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16 décembre 2023

MARTIN CIRCUS : De sang froid


Offert par Jean H. à Châlons-sur-Marne à Noël 1981
Réf : 574005 -- Édité par Vogue en France en 1980
Support : 33 tours 30 cm
9 titres

Il a une longue histoire ce disque... Il faisait partie des deux cartons que mon cousin Jeannot nous avait offerts un Noël alors qu'il bossait brièvement chez Vogue. Je m'étais précipité sur le Fad Gadget et l'Indoor Life qui étaient dans le lot, ainsi que sur quelques rééditions Motown mais, sans trop de surprise, j'avais délaissé cet album de Martin Circus.
Pourtant, j'avais un historique avec ce groupe, puisque Je m'éclate au Sénégal, Ma-Ry-Lène et L'accident heureux étaient des tubes à la maison et puisque, dans ma mythologie personnelle, je suis persuadé (sans avoir d'autres preuves que de vagues souvenirs peut-être reconstitués après coup) que j'ai vu Martin Circus au Jard à Châlons, ainsi que Il Était Une Fois à la même époque et dans des conditions similaires, peut-être à l'occasion d'un 14 juillet ou du passage du Tour. (Vérification faite, le Tour de France 1974 a fait étape à Châlons-sur-Marne le 4 juillet et cette année-là, Martin Circus animait bien le podium, avec Georgette Plana en première partie ! Je pense vraiment que j'ai assisté à ce concert).

Pendant toutes ces années, cet album était resté dans la discothèque familiale. Je l'ai récupéré récemment chez ma Maman car, tombé dessus par hasard (enfin, tout simplement parce que je ne peux pas approcher une étagère de disques sans y fouiner), je me suis rendu compte que, visiblement, De sang froid est l'album new wave de Martin Circus !
Ce n'est qu'à moitié une surprise : c'était le son du moment et le groupe tentait désespérément de retrouver du succès grand public. Ça n'avait pas fonctionné l'année précédente avec Disco circus, et ça n'a pas non plus fonctionné avec ce De sang froid.
Le groupe avait pourtant tenté de mettre toutes les chances de son côté en rappelant pour l'occasion l'un de ses fondateurs, le saxophoniste Gérard Pisani, qui signe la plupart des paroles. Après avoir quitté Martin Circus en 1972, il avait notamment fondé Tartempion, et aussi le groupe pseudo-punk Bulldozer, auteur de l'inénarrable Il était une tranche de foie dans l'Ouest. Dans ces années-là, il a également été membre d'Au Bonheur Des Dames.
Il y a aussi, on y reviendra, une collaboration avec Gainsbourg sur un titre.
Pour la pochette également on a mis le paquet (pour un résultat très mitigé). Elle est conçue et réalisée par Jean-Baptiste Mondino et la styliste est l'encore pas ouatée Caroline Loeb. Le walkman en 1980 c'était vraiment nouveau et tendance, et je me demande si les ustensiles de cuisine du catalogue La Bovida qui jonchent la pochette intérieure ne font pas écho à la pochette de Three imaginary boys. Je m'interrogeais aussi sur la présence des chauffages d'appoint au recto, jusqu'à ce que je remarque à l'arrière-plan un mur de glace façon igloo. C'est donc une façon d'illustrer le titre De sang froid.

L'album démarre plutôt bien avec Tous des robots, l'un des deux singles extraits de l'album. Avec un titre pareil, je m'attendais à une ambiance à la Kraftwerk mais, de la guitare crade à la Ça plane pour moi au séquenceur et au chant, on est plutôt dans un esprit à la Devo. Sauf qu'il y a des cuivres, et c'est réussi. On les retrouve tout au long de l'album.
Parmi les autres titres aux thématiques très new wave, Bains-Douches est déjà un ton en-dessous et je n'aime pas trop Plastique conclusion.
Les rares fois où cet album est mentionné, c'est pour signaler que les paroles d'USSR-USA, l'autre 45 tours, sont signées Gainsbourg. Apparemment, il leur avait écrit deux textes et ils en ont retenu un. C'est un de trop ! Sur la thématique de la guerre froide, L'avant-guerre c'est maintenant écrit pour Dutronc à la même époque est plutôt drôle. Là, c'est indigne et la musique est à l'avenant.
Je n'aime pas non plus le seul autre titre qu'on peut écouter en ligne, Tu m'étranges.

En fait, mon morceau préféré avec Tous des robots n'était pas en ligne, alors je vous l'ai copié. Il s'agit de Banana baby, et figurez-vous qu'il est dans l'autre style en vogue à l'époque puisque c'est un ska instrumental qui se trouve être d'excellente facture.

Des investissements ont été faits pour ce disque puisqu'une version 7 titres chantée en anglais et intitulée In cold blood a été enregistrée. Elle a été publiée en Italie et au Brésil.

Martin Circus a sorti des singles tout au long des années 1980 jusqu'à sa séparation en 1988, mais plus d'album. De sang froid est donc leur ultime grand format.

A écouter : Martin Circus : Banana baby

28 juin 2019

CARAVELLI : Le disque des fiancés du printemps


Offert par Dorian Feller à Villedommange le 4 juin 2019
Réf : 4963 -- Édité par CBS Special Products pour Guilde des Orfèvres en France en 1970 -- Grand jeu fiancés du printemps
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Que je t'aime -/- Je t'aime... moi non plus

L'ami Dorian a trouvé ce disque récemment et, connaissant mon livre Vente interdite, il s'est dit que ce disque pourrait compléter ma collection de disques hors commerce. Et il avait raison le bougre, car c'est là un bel exemple de disque publicitaire.
Ce que Dorian ne savait pas, c'est que ce disque nous donne aussi l'occasion de rendre hommage au chef d'orchestre Caravelli, mort à 88 ans en avril dernier. Avec des gens comme Franck Pourcel, Paul Mauriat ou Raymond Lefèvre, il faisait partie des chefs d'orchestre populaires de la variété française.
Ce que ni Dorian ni moi ne savions pas, pour le coup, c'est que, s'il était né à Paris, c'est près de chez nous au conservatoire de Reims que Claude Vasori, alias Caravelli, a obtenu un Premier Prix de piano.
Comme le Billy Swan / Santana du Crédit Mutuel, ce disque a été édité par CBS Special Products, à l'intention de Guilde des Orfèvres. Malheureusement, je n'ai trouvé aucun autre document en ligne sur leur grand jeu des fiancés du printemps, mais j'imagine qu'il y a dû avoir des publicités dans la presse pour attirer les jeunes couples dans les bijouteries de la chaîne et leur vendre des bagues de fiançailles ou des alliances. Je me demande si le titre du jeu a pu être inspiré par Fiancé de printemps, une chanson de Gilles Dreu sortie en 1970 sur un 45 tours (Certains datent mon 45 tours de 1969, mais Que je t'aime, qu'on trouve sur la face A, est sortie en juin 1969, au début de l'été, le jeu ne peut donc pas avoir été organisé avant le printemps 1970).
Les deux faces de ce 45 tours, qui n'est que l'un des nombreux disques publicitaires où l'on trouve une reprise de Johnny, sont tirées d'un album de Caravelli de 1969 lui aussi titré Que je t'aime. Ça parait simple et évident, deux chansons d'amour pour des fiancés mais, dès qu'on creuse un peu, on en vient vite à se demander ce qui a bien pu passer par la tête des publicistes qui ont proposé ces chansons et des dirigeants d'entreprise qui ont validé ce choix.
Certes, en 1969, la libération sexuelle battait son plein, mais elle ne touchait pas tout le monde, et sûrement moins les couples clients de Guilde des Orfèvres que d'autres. Or, les paroles de Que je t'aime sont tout sauf romantiques au-delà du premier couplet. L'amour est un combat où l'un peut dire "Oui" quand l'autre dit "Non", et même une guerre dans le dernier couplet, qui donne une vision militaire de la petite mort. Beurk !
Quand à Je t'aime... moi non plus, ce ne sont pas uniquement les paroles qui ont valu à cette chanson, initialement étiquetée sur le 45 tours comme "interdite aux moins de 21 ans", d'être qualifiée d'obscène par le Vatican. C'est la chanson sensuelle et suggestive par excellence et là encore on note bizarrement que, pour un disque destiné à des fiancés qui prévoient de se "dire oui" devant un maire et éventuellement un religieux, les amoureux ont du mal à s'entendre puisque que, au "Je t'aime" de Jane (ou Brigitte) répond le "Moi non plus" de Serge. Et ils pouvaient peut-être se féliciter d'apprendre à temps que "L'amour physique est sans issue"...!
Rien de tout ça en fait dans les sillons de ce 45 tours, puisque les versions proposées sont des instrumentaux avec refrain chanté, mais les deux chansons étaient de très grands tubes et, en les écoutant, les paroles connues de tous ne pouvaient que venir à l'esprit des fiancés. 
Que je t'aime reproduit la construction de la chanson dans ce qui est je suppose le style propre à Caravelli. La tension monte dans le couplet jusqu'à ce qu'éclate le refrain dans un tonnerre de cuivres et de cordes. L'arrivée du chant très haut perché sur les refrains a un effet presque comique.
La version de Je t'aime... moi non plus est sage et chaste mais, comme prévu quand les chœurs font "La la la la la la" sur le refrain, j'entends bien sûr "Je vais et je viens entre tes reins" ! Pas d'orgue ici, contrairement à la version originale. Du coup, l'association de la basse et des cordes souligne un fait qui ne m'avait jamais paru évident jusque-là : c'est peut-être la chanson qui annonce le plus les orchestrations deux ans plus tard d'Histoire de Melody Nelson.
Je vous donne rendez-vous dès que possible pour une nouvelle exploration du monde décidément bien étrange des disques publicitaires.

11 avril 2017

PROUVE-LE MOI (DÉSORDRE MUSICAL)


Mis en ligne par Pol Dodu le 10 avril 2017
Réf : [sans] -- Diffusé par Mixcloud
Support : MP3
22 titres

J'ai démarré mon site Vivonzeureux! il y a plus de vingt ans maintenant. J'ai arrêté mon émission sur Radio Primitive il y a près de dix-neuf ans. Mais la musique m'intéresse toujours autant et l'envie de partager cette passion est toujours présente. Je le fais par écrit, avec ce blog et mes livres, mais la musique c'est bien de la faire écouter !
Au fil du temps, j'ai tenté diverses expériences, comme un abonnement à Live 365, ou le Radio Blog qu'on trouve encore en bas de la colonne de droite de ce site, mais qui n'est plus alimenté depuis longtemps. Mais à chaque fois que j'écoute une de mes compilations maison, comme j'en fais régulièrement depuis les années 1980 au moins, sur cassette pendant longtemps puis sur CD-R, je me dis que c'est dommage de ne pas partager au-delà de Philippe R. et ponctuellement d'une poignée d'amis ou de membres de la famille ces sélections. Elles distillent mes écoutes de musique sur plusieurs semaines (il fut un temps où je faisais une compilation par mois, aujourd'hui on est plutôt sur un rythme de quatre à cinq par ans) et sont l'écho de mes acquisitions (et donc les disques chroniqués ici), des disques qu'on me prête, de ceux que j'emprunte à la Médiathèque et des découvertes que je peux faire en ligne. Je trouve ça dommage qu'on ne soit pas plus nombreux à rigoler de mes conneries, à apprécier un enchaînement acrobatique mais réussi, à se délecter d'un éclectisme qui ne connaît comme limites que les bonnes vibrations que les enregistrements me procurent.
Alors, pour tenter de répondre à cette préoccupation, j'ai décidé de tenter l'expérience de mettre en ligne mes compilations, sur Mixcloud, pour que les plus curieux d'entre vous puissent y jeter une oreille. J'ai décidé du coup de les appeler Désordre musical, parce que c'est un peu à ça que ça ressemble, et c'est un hommage à la chanson de Nemours Jean-Baptiste que je connais surtout dans la version des Maxel's.
Celle que je viens de mettre en ligne, Prouve-le moi, toute récente, est assez typique du genre. On y retrouve des titres récents de petits jeunes dont je suis l'actualité (Dick Annegarn, Albert Marcoeur, Leonard Cohen), des gens chroniqués ici (Moutain Man, Papas Fritas, la Fanfare des Saints-Pères des Beaux-Arts, Senior Model), trois extraits de la triple compilation Bobo Yéyé empruntée à la Médiathèque, des valeurs sûres (Gainsbourg, The Wedding Present, The Beach Boys), trois enregistrements de Pascal Comelade (une reprise des Ramones, un titre de son album avec Pau Riba et la version en concert en juin 1982 de Part time punks par The Fall of Saigon, probablement l'une des toutes premières reprises jamais faites de Television Personalities), et évidemment aussi un titre des Television Personalities eux-mêmes. Pas étonnant, puisque ces derniers temps je me suis plongé très profondément dans la musique de ce groupe pour boucler mon Journal d'un fan de chambre.
Profitez-bien. Prochaine compilation dans quelques semaines. Entre-temps, il est possible que j'en mette quelques anciennes en ligne.



1 Le bikini - The Wedding Present

2 Twist ensemble - Dick Annegarn

3 Bi kameleou - Volta Jazz

4 Sweet lesbian - Senior Model

5 On dirait - Donna Regina

6 Pas long feu - Serge Gainsbourg

7 On y va - Pau Riba y Pascal Comelade

8 Ahsante - John Ondolo

9 Babylon - Mountain Man

10 Be still - The Beach Boys

11 Sheena is a punk rocker - Pascal Comelade

12 Fuck it, I love you - Malcolm Middleton

13 Preposterous tales - I, Ludicrous

14 Part time punks - The Fall of Saigon

15 Way you walk - Papas Fritas

16 Over the ocean (Tranquility Bass remix) - Low

17 People think that we're strange - Television Personalities

18 Leaving the table - Leonard Cohen

19 Si tu m'aimes - Coulibaly Tidiane & Dafra Star

20 Non pas ce soir (No milk today) - Fanfare des Saints-Pères des Beaux-Arts

21 La fanfare des Laumes - Albert Marcoeur et le Quatuor Béla

22 Milaoba - Les Imbattables Léopards

31 mai 2015

JEANCRISTOPHE : Ma vie en rose


Acquis chez Parallèles à Paris le 19 mai 2015
Réf : VAI02/1 -- Edité par Vailloline en France en 2011
Support : CD 12 cm
13 titres

Quelle idée de s'appeler Jeancristophe ! Nonobstant, je n'ai pas hésité un instant à sauver ce disque du purgatoire des soldes de Parallèles où il croupissait depuis décembre dernier.
Mais ça fait quand même drôle dans le premier titre d'entendre un dialogue comme :
"- Docteur Jissy ? J'ai un souci.
- Quoi encore Jeancristophe, une catastrophe"

J'avais repéré dans la liste des titres une version de Poupée de cire poupée de son, une bonne reprise au piano avec des Ondes Martenot, mais l'ambiance de ce premier titre, Boys addict (L'enfant sans âge), surtout avec ces dialogues entre Jeancristohe et le docteur et les chœurs de Natacha Tertone, est plutôt dans l'esprit du Gainsbourg époque Love on the beat. Mais on ne peut pas réduire ce disque à l'influence du vieux Serge, de même qu'on ne peut pas le réduire à l'amour de Jeancristophe pour les garçons, même si celui-ci est exprimé tout au long de l'album. Comme il le dit lui-même dans Obsession, une ritournelle électro-pop qui est un de mes titres préférés du disque, "Je n'ai qu'une obsession c'est les garçons, mais là n'est pas la question".

J'aime aussi beaucoup le manifeste 100% hip-pop optimiste Merci la vie et la belle chanson d'amour Song for Emet, dont la mélodie rappelle A présent tu peux t'en aller. Parmi les autres titres, j'aime bien aussi Jusqu'à la corde, avec piano et cordes, justement, et Là et maintenant c'est tout, chanté en duo avec Natacha Tertone.

Des moyens ont été mis dans la production de ce disque puisque Jeancristophe a carrément fait appel à une fanfare pour Envoyez-moi la garde suisse ("Je n'ai de foi que dans mes vices"). Une façon comme une autre de montrer qu'il ne se prend pas trop au sérieux. Avec Supergarçon, il recrée à sa façon les génériques des séries télévisées de Saban comme Albator ou Capitaine Flam.

J'ai cherché à en savoir un peu plus sur Jeancristophe : C'est en 2007 que Jean-Christophe Cheneval est devenu Jeancristophe. Depuis, il a édité deux livres (Dos au mur et I Il II L) et deux albums (L comme lui et celui-ci) et donné de nombreux spectacles, seul ou en groupe.
Après Ma vie en rose, Jeancristophe a fait une pause, mais il a mis en ligne fin 2013 un nouveau titre, le très drôle et excellent Je mixe à la maison (Dommage, la fête des voisins c'était hier !). La bonne nouvelle, c'est que, en ce mois de mai 2015, Jeancristophe est remonté sur scène, avec un nouveau spectacle. Pour l'instant, les dates annoncées sont toutes dans sa région lilloise, mais je vais m'arranger pour trouver l'occasion d'assister à l'un d'entre eux le plus tôt possible.





23 novembre 2014

SOUCOUPES VIOLENTES : Et pour un oui et pour un non


Acquis chez Royer à Epernay le 6 septembre 2014
Réf : NEW 134 CD -- Edité par New Rose en France en 1990
Support : CD 7,5 cm
Titres : Et pour un oui et pour un non -- Cracher dans la soupe -- Les roses fânées

Chez Royer, régulièrement depuis 2011, ils continuent de sortir de vieux disques de leurs réserves pour les solder. Souvent des vinyls, avec beaucoup de disques de variétés, mais aussi des CD ces derniers temps. En septembre-octobre, j'ai été bien content d'y trouver quelques disques, dont ce maxi des Soucoupes Violentes. Il m'a fallu quelques jours pour me rendre compte que j'avais déjà ce disque dans son édition maxi-45 tours (acheté neuf, visiblement, mais je ne sais plus du tout où et quand), mais même si je m'en étais souvenu, à 50 centimes j'aurais quand même acheté ce mini-CD glissé dans une boite de taille normale avec son adaptateur. Je croyais aussi ne pas avoir déjà chroniqué de disque de ce groupe, mais ils occupaient, avec une reprise de Love potion #9, une face d'un 45 tours Nineteen partagé avec Ben Vaughn.
Ce disque, entièrement chanté en français, est produit par Elliott Murphy, qui était alors leur compagnon de label. Après Marc Police des Wampas et Yves Calvez des Coronados sur les deux premiers albums, ça leur fait une belle brochette de producteurs. Dans leur discographie, ce single s'inscrit pile entre les albums Va savoir (1989) et A des années lumières (1991), le dernier avant la séparation du groupe première période, et il ne figure sur aucun des deux.
Et pour un oui et pour un non est une excellente chanson pop-rock, accompagnée par ce qui sonne à mes oreilles comme une sorte de vibraphone mais est peut-être un clavier. Côté paroles, il est question d'opinion et d'indécision : "Pour faire preuve d'imagination, ceux qui changent pas, c'est des cons, et moi suivant les saisons, du monde je me refais une vision.Et pour un oui et pour un non, on change tout le temps d'opinion, et pourtant, pourtant, à quoi bon.". Selon une biographie officielle, une vidéo de cette chanson a été diffusée par Canal Plus, mais je n'en ai pas trouvé trace en ligne. Elliott Murphy a aussi été leur invité pour un concert à l'Elysée-Montmartre.
Cracher dans la soupe, encore un bon titre de chanson trouvé par Stéphane Guichard, au son plus rock, n'est pas mal non plus, avec les choeurs et l'orgue sur le refrain.
Le disque se clôt avec une reprise d'une chanson écrite par Gainsbourg pour Dutronc. Les roses fânées a été créée en 1972 à la télévision par Dutronc, Gainsbourg et Birkin. Une version en studio a finalement été incluse sur l'album de Dutronc sorti en 1975. Arrivé en 1990, il devenait peut-être un peu convenu de reprendre Gainsbourg, mais cette ode à un gigolo est suffisamment de mauvais goût pour faire sourire ("J'aime les vieilles peaux, j'aime les vieilles paumées" - avec "Gigolo" en réponse en choeur) et, comme toute reprise, elle a l'intérêt de fixer les points de référence du groupe.
Les Soucoupes Violentes volent à nouveau depuis 2007, avec Stéphane Guichard comme seul membre original. L'album S'attendre au pire est sorti en 2009. Un nouveau, Sur tes lèvres (vingt-sept ans après Dans ta bouche... !), est sur le point de sortir. On y trouvera Trop méchante, avec Didier Wampas comme invité.

10 novembre 2013

JO LEMAIRE + FLOUZE : Je suis venue te dire que je m'en vais


Acquis chez Troc.com à Charleroi le 22 mai 2013
Réf : 6021 321 -- Edité par Vertigo en Belgique en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Je suis venue te dire que je m'en vais -/- Escape (Demo)

Pour moi, Jo Lemaire + Flouze restera toujours associé à un rendez-vous manqué, le seul concert Feedback auquel j'aurais pu assister.
Ça a du se passer pendant le premier trimestre 1980, après la parution du premier album du groupe, mais avant le deuxième il me semble. Bernard Lenoir avait pourtant tout fait pour me faciliter les choses : il avait programmé ce concert non pas à Paris, comme d'habitude, encore moins à  New York ou Lyon, comme ça a dû arriver, non, suite probablement à un deal entre un tourneur et le patron qui venait d'ouvrir sa discothèque, ce concert a eu lieu au Sunshine, rue du Barbâtre, à 45 kilomètres à peine de chez moi.
Il suffisait d'écrire pour avoir des invitations. J'ai écrit et j'ai reçu chez moi deux cartons siglés Radio France, avec les détails du concert de l'invitation tapés dessus à la machine. Je les ai conservés précieusement dans l'attente du concert, et je dois toujours les avoir quelque part au grenier, dans une caisse (je n'ai pas eu le courage d'aller fouiller). Si je les ai toujours, c'est que je n'ai jamais pu me rendre à Reims ce soir-là : à 17 ans, je n'avais pas de permis, et encore moins de voiture. J'avais posé des jalons auprès de deux ou trois copains véhiculés pour les convaincre de m'accompagner, mais celui qui m'avait dit oui m'a fait faux bond au dernier moment. Je me suis donc retrouvé, bêtement, à écouter ce concert comme tous les autres, en direct à la radio, avec en plus la rage au ventre. Peut-être bien que j'ai même été assez maso pour l'enregistrer. Pendant des années j'ai repensé à cette soirée avec ma radio et mon carton d'invitation à chaque fois que je suis passé devant cette discothèque de la rue du Barbâtre, même après qu'elle avait changé de nom.
En tout cas, c'est plutôt pour des raisons financières qu'à cause de cette déconvenue que je n'ai pas acheté le premier Jo Lemaire + Flouze (avec Stakhanov, Running time et Tinterella di luna). Le deuxième, j'ai dû passer à côté, et si j'ai fini par acheter le troisième, Precious time, sorti dès 1981, c'est en grande partie je crois parce qu'il contenait la reprise de Je suis venu te dire que je m'en vais de Gainsbourg, que la maison de disques a choisi, sans trop de surprise, de sortir en 45 tours et qui a donné au groupe son plus grand succès.
J'ai donc l'album depuis très longtemps, mais c'est seulement cette année que j'ai fini par acheter le single, notamment parce que j'ai toujours beaucoup aimé, et j'apprécie toujours autant, cette reprise.
C'était pourtant assez casse-gueule. On aurait pu avoir un banal exercice new wave de reprise en synthétique d'une bonne chanson, pour un résultat sans intérêt, voire désastreux (les exemples sont nombreux), mais il y a de très bonnes réussites dans le genre, et ce titre en fait partie. Pourtant, ce n'est que de l'électronique, tout est très distancié, mais l'émotion est là, sans recourir aux pleurs de Birkin par exemple comme sur la version originale. Les ingrédients sont simples : batterie ou boite à rythmes, basse trafiquée ou synthétique, mais qui joue un rôle essentiel, un synthé aigrelet qui égrène la mélodie, et un autre plaintif, qui démarre tout au fond du mix, comme un theremin discret, et s'avance au premier plan au fil du morceau. Et pour lier le tout et permettre à cette sauce de prendre, le chant de Jo Lemaire, posé, détaché, mais efficace, donc. Une version à ne pas oublier pour qui s'amuse à compiler les meilleures reprises de titres de Gainsbourg.
Mais c'était loin d'être le seul bon titre de Pigmy world. Si Jo Lemaire + Flouze avaient les oreilles bien ouvertes sur tous les paysages sonores de la new wave, y compris les incursions exotiques (Chameleon et Claustrophobia ici), le modèle, notamment pour le chant, était clairement Siouxsie, (Satellites et Siamese sister, parmi d'autres), mais une Siouxsie différente, très posée et presque sage.
J'avais complètement oublié par contre qu'il y avait effectivement présent sur ce disque un invité anglais de marque, associé à la Belgique via Les Disques du Crépuscule, Vini Reilly, le guitariste de Durutti Column (il est même en photo aux côtés de Jo sur la pochette intérieure). Les crédits ne précisent pas sur quels titres il joue (à moins que ce soit tous...), mais il est très probablement présent sur deux des meilleurs titres du disque, Voices in the silence et Shades of night et aussi, là je parierais bien, sur Escape. On voit bien la différence entre le son typiquement Reilly de la guitare sur la version album d'Escape et celui saturé qu'on entend sur la démo, qu'on trouve en face B du 45 tours. Un titre inédit en album, que j'ai la chance d'avoir sur mon édition du 45 tours achetée en Belgique (sauf que mon exemplaire a pris le chaud et a le bord un peu gondolé : je ne peux pas écouter les trente première secondes !). En France, Vertigo n'a pas voulu gâcher une face B avec une démo inédite : ils ont préféré, aussi bien pour le disque promo que pour l'édition disponible à la vente, mettre deux fers au feu avec deux extraits de l'album, Je suis venue te dire que je m'en vais et Shades of night.

26 août 2012

SERGE GAINSBOURG : L'ami Caouette


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres dans les années 2000
Réf : 6009 678 -- Edité par Philips en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : L'ami Caouette -/- Le cadavre exquis

Je me suis rendu compte qu'au fil du temps j'ai eu l'occasion de chroniquer plusieurs disques avec des chansons de Serge Gainsbourg, mais aucun interprété par lui-même. J'y pense depuis longtemps, pourtant, et j'ai évidemment quelques disques de Gainsbourg, mais pas tant de méconnus, rares ou curieux. Finalement, après mûre réflexion, j'ai choisi de vous épargner, pour l'instant, la BO de Stan the flasher et de jeter mon dévolu sur L'ami Caouette, pour une simple et bonne raison : c'est probablement la première de ses chansons que j'ai connue et chantée !
Ça fait un peu pédant d'aller chercher ce disque français à Londres, d'autant que c'est l'un des plus courants de Gainsbourg et qu'il est partout dans les vide-greniers et les dépôts-vente, mais il se trouve que je ne m'étais jamais décidé à l'acheter avant de tomber sur cet exemplaire en bon état et pas cher dans mon antre préféré de Notting Hill Gate.
Donc, à douze ans, j'ai dû chanter tout l'été L'ami Caouette, le tube de l'été de Gainsbourg, probablement sorti pour se renflouer et remonter sa cote après l'échec commercial de Rock around the bunker. Je ne connaissais sûrement pas toutes les paroles, mais je crois que j'appréciais particulièrement les jeux de mots sur "Cabinet" et "Caramba !", que j'interprétais, c'est certain, comme "Carambar". Je ne crois pas alors avoir prêté attention au "Con" et au "Trouduc" que Gainsbourg y a glissés.
Je connaissais et j'aimais cette chanson qui passait à la radio, mais je ne savais sûrement pas au début qui était son interprète. Mon premier vrai souvenir de Gainsbourg, sûrement dans cette période-là , c'est de l'avoir vu un soir en famille à la télé : ma Maman avait déclaré péremptoirement que c'était un drogué. Je ne savais pas du tout ce que c'était un drogué, mais visiblement ce n'était pas un compliment, et pendant un moment les deux sont restés fortement associés dans mon esprit.
Gainsbourg a beaucoup composé de chansons pour des chanteurs de variété. Il en a aussi interprété quelques-unes, notamment celle-ci et Sea, sex and sun. Comme souvent, il recycle une de ses vieilles idées (Mon ami Caouette, écrit en 1966 pour le Sacha Show, selon L'intégrale Gainsbourg de Gilles Verlant). C'est de la variété française dans toute sa "splendeur", y compris avec la touche exotique apportée par le rythme et les arrangements à la sauce antillaise, et je crois que ça a été son plus gros succès populaire depuis Je t'aime moi non plus.
Ça a dû amuser Gainsbourg d'associer à cette galéjade Le cadavre exquis, dont le titre fait référence à un jeu littéraire des surréalistes, même si les paroles n'ont visiblement pas été composées en respectant la règle de ce jeu. Un des vers servira de base à la chanson du film Goodbye Emmanuelle en 1978 et Gainsbourg réussit à placer le très élégant "Remue un peu les fesses, me dit-elle, mais moi je préfère jouer au jeu du cadavre exquis que de l'enfiler toute la nuit.". C'est un peu mieux que L'ami Caouette, mais on est à des années-lumières de l'album qu'il enregistrera ensuite, L'homme à tête de chou.


Serge Gainsbourg, L'ami Caouette, dans l'émission N°1 Michel Sardou, le 1er novembre 1975. 

19 août 2012

ETIENNE DAHO : Tombé pour la France


Acquis à Reims en 1985
Réf : 80 163 -- Edité par Virgin en France en 1985
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Tombé pour la France (Version maximum) -/- Et si je m'en vais avant toi (En duo avec Françoise Hardy) -- Arnold Layne -- Chez les yé-yé

Etant donné qu'il a été suivi de près par la presse dès ses débuts aux Transmusicales, j'ai suivi le parcours d'Etienne Daho avant même la sortie de son premier disque, mais je n'ai commencé à écouter sa musique et à acheter ses productions qu'avec le deuxième album La notte, la notte, surtout pour Week-end à Rome. Après coup, j'ai récupéré au fil des soldes ses premiers 45 tours (Le grand sommeil, Sortir ce soir) et j'ai même fini par acheter Mythomane, à un moment où c'était le mixage original qui était encore diffusé. Quant à ce maxi de Tombé pour la France, je l'ai acheté dès sa sortie, autant parce que j'aimais beaucoup la face A que pour ses trois reprises en face B.
Tombé pour la France est une réussite électro-pop et ses paroles en français sont pour beaucoup dans son succès. On sent dans la construction de cette "version maximum" quelques influences marquées de New Order (le séquenceur, les plages de synthé, la guitare, si c'en est bien une, dans la deuxième moitié), mais le rythme est beaucoup plus lent que sur les productions du groupe de Manchester et ça donne une transposition presque détendue de leur son. Côté paroles, on n'est pas si éloigné non plus des thématiques de couple basiques de Bernard Sumner, mais évidemment New Order ne se risquera jamais à chanter "Si tu r'viens n'attends pas qu'au bout d'une corde mon corps balance" comme Etienne Daho le fait ici !
Le seul défaut que j'ai toujours trouvé à Tombé pour la France, c'est cette expression militaro-patriotique qui lui sert de titre et dont j'ai toujours eu l'impression qu'elle arrivait comme un cheveu sur la soupe. Je parierais bien qu'à l'origine les trois refrains étaient comme le premier et que c'est la peur qu'une menace de suicide limite les chances de succès qui a entraîné un changement. S'il s'était intitulé Mon corps balance, ce single aurait été encore meilleur !
Avant d'être chanteur, on sait qu'Etienne Daho est d'abord un grand fan de musique, et il s'en donne à coeur joie avec les trois titres de la face B. Ses goûts de fan s'expriment également dans la maquette de la pochette, savamment pop-art, qu'il a réalisée lui-même.
Et si je m'en vais avec toi, la reprise de la très belle chanson de Françoise Hardy, figurait déjà sur La notte, la notte, mais là le chant a été réenregistré en duo, à l'occasion d'une émission des Enfants du Rock, apparemment. Quand ce disque est sorti, l'album original de 1972 n'avait pas encore été réédité et cette reprise a été, pour moi comme pour beaucoup je pense, l'occasion de découvrir ce titre méconnu de Françoise Hardy.
Ensuite, on a droit à une reprise très électronique de l'Arnold layne de Pink Floyd. Très bien mais, comme il l'a fait l'année suivante avec le Love at first sight de The Gist, devenu Paris, le Flore, Etienne aurait peut-être pu se risquer à adapter les paroles en français plutôt que de chanter en anglais. Il confirmera son intérêt pour les chansons de Syd Barrett en clôturant Pop satori avec une reprise de Late night, toujours en anglais mais dans une version plus acoustique.
Enfin, la reprise de Chez les yé-yé de Gainsbourg, avec une grosse basse synthétique, est excellente et fait parfaitement écho à l'ambiance de la face A.

Les quatre titres de ce maxi sont actuellement disponibles sur un CD intitulé Tombé pour la France, sur lequel on trouve en outre la version 45 tours du titre principal, une version en anglais, et La balade d'Edie S., face B du 45 tours original.


La pochette la moins courante du 45 tours. La première ?


La vidéo de la version 45 tours de Tombé pour la France, réalisée par Jean-Pierre Jeunet, qui s'est peut-être souvenu de son travail pour illustrer la phrase "Ce photomaton que t'aimais pas" quand il a réalisé Amélie Poulain des années plus tard.

17 mai 2011

JACQUES DUTRONC : Le bras mécanique


Offert par Dorian Feller à Mareuil-sur-Ay le 1er mai 2011
Réf : 45. V. 12 126 -- Edité par Vogue en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Le bras mécanique -/- Mais surtout sentimentale

Dorian venait de chiner ce disque qu'il avait déjà : il m'a aimablement offert son double.
La pochette ferait un bon sujet d'exercice pour une école d'arts appliqués.
Que voit-on ? Jacques Dutronc à droite, nonchalant et très classe, adossé à la devanture d'une boutique présentant des boites (de chocolats ?) ringardes, ornées ou non d'un ruban noué. A gauche, une gamine, pimpante, en marinière et chapeau de paille,jupe, socquettes blanches et souliers vernis. Soit.
Parmi les photos de pochette de l'album correspondant, le septième de Dutronc, sorti en 1975 et son dernier chez Vogue, on voit une photo issue de la même session, prise à l'intérieur de la boutique cette fois (un salon de thé ?). On y retrouve les deux mêmes personnages, avec un Dutronc qui semble se demander ce qu'il fait là, accompagné d'un troisième, une femme qui pourrait être une cousine de Sylvia Kristel (on est en 1975). Ambiance bizarre, assez rétro. C'est toujours mieux que le portrait, qu'on trouve au moins sur les éditions de l'album à pochette ouvrante, d'un Dutronc en noir et blanc avec une horrible moustache (on est en 1975).
A partir de là, quelqu'un chez Vogue a dû écouter le disque et se dire qu'avec une telle pochette, le 45 tours risquait fort de ne pas trouver son public (mon exemplaire, vendu initialement 9,50 F aux Nouvelles Galeries, avait été soldé à 5 F, signe que ça n'a pas dû trop marcher. Pour ma part, je connaissais ce titre grâce à des compilations de Dutronc). On a donc rajouté sous le titre une sorte de bulle de BD, comme on en utilise pour les onomatopées, complètement incongrue dans ce contexte, qui précise qu'il s'agit de "Rock !"...
Inutile de dire que cette simple mention ne suffit pas à faire de cette pochette l'opposé de ce qu'elle est. Rien de rock là-dedans ! Sur le même thème, on pourrait disserter, pour continuer l'exercice, sur une pochette vraiment rock, celle réalisée deux ans plus tard par Barney Bubbles pour New boots and panties !!, le premier album de Ian Dury.
Le comble dans tout ça, c'est que Le bras mécanique est effectivement bien rock. Une sorte de boogie basique, avec guère plus qu'un accord, dans la lignée de Et moi et moi et moi ou de Mini mini mini. Deux prises différentes permettent à Dutronc de se répondre à lui-même pendant qu'il débite le portrait tout en allitérations d'une poule de luxe que Gainsbourg a dû lui griffonner sur un bord de comptoir. Comme il est question de mécanique, de plastique et d'inox, on peut se demander si, en plus d'X Ray Spex, cette femme au bras mécanique n'a pas été l'une des sources d'inspiration pour l'Edith Nylon du groupe du même nom en 1979.
Mais le rock ne dure pas au-delà de la face A sur ce 45 tours. Mais surtout sentimentale, dont l'esprit convient bien mieux à l'illustration de la pochette, est une horreur mielleuse, sur des paroles de Jean-Loup Dabadie. Insupportable, presque autant que Gentleman cambrioleur, le gros tube de l'album dont ce 45 tours est extrait.

Ces temps-ci, l'association Zebrock et la commune de Villetaneuse rendent hommage à la maison de disques Vogue. Il y a eu notamment des rencontres en 2010 et une exposition en 2011. La première partie de cette exposition vient de se terminer à Villetaneuse mais la suite est annoncée pour cet automne à la Bibliothèque Nationale de France.
Pour fêter ça, Blogonzeureux! s'est doté d'un mot-clé Vogue, qui vous permet désormais de retrouver facilement nos chroniques de disques de ce label. 

31 décembre 2009

REMY CHANTE : Disque lazer


Offert par Rémy Chante par correspondance le 27 décembre 2009
Réf : [sans] -- Edité par Les Déserteurs en Europe en 2009
Support : 1 application flash
13 titres

Rémy Chante a envoyé son cadeau de Noël deux jours après la date officielle. Il est tellement réjouissant qu'on ne comptera pas sur nous pour lui reprocher ce léger décalage par rapport à la date traditionnelle.
Ce cadeau, c'est Disque lazer, un album virtuel du plus jeune des Frères Nubuck. Un rapide coup d'oeil à la liste des titres nous apprend immédiatement qu'il s'agit d'une collection de reprises et que le fil rouge qui relie les titres sélectionnés, c'est la topographie : chacune des chansons sélectionnées comporte dans son titre un nom de ville, de Paris à Issy-les-Moulineaux en passant par Tunis et Quimper.
L'autre bonne nouvelle, c'est que ce sont bien des chansons qui nous sont proposées. Contrairement aux précédentes livraisons solo de Rémy Chante (Le Rital et la gamine, Music from Rémy Chante et Géographie des plaines belges) qui étaient instrumentales, Disque lazer est chanté, et excellemment chanté, par Rémy Chante, qui met à profit l'expérience acquise aves les Frères Nubuck, épaulé magistralement à plusieurs reprises par dÕRIS dÕris pour une deuxième voix, des choeurs et même le chant principal sur l'excellent Un clair de lune à Maubeuge. C'est d'ailleurs la seule intervention extérieure sur cet enregistrement en solo intégral de Rémy Chante.
En fait, il s'avère que ce disque n'est pas virtuel pour tout le monde, et pas nouveau non plus. En effet, il a été diffusé sous forme de CD en mars dernier aux souscripteurs du projet Les déserteurs, de Benjamin Demeyere et Rémy Chante, qui ont reçu chaque trimestre pendant un an une collection d'objets en édition limitée des plus hétéroclites, de la boite d'allumettes à la carte géographique en passant par le pantin articulé et les badges.
La livraison n° 2 de mars 2009 contenait donc notamment un calendrier du déserteur sur 13 mois (le 13e mois étant un supplément gratuit), l'illustration de chaque page mensuelle se rapportant aux titres des chansons du Disque lazer également inclus dans l'envoi.
Aujourd'hui, l'abonnement étant échu, les non-abonnés peuvent écouter ces chansons. Heureusement, car il aurait été dommage que la diffusion de ces excellentes reprises soit limitée à quelques dizaines de personnes car Rémy réussit là un exploit : proposer pour chacun des titres choisis un arrangement inventif et lumineux et le chanter excellemment. Et il en faut du talent pour ne pas se planter, qu'on tape dans la variété (Dalida et Love in Portofino, Petula Clark et (Allons donc) A London) ou qu'on s'attaque à une scie comme Syracuse ou un tube comme Week-end à Rome. Par exemple, New-York USA est loin d'être mon titre préféré de Gainsbourg, mais Rémy Chante s'en tire mieux que bien en gardant l'arrangement vocal avec une deuxième vois féminine mais en proposant un arrangement musical beaucoup plus rapide et très pop. Idem avec Barcelone, une excellente chanson de Boris Vian, mais que je ne connaissais jusqu'à présent que dans une version restée inédite à l'époque sur laquelle Vian chante comme une casserole. Là, c'est parfait.
Parmi les autres réussites, il y a Acapulco, reprise des copains de label les Chicken Belmondos et Moulineaux, un titre de Fred Poulet, et c'est une preuve du talent des Frères Nubuck si, parmi toutes ces bonnes chansons, ma préférée est peut-être Quimper, un titre des Nubuck paru sur l'album Chez les nudistes ("Tu ressembles aux rideaux dans le séjour et tu sors comme ça tous les jours"). J'aime beaucoup la version originale, mais je crois que maintenant je lui préfère cette nouvelle version, qui témoigne des progrès réalisés par les Nubuck ces cinq dernières années.
Je n'écoute pas souvent l'émission Le fou du roi sur France Inter, mais il m'arrive de zapper dessus pour écouter les groupes invités. Par le plus grand des hasards, j'ai donc eu l'occasion par deux fois (en direct il y a quelques semaines et lors de la rediffusion hier) d'y entendre François and the Atlas Mountains massacrer, en anglais et complètement faux, Suzanne de Leonard Cohen. Pour 2010, je n'ai qu'un message à faire passer aux programmateurs de l'émission : Invitez Rémy Chante, mais pendant une semaine entière, vous ne serez pas déçus !
Et puis, si jamais Katerine, Dick Rivers, Etienne Daho, Petula Clark, Fred Poulet ou Holden ont un projet d'album, ils devraient peut-être penser à Rémy Chante pour produire et même interpréter leurs enregistrements !



Ceux qui n'étaient pas abonnés au projet Les déserteurs peuvent en savoir plus en se procurant le livre Le déserteur / Les déserteurs de Rémy Chante et Benjamin Demeyere qui retrace cette aventure (22 € port compris).
Sur la page MySpace de dÕRIS dÕris on peut écouter deux excellents titres produits par Rémy Chante, une version de la chanson de Belle et Sébastien et une reprise de l'un de mes titres préférés du Bingo Bill Orchestra, On a tous des défauts (Je me demande bien pourquoi ce dernier titre ne figure pas sur Home/Fame...).

28 novembre 2009

FRANÇOISE HARDY : Comment te dire adieu


Acquis sur une bourse aux disques à Châlons-sur-Marne à la fin des années 1980
Réf : EPL 8652 -- Edité par Vogue en France en 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Comment te dire adieu -- Il vaut mieux une petite maison dans la main qu’un grand château dans les nuages -/- Suzanne -- L'anamour

40 francs. C'est ce que j'ai payé pour acheter ce disque à un professionnel lors d'une bourse aux disques dans le hall des expositions de Châlons. Pendant longtemps, ça a été le prix le plus cher que j'ai payé pour un 45 tours d'occasion, et de loin. Plus récemment, il a dû m'arriver très ponctuellement de payer plus cher que ça, en euros et port compris, mais c'est rare.
C'est dire que je tenais absolument à me procurer ce 45 tours. A commencer par la pochette, que j'avais dû voir reproduite dans Rock & Folk, avec cette grosse guitare noire que tient Françoise Hardy et qui semble beaucoup trop grande pour elle. Et puis il y a Comment te dire adieu, le tube repris d'un instrumental avec des paroles de Gainsbourg, mais aussi la version originale de L'anamour, de ce même Serge Gainsbourg. Cerise sur le gâteau, on trouve ici encore une reprise de Suzanne de Leonard Cohen, dans la traduction de Graeme Allright.
Un seul défaut à ce disque, sa quatrième chanson, avec son titre à rallonge que je ne rappelle même pas. Disons que c'est juste de la guimauve à cordes aussi mauvaise que le titre le laisse craindre et que ses auteurs Jean-Max Rivière et Gérard Bourgeois ont fait mieux par ailleurs, pour Brigitte Bardot notamment avec La Madrague ou Moi je joue.
Comment te dire adieu fait partie de mes chansons favorites de Françoise Hardy, avec un petit nombre d'autres comme Le temps de l'amour, Et si je m'en vais avant toi et Je n'attends plus personne. En fait, cette chanson n'est entachée que d'une seule petite ombre : elle est sensée être une reprise. Sensée je dis bien, car, s'il s'agit effectivement d'une adaptation française de It hurts to say goodbye, chanté par Vera Lynn en 1954, on a malgré tout à faire ici à l'un des exemples assez rares d'une reprise en tout point supérieure à la version originale, aussi bien pour ce qui concerne l'arrangement musical que des paroles d'un Serge Gainsbourg à son meilleur.
Pour l'arrangement, j'ai un doute que mes recherches aujourd'hui ne sont pas parvenues à dissiper : il est tellement éloigné de la ballade sirupeuse originale que je me demande s'il n'y a pas eu entre-temps une autre version anglaise plus rythmée. Quant aux paroles, tout le monde ou presque connait la performance en "ex" réalisée par Gainsbourg. Sans rentrer dans les détails, il suffit de voir qu'au lieu de traduire directement le titre, Ça fait mal de se dire adieu (d'ailleurs, les paroles originales font explicitement référence à un éloignement passager de deux amoureux), il le suggère en en montrant les conséquences ("Sous aucun prétexte je ne veux devant toi surexposer mes yeux, derrière un Kleenex je saurais mieux
comment te dire adieu.").
Apparemment, c'est Françoise Hardy qui a eu l'idée de cette reprise, et en plus de lui fournir les paroles adaptées de Comment te dire adieu, Gainsbourg lui a aussi proposé une de ses nouvelles chansons L'anamour. Là encore, il s'agit de l'une des plus grandes réussites du parolier Serge Gainsbourg. J'adore les rimes qui alterne les i et les a (hélices/hélas, Asie/asa) et elles fonctionnent à la perfection même quand justement ce ne sont pas de vraies rimes (transistors/étrange histoire). Et puis, il y a le mystère de ces paroles, qu'il est impossible d'interpréter de façon univoque. Le mot "L'anamour" est étrange. Je le prends moi pour une version gainsbourienne de "L'amour" en javanais, en écho à sa propre Javanaise bien sûr, même si je sais que techniquement ce n'est pas du javanais. Pour les reste des paroles, il est question de portes, de transat, d'un commissariat. Il est aussi surtout question en passant de pavés, en 1968, et de grains de pavot, en pleine hippietude, qui peuvent en partie justifier le nonsense pervasif des paroles.
J'ai juste un petit problème avec cette version originale de L'anamour : je lui préfère la version qu'en a donné Serge Gainsbourg l'année suivante sur l'album Jane Birkin-Serge Gainsbourg. J'aime mieux l'arrangement presque psychédélique, justement, et l'orgue groovy de l'orchestre d'Arthur Greenslade, et j'aime aussi mieux le chant, toujours un peu détaché, de Serge Gainsbourg, mais c'est peut-être parce que j'ai d'abord connu et aimé la version de Gainsbourg avant d'écouter celle de Françoise Hardy.
La version de Suzanne est elle plutôt réussie. C'est une chanson qui convient bien à la voix de Françoise Hardy. L'arrangement est assez proche de la version originale, avec une guitare rythmique acoustique et des cordes qui savent rester discrètes.
Au bout du compte, on a quand même ici un disque presque parfait. Je me dis que si Mademoiselle Hardy y avait glissé à la place de la quatrième chanson, allez, pas complètement au hasard, une reprise en français d'une chanson des Rolling Stones (Lady Jane ?, Ruby Tuesday ? No expectations ?) c'eut été un sans faute !




Suzanne
par Françoise Hardy, pas dans la version du disque, avec des choeurs à la Leonard Cohen. Quelqu'un connait les deux guitaristes à lunettes sombres ?

21 septembre 2009

LES FRERES JACQUES : Le poinçonneur des Lilas


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 13 septembre 2009
Réf : 432.267 BE -- Edité par Philips en France en 1958
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Le poinçonneur des Lilas -- Faut tout ça -/- Shah, Shah, Persan -- Bain, amour et...

Ah, Les Frères Jacques. Pendant longtemps, disons au moins toutes les années 1970, pour moi c'était l'horreur. Quand ils apparaissaient à la télé, avec leurs collants noirs et leurs justaucorps couleur pastel pires que cles sous-pulls nous portions (même si, je dois bien l'avouer, je sais bien qu'il y a eu un moment, vers dix ou douze ans, où j'ai été content et fier de porter des sous-pulls en acrylique — et des pantalons à patte d'éléphant !), je me sauvais.
Par la suite, mon opinion a évolué, même si je ne suis toujours devenu pas un aficionado confirmé, et même si, après plusieurs tentatives, je n'ai toujours pas accroché à leur Mythologie.
Je ne sais plus trop pourquoi, c'était peut-être après avoir vu une reproduction de la pochette du disque, mais l'an dernier je m'étais mis en tête d'acheter ce 45 tours des Frères Jacques avec leur version du Poinçonneur des Lilas. J'ai même suivi quelques enchères sur ce disque sur eBay, mais avec le port ça revenait de toute façon trop cher par rapport à ce que j'étais prêt à miser.
Tout vient à point sait attendre puisque, cette année à Athis, à défaut de 45 tours Formidable ou de disques d'Eileen, j'ai fait une assez bonne pioche au stand d'un monsieur qui avait une boite à chaussures pleine de 45 tours chanson française des années 50. Il a commencé à annoncer 50 centimes comme prix avant de se raviser et dire 20 centimes. Du coup, je lui ai pris une douzaine de disques. Rien d'exceptionnel, mais des titres rares signés Vian-Salvador par Léo Clarens et Yvette Giraud, l'interprétation de Blue moon par Annie Cordy sous le titre Partout, et deux EP des Frères Jacques, dont celui-ci, en parfait état.
L'accompagnement musical de leur version du Poinçonneur des Lilas, par leur pianiste habituel Pierre Philippe et l'orchestre de Franck Aussman, est intéressant : la guitare électrique fait plus penser au Gainsbourg de Confidentiel en 1963 avec Elek Bacsik qu'à celui du Chant à la une en 1958.
Avec son ton martial et ses "Faut que ça", c'est au Boris Vian des Joyeux Bouchers que Faut tout ça me ferait plutôt penser.
La face B est consacrée à deux titres de Jean Constantin, sur des rythmiques typiques, comme on disait à l'époque. Shah, Shah, Persan est, avec Le Poinçonneur, le sommet de ce disque. Ce fut aussi un grand succès, je crois.
Avec ses jeux de mots à la chaîne, sa guitare acoustique et ses voix douces, Bain, amour et... est également une réussite.

Ecouter Le poinçonneur des Lilas (version en concert) sur YouTube.
Ecouter Shah, Shah, Persan sur YouTube.

27 mai 2009

MASSIVE ATTACK : Karmacoma EP



Acquis sûrement chez Rough Trade à Paris en avril 1995
Réf : WBRX7 -- Edité par Wild Bunch/Circa en Angleterre en 1995
Support : CD 12 cm
Titres : Karmacoma (Radio) -- Karmacoma (Portishead experience) -- Karmacoma (The Napoli trip) -- Karmacoma (Bumper ball dub)

J'ai plusieurs disques de Massive Attack, mais celui-ci est sûrement le seul que j'ai acheté au moment de sa sortie, neuf et au prix fort. Pourquoi ? Sûrement pas à cause du sac plastique métallisé dans lequel la pochette cartonnée du disque était emballée. Plutôt parce que je pensais que Karmacoma est l'une des plus belles réussites du groupe et parce que, sur ce single, outre Tricky qui est l'un des chanteurs de la version originale, on retrouve Portishead qui s'est chargé de l'un des remixes, ce qui fait que la fine fleur du Bristol de 1994 est ici rassemblée.
Pour ce single, la version originale de l'album a été raccourcie d'une grosse minute. Le beat est original, la basse lourde, les raps de Tricky et 3D lents et efficaces. C'est excellent.
En 1995, on ne parlait pas encore de mashup, mais ce terme pourrait très bien s'appliquer à la version Portishead experience de Karmacoma : plus qu'un remix, on a l'impression que les voix de Massive Attack ont été plaquées sur l'instrumental de Cargo culte, l'un des morceaux de bravoure de l'album Melody Nelson de Serge Gainsbourg. C'est bien vu (en écoutant les deux titres l'un après l'autre, on se rend compte qu'ils avaient effectivement dès le départ un rythme et un phrasé assez proches l'un de l'autre), c'est très bien réalisé et j'ai toujours bien aimé cette version. La seule chose qui me gêne un peu dans l'affaire, c'est qu'aucune mention de ce sample n'est fait, ni sur la pochette ni dans les crédits de la chanson.
Pour le Napoli trip, Massive Attack a fait appel au groupe Almamegretta. Ils sont italiens (de Naples, effectivement), mais de façon assez surprenante, sur une base musicale proche de la version originale, ils apportent avant tout, outre un chant en partie en italien (ou en Napoletano),des éléments orientaux qui, dans un contexte de hip-hop, ne peuvent que renvoyer au célèbre remix d'Eric B and Rakim par Coldcut, qui samplait allègrement Im Nin'alu d'Ofra Haza. C'est très réussi. Je suppose que les musiciens qui accompagnaient Massive Attack pour une version live de Karmacoma en 1995 dans l'émission de télé de Jools Holland Later étaient des membres d'Almamegretta : il y a bien des percussions orientales, mais malheureusement pas les vocaux ad-hoc qu'on entend ici.
Le Bumper ball dub, une version dub instrumentale réalisée par Mad Professor, fonctionne bien comme tel et est tout à fait à sa place en face B d'un single. Par contre, je ne suis pas sûr que ce remix, avec quelques autres tous dus à Mad Professor, justifiait d'éditer une version entièrement dub de Protection, le deuxième album de Massive Attack, sous le titre No protection.

Voir le clip de Karmacoma.
Ecouter les remixes de Karmacoma sur Deezer.

25 mai 2009

REGINE : Régine


Acquis chez Prisunic à Châlons-sur-Marne vers 1984
Réf : 1720531 -- Edité par Music For Pleasure en France en 1984
Support : 33 tours 30 cm
11 titres

Si j'ai retourné la pochette de ce disque pour regarder au dos, c'est parce que je savais que Les p'tits papiers était un tube signé Gainsbourg. Si au bout du compte j'ai acheté ce disque vendu en série économique pour à peine plus que le prix d'un 45 tours, c'est parce que j'ai eu la surprise de découvrir que les paroles et la musique de tous les titres de cet album de Régine étaient de Gainsbourg. Il y du beau monde aussi à la direction d'orchestre : Alain Goraguer, Michel Colombier et Jean-Claude Vannier, qui ont tous à un moment ou un autre travaillé sur des diques de Gainsbourg. Il y en a un quatrième, Ray Knohnotsky, mais c'est soit un pseudonyme soit relativement un inconnu car je ne trouve aucune info sur lui.
Soyons clairs, il y a à mon sens un seul titre irrésistible sur ce disque, c'est Pourquoi un pyjama ?, de 1966. Sur une rythmique digne d'une adaptation française d'un tube Tamla Motown, une diva entre Castafiore et Gretschen tyrolienne entonne le refrain, "Pourquoi un pyjama, à rayures, à fleurs ou à pois ? Pourquoi un pyjama, en coton, en fil ou en soie ?". Régine lui répond tout de go "Moi je n'en mets jamais, non jamais je n'en mets, jamais je n'ai mis de ma vie un pyjama" et ça continue sur ce rythme, "A quoi bon s'habiller quand on vient de se déshabiller ?". Là-dessus, il y a un solo d'instrument à cordes (banjo, balalaïka ?), quelques vocalises et c'est bouclé en guère plus de deux minutes.
Je me souviens avoir passé ce titre au moins une fois à la radio, sûrement dans Rock Comptines, au désespoir du pauvre Phil Sex. Je suis tombé plusieurs fois dans des bourses aux disques sur le EP original de 1966 de Pourquoi un pyjama ?, mais toujours à prix prohibitif. J'ai déjà un disque de Régine, c'est beaucoup, je n'en aurais un deuxième que si je trouve cet EP, qui contient aussi La grande Zoa, pour presque rien.
Un autre titre est à signaler, c'est Laiss's en un peu pour les autres, une production de Jean-Claude Vannier de 1971 (époque Melody Nelson donc), qui était restée inédite jusqu'à la parution de cette compilation. La chanson, sur un air 1900, est ponctuée par des interventions de Gainsbourg dans son personnage de cynique qui commente de façon lapidaire les interventions de la chanteuse ("Qu'est-ce qu'elle raconte celle-là ?", "Oh, quelle importance", "Oh dis, tu vas pas remettre ça"). Si la chanson n'a pas été publiée à l'époque, c'est peut-être à cause de son thème, la narratrice étant une putain dans un bordel aux armées, qui s'adresse à l'un de ses clients militaires : "Laiss's en un peu pour les autres, me prends pas tout. Est-ce ainsi que l'on se vautre, dis t'es pas fou. Laiss's en un peu pour Etienne, pour Jojo ou pour Loulou. Je n'serai plus jamais tienne, 'spèce de voyou.".
Tout ça n'est donc pas dénué d'une distance certaine et d'un certain humour, mais au bout du compte cette chanson est tout à fait dans le ton global des onze du disque, sorties de 1965 à 1978. Presque toutes mettent en scène des personnages qui ne sont pas simplement des "reines de la nuit", mais des femmes vénales et dévoyées, voire vulgaires. Certains titres parlent d'eux-mêmes, comme Si t'attends qu'les diamants t'sautent au cou ("Rien ne vaut un homme autour du cou, du moins pour se passer ses envies. Regarde derrière toi ma chérie, ce sont tes vingt carats qui s'enfuient. Si tu n'as que ça à mettre au clou, dépêche-toi tant que t'es encore jolie. Aux yeux de tous les vieux débris, ta jeunesse ça n'a pas de prix.") ou Ouvre la bouche, ferme les yeux ("Tu verras ça glissera mieux. Si les mouches entrent un peu, t'en fais pas pour si peu.").
Il y a aussi Les, femmes ça fait pédé, Mallo Mallory (chanson réaliste volontairement excessivement sordide) et même le disco assez réussi Tic Tac Toe ("J'refilais à mon pote l'total de mes bank-notes, toutes les liasses venues des passes à faire et refaire le tic tac toe.").
Avec une telle accumulation, l'écoute du disque en entier peut laisser un goût de cendre dans les oreilles, et en y regardant bien, le classique Les p'tits papiers résume assez bien l'atmosphère de l'album : "Un peu d'amour et d'esthétique, c'est du chagrin avant longtemps. Laissez glisser les sentiments, ça impressionne mais c'est du vent.".

Toutes ces chansons ont été incluses en 2006 sur le CD Gainsbourg fait chanter Régine, qu'on peut écouter sur Deezer.

29 décembre 2007

PSYCHIC TV : The magickal mystery D tour E.P.


Acquis à Londres fin 1986 ou début 1987
Réf : TOPY D23 -- Edité par Temple en Angleterre en 1986
Support : 2 x 45 tours 17 cm
Titres : Good vibrations -- Interzone -/- Roman P. -- Hex-sex & Godstar (Ugly mix) -/- Je t'aime (Menstrual mix)

J'ai quelques éléments de la discographie plus que conséquente de Throbbing Gristle, mais je n'aime vraiment en fait que leur titre United, que je ne dois justement pas avoir. C'est un peu pareil pour Psychic TV, le groupe que Genesis P. Orridge a formé après Throbbing Gristle : ils sont très prolifiques, mais je ne dois avoir que deux disques d'eux, un CD de remixes de leur période techno-rave et ce superbe double 45 tours, probablement assez atypique dans leur parcours car il rassemble toute une série de titres "pop" et accessibles, que j'aime beaucoup et que je devrais peut-être classer dans mes étagères pas trop loin du Sunspots de Julian Cope.
Je pense que j'ai dû entendre Godstar chez un de mes amis de Londres alors que j'y séjournais, et je me suis aussitôt précipité pour acheter cet objet, qui a presque failli donner un véritable tube à Psychic TV !
Le disque est présenté comme contenant des extraits de la bande originale d'un film nommé Godstar, consacré à Brian Jones, dont le tournage est censé avoir débuté en février 1986 à la date anniversaire de la naissance de Jones. Ceci explique que ce disque soit noyé dans les références à la seconde moitié des années 60, du Magical Mystery Tour des Beatles à Je t'aime moi non plus de Gainsbourg et Birkin, en passant par le Good vibrations des Beach Boys et Roman Polanski. A ma connaissance, ce film, tout comme le White room de KLF, n'a jamais été diffusé.
Les six titres de ce disque peuvent être classés en trois lots de deux : deux instrumentaux, deux reprises et deux chansons originales.
Les instrumentaux, plutôt synthétiques, sont sans aucun intérêt pour moi.
Les reprises sont bien exécutées techniquement mais n'apportent pas grand chose d'intéressant par rapport aux versions originales. Je t'aime est donnée dans une version principalement instrumentale, mais avec quand même les gémissements d'usage. La version de Good vibrations est par moments étonnamment proche de l'originale, mais ce que je trouve le plus intéressant c'est le passage où Genesis P. Orridge fait un monologue parlé.
Les deux chansons originales sont toutes les deux excellentes et ce sont bien sûr elles deux qui font tout l'intérêt du disque.
La Godstar c'est donc bien sûr Brian Jones, et les paroles ne sont pas tendres avec les autres Rolling Stones ("And where were all of your laughing friends ? Where were they at the very end ? They started to steal your glory They never even told your story"). Cette chanson était déjà sortie en single en 1985, je n'en ai écouté que les remixes maxi, beaucoup trop délayés et moins puissants que cette version 45 tours, dont on peut voir le très bon clip ici.
Roman P. est une chanson presqu'aussi bonne que Godstar, avec son refrain très accrocheur, "Are you free ? Are you really free ? Are you really really free ?". Evidemment, avec un sujet comme Roman Polanski, elle donne l'occasion à Genesis P. Orridge de donner dans la provoc à fond, avec des paroles qui mettent en scène Sharon Tate après sa mort commentant la vie sexuelle de Roman P. Ce titre était lui aussi précédemment sorti en 45 tours, en 1984 sur Sordide Sentimental, mais dans une édition très limitée, suivant la tradition bien établie par ce label français.
Je n'ai pas eu l'occasion de l'écouter, mais Psychic TV a édité en 2004 l'album Godstar : Thee director's cut, qui reprend sur deux CDs l'intégralité de la bande originale prévue à l'origine pour le film Godstar.