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19 mars 2023

យិន-ឌីកាន : ប្រាប់មកចុះ (YIN DIKAN : Dis-le moi)


Offert par Philippe R. à Saint-Nazaire le 5 mars 2023
Réf : 45-8812 -- Édité par Wat-Phnom au Cambodge vers la fin des années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : ប្រាប់មកចុះ (Dis-le moi) -/- ញញឹម ញញឹម (Souris souris)

Philippe m'a fait un très beau cadeau, puisqu'il m'a laissé choisir quatre disques dans sa collection de 45 tours, constituée depuis les années 1960 (avec des hauts et des bas puisque, au fil des années, une bonne partie de ses disques a quitté la collection pour une raison ou une autre). De la chine de grand luxe !!
Sans trop de surprise vus mes intérêts actuels, je n'ai sélectionné aucun disque de "rock", alors que pourtant il y avait de quoi.

Le premier de ces quatre disques que je vous présente est un superbe 45 tours cambodgien. Très beau portrait en pochette, qui est en état neuf, disque qui racle juste un peu mais qui passe bien. Je n'ai pas demandé à Philippe comment il se l'était procuré, mais j'imagine que c'est sur un vide-grenier ou chez un Emmaüs de Loire-Atlantique au cours des vingt dernières années.

J'ai déjà chroniqué ici deux disques cambodgiens, de Chhun Vanna et im Song Soeum et du label Tepnimit (on voit au verso de ce disque de Yin Dikan trois reproductions de pochette, de Chhun Vanna et de la grande vedette Sinn Sisamouth). Ces disques ont quelque chose de particulièrement poignant car on sait que la plupart des artistes qui les ont enregistrés sont morts sous le régime Khmer Rouge (on estime que seuls 10% des artistes ont survécu à cette période). Ceci explique en partie pourquoi les disques du Cambodge que je possède sont sur Discogs parmi les plus recherchés de ma collection.

On trouve très peu d'informations sur Yin Dikan. En fait, le seul site qui m'a vraiment été utile, c'est le blog Wat-Phnom Records de Borisot Khmer, qui s'est arrêté en 2014.
On apprend que Yin Dikan serait mort à la fin de l'année 1980, qu'il était surtout connu comme auteur-compositeur et qu'il a enregistré deux albums en 1975, Bachelor with a red car et Golden flower love. Il y a sur YouTube une émission de 35 mn qui retrace le parcours de Yin Dikan, mais elle est en khmer...
C'est Borisot Khmer qui date ce 45 tours de la fin des années 1960 ou du début des années 1970.

La face A, Dis-le moi, est indiquée comme étant dans le style chronchong, un genre qui semble inconnu par ailleurs et que Borisot rapproche de la bossa nova.
A la première écoute avec Philippe, ma réaction a été : "C'est du yéyé cambodgien". Ça ne m'a plus paru aussi clair par la suite, mais ce qui est évident c'est que, avec cette instrumentation (Guitare, basse, percussions, violon, piano,...) et cet arrangement, on a un mélange d'influences khmères et occidentales, avec un court solo de guitare presque à la Shadows.

Pour la face B, Souris souris, c'est plus simple, c'est indiqué comme du boléro cha cha. Dans le style, c'est parfaitement arrangé et interprété, avec cette fois un travail intéressant entre les cuivres et les percussions. Après le disque congolais de la semaine dernière, enregistré à la même époque, on a une fois de plus la confirmation de l'influence de la musique cubaine sur la planète entière pendant des décennies.

Un peu de tristesse à l'écoute de ce disque, donc, en pensant au sort de ses interprètes, mais beaucoup de joie de vivre également. Et bien sûr un grand merci à Philippe pour cette pépite.

12 décembre 2020

LATA MANGESHKAR : Mangala fille des Indes vol. 10


Acquis chez Récup'R à Dizy le 1er décembre 2020
Réf : 2C 016-80.370 M -- Édité par La Voix de Son Maître en France vers la fin des années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Rang berangi -- Jiya le gayo -/- Mujhe mil gaya bahana -- Ban wari

Pour ma première visite à la ressourcerie après le confinement d'automne, j'espérais bien sûr faire tout un tas de découvertes, mais en fait le stock de disques avait été très peu renouvelé. J'ai juste à un moment aperçu quelques 45 tours qui avaient été glissés le long des autres dans une boite. J'ai sorti celui-ci pour voir à quoi correspondait cette pochette très colorée et j'ai tout de suite compris qu'il s'agissait de musiques de films indiens.

D'un manière générale, j'apprécie la musique indienne, mais c'est un pan de la production musicale que j'ai très peu exploré. Dans les faits, je ne connais rien aux films de Bollywood ni à leur musique. J'aurais pu citer le nom d'Asha Bhosle, mais c'est uniquement à cause du Brimful of Asha de Cornershop.
Il se trouve que les quatre titres de cet EP sont chantés par la grande sœur d'Asha Bhosle, Lata Mangeshkar, qui est tout autant renommée. Née en 1929, elle a été désignée en 1974 par le livre Guinness des records comme la chanteuse ayant fait le plus grand nombre d'enregistrements (cela est sujet à controverse et, depuis 1991, Guinness attribue ce titre à... Asha Bhosle !).

Chez Pathé, je connais les centaines de 45 tours de musique d'Afrique édités en France avec des pochettes interchangeables et sûrement destinés à des marchés hors métropole, mais je ne connaissais pas du tout cette petite série débutée en 1958, avec des parutions échelonnées jusqu'au volume 5 vers 1968, puis visiblement un rythme beaucoup plus soutenu à partir du volume 6. Il y a eu au moins 14 volumes, et mon exemplaire du volume 10 est une réédition, puisque le dos du volume 14 indique que sa référence d'origine était EGF 1038. Pour le coup, je ne sais du tout à quel public ces disques étaient destinés. En tout cas, je ne pense pas que ces disques ont été diffusés à un grand nombre d'exemplaires car je n'ai jamais dû en voir.

Les trois premiers volumes contenaient des chansons de Mangala, fille des Indes, un film de 1952. Ce qui est bizarre, c'est que La Voix de son Maître a conservé le titre de ce film pour désigner la série complète, qui par la suite contient des chansons d'autres films.
Pour ce volume 10, on a sur la face A deux chansons du film Anpadh de 1962, Rang berangi et Jiya le gayo. Sur la face B, on trouve deux chansons de 1960, Mujhe mil gaya bahana du film Barsat ki rat et Ban wari du film Ek phool char kante.
Sur le premier titre, Lata Mangeshkar est accompagnée par un chœur. Sur tous les titres, les envolées de cordes et les percussions dominent, avec aussi, il me semble bien, un accordéon sur Mujhe mil gaya bahana, et des sitars sur Jiya le gayo et Ban wari (qui ont une tonalité pré-psychédélique pour des oreilles biberonnées au monde du rock).

Si vous êtes enfermés au chaud chez vous, vous pouvez passer le temps (plus de sept heures !) en regardant ci-dessous les trois films concernés, ne serait-ce que pour y trouver les passages où on y entend les chansons.
Quant à moi, je ne vise pas la quantité mais la qualité. Si je peux trouver à chaque visite à la ressourcerie rien qu'un disque intéressant, comme celui-ci ou Voice of the Congo la fois précédente, je signe tout de suite !








01 septembre 2019

ARTISTE INCONNU : Titres inconnus (Tepnimit 333-336)


Acquis chez Récup'R à Dizy le 14 août 2019
Réf : Tepnimit 333-336 -- Édité par Tepnimit au Cambodge sûrement dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Inconnu (Déception ?) (Tepnimit 333) -- Inconnu (Bonne nuit ?) (Tepnimit 334) -/- Inconnu (Sans fil, Lever du soleil ?) (Tepnimit 335) -- Inconnu (Annonce ?) (Tepnimit 336)

A le ressourcerie le 6 août, outre les deux disques de Hong Kong, j'avais trouvé deux disques du Cambodge, l'un avec pochette de Mao-Sareth et l'autre sans pochette sur le label Tepnimit, mystérieux parce que, ne lisant pas et ne comprenant pas le khmer, la seule indication sur les étiquettes que je suis en mesure de comprendre est celle en français, pas très utile dans ce contexte puisqu'elle prévient que "L'utilisation de ce disque pour les auditions radiophoniques est interdite".
Les jours suivants, j'ai commencé à avoir des regrets : j'avais certes parcouru toutes les boites où il y semblait y avoir des nouveaux arrivages, mais de façon très rapide. J'avais certes trouvé un bon paquet de disques, mais j'avais le sentiment d'en avoir peut-être laissé passé quelques autres, tout aussi intéressants.
Alors, dès que possible, la semaine suivante, on y est retourné, et j'ai passé systématiquement en revue tous les 45 tours. Il n'y avait visiblement pas eu de disques ajoutés entre-temps, mais mon intuition était bonne : entre quelques 45 tours folkloriques allemands, j'ai fini par trouver un EP de Tahiti que j'ai cru ne pas avoir (en fait, je l'avais, mais avec une pochette différente...) et juste à côté trois autres 45 tours du Cambodge, deux de la très grande vedette Sinn Sisamouth (Fleur de vientiane, avec pochette, et Aurevoir Hong Kong, sans) et un autre du label Tipnimit, que je vous présente aujourd'hui.
Il y a un évidemment quelque chose de poignant lié à tous ces disques, qu'il est impossible d'évacuer à leur écoute : la plupart de ces artistes ont disparu et ont été tués entre 1975 et 1979 pendant le régime des Khmers Rouges, dont ils figuraient parmi les cibles privilégiés, en tant qu'acteurs d'une culture occidentalisée.
De nombreux enregistrements ont également été détruits ou ont disparu dans cette période ou depuis. Le monde du rock au sens large a commencé à les redécouvrir au fil des années, depuis notamment la parution en 1996 de Cambodian rocks, une compilation de titres de la fin des années 1960 et du début des années 1970 influencés par le son psychédélique et garage de l'époque. Mais mes disques sont plus anciens que ça et sont presque tous plutôt influencés par la variété internationale.
Tepnimit est un label qui doit exister au moins depuis les années 1950. J'imagine qu'il a édité des dizaines et plutôt même des centaines de disques, mais on n'en trouve actuellement que trois sur Discogs, dont deux crédités à l'orchestre maison Tepnimit Orchestra. Ailleurs en ligne on trouve juste quelques autres références éparses. Je n'ai vu aucune discographie du label digne de ce nom.
Pour en savoir un peu plus sur mes disques Tepnimit, j'ai lancé un appel sur Twitter à des gens qui s'intéressent à la musique cambodgienne. J'ai même interrogé un collectionneur sur Discogs, mais je n'ai eu aucune réponse.
J'ai donc essayé de me débrouiller tout seul comme un grand et, à partir des étiquettes scannées, j'ai fait de la reconnaissance de caractères, puis je suis allé chez Google Translate pour essayer d'en tirer quelque chose.
Dans le lettrage en haut du label il y a peut-être les mots "Lundi", "Res" et "Frère". J'ai bien l'impression qu'il n'y a pas de nom d'artiste, mais juste la mention "Artistes kmers" ou "Danse khmère" ($ចារំក្បាច់ខ្មែរ transcrit en cha rom kbach khmer).
Je préfère de toute façon indiquer jusqu'à plus ample informé que l'artiste et les titres de ce disque sont inconnus, mais j'ai peut-être quelque chose d'un peu plus tangible pour les quatre titres :
ça pourrait donner, par ordre d'apparition :
  • Matrice 333 : Déception (ុះគបញាំក់ transcrit en oh k b nhoam k)
  • Matrice 334 : Bonne nuit (រាត្រីត្រហំ transcrit en reatrei tr ham)
  • Matrice 335 : Sans fil, Lever du soleil (ស័្មវ៉ៃហ្ម័, ឃំន្ទើថ្ងែស្រំ transcrit en sa m vai hm, khom nteu thnge srom)
  • Matrice 336 : Annonce (ររំគែន transcrit en r rom ken)
A défaut d'informations fiables, le mieux dans ce cas est de laisser la musique parler pour elle-même et de l'écouter "à la sourde". C'est ce que j'ai fait, et j'ai pris une énorme claque à l'écoute du premier titre de ce disque.
Comme je l'ai dit, mes autres disques cambodgiens sonnent plutôt variétés, avec un aspect sentimental fort marqué, que la chanson soit en solo ou en duo. Là, la tonalité est plus acoustique et n'a rien à voir avec la variété. Le disque s'ouvre avec ce qui sonne comme... de l'accordéon ! Puis arrive une basse, mais c'est une basse sur deux notes, acoustique, qui sonne surtout comme ces basses à bassine (Wahstub bass) des jug bands américains.
Il y a à un moment une longue partie instrumentale, avec deux instruments solo qui se succèdent, l'un à cordes frottées façon violon (un tro, j'imagine), puis l'accordéon. Quant au chant, c'est celui d'une femme en solo (elle chante sur les quatre titres), et là il est déchiré. On a l'impression d'avoir à faire à une hurleuse de blues, et le titre Déception correspondrait bien à ce genre de sentiment. Au final, il y a bien des tonalités asiatiques, mais on pourrait tout autant se croire sur les rives du Mississippi que sur celles du Mekong.
C'était tellement surprenant que j'ai sollicité sans lui donner d'indications l'avis de Philippe R. pour vérifier que je ne délirais pas complètement. Et lui aussi a évoqué les cajuns de Louisiane et le Québec...
Le deuxième titre est plus lent, avec la même basse et aussi un son de cloche et des instruments à cordes, plutôt dans la famille du luth il me semble. C'est très bien également. Je ne sais pas s'il est vraiment intitulé Bonne nuit, mais en tout cas ce n'est pas une berceuse.
Le troisième titre m'a presque autant marqué que le premier, la surprise en moins. Il y a plus de percussions, avec une sorte de gong, et le début sonne presque comme de la musique russe au balalaïka ! La basse minimale est toujours présente. Le refrain en "La la la la, la la" avec des chœurs en fait presque une chanson pop.
Pour le quatrième titre, on retrouve l'instrument à cordes frottées avec des percussions minimales, peut-être juste des claquements de main. Le chant est une sorte de mélopée ou une incantation, à rapprocher du possible titre Annonce. C'est le titre qui sonne le plus comme de la musique traditionnelle, même si j'imagine que tous en sont.
J'espère que les informations sur ce disque pourront être complétées par les lecteurs de cette chronique. En tout cas, ce mystérieux 45 tours de folk-blues cambodgien est une très belle découverte.

A écouter :
Tepnimit 333
Tepnimit 334
Tepnimit 335
Tepnimit 336




11 août 2019

THE PIXIES : Teenage love


Acquis chez Récup'R à Dizy le 6 août 2018
Réf : D.181 X 45 -- Édité par Diamond à Hong Kong dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Teenage love -/- Yie Lai Shan

The Pixies ne sont pas toujours ceux que l'on croit et je n'allais pas me priver de l'opportunité de dérouter certains de leurs fans...
Cela faisait un moment que je revenais systématiquement bredouille de la ressourcerie. Au premier abord, j'ai cru qu'une fois de plus il n'y avait pas de nouveaux disques, puis, en regardant derrière les premiers 45 tours d'une des boites, j'ai vu un EP de Charles Trenet. Du coup, je me suis mis à fouiller un peu plus et je me suis rendu compte que des poignées de nouveaux disques avaient été ajoutées derrière ceux en façade dans quelques-unes des caisses de 45 tours. Au bout du compte, j'ai trouvé une bonne quinzaine de disques, surtout de la chanson française (plusieurs Trenet, mais aussi Léo Ferré et Pierre Dudan), et aussi deux disques du Cambodge et deux 45 tours publiés par Diamond à Hong Kong, dont celui-ci. Je pense que presque tous les disques que j'ai choisis avaient le même ancien propriétaire, même s'ils ne sont pas tous marqués "Michel" sur la pochette.
Mon autre disque est par Kong Ling, l'une des vedettes d'un style en vogue à Hong Kong des années 1950 au milieu des années 1970, l'English Pop, soit des chansons en anglais, originales ou reprises du répertoire américain, adaptées. Diamond était l'un des labels importants sur ce marché. Sur le 45 tours de Kong Ling, on trouve une reprise de No other love, une chanson sur l'air de Tristesse de Chopin, et une autre de More than I can say, un titre de 1960 des Crickets.
Il semble que The Pixies de Hong Kong sont beaucoup moins connus que Kong Ling. Pour tout dire, je n'ai trouvé en ligne aucune référence à ce 45 tours, et même carrément aucune mention du groupe. Sur Discogs, en plus des Pixies que l'on connaît, il y a quatre "The Pixies" et un "The Pixies Three", mais aucun n'est de Hong Kong...
Sur leur disque, pas de reprise de titres américains. A la place on trouve sur la face A, Teenage love, un "original" dans le plus pur style de la pop US, dont l'auteur est Vic Cristobal, l'une des grandes figures de l'English Pop de Hong Kong. Il était originaire des Philippines et s'est installé au Canada pour sa retraite.
Il n'est pas tout à fait impossible que, comme le titre, les paroles de Teenage love soient en anglais. Mais, si c'est le cas, elles sont incompréhensibles, tant elles sont transformées en un yaourt asiatique chanté à au moins deux voix.
La face B est une reprise, mais d'une chanson sino-japonaise, pas d'un titre anglo-saxon.
Yie lai shan est une chanson très renommée en Asie et nous avons la chance de disposer d'une présentation en français de cette œuvre sur le site Jmusic-Hits.com. L'histoire de cette chanson reflète bien les relations entremêlées et tumultueuses de la Chine et du Japon au 20e siècle. Elle a été créée en 1944 par Yamaguchi Yoshiko, également connue sous le nom de Li Xianglan. C'est une sorte de rumba avec une très belle mélodie. La version en 78 tours par sa créatrice est très bien. Il en existe de nombreuses reprises, dont beaucoup sont disponibles en ligne. Celle de mon 45 tours par The Pixies est une réussite, ma préférée de toutes celles que j'ai entendues. Il y a un clavier que l'on entend aussi sur la face A, une sorte d'orgue que j'ai du mal à identifier.
Une très bonne pioche en tout cas. Et on reparlera peut-être de mes disques cambodgiens si j'arrive à déchiffrer les informations qui sont sur leurs étiquettes.

A écouter : The Pixies : Yie Lai Shan



06 juin 2009

CHHUN-VANNA & IM-SONG-SOEUM : Quand tu me comprendras


Acquis sur le vide-grenier de Chavot le 1er juin 2009
Réf : H 2903 -- Edité par Indépendance au Cambodge vers 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Quand tu me comprendras -/- L'aigrette vole seul, l'épervier vole en couple

Saison difficile pour les vide-greniers : soit le temps ne s'y prête pas du tout, soit je rentre bredouille.
La semaine dernière à Chavot, je n'ai trouvé que ce seul disque. Il y a encore peu d'années, je ne me serais pas du tout intéressé à ce 45 tours cambodgien, "offert à Mme Cibert qui connaitra le Cambodge par ses chansons et musiques" à Paris le 3 juin 1966, si l'on en croit la dédicace qui figure au dos.
Mais depuis quelques temps, Internet nous a ouvert les oreilles. Il y a eu les relectures du groupe de San Francisco Dengue Fever, les articles comme ceux de La Blogothèque ou de WFMU, les compilations comme celles de Sublime Frequencies, les sites comme Radiodiffusion Internasionaal.
C'est grâce à tout ça que je me suis intéressé de près à ce 45 tours quand je suis tombé dessus au milieu d'un petit lot de disques quelconques, puis que je me suis décidé à l'acheter. Et c'est suite aux retombées de la colonisation française du Cambodge que l'on trouve sur la pochette la traduction du titre des chansons en français ainsi que la translittération du nom des artistes. S'il n'y avait eu que la version khmer sur la pochette, j'aurais bien été en peine de vous dire quoi que ce soit d'autre sur ce disque que mes impressions à l'écoute.
Chhunn Vanna chante sur les deux faces du disque. Je ne m'attendais pas en l'achetant à trouver du rock sur ce disque (et ce n'est effectivement pas du rock), mais Chhun Vanna, chanteuse très populaire au Cambodge, a fait partie de la vague dite "khmer rock" dans les années 60. Elle l'est l'une des rares artistes populaires à avoir survécu au régime khmer rouge et vit désormais aux Etats-Unis.
La face A est un duo avec Im Song Soeum (Oeum Song Soeum pour les anglais, apparemment), également un chanteur très populaire au Cambodge, qui a enregistré de nombreux duos avec diverses chanteuses, si j'en crois ceux qui sont disponibles sur Youtube, dont Ph'Kor Lorn Doerm Chh'Nam, avec Chhun Vanna justement.
Les deux titres de ce disque sont des Ramvong, une des danses traditionnelles les plus populaires du Cambodge, qui se danse en ronde, comme on peut le voir sur la pochette du 45 tours et sur cette vidéo karaoke, sur une chanson de Chhun Vanna.
C'est beaucoup moins funky et moins fou, mais quand je cherche un point de comparaison pour cette musique je pense à la musique éthiopienne de la fin des années 60/début années 70, telle qu'on a pu la découvrir grâce à la série Ethiopiques. Sans s'en tenir à l'exotisme pur, il y a un rythme et un groove communs aux deux traditions musicales.
Pour Quand tu me comprendras, le duo, les deux voix se complètent de façon dynamique , accompagnées notamment par une guitare électrique (discrète) et surtout une trompette solo bien embouchée.
Les cuivres (saxophones et/ou trompette) sont aussi présents sur L'aigrette vole seul, l'épervier vole en couple (quel titre !), pour une chanson tout aussi réussie que la première.
Et même si le temps ne s'annonce encore pas folichon, avec un peu de chance un fragment du bout du monde et d'un autre temps viendra encore (quasiment) frapper à ma porte demain matin...

De nombreux titres de Chhun Vanna sont disponibles sur Khmernet Radio, notamment les deux faces de ce 45 tours, Quand tu me comprendras sous le titre Ma-dong Niss Main Haeuy et L'aigrette vole seul, l'épervier vole en couple sous le titre Kok Heur Teh Aeng.
Trois titres sont aussi disponibles sur Archive.org.