vinci » sur un terrain d’entraînement aux drones dans l’est de l’Ukraine, vendredi 28 novembre 2025.Evgeniy Maloletka / AP

Lev, son commandant, s’approche et lui glisse quelques recommandations, en esquissant un sourire. Un voile de brume presque cotonneux recouvre la steppe. C’est la météo idéale pour effectuer une rotation sans attirer l’œil des drones kamikazes russes.

« Nous ne pouvons pas lâcher la région de Donetsk »

Basés depuis près de six mois à une cinquantaine de kilomètres de Pokrovsk, Lev et ses hommes, épaulés par d’autres brigades, tentent d’endiguer la progression russe. Mais après un an et demi d’affrontements, la ville est sur le point de tomber aux mains de Moscou, ce qui constituerait pour le Kremlin sa victoire la plus significative contre l’Ukraine depuis la chute de Monde/Guerre-Ukraine-crepuscule-forteresse-Bakhmout-2023-03-07-1201258031">Bakhmout en 2023.

Au même moment, sur le front diplomatique, Donald Trump, par l’intermédiaire de son envoyé spécial, Steve Witkoff, a tenté fin novembre d’imposer aux Ukrainiens un plan de paix en 28 points, décrié à Kiev et en Europe comme trop favorable à la Russie. Le texte prévoyait notamment l’abandon des zones encore tenues par Kiev dans les oblasts de Donetsk et de Louhansk. Critiqué à Kiev, à Bruxelles et au sein d’une partie de l’establishment américain, ce plan a essuyé une fin de non-recevoir, non sans provoquer une rencontre américano-ukrainienne en Floride dimanche dernier. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a assuré que les discussions avaient été « productives », tout en reconnaissant qu’il restait « encore du travail à accomplir ».

Valentin, lui, refuse de s’attarder sur ces débats. Il ne croit guère à une paix proche. « Pour moi, il y a une chance sur deux d’obtenir un accord favorable »,confie-t-il en déposant dans le coffre un carton rempli de bombes prêtes à être amorcées. « Mais nous ne pouvons pas lâcher Donetsk ni ce qu’il reste de Louhansk. Les Russes ne s’arrêteront pas au Donbass de toute manière. Et le sacrifice de nos camarades n’aurait servi à rien. »

Seul compte le front

Les yeux rivés sur un immense écran plasma retranscrivant en direct la ligne de front, « Lepricon » (son surnom), un jeune opérateur de drones de 25 ans, admet ne pas prêter attention à l’actualité. Pour lui, seul compte le front. « Je pense que la guerre va encore durer cinq ans, dit-il. Les Russes vont continuer à avancer, mètre après mètre, et nous reculerons. Et de plus en plus de personnes fuiront vers le centre ou l’ouest de l’Ukraine. »

« Shoum », 30 ans, son compagnon d’armes, s’agace ouvertement lorsqu’il évoque le plan américain. « Ils voudraient qu’on abandonne Donetsk ?peste ce soldat originaire de Marioupol. Mais est-ce qu’ils savent ce que font les Russes dans les territoires occupés ? Nous, quand nous avons libéré Kherson(fin 2022, NDLR), nous avons vu de quoi ils étaient capables. Il n’y a rien de bon pour nous dans ce plan. Si nous l’acceptons, nous serons complètement foutus. »

À côté d’un poêle, le regard perdu, Ihor, 50 ans, dit se sentir prêt à tout pour que la guerre s’arrête. Le visage gonflé par le froid, il se réchauffe près d’un feu et, d’une voix calme, montre les blessures accumulées sur son corps depuis le début de l’invasion. « J’ai été blessé à Bakhmout et j’ai dû faire plusieurs mois de réhabilitation avant d’être réintégré dans l’armée. » Divorcé, sans enfant, il espère que la guerre pourra s’achever cette année. Pour lui, la victoire de l’Ukraine ne se résume pas à une reconquête territoriale. « La paix, c’est quand plus personne ne meurt, quand les pleurs et le deuil s’effacent. C’est quand les gens vivent sous un ciel clair, et qu’au-dessus de leur tête plus rien ne les menace. »

Ihor reconnaît toutefois diverger de ses camarades. Il veut croire que Donald Trump, malgré des positions parfois ambiguës, cherche réellement à aboutir à un accord. « Je pense aussi que Poutine est prêt à faire la paix. Du moins je l’espère. »

« Je ne sais pas combien de temps nous pourrons tenir »

Au volant de sa voiture, Lev remonte les 55 kilomètres qui séparent Petropavlivka de Pavlohrad. À mesure qu’il s’éloigne du front, les signes de la vie civile réapparaissent : stations-service, commerces ouverts, concessions automobiles. Il doit rejoindre Pavlohrad pour faire réparer un drone bombardier. Installé dans la région depuis six mois, il observe la transformation progressive de la ville. « Beaucoup d’habitants sont partis et il y a beaucoup plus de soldats qu’avant. »

Ville de 100 000 habitants avant l’invasion russe de 2022, Pavlohrad a vu sa démographie augmenter, atteignant selon certaines estimations plus de 120 000 habitants, dont une part importante de déplacés et de militaires. Alors la ville s’adapte et se transforme pour répondre aux besoins des forces déployées. Les viysktorg, magasins de surplus militaire, se sont multipliés, de même que les garages spécialisés dans la réparation de blindés.

Alla Paukova, employée d’une boutique de matériel militaire à Pavlohrad, observe elle aussi cette mutation. Depuis l’encerclement russe de Pokrovsk, 100 kilomètres plus à l’est, durant l’été 2024, la vie a basculé et la concurrence entre boutiques militaires s’est intensifiée. Originaire de Donetsk, Alla est une déplacée dont le parcours épouse celui de la progression russe. « Au début, je travaillais à Bakhmout pour la même enseigne de surplus militaire. Puis, quand les Russes sont arrivés, je suis partie à Pokrovsk dans un autre magasin. Et maintenant je suis ici. »

Une telle expérience lui donne une connaissance intime de la manière dont l’avancée du front transforme les villes. Et comme un sentiment de cycle immuable. « Quand les Russes sont relativement loin, l’économie fonctionne. Les magasins militaires se développent. Mais quand ils se rapprochent, les habitants s’en vont, les soldats restent, les boutiques ferment et peu à peu la ville se vide. » Alla veut croire de tout son cœur que bientôt la guerre prendra fin et que la ligne de front cessera d’avancer. « J’espère le plus tôt possible, murmure-t-elle. Je ne sais pas combien de temps nous pourrons encore tenir. »