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Dernière mise à jour : 14.07.2026
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LELIBAN

Publié le 20/04/2026 à 08:16 par papilacabane Tags : sur mer photo chez homme article femme mort société message pouvoir

V

« On ne sait pas si la guerre va revenir » : au Liban, l’incertitude et la mort au milieu des décombres

Reportage

Article réservé à nos abonnés. Un homme examine sa voiture, endommagée lors d’une frappe israélienne pendant le cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël, à Tyr (Liban), le 19 avril.

Un homme examine sa voiture, endommagée lors d’une frappe israélienne pendant le cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël, à Tyr (Liban), le 19 avril. Bilal Hussein / AP

Lourdement bombardée par Israël pendant les quarante-six jours de guerre contre le Hezbollah, Tyr, dans le sud du Liban, reste hantée par la mort et le doute autour d’un cessez-le-feu très fragile entre le mouvement chiite et l’État hébreu.

Sur la corniche de Tyr, le fracas des vagues se mêle aux bips stridents de deux bulldozers qui retournent une montagne de gravats de l’autre côté de la route. Ici, la mort rôde toujours. Jeudi 16 avril, à 23 h 58, plusieurs missiles israéliens ont effacé en quelques secondes cinq immeubles résidentiels. Deux minutes avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de dix jours, décrété entre Israël et le Liban, sous l’égide des États-Unis.

Samedi matin, les secours ont encore extrait une dépouille des décombres. Celle de la docteure Maha Abou Khalil, éminemment respectée au sein de la société civile de la vieille cité phénicienne, qui habitait l’un des immeubles du quartier Karit. La liste des victimes s’allonge, les recherches toujours en cours depuis. « Dix-sept corps sont conservés à la morgue de l’hôpital Jabal-Amel, en lisière de Tyr. Nous avons aussi pris en charge 45 blessés », indique le docteur Waël Mroué, qui dirige cet établissement privé. Selon lui, le bilan se serait alourdi à « 23 morts ».

Devant les décombres, Mohammad Chmaitelly prête main-forte à la vingtaine de secouristes qui se relaient depuis jeudi soir. Comme d’autres habitants, il ne comprend pas le déchaînement israélien sur ce quartier. « Tous les martyrs ici, ce sont des civils, pas des combattants, il n’y avait rien d’autre que des appartements. Pas d’armes, ni rien du Hezbollah », dit-il. Cet habitant de Bourj El-Chemali, limitrophe de Tyr, y voit un « message à Nabih Berry », le président du Parlement libanais et chef du mouvement Amal, allié du Hezbollah, « pour qu’il accepte les négociations » avec Israël engagées par l’exécutif libanais, sous médiation américaine.

« C’est un message à l’État libanais »

À l’intérieur de sa supérette coincée entre les immeubles rasés et les quatre étages du restaurant Chops, Nasser n’a pas la tête à parler politique. Il se consacre avec plusieurs de ses employés à sauver la marchandise qui peut l’être. Son dépôt, à l’arrière du magasin, a été entièrement emporté par l’effondrement d’un immeuble mitoyen. Murs et plafonds sont complètement fissurés, jetant le doute sur la solidité du bâtiment. « On n’aurait jamais imaginé que les Israéliens frapperaient ce quartier », dit-il encore sous le choc, en égrenant le nom de toutes les familles, ses voisins, qui vivaient là. Nasser les connaissait tous.

« C’est un message à l’État libanais, Israël a montré avec ce nouveau crime qu’il ne veut pas d’un cessez-le-feu, présume Mohammad, un voisin venu aider Nasser. Ici, c’est une région sous l’influence du mouvement Amal, il n’y a jamais eu aucune activité militaire du Hezbollah. À Tyr, le parti fait principalement du social. »

Ce trentenaire travaillait à Chops, un restaurant prisé des habitants et des Libanais de la diaspora, sur le front de mer. L’édifice n’est plus que l’ombre de lui-même : vitres éclatées, plafonds soufflés, intérieur ravagé. « Mon patron attend avant de réparer. On ne sait pas si le cessez-le-feu va tenir ou si la guerre va revenir », lâche Mohammad. Resté à Tyr pendant les quarante-six jours de guerre, il se dit inquiet pour les milliers de déplacés qui ont pris d’assaut les routes du Sud, dès les premières heures de la trêve.

« Il ne s’agit que d’une trêve temporaire »

Signe de l’extrême fragilité du cessez-le-feu, l’armée libanaise, mais aussi le mouvement Amal et le Hezbollah, les deux principaux partis chiites, ont appelé les déplacés à la patience, leur intimant d’attendre un feu vert avant de rentrer. « Vous pouvez inspecter(vos maisons) mais ne quittez pas les lieux où vous vous êtes réfugiés.(…) Méfiez-vous du double jeu israélien, il ne s’agit que d’une trêve temporaire », a averti Mahmoud Qomati, un responsable du Hezbollah. Rien n’y a fait.

Depuis vendredi, des embouteillages monstres encombrent les axes routiers vers le sud. La destruction de tous les ponts enjambant le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres de la ligne bleue – ligne de démarcation fixée par l’ONU entre le Liban et Israël –, par des bombardements israéliens a coupé le Sud du reste du pays et compliqué le retour. Dans la chaleur étouffante d’un khamsin, ce vent sec et chaud chargé de poussière, des familles entassées dans leurs voitures patientent parfois pendant dix heures, pare-chocs contre pare-chocs, leurs matelas de déplacés attachés sur le toit. Mais après l’inspection de leurs maisons – celles qui tiennent encore debout – la plupart des habitants ont rebroussé chemin pour retrouver leurs abris provisoires, plus au nord.

Quarante-huit heures à peine après l’annonce de la trêve, Israël a déjà violé le cessez-le-feu à plusieurs reprises avec des tirs d’artillerie sur plusieurs localités et des frappes de drone. En parallèle, l’armée israélienne dynamite des quartiers entiers de Bint-Jbeil, Markaba, Khiam, Naqoura, … Des villages en « première ligne », considérés comme des « avant-postes terroristes » (du Hezbollah) par le ministre israélien de la défense, Israël Katz. Samedi, les habitants de 55 localités situées au sud d’une « ligne jaune » dessinée par Tel-Aviv, sur le modèle de Gaza, se sont vus interdire de rentrer chez eux.

Inhumations temporaires

Revoir son village, Mariam Saleh en rêve depuis deux ans et demi. Cette mère de 32 ans a fui Ramyah, dans le district de Bint-Jbeil, en octobre 2023, dans le sillage de la guerre à Gaza, soutenue depuis le sud du Liban par le Hezbollah. D’abord déplacée à Tyr, puis à Saïda avec son mari et son fils depuis le 2 mars, elle se recueille pour la première fois sur la tombe de sa mère Zeinab, décédée le 21 mars, jour de la fête des mères au Liban.

Devant elle, une vingtaine de tombes sommaires, creusées dans un terrain municipal au sud de Tyr. Délimitées par des pierres posées au sol, chacune est numérotée, certaines accompagnées d’une photo du défunt. D’un drapeau du mouvement Amal aussi, qui claque au vent. Plus rarement d’un drapeau libanais.

Les sépultures visitées se distinguent des autres, décorées de fleurs en plastique aux tiges enfoncées dans le sol. « On a enterré ma mère là pour l’instant », explique Mariam, alors que son fils Ali, 5 ans, crapahute en chantonnant autour des monceaux de terre. Cette inhumation temporaire, appelée « wadi’a » en arabe, est permise par la tradition islamique en période de guerre.

« Les Israéliens ne nous laissent pas revenir à Ramyah pour l’enterrer », soupire Mariam en listant les origines des défunts qui reposent à côté de sa mère. Houla, Aïta El-Chaab, Rab El-Thalatine, Bint-Jbeil… Tous sont des civils originaires de ces villages occupés par Israël, en deçà de la « ligne jaune ». La jeune femme ne perd pas espoir d’enterrer sa mère dans son village. « Bien sûr qu’on reviendra. Quoi qu’Israël fasse, ce sont nos terres, nos maisons. La résistance(le Hezbollah, NDLR) les libérera. Et si je meurs à mon tour avant de pouvoir le faire, alors ce sera mon fils qui nous enterrera à Ramyah. »

Vers de nouveaux pourparlers entre l’Iran et les États-Unis

Une semaine après l’échec des pourparlers d’Islamabad entre Américains et Iraniens, et alors que le cessez-le-feu expire mercredi, Donald Trump a annoncé, dimanche, qu’une délégation américaine serait de nouveau au Pakistan pour relancer les négociations avec Téhéran, lundi 20 avril. En cas d’échec du processus, le président américain a menacé de détruire « toutes les centrales électriques et tous les ponts en Iran ». Face au maintien du blocus américain de ses ports, l’Iran avait annoncé, samedi, reprendre « le strict contrôle » du détroit d’Ormuz, revenant sur sa décision de la veille de rouvrir cette voie maritime cruciale.