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Par Anonyme, le 28.08.2025
le"systême" s'est mis en place il y a logtemps à sept-fonds. deux "jeunes"moines , vers les années 7o, s'étaie
Par Yon, le 21.07.2025
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Par Anonyme, le 17.07.2025
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Par lutter-contre-coro, le 18.08.2024
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Date de création : 30.11.2013
Dernière mise à jour :
14.07.2026
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Enquête
Article réservé à nos abonnés.Dans la confrontation avec Donald Trump, le pape s’efforce toujours de ramener le débat sur le fond.Lehel Kovács
Premier pape né aux États-Unis, façonné par le Pérou, Léon XIV a passé sa première année de pontificat à opposer à l’Amérique trumpiste une autre manière de parler du monde, de la paix et du christianisme. Il a engagé avec Donald Trump une confrontation morale et spirituelle, bien avant leur passe d’armes d’avril 2026.
19 mai 2025. Quand J. D. Vance est reçu au Vatican, au lendemain de la messe d’inauguration du pontificat, Léon XIV ne choisit ni la froideur, ni la démonstration, ni cette politesse surjouée qui permet de ne rien laisser paraître. Il remet au vice-président américain un petit bas-relief en bronze représentant une fleur épanouie, puis lit lui-même l’inscription : « Peace is a fragile flower. »La paix est une fleur fragile.
Le cadeau n’a l’air de rien. La scène ressemble pourtant, rétrospectivement, à un programme. À Washington, Donald Trump parle volontiers le langage de la force et annexe régulièrement Dieu à sa cause. À Rome, le premier pape américain de l’histoire commence, lui, par offrir à l’un de ses lieutenants une métaphore de la fragilité.
Un an plus tard, le ton a singulièrement changé. Le 11 avril dernier, lors de la prière du rosaire pour invoquer la paix, Léon XIV déclare, sans nommer Donald Trump : « Assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie. »
Le lendemain, Donald Trump franchit un seuil en s’en prenant personnellement au pape, qu’il juge « faible en matière de criminalité et nul en politique étrangère ».
Le vice-président américain J. D. Vance est reçu au Vatican, le 19 mai 2025, juste après l’élection du pape Léon XIV. SIMONE RISOLUTI / AFP
Dans les jours qui suivent, J. D. Vance entre à son tour dans l’affrontement : « Dans certains cas, il vaudrait mieux que le Vatican s’en tienne aux questions de morale », puis, le lendemain : « Je pense qu’il est très, très important que le pape fasse preuve de prudence lorsqu’il aborde des questions de théologie. »
Entre les interventions de Trump et de Vance, dans l’A330 qui l’emmène en Algérie, le pape répond en déambulant dans la classe économique, où sont massés les journalistes : il n’a « pas l’intention d’entrer dans un débat », dit-il. Mais, à chaque fois qu’un vaticaniste lui repose la question, il répète, d’un ton calme : « Je n’ai peur ni de l’administration Trump, ni de parler haut et fort du message de l’Évangile ».
Deux visions opposées du christianisme dans l’espace publicComment en est-on arrivé à une telle tension ? Pour comprendre cette séquence d’avril, il faut repartir de la guerre froide qui l’a précédée. Longtemps, elle n’a pas été déclarée. Ni par Trump ni par Léon. Le président américain – l’un des rares chefs d’État à n’avoir pas personnellement écrit au pape au moment de son élection, selon nos informations – ne semblait pas voir dans le pape un adversaire politique direct.
Le pape, de son côté, avait très tôt fermé la porte au duel frontal. « Je n’ai pas l’intention de m’impliquer dans la politique partisane »,affirme-t-il, à l’été 2025, à la vaticaniste américaine Elise Ann Allen. Mais il ajoutait déjà – comme il le dira à l’adresse de Trump dans l’avion le 13 avril – ne « pas avoir peur d’aborder des questions qui, selon (lui), relèvent véritablement de l’Évangile ».
C’est important, car le point de friction n’est pas seulement politique. Il est aussi théologique. Ce qui se joue entre Léon XIV et l’Amérique trumpiste n’est pas qu’un désaccord sur l’immigration ou l’usage de la force.
C’est un conflit entre deux manières de faire parler le christianisme dans l’espace public : d’un côté, un courant alliant une partie des protestants évangéliques blancs et des ultraconservateurs catholiques américains, qui tend à penser la nation comme élue par Dieu, et substitue au Jésus des Évangiles une figure de Christ guerrier. De l’autre, un pape pour qui la foi ne peut pas servir à sacraliser la domination. Encore moins à justifier une guerre.
Le 3 avril à Philadelphie, des croix sont brandies en hommage aux migrants décédés alors qu’ils étaient détenus par la police de l’immigration américaine. Bastiaan Slabbers / Sipa USA/SIPA
Élu le 8 mai 2025, Léon XIV est apparu à la loggia comme le premier pape né aux États-Unis, mais aussi comme un homme déjà déplacé hors de cette seule identité. Il a vécu longtemps au Pérou, dont il est devenu citoyen. Il a gouverné un ordre religieux mondial. Il a travaillé à Rome. Et surtout, le soir de son élection, il ne prononce pas un mot d’anglais. Il parle en italien, puis en espagnol. Ses premiers mots sont pour la paix : « La paix soit avec vous tous ! » Il précise aussitôt qu’il s’agit d’une paix « désarmée et désarmante »,mais aussi « humble et persévérante ».
Un an plus tard, cette salutation inaugurale trouve pleinement son sens, après des mois de brutalisation américaine du monde : prime offerte aux migrants pour qu’ils s’auto-expulsent, rafles, guerre commerciale quasi mondiale, menaces sur le Groenland, capture de Maduro à Caracas, prétention à piloter depuis Washington un « Board of Peace » pour Gaza, bombardement de l’Iran – sans oublier l’asphyxie de Cuba, à laquelle le pape, dont la famille maternelle compte quatre générations de Cubains, s’est montré particulièrement sensible.
Relus aujourd’hui, les premiers mots de Léon XIV prennent, dans ce contexte, un relief particulier. « Comme si le premier pape américain était entré dans l’histoire en déplaçant d’emblée ce que son américanité pouvait signifier », commente une source vaticane.
Le pape a pris position sur les lignes de fractures du catholicisme américainÀ Rome, au moment du conclave, certains le décrivaient comme « le moins américain des cardinaux américains ». La formule prête pourtant à confusion. Son long séjour au Pérou, où il a notamment défendu l’accueil de réfugiés vénézuéliens après l’effondrement du régime d’Hugo Chavez en 2017, ne l’a nullement coupé du débat états-unien. Avant son élection, Robert Francis Prevost en laissait d’ailleurs des traces sur les réseaux sociaux. Au soir du conclave, son compte X, @drprevost, est aussitôt fouillé. Il sera ensuite supprimé, mais ses messages restent consultables sur des sites d’archives.
Foule rassemblée place Saint-Pierre, le 18 mai 2025, avant la messe d’intronisation de Léon XIV. POOL / Getty Images via AFP
Sa dernière republication visible, à la mi-avril 2025, relaie un message du journaliste catholique de Philadelphie Rocco Palmo, publié après la rencontre à la Maison-Blanche entre Trump et le président salvadorien Nayib Bukele, au moment où l’affaire Kilmar Abrego Garcia – un Salvadorien vivant dans le Maryland, expulsé à tort puis non rapatrié malgré une décision de justice – scandalise une partie du pays. Palmo y cite l’évêque auxiliaire de Washington, Evelio Menjivar-Ayala, lui-même né au Salvador, qui interpelle les catholiques qui n’ont pas réagi : « Ne voyez-vous pas la souffrance ? Votre conscience n’est-elle pas troublée ? Comment pouvez-vous rester silencieux ? »
On retrouve, sur le même compte, d’autres messages critiques envers J. D. Vance et la rhétorique anti-migrants de la nouvelle administration. De quoi ancrer une perception durable : le futur pape connaît de l’intérieur les lignes de fracture du catholicisme américain, et il y a déjà pris position.
Lutte contre l’avortement, peine de mort, immigration… La rhétorique de la « tunique sans couture »C’est ce qui rend sa première année si particulière. Michael Sean Winters, du National Catholic Reporter, formule la même idée de façon très concrète, en revenant sur la première prise de parole explicite de Léon XIV sur la politique américaine après son élection.
Léon XIV« Quelqu’un qui dit : “Je suis contre l’avortement, mais je suis en faveur de la peine de mort” n’est pas vraiment pro-vie. »
C’était le 30 septembre 2025, lors de l’un de ses points presse du mardi à Castel Gandolfo, désormais réguliers. Ce jour-là, le pape déclare : « Quelqu’un qui dit : “Je suis contre l’avortement, mais je suis en faveur de la peine de mort” n’est pas vraiment pro-vie. De même, une personne qui dit : “Je suis contre l’avortement, mais je suis d’accord avec le traitement inhumain des immigrés aux États-Unis”, je ne sais pas si c’est pro-vie. » La formule conteste la prétention d’une partie de la droite catholique à faire de la lutte contre l’avortement l’alpha et l’oméga de la moralité.
Le propos s’inscrit dans la logique du « seamless garment »,la « tunique sans couture » – une expression tirée de l’Évangile de Jean (19,23) et popularisée par l’ancien cardinal de Chicago Mgr Joseph Bernardin (1928-1996). Dans le débat américain, cette image veut rappeler qu’on ne peut défendre la vie à naître tout en minimisant la peine de mort, la misère, la guerre ou le traitement des migrants. C’est précisément ce qui irrite les catholiques les plus conservateurs : à leurs yeux, cette approche relativise simplement la lutte contre l’avortement. En parlant ainsi, Léon XIV se laisse donc situer presque instantanément.
Le pape Léon XIV lors du Jubilé, au Vatican, le 6 décembre 2025. Vincenzo Livieri / REUTERS
Au fond, c’est la même ligne de fracture que dans la querelle sur l’Ordo amoris,cet « ordre de l’amour » théorisé par saint Augustin et récemment remis en circulation par J. D. Vance, qui prépare par ailleurs un nouveau livre sur le christianisme, dont le titre sera Communion. Finding My Way Back to Faith (« Communion. Retrouver mon chemin vers la foi »).
Derrière cette discussion en apparence subtile se cache une question très politique : la foi chrétienne autorise-t-elle à réserver la fraternité aux siens, à ceux de son clan, de sa nation ? C’est précisément sur ce point que portait l’un des derniers éditoriaux relayés par Robert Francis Prevost sur X, signé Winters :« J. D. Vance a tort : Jésus ne nous demande pas de hiérarchiser notre amour pour les autres. »
L’américanité de Léon change la réception du message papal dans son propre paysAvec Léon, observe Michael Sean Winters, « le contenu n’est souvent pas différent de ce que François aurait dit ». Mais il est reçu autrement, parce qu’il est dit dans « l’anglais du Midwest ».Les médias américains n’ont plus besoin de traducteurs pour le faire entendre, et la presse catholique conservatrice, comme la chaîne de télévision EWTN, ne peut pas le disqualifier aussi aisément qu’elle le faisait avec François, souvent renvoyé à l’image d’un pape étranger comprenant mal les États-Unis.
Son américanité ne change pas nécessairement le fond, mais elle change sa réception. Léon parle de l’intérieur. C’est sa force, et parfois aussi ce qui fait écran au message. Depuis un an, chacun projette sur lui ce qu’il veut y voir : restaurateur discret pour les uns, continuateur policé de François pour les autres.
C’est visible jusque dans les milieux conservateurs catholiques de Washington, où Léon est, au moins dans un premier temps, plutôt bien accueilli. Une source républicaine au Sénat raconte que les inquiétudes initiales – ses liens avec le cardinal Blase Cupich, ou encore les nominations de Mgr Robert McElroy et Mgr Joseph Tobin, évêques jugés trop progressistes par la droite catholique – se sont assez vite dissipées.
À mesure qu’est apparu un pape perçu comme plus rigoureux, moins improvisé que François, soucieux d’unité et peu désireux d’ouvrir de nouveaux fronts internes, une partie de ces milieux a cru pouvoir lire en lui une forme de correction tranquille du pontificat précédent.
Même à New York, le remplacement rapide, le 18 décembre 2025, de Mgr Timothy Dolan, 75 ans, proche de Donald Trump, n’a pas suscité de polémique. Léon XIV lui a préféré Mgr Ronald Hicks, un profil de gestionnaire, discret et idéologiquement difficile à situer.
Cérémonie d’installation du nouvel archevêque de New York, Ronald Hicks, qui tient la lettre apostolique de Léon XIV. Aristide Economopoulos/Redux -REA
« Le pape calme le jeu dans l’épiscopat américain, tout en renforçant à Rome son expertise sur l’un des dossiers les plus explosifs de l’Amérique trumpiste : les migrations »,résume une source vaticane, en référence aux nominations du 30 mars 2026 au Vatican, où ont été promus au sein du dicastère pour le service du développement humain intégral plusieurs profils très engagés sur ce front aux États-Unis, comme Daniel Groody, théologien des migrations à l’université de Notre-Dame, à South Bend (Indiana), ou Dylan Corbett, directeur du Hope Border Institute à El Paso (Texas).
Une figure qui rassure les catholiques conservateursPour beaucoup de conservateurs, Léon n’est donc pas tout à fait un allié. Mais il apparaît au moins comme un correctif, et peut-être même, à certains égards, comme une réparation symbolique : non pas un pape chargé de solder François, mais une figure plus stable, plus lisible, moins exposée aux procès en improvisation ou en étrangeté.
Il rassure aussi dans un climat politique électrisé par la présidence Trump. « Il est un antidote à la politique spectacle »,résume une source républicaine au Sénat. Moins de théâtre, plus de gravité. Dans une Amérique saturée par la mise en scène permanente d’un président au comportement erratique, cela compte.
Mary FioRito, figure conservatrice du catholicisme à Chicago« C’est un gars solide. Quelqu’un d’honnête, qui fait son travail sans chichi. »
À Chicago (Illinois), cette réception favorable prend un visage plus concret encore. Mary FioRito, figure conservatrice du catholicisme local, insiste sur l’enfance « très typique de Chicago, très modeste » de Robert Prevost : une mère bibliothécaire, un père éducateur, l’expérience d’enfant de chœur, tout un concentré du South Side catholique.
Cette avocate et essayiste « pro-life » dit finalement du pape ce que l’on dit là-bas des « good men » : « C’est un gars solide. Quelqu’un d’honnête, qui fait son travail sans chichi. » Surtout, ajoute-t-elle, « il n’a jamais fait le grand ».Autrement dit : il n’a jamais joué un personnage.
Des origines dans le Chicago populaire d’une Amérique qui ne se la raconte pasLa petite maison de Dolton, la petite ville où le pape a grandi, raconte au fond la même chose. Une maison modeste dans une rue sans éclat, porte rouge repeinte, panneau « Historical Landmark » (« site historique »), rameaux laissés par un voisin, photocopies de prières offertes dans une boîte en plastique.
Sur le perron, une petite croix, une icône de la Vierge, et un tube de dentifrice oublié. Autour, un quartier fatigué, entre maisons tenues et façades à l’abandon, commerces fermés et rues presque vides. Rien de triomphal. Rien qui ressemble à la grande image que les États-Unis aiment donner d’eux-mêmes. C’est de là que vient le premier pape américain.
Aux États-Unis, le 14 juin 2025, célébration à Chicago, sa ville d’origine, pour fêter l’élection du pape.SCOTT OLSON / Getty Images via AFP
Ceux qui l’ont connu jeune disent à peu près la même chose. Le père Tony Pizzo, provincial des augustiniens du Midwest, le décrit comme un homme « pratique », « pragmatique », jamais prétentieux, attentif aux autres. Rencontré à New Lenox (Illinois), John Prevost, l’un des frères du pape, le reformule simplement : « Il pense très soigneusement avant de parler. »
Dans la fratrie, les lignes politiques divergent sans rompre les liens. Leur frère Louis assume des sympathies trumpistes, même s’il se fait désormais plus discret. John, comme Léon, se situe sur une ligne plus modérée. Mais la politique n’est pas devenue, chez eux, un motif de guerre familiale. John l’explique sans drame : « Rien de ce que je dirais ne changerait l’avis de Louis, et rien de ce qu’il dit ne changera le nôtre. Alors autant ne pas se disputer pour ça.(…) Pas besoin de finir en criant. Mais on sait tous où on en est. » We all know where we stand.
Dès le début, Léon XIV a exprimé des réserves sur la politique étrangère de son paysPlutôt que de nourrir l’affrontement par petites phrases, même si sa visibilité médiatique y gagnerait, il s’efforce de ramener le débat sur le fond. « Chez ce pape, la fermeté passe d’abord par la maîtrise de soi »,confie une religieuse romaine qui a travaillé avec lui. Dès le 16 mai 2025, devant le corps diplomatique, peu de temps après son élection, il remet la dignité des migrants au centre.
Dans sa première interview, à l’été, il cite nommément Elon Musk, symbole d’un monde où l’enrichissement sans limite devient l’étalon de toute valeur. Sur l’Ukraine, il juge « irréaliste » une paix négociée par Trump avec Poutine sans les Européens.
Léon XIV, le 9 janvier 2026« La guerre est de nouveau à la mode, et un zèle belliqueux se répand. »
À la Pentecôte 2025, Léon XIV met en garde contre les « mentalités d’exclusion »qui ressurgissent « aussi dans les nationalismes politiques ».Puis, le 9 janvier 2026, cinq jours après la capture de Nicolas Maduro par les forces américaines malgré les efforts du Saint-Siège pour éviter cette issue, il hausse le ton devant le corps diplomatique : « La guerre est de nouveau à la mode, et un zèle belliqueux se répand. » Il y dénonce l’affaiblissement du multilatéralisme et une « diplomatie fondée sur la force ».
À Chicago, Mgr Blase Cupich raconte que c’est cette formule qui l’a conduit, avec Mgr Robert McElroy et Mgr Joseph Tobin, à publier, le 19 janvier, une déclaration commune sur la « moralité de la politique étrangère américaine ». Au consistoire (réunion de cardinaux, NDLR)de janvier, ajoute-t-il, beaucoup de cardinaux se sont inquiétés de la manière dont les États-Unis agissent dans le monde.
Le pape, lui, n’a pas monopolisé la charge. Il a fourni le cadre, les mots, l’impulsion. Aux évêques américains de poursuivre. Toute la méthode de Léon est là : ne pas concentrer la parole, mais la mettre en circulation. Michael Sean Winters parle, à ce propos, d’une « diffusion des voix ».
Le choix d’un diplomate multilatéraliste pour représenter le Vatican à WashingtonCette ligne, qui relève moins du retrait que d’une manière de gouverner, se lit aussi dans ses choix diplomatiques. Le 7 mars, Léon XIV envoie pour le représenter à Washington Mgr Gabriele Giordano Caccia, jusque-là observateur permanent du Saint-Siège à l’ONU. Le signal est net : au moment où Donald Trump accentue sa pression sur le système onusien – retraits d’organisations internationales, coupes budgétaires… –, le pape choisit un diplomate façonné par le multilatéralisme.
Entre les deux administrations, l’antagonisme n’est déjà, à ce moment-là, pas que théorique. Selon The Free Press,des responsables américains, peu en phase avec les discours du pape, avaient déjà demandé à rencontrer en janvier le prédécesseur de Caccia, le cardinal français Christophe Pierre, 80 ans.
Le Pentagone conteste lui avoir adressé une mise en garde brutale. Le Saint-Siège a également démenti le récit d’une convocation hostile, mais reste la scène, le choix du lieu : treize jours après que Léon XIV a critiqué le retour à la mode de la guerre, son représentant aux États-Unis est reçu, non à la Maison-Blanche, mais au Pentagone, siège du secrétariat américain à la défense – que l’administration Trump désigne désormais aussi comme le « Department of War ».
Léon ne délègue pas tout. Lorsque, à ses yeux, un seuil moral est franchi, il parle lui-même – et d’autant plus fortement que ces interventions sont rares. En novembre 2025, toujours depuis Castel Gandolfo, il évoque ainsi le centre de détention de Broadview, près de Chicago, et appelle à une « deep reflection »sur le traitement des migrants aux États-Unis. Pour ceux qui, sur place, contestent les opérations d’ICE – la police anti-immigration états-unienne —, comme le père David Inczauskis, le signal est clair : « C’est que la situation est grave. »Si le pape intervient en personne, c’est qu’à ses yeux, un principe évangélique est touché.
Côté Trump, une lecture viriliste de la BibleLa guerre contre l’Iran, déclenchée le 28 février, a rendu cette méthode plus visible encore. Car derrière la rhétorique martiale de l’administration Trump affleure un christianisme de combat, nourri par des décennies de lectures virilistes de la Bible.
Ce n’est plus seulement un climat idéologique : c’est une manière de lier, au sommet de l’État, Dieu et la force. À Washington, le secrétaire à la défense Pete Hegseth – ancien animateur de Fox News, vétéran, tatoué du slogan des croisades « Deus vult », « Dieu le veut », sur le biceps droit – en a donné une version particulièrement crue dès le 25 mars, lors d’un office au Pentagone.
Le 12 avril, Donald Trump a publié sur sa plateforme Truth Social une image polémique générée par IA le représentant en Christ guérisseur. MANDEL NGAN / AFP
Citant des psaumes, Pete Hegseth demandait que « chaque munition atteigne sa cible contre les ennemis de la justice et de notre grande nation » et invoquait pour les forces américaines une « force d’action écrasante contre ceux qui ne méritent aucune miséricorde ».
C’est dans ce contexte que le ton du pape – il se serait inquiété de la rhétorique d’Hegseth en privé, selon une source – se durcit : le 13 mars, Léon XIV avait déjà demandé, encore sibyllin, si les chrétiens qui portent « de graves responsabilités dans les conflits armés »ont « l’humilité et le courage » de faire « un sérieux examen de conscience et de se confesser ».
Lors de la fête des Rameaux, il répond de manière plus claire à ce brouillage entre foi et guerre, en rappelant que Jésus est « Roi de paix », « un Dieu qui refuse la guerre, que personne ne peut invoquer pour justifier la guerre, qui n’écoute pas la prière de ceux qui font la guerre et rejette celle-ci en disant : “Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang.” » – une mise en garde tirée du livre d’Isaïe (1-15). Une source proche résume la scène ainsi : le pape n’a nommé personne, « mais tout le monde a compris de qui il parlait ».
À partir d’avril, les désaccords se font plus visiblesAu fond, c’est peut-être cela que Donald Trump et son administration ont d’abord trouvé sur leur route avec Léon XIV : plus qu’un rival, un pape impossible à annexer. Un homme né à Chicago, élevé dans une maison modeste, amateur des White Sox, le club de baseball de la ville, parlant anglais, mais qui ne cesse de soustraire le christianisme à leur logique de domination – et sans jamais, même quand l’affrontement sera plus tard direct, se départir de ce calme obstiné.
C’est sans doute, même si les explications rationnelles de ses choix ont leurs limites, ce qui a poussé Donald Trump à mettre en scène leur désaccord.
Le 13 avril, le pape s’adresse aux journalistes dans l’avion pour Alger (Algérie). VATICAN MEDIA/IPA/SIPA
Le 12 avril au soir, le président américain lance donc le premier coup depuis Washington, et le pape lui répond le lendemain dans l’avion, précisant qu’il n’est pas un homme politique, et qu’il n’a « pas l’intention d’entrer dans un débat ».Malgré tout, en Algérie, chacun de ses gestes est lu comme un prolongement possible. Quand il dénonce devant les autorités du pays les violations du droit international et les « nouvelles tentations coloniales »,certains y voient une réponse à Washington.
Pourtant, lui continue son voyage. Il plaide pour la liberté de la société civile, prie en silence dans la Grande Mosquée d’Alger, se rend à Annaba, ancienne Hippone, sur les terres de saint Augustin. C’est là que le ton change. Chez les Petites Sœurs des pauvres, petite maison jaune accolée à la basilique d’Annaba, Léon prononce le 14 avril une phrase qui tranche avec la maison de retraite qu’il est venu visiter : le cœur de Dieu, dit-il, n’est pas « avec les méchants, avec les tyrans, avec les orgueilleux ».Le mot est lâché : « tyrans ».Il reviendra.
Léon XIV, le 16 avril 2026« Malheur à ceux qui détournent les religions et le nom même de Dieu à leurs propres fins militaires, économiques et politiques. »
Le 16 avril, à Bamenda, sa parole s’affermit. Dans cette ville du Cameroun anglophone ravagée par des années de conflit meurtrier, il s’en prend aux dirigeants qui trouvent « des milliards de dollars » pour les guerres plutôt que pour l’éducation ou le soin. Surtout, il affirme que le monde est « ravagé par une poignée de tyrans ».
Quelque chose, ici, s’est déplacé : le pape commence à désigner plus frontalement ceux qui nourrissent la guerre, et condamne à nouveau ceux qui utilisent le langage religieux pour la justifier : « Malheur à ceux qui détournent les religions et le nom même de Dieu à leurs propres fins militaires, économiques et politiques, entraînant ce qui est saint dans ce qu’il y a de plus sordide et de plus sombre. »Revient en mémoire l’image générée par IA et partagée par Donald Trump, le représentant en Christ guérisseur – ce dont il se défendra.
Que pense vraiment le pape des attaques du président américain ?Mais c’est précisément au moment où cette lecture américaine commence à recouvrir tout le reste que Léon remet de la distance. Le 18 avril, dans l’avion entre Yaoundé et Luanda (Angola), il conteste « un certain récit » fait de ses discours algériens et camerounais.
Il juge que l’essentiel de ce qui a été écrit depuis le 13 avril n’a été que du « commentaire de commentaire ».Il prend un exemple précis : son texte de Bamenda sur le monde « ravagé par une poignée de tyrans » avait été préparé deux semaines plus tôt, avant les attaques de Trump, donc. Et il répète qu’entretenir un débat avec le président américain « ne l’intéresse pas ».
Autrement dit : oui, la confrontation s’est durcie ; non, son propos ne s’y réduit pas. Les commentaires du président le visaient lui, mais également « le message de paix que je promeus », dit-il. C’est sa manière de rappeler sur quoi porte le conflit. Reste une question : comment le pape a-t-il vécu ces attaques ?
« Il y a eu une certaine frustration que cela prenne toute la place, mais je crois finalement qu’il a été relativement indifférent, glisse une haute source vaticane.Son souci, c’est de dire le plus clairement possible l’enseignement de l’Église. »
D’ailleurs, son message le plus parlant est peut-être venu de son agenda. Le 19 mai 2025, lors de leur rencontre dans les premiers jours de son pontificat, J. D. Vance l’avait invité à se rendre aux États-Unis. L’idée avait sa logique : quoi de plus naturel, au fond, qu’un pape américain revenant dans son propre pays à l’approche des 250 ans de son indépendance ?
Mais, avant même la séquence d’avril, le Vatican a fermé la porte, dès le mois de janvier, à un voyage en 2026. Le 4 juillet, tandis que les États-Unis célébreront leur fête nationale, Léon sera non pas en Amérique, mais à Lampedusa, cette île devenue l’un des symboles des migrations par la Méditerranée, là où François avait inauguré son pontificat, le 8 juillet 2013, en dénonçant la « mondialisation de l’indifférence » – une expression que Léon a lui-même reprise dans son homélie du jour de Pâques.
Le 4 juillet prochain, comme souvent avec le pape américain, le contraste sera assez clair pour se passer de commentaire.
Pour aller plus loin
UN LIVRE
Géopolitique d’un conclave. Élire un pape quand les empires reviennent, de Mikael Corre.Correspondant de La Croix au Vatican, Mikael Corre décrypte l’élection de Léon XIV, premier pape américain, survenue dans un monde où l’extrême droite instrumentalise le catholicisme et où les logiques de puissance reviennent. Indispensable pour comprendre que choisir un pape est un acte géopolitique autant que spirituel.
Bayard Récits, 256 p., 20,50 €