Affichage des articles dont le libellé est parasite. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est parasite. Afficher tous les articles

09 mai 2026

THE BARONS : Last night


Acquis chez Récup'R à Dizy le 29 avril 2026
Réf : 265.534 -- Édité par CID en France en 1961
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Last night -- Just a little -/- Perfidia -- Apache

Cela fait des années maintenant que j'étudie de près la question des disques qui parasitent commercialement un grand succès. Et pourtant, j'ai quand même eu un doute quand je suis tombé sur ce 45 tours à la ressourcerie. Je pensais bien que l'indicatif de l'émission Salut les copains au début des années 1960 était la version originale de Last night par les Mar-Keys. Mais quand même, outre la mention de l'indicatif au recto, on trouve une pub pour l'émission sur Europe 1 au verso. Mais mon doute n'a duré qu'un instant. C'est une belle réalisation, mais c'est bien un disque-sangsue, qui essaie de récupérer un peu du succès de la version "officielle".
En tout cas, on est le 9 mai, et c'est le premier disque acheté d'occasion cette année que je chronique. C'est la disette, alors je suis bien content d'avoir pris ce disque.

Salut les copains, ce n'est pas ma génération, mais l'impact de l'émission m'a quand même marqué, avec les suites de la vague yé-yé, et surtout le magazine, que ma tante, voire ma grand-mère, lisait dans les années 1970.

Les Mar-Keys, j'ai tendance à les confondre avec les autres groupes instrumentaux importants de Stax, Booker T and the MGs (les deux avaient plein de membres en commun, voire étaient un seul et même groupe, dont les titres sortaient sous un nom ou l'autre suivant que les cuivres ou l'orgue dominaient) et les Bar-Kays
Last night n'a pas eu du succès qu'en France, ce fut aussi un tube aux États-Unis, notamment. Comme il a fallu remplir un album en exploitant ce thème, on y trouve aussi, ainsi que sur l'EP français, les complémentaires Night before et Morning after !
Quant à Albert King, il ne s'est pas emmerdé, il a sorti à la même époque This morning, qui est un décalque pur de Last night, ce qui ne l'a pas empêché de le signer de son nom !

C'est le troisième 45 tours Last night que j'ai acheté ces dernières années (je n'ai jamais eu celui des Mar-Keys).
Le premier, trouvé en 2022, c'est une version par un groupe belge, The Daniels. Eux aussi exploitent bien le filon avec Next night et All night sur ce disque, leur premier.
Et pourquoi ont-ils choisi de s'appeler The Daniels ? Je parierais bien que, même si pour le coup Salut les copains n'est pas mentionné en clair sur la pochette, c'est dans le but de bénéficier de l'association de Last night avec Daniel (Filipacchi), l'animateur de l'émission (qui a fêté en janvier ses 98 ans).
Le second, acheté en 2023, est une version chantée par Nancy Holloway sous le titre Last night (Venez les copains).

Ce disque est le seul sorti par Les Barons. Ça confirme qu'il s'agit là d'une formation de circonstance, un nom derrière lequel on trouve des musiciens de studio.
Mais pourquoi Les Barons ? Eh bien figurez-vous que les Mar-Keys s'appelaient initialement The Spades. La fondatrice de Stax Estelle Axton, qui était aussi la maman de leur saxophoniste Charles "Packy" Axton, leur a suggéré au moment de sortir Last night de devenir The Marquis. Ils ont accepté, mais ont choisi de l'orthographier à leur manière. Il n'empêche que le nom du groupe se prononce bien à l'américaine Les Marquis et, quitte à vouloir les imiter, pourquoi pas s'appeler Les Barons ? On va pas se gêner, après tout.

La version de Last night des Barons est d'excellente facture. Seul petit reproche : elle est entièrement instrumentale. Pas de "Ooooh Last night" ou "Oh yeah" au moment des pauses, comme le fait le saxophoniste Floyd Newman avec les Mar-Keys, et ça manque un peu.

Just a little est un titre un peu jazzy, celui que j'aime le moins des quatre. En cherchant sur Discogs le nom de l'auteur, Sophia Johanna, j'ai trouvé un seul autre titre, Athens by night par The Downbeats. Une composition différente, mais dans la même veine (les deux titres de Sophia Johanna ont été inclus dans les années 1970 sur un album crédité à The Stereo Percussion Orchestra). En regardant la liste des titres de leur album Here, there and everywhere, j'ai noté qu'on y trouvait à la fois Perdifia et Apache, les deux titres de la face B de mon 45 tours. J'ai vérifié, et il s'agit bien des mêmes versions. On peut donc avancer (c'est certain en tout cas pour la face B) que les enregistrements présentés sous le nom des Barons sont en fait par The Downbeats, qui se trouve sans surprise être un groupe instrumental, probablement de New York, spécialisé dans l'enregistrement de reprises.

Perfidia est un boléro créé en 1939 et devenu très vite un classique. La version des Barons/Downbeats est dans un style de rock instrumental sixties, mais elle est cependant assez différente de celle des Shadows.

Les Shadows, il en est bien entendu question avec le dernier titre, Apache. Là encore, la version des Barons n'est pas une pâle copie de celle des Shadows. Elle a un son de guitare plus western, je dirais, avec des petits "grincements de cordes" surprenants et sympas.

En tout cas, ces usurpateurs n'ont beau être que Barons et même pas Marquis, leur disque, à un titre près, est d'excellente tenue. Mais je doute qu'on ait jamais entendu ce groupe sur l'antenne d'Europe 1.

11 février 2023

YANKEE HORSE : Vénus


Acquis chez Damien R. à Avenay Val d'Or le 22 novembre 2022
Réf : 640 001 -- Édité par Young Blood en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Vénus -/- Who needs love

Dans la pile de disques que vendait Damien, outre le Souchon, je ne pouvais pas laisser passer celui-là. Il nous donne l'occasion de revenir une fois de plus sur l'histoire du tube Venus.



La première version, un succès énorme, a été enregistrée en anglais par des hollandais, c'est Venus de Shocking Blue, publiée en juillet 1969.
On sait désormais que cette première version n'est pas complètement "originale" puisque, outre le riff d'intro qui rappelle Pinball wizard de The Who, l'ensemble de la chanson s'inspire très largement de The Banjo Song, un titre publié en 1963 par The Big Three, un groupe qui comprenait notamment Mama Cass et Tim Rose, et une chanson qui est elle-même une version d'une chanson du 19e siècle, Oh ! Susanna de Stephen Foster (oui, je sais, faut suivre...!).



Il y a quelques années, j'ai déjà eu l'occasion de chroniquer le disque ci-dessus, Venus de The Blocking Shoes, un très bel exemple de parasitage commercial, avec "Venus" en gros, la statue de la Vénus de Milo, et surtout un inventif nom de groupe contrepétant Shocking Blue !

Le disque qui nous intéresse aujourd'hui est exactement dans la même veine et c'est un nouvel exemple très réussi de sortie de disque dont la seule justification est de piéger le gogo et de capter une partie des ventes d'une chanson à succès.

Comme souvent, puisque c'est ce qui attire l’œil chez le disquaire, la contrefaçon commence par la pochette.
Ici, nous avons un fond bleu, comme pour le disque de Shocking Blue, "Vénus" écrit en bien gros et bien lisible, et une statue d'une figure féminine debout positionnée sur le côté gauche de la pochette.
Mais là, il y a une petite originalité : la statue n'est pas la Vénus de Milo, comme pour Shocking Blue et The Blocking Shoes, mais la déesse Niké, avec la statue connue comme la Victoire de Samothrace, conservée au Musée du Louvre.
La pochette porte également la mention "Version originale anglaise". Cela n'a aucun sens et là encore le seul but est de tromper le client. La seule version originale est en anglais par des hollandais. Ici, on a peut-être affaire à la première reprise de la chanson par un groupe anglais (rien n'est moins sûr, évidemment), mais certainement pas à une version "originale".

D'ailleurs, si on s'intéresse au disque lui-même, on n'est pas surpris que la version de Vénus par Yankee Horse soit une copie très proche de la version de Shocking Blue, puisque c'est là tout le but de l'exercice !
Notons que cette version étant chantée par un homme, les paroles du refrain subissent une très légère modification ("I'm yours Venus" au lieu de "I'm your Venus").
Je trouve que ce qui fait l'intérêt de cette version, c'est l'orgue qui est un peu plus en avant et les congas, qui donnent à l'ensemble un son un peu garage.

En face B, Who needs love est une création pour le coup. Avec son rythme, le chant et ses chœurs, je lui trouve une forte influence Bo Diddley, en version pop.
C'est le crédit "D. Stephenson" de cette face B qui m'a permis d'identifier le groupe qui se cache derrière l'intitulé assez incongru Yankee Horse. Il s'agit de Dave Stephenson, qui était à l'époque membre de The Perishers.
La biographie de The Perishers chez 45cat donne des détails sur les circonstances de l'enregistrement de cette reprise de Venus : elle a été enregistrée alors que leur bassiste en titre était parti faire carrière aux États-Unis. A son retour, quand il a retrouvé ses collègues de The Perishers qui s'étaient séparés entre-temps, ils ont fondé Worth.

Le filon n'est peut-être pas inépuisable, mais on ne sait jamais : rendez-vous ici dès que je trouve une autre reprise opportuniste de Venus !

12 mai 2017

THE MICHELS : Blue moon


Acquis sur le vide-grenier d'Avize le 8 mai 2017
Réf : HIT 451 -- Édité par Roy en France en 1961
Support : 45 tours 17 cm
Titres : THE MICHELS : Blue moon -- THE TOP-HITS : Surrender -/- CHIBBU KLEBER : Pony time -- THE TOP-HITS : Apache

Le temps était correct à Avize lundi dernier et j'ai trouvé quelques disques. Rien de génial ni en qualité ni en quantité, mais j'ai quand même été bien content de trouver, pour 50 centimes, ce 45 tours en très bon état.
Il me semble que je connais cette pochette. Je l'ai peut-être déjà vue chez Dorian Feller. Belle réussite en tout cas, complètement d'époque, avec sa pin-up blonde en polo tricoté sur un maillot de bain, plus des nœuds rouges dans les couettes !
J'ai examiné rapidement le disque sur place, et sur le coup j'ai cru avoir affaire à une édition française d'une production d'un label américain spécialisé dans les éditions pas chères d'airs connus, comme Pontiac/Remington par exemple.
J'avais vu en tout cas qu'il y avait des versions d'Apache des Shadows et de Blue moon. Du coup, j'étais persuadé que, pour ce dernier titre, ce serait une version instrumentale, comme celles de Santo & Johnny ou Marcel Bianchi.
C'est à l'écoute du disque, quand j'ai découvert que Blue moon était chanté et que le titre était attribué à The Michels (à ne pas confondre avec le duo contemporain de Rennes), que j'ai compris ce qui se passait.
Il faut imaginer la scène, en 1961, un peu partout dans les provinces françaises. Un gars se pointe chez l'épicier du coin, qui a quelques disques en vente, et lui dit qu'il voudrait le 45 tours d'une chanson qu'il a entendue à la radio. "Bloumoune" ça doit s'appeler, et le groupe, c'est "Ze quelque chose, avec un prénom je crois". Et le gars repart tout content avec son disque de The Michels, alors que la chanson qu'il a entendue à la radio, c'était celle du groupe américain de doo-wop The Marcels !! Mais bon, rien de grave, la version des Michels est très compétente et aussi proche que possible de celle des Marcels, en plus il y a trois autres succès sur le disque et ça coûtait moins cher !
Même type de procédé sur l'autre face pour la version du célèbre Pony time de Monsieur Twist, Chubby Checker. Là, comme on l'a vu dans le passé avec Shocking Blue/The Blocking Shoes, l'identité originale est à la fois contrefaite et contrepète pour créer un monstre digne de Frankenstein, Chibbu Kleber !!!
Je suis de plus en plus fasciné par l'ingéniosité mise en œuvre au fil des années par l'industrie du disque pour parasiter commercialement les plus grands succès, des multiples "versions originales" aux pochettes copiées, en passant par les assonances sur les noms. Du coup, je viens de créer une nouvelle catégorie, parasite, pour les disques de ce genre chroniqués ici.
Je ne sais pas quels musiciens de session se cachent derrière le nom The Top-Hits mais, outre la version d'Apache, ils proposent ici une interprétation chantée de Surrender, un tube d'Elvis Presley, une adaptation par Doc Pomus et Mort Shuman d'une ballade napolitaine de 1902.
J'ai cherché à en savoir plus sur le label Roy, et j'ai vite compris que, malgré sa bannière avec son beau slogan en anglais "The best is my desire", ça devait être un label français, puisque parmi ses quelques parutions dont j'ai trouvé la trace, il y a un Conte érotico-sadique de Mike Sady, ou O bone Jesus par Les Petits Chanteurs de Saint-Louis de France. J'ai aussi noté que certains disques Roy étaient distribués par Disques Président, un label justement spécialisé dans les productions économiques vendues hors du réseau des disquaires spécialisés. J'ai eu confirmation des liens très proches entre les deux labels en découvrant un autre 45 tours compilation, Only the hits, avec une pin-up brune cette fois sur la pochette, mais les deux mêmes versions de de Blue moon et Pony time, plus deux autres reprises créditées à The Top-Hits.
On note que le nom des interprètes n’apparaît que sur l'étiquette du disque. Aucun nom d'artiste sur la pochette : on a pris soin d'effacer ceux des Marcels et de Chubby Checker sur les extraits de classement Cash Box au dos :




Une nouvelle fois, un grand bravo à tous les gens chez Roy qui ont pris tant de peine à imiter au plus près ces tubes pour réussir à vendre quelques centaines ou milliers de disques. Même s'il s'agit en quelque sorte de contrefaçons, je veux bien trouver quelques autres beaux disques de ce genre au cours de cette saison des vide-greniers.

10 juillet 2016

THE BLOCKING SHOES : Venus


Acquis sur le vide-grenier de Montcetz le 3 juillet 2016
Réf : 3.529 -- Édité par Véga en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Venus -/- Blossom shoes

La semaine dernière, avant d'assister au concert du Eyo'nlé Brass Band dans le cadre du Festival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs, je suis passé en plein milieu d'après-midi sur le vide-grenier de Montcetz, à quelques minutes de Châlons, où je n'avais pas dû mettre les pieds depuis les fêtes mémorables dans l'ancienne salle communale à l'époque du lycée.
Même à cette heure tardive (certains stands commençaient à remballer à la fin de mon petit tour), j'ai trouvé des disques intéressants sur deux stands, dont un lot de trois 45 tours de 1969 venant sûrement du même propriétaire, avec Mais non mais non d'Henri Salvador (je m'étais justement fait la remarque dans la semaine que ce disque manquait à ma collection), un EP du groupe Les Musiciens, et ce 45 tours avec une reprise de Venus de Shocking Blue.



Venus est une excellente chanson, dès l'intro à la guitare acoustique. Ensuite, il y a les motifs d'orgue, les parties de guitare électrique, et surtout un refrain efficace, même s'il ne me parait pas si évident que ça dans sa construction, avec d'un côté le "She's got it, yeah baby she's got it" et de l'autre "I'm your Venus, I'm your fire, at your desire".
C'est sûrement le plus gros tube pop-rock d'un groupe hollandais dans l'histoire. Numéro 1 un peu partout dans le monde entier, à commencer par la France et les Etats-Unis. Si vous n'avez pas ce 45 tours dans votre discothèque, il vous le faut, et ça ne devrait pas être trop difficile de le trouver à 50 centimes dans le premier vide-grenier venu.
Évidemment, un tel succès attire les convoitises. Ce n'est pas un hasard si, toutes les éditions françaises du 45 tours de Shocking Blue, même la toute première, comportent la mention "Version originale" imprimée sur la pochette. Un moyen comme un autre de se prémunir contre les copies qui à l'époque parasitaient souvent, au moins marginalement, les ventes des grands succès.
Et, avec ce 45 tours de The Blocking Shoes, on a un bel exemple de copie de tube, comme on a déjà eu l'occasion d'en chroniquer ici pour A whiter shade of pale, Seaside shuffle ou Al Capone.
Les recettes sont peu ou prou à chaque fois les mêmes. On s'attaque d'abord à la pochette, ce qui sert à vendre le disque en magasin. Dans ce cas précis, c'était facile : la Vénus de Milo étant assez ancienne pour être libre de droits, on prend une photo avec exactement le même angle, on l'agrandit et on la colle bien au centre de la pochette.
Ensuite, il y a le nom du groupe qui, associé au titre de la chanson, doit inciter les clients à penser qu'il s'agit du disque original. Dans la lignée des Pro Cromagnum ou Prince of Wales All Stars, je dois avouer que les gens derrière la sortie de ce disque ont fait fort en claquant The Blocking Shoes, une façon très habile de réaliser leur contrefaçon en lui adjoignant la force d'une contrepèterie !
Pour ce qui est de l'enregistrement lui-même, l'idée est généralement de reproduire au plus près l'arrangement et la production du tube original. Ce n'est pas exactement le cas avec la version de Venus par The Blocking Shoes, qui est plus électrique et plus lourde, avec des relents psychés. Pas mal dans le genre.
La face B, Blossom' shoes, poursuit dans la même veine, avec un titre largement instrumental, si ce n'est des sortes de "Na na na" qui donnent ce qui aurait pu être la ligne de chant.
Généralement, les musiciens qui enregistrent ces copies sont des professionnels de studio qui restent anonymes. Dans ce cas précis, on a une information qui nous est fournie par la face B, créditée à Sam Oliver. Discogs nous apprend que Sam Oliver serait un pseudonyme du compositeur Bernard Gérard, réputé notamment pour ses musiques de films, comme Ne nous fâchons pas. Il y a donc fort à parier pour que ce soit Bernard Gérard et son orchestre qui se cachent derrière The Blocking Shoes.
Pour finir, notons quelques bizarreries supplémentaires.
Quelques mois plus tôt, c'est Véga qui avait édité en France le 45 tours précédent de Shocking Blue, Long lonesome road. De façon incongrue, on a donc dans le rappel catalogue au dos de cette contrefaçon une mention pour un disque du groupe qui est plagié !
Dans le même ordre idée, quatre mois plus tard et sûrement de manière très éphémère car on voit rarement ce disque, la maison de disques qui distribuait Véga a réédité Venus de Shocking Blue en France sous licence Pink Elephant. On a donc une réédition officielle du tube présentée au verso strictement de la même façon que sa copie !!
Chez Vinyl Vidi Vici, j'ai aussi appris que ces deux titres de The Blocking Shoes ont été réédités à peine trois mois plus tard par Véga, mais sous le nom de The Planeters, sur un EP partagé avec Raymond Ruer.
A ce niveau de recyclage de contrefaçon, ça devient difficile à suivre. D'autant que, en 1971, Shocking Blue a sorti un 45 tours intitulé Blossom Lady. Je ne pense pas pour autant que les hollandais essayaient de rendre la monnaie de leur pièce à The Blocking Shoes !

02 janvier 2013

BUDDAH BOOM VOL. 1


Offert par Philippe R. à Bouilly le 26 décembre 2012
Réf : 0920 038 -- Edité par Barclay en France vers 1969
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Voilà un très beau cadeau de Noël que m'a fait Philippe, un disque qui a appartenu un temps aux collections de l'ORTF/Radio France, avant d'échouer en 2012 dans un Emmaüs de l'Ouest de la France.
Cet album contient quelques raretés des années 1967-1968, mais il est particulièrement intéressant, comme d'autres disques dont j'ai eu l'occasion de parler ici, pour ce qu'il nous raconte des pratiques de l'industrie du disque.

Il s'agit au départ d'une compilation du catalogue de Buddah Records, un label qui, signalons-le au passage, a été fondé par les patrons de Kama Sutra pour se sortir d'un contrat de distribution avec MGM.
En France, c'est Barclay qui était chargé de distribuer Buddah.  Vers 1968-1969, Barclay a édité dans sa série Panache une compilation Buddahrama, qui présentait un échantillon des publications du label. Une bonne partie des titres (mais pas tous) était aussi disponible en 45 tours en pressage français. Voici la pochette de Buddahrama :



Quelques temps plus tard,Barclay a réédité cette compilation et l'a rebaptisée, vous l'avez deviné, Buddah boom. Enfin, quand je dis "réédité", c'est un abus de langage car en fait, l'album initial a été re-commercialisé avec la même référence et une nouvelle pochette, mais le disque lui-même est le disque original : l'étiquette indique Buddahrama et pas Buddah boom.
Mais pourquoi ce nouveau titre et cette nouvelle pochette ? Ceux qui connaissent les disques de la collection Formidable rhythm and blues l'auront instantanément compris en voyant la deuxième pochette : pour tenter de récupérer quelques miettes du succès phénoménal de cette collection et des quelques autres (Surboum rhythm and blues, Incroyable, Terrible et Remarquable...) qui l'ont accompagnée dans ces années où le rhythm and blues s'est d'un seul coup trouvé très en vogue en France. J'ai déjà eu l'occasion de parler ici de la collection Formidable, et on trouve une présentation détaillée de ces albums et .

Il ne faut pas commettre l'erreur de penser que Barclay s'est livré ici à un acte de parasitage commercial, voire de pure contrefaçon, comme par exemple Polydor l'a fait avec l'album Rythm and blues show. En effet, même si par la suite les disques Formidable du label Atlantic ont été réédités par Filipacchi, c'est bien Barclay qui a lancé ces séries de disques avec une face lente et une rapide et des titres enchaînés, proposant ainsi "un programme tout fait pour votre boîte de nuit ou vos surboums". Barclay, qui avait à l'époque en distribution, outre Atlantic, Stax, Atco, Chess et Jubilee, les labels qui ont fourni la matière à ces différentes compilations.
Le verso de Buddahrama est le même celui de Buddah boom, à l'exception du titre. C'est à dire que la maquette est identique à celle des disques Formidable à partir du volume 3 : encres noir et bleu, grosses flèches bleues pour indiquer les "50% rapide" et les "50% lent", slogan "Enchaînés sans interruption... Comme dans une discothèque... 12 tubes formidables" en haut. Visiblement, quelqu'un chez Barclay a pensé que ça ne suffisait pas, et ils se sont attaqués au recto pour la deuxième édition : lettrages avec les grosses initiales, indication du volume en noir, liste des artistes et, élément essentiel, une photographie en couleur prise par Jean-Pierre Leloir.

En fait, il n'y a qu'une chose qui manque, et Barclay n'a pas osé aller jusqu'à l'utiliser, c'est la mention "Rhythm and blues". Et pour cause, contrairement à Atlantic, Stax ou même Chess, il est assez difficile d'appliquer cette étiquette à Buddah, qui était avant tout un label pop, dont les plus grands succès étaient même carrément du bubblegum (en français : de la guimauve).
Les compilateurs ont malgré tout essayé de contourner cet obstacle en plaçant en début de disque les deux titres les plus soul/r'n'b du lot, Soul is takin' over d'Henry Lumpkin et If I didn' t love you de Toni Lamarr. C'est sûrement pour ça que le seul vrai tube présent sur l'album, Green tambourine des Lemon Pipers, classé numéro 1 des ventes aux Etats-Unis, est relégué en fin de face A. Ça fait plusieurs bons titres, si on y ajoute une autre sucrerie pop psychédélique (Land of Oz par Le Cirque) et Sure 'nuff 'n yes I do, un des meilleurs titres du tout premier album édité par Buddah, le Safe as milk de Captain Beefheart and his Magic Band (mon exemplaire s'appelle Dropout boogie), dont on se demande comment il a pu se retrouver signé sur le même label que tous les autres ici présents.

Si la face rapide passe encore à peu près, la face lente, après les deux premiers titres, Baby baby please de Timothy Wilson et le slow de Beefheart, I'm glad, ne propose que de la soupe tiède et indigeste.
Plusieurs des artistes ici présents ont eu une très courte carrière, réduite à un ou quelques disques, et je pense que certains des titres de cette compilation ont rarement été réédités. Cette compilation a dû très peu se vendre et, à ma connaissance il n'y a jamais eu de volume 2. Au bout du compte, c'est quand même l'histoire éditoriale du disque qui me parait la plus intéressante ici. Et si vous voulez me faire un cadeau, pour rester dans les objets promotionnels étranges, il y a ce 45 tours promo de Green tambourine diffusé par Barclay sous le nom d'artiste Les Citrons Pressés qui me fait bien saliver !


Les Citrons Pressés et leur tambourin vert s'en prennent à un gros nounours sur un plateau télé à Cincinnati !

21 juin 2012

PRINCE OF WALES STARS : Al Capone


Acquis sur le vide-grenier de Roches-sur-Marne le 10 juin 2012
Réf : EP 1115 -- Edité par Disc'AZ en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Al Capone -- Very original -/- I was Kaiser Bill's batman -- A lion may be beholden to a mouse (On a toujours besoin d'un plus petit que soi)

Allez, après Howard Werth et Henri Salvador, voici l'une des plus belles trouvailles faites à Roches-sur-Marne.
Déjà, la pochette est très réussie. On ne sait pas qui l'a réalisée, mais il est quand même précisé que c'est un Ektachrome "d'après 'Le cauchemar de magritte' ". Tu m'étonnes.
En tout cas, ça donne une bonne indication de ce que ce disque représente ce, car on a en fait à faire à un cas particulièrement élaboré (et réussi) de parasitisme discographique. C'est un type de disque très courant, mais je crois bien que la dernière fois que j'étais tombé sur un cas d'école aussi intéressant, c'était pour le Whiter shade of pale de Pro Cromagnum (Sapiens).
Alors, examinons la méthode pour tenter d'aspirer efficacement les ventes d'un succès du disque. D'abord, on met le titre, Al Capone, en très gros sur la pochette. En effet, si un pékin moyen a entendu le morceau original à la radio, c'est probablement le titre de celui-ci qu'il aura retenu et qu'il cherchera chez le disquaire (aparté pour ceux qui n'ont pas connu ça : les disquaires étaient des magasins qu'on trouvait dans les villes grandes et petites, où une grande partie de la population dépensait de l'argent pour acheter de la musique enregistrée sur des antiquités qui se sont successivement appelées 78 tours, 45 tours, 33 tours, cassette et CD...).
Pour assurer le coup, nommez le deuxième titre Very original. Comme ça, en le plaçant en encadré sous le premier, le pigeon inattentif, pourra croire avoir lu "Version originale" !
Ensuite, le nom de l'artiste. C'est un pseudo bidon qui ne servira qu'une seule fois, mais autant le choisir habilement, des fois que le client ait aussi entendu ou lu le nom de l'artiste original. Dans ce cas précis, c'était Prince Buster's All Stars, alors va pour Prince of Wales Stars, ça commence par Prince et ça finit par Stars ! (Je vous dis, c'est très élaboré).
Et pour finir, au cas où le consommateur aurait aperçu la pochette originale du disque dans une revue ou chez un autre disquaire, on a mis au dos une cible de tir comme sur la pochette originale du EP français Al Capone de Prince Buster.
Je ne sais pas si Prince Buster a de bons avocats, mais si c'est le cas ils ont dû avoir des honoraires conséquents en tentant au fil des années de protéger ses droits sur cet instrumental publié pour la première fois en 1965.
Les gens de ma génération, qui ont vécu en plein la seconde vague du ska lancée par 2-Tone en 1979-80, ont longtemps connu Al Capone sans le savoir. En effet, au moment où Gangsters, le premier single des Specials, se vendait comme des petits pains, on avait très peu d'occasions d'écouter Al Capone, le disque n'étant alors quasiment plus distribué. Pourtant, quand enfin on a l'occasion de comparer les deux titres, la filiation est plus qu'évidente : certes, les Specials ont fait de l'instrumental de départ une vraie chanson, avec des couplets chantés qui ont peu à voir avec le titre original, mais tout ce qui est mémorable dans Al Capone est utilisé tout au long de Gangsters, de l'accroche instrumentale aux quelques exclamations façon "Don't argue" ou "Don't call me scarface". Je n'ai jamais compris comment un fan de musique comme Jerry Dammers avait pu sortir ce titre sans créditer son idole. D'un autre côté, il ne s'attendait sûrement pas à ce que sa face de 45 tours auto-produit fasse le tour du monde. Les reprises ultérieures de Prince Buster par Madness ou The Specials ont correctement crédité Cecil Campbell, alias le Prince.
Je viens de le découvrir, mais quatre ans plus tôt, en 1975, un autre succès était une resucée d'Al Capone. Il s'agit de Do you wanna bump ?, le tout premier single signé Boney M, qui est en fait une version disco (non créditée) d'Al Capone, dont le succès a poussé son créateur Frank Farian à recruter un groupe pour incarner Boney M...
Même une fois que j'ai su, au tout début des années 1980, queGangsters était en fait Al Capone, je n'ai jamais imaginé que ce morceau avait pu avoir du succès en France à l'époque, ni même qu'il avait pu y être édité. Eh bien, j'avais tort ! C'est début 1967 que le 45 tours s'est classé parmi les meilleures ventes en Angleterre, et c'est à ce moment que le disque est sorti en France, en EP avec pochette illustrée et en 45 tours deux titres avec comme mention  au verso "La seule version originale. Car il y avait de la concurrence. Outre celle des Prince of Wales Stars, au moins une autre version était disponible, celle du groupe de jazz Nouvelle-Orléans Les Haricots Rouges. Le 30 mars 1967, à la télévision dans Le palmarès des chansons, le groupe a interprété ce titre, sur lequel Régine dansait sa nouvelle danse, le "skate". Le skate, et pourquoi pas tout simplement le ska ? On se le demande car le Jackson de Nancy Sinatra et Lee Hazlewood, emblématique du skate, n'avait rien à voir avec le ska. Régine a peut-être confondu les deux, mais en tout cas Disc'AZ était à l'affût et n'a pas manqué d'apposer la mention "Spécial 'skate' " bien en vue sur le disque des Prince of Wales Stars.
Tiens, justement il est grand temps d'y jeter une oreille, à ce disque.
D'abord, notons qu'Al Capone est peut-être le titre le moins intéressant du lot. La version est plutôt molle, pas très ska, sans trop d'intérêt. L'autre reprise, I was Kaiser Bill's batman, un succès en 1967 pour Whistling Jack Smith, est un titre sifflé, justement, très léger mais très sympathique.
Les deux autres titres sont des originaux crédités à l'improbable Mike David Sutton. Je n'ai trouvé aucune référence à cette personne probablement fictive, au patronyme anglo-saxon mais dont je soupçonne qu'elle cache un musicien français sous pseudonyme.
En tout cas, Very original est un titre intéressant, un instrumental assez typique de l'époque, façon musique de film quasi-psyché, avec des bongos et une bonne guitare électrique saturée. Beaucoup  plus léger mais tout aussi réjouissant, A lion may be beholden to a mouse (On a toujours besoin d'un plus petit que soi) enchaîne des extraits de comptines entrecoupés de phrases en français dites par une voix féminine.
Ce 45 tours de Prince of Wales Stars est assez recherché par certains collectionneurs, pour Very original, mais aussi et surtout pour la version d'Al Capone, qui compte un invité vedette crédité au verso de la pochette, Mike Pasternak. Sous son vrai nom, cet animateur de radio américain, qui a inspiré l'un des personnages du sympathique mais au bout du compte plutôt décevant film Good morning England, est peu connu, mais sous son nom de radio, c'est une légende, qui lui vaut des titres différents dans le monde anglo-saxon, où il l'est Emperor Rosko, et en France où on le connait comme le Président Rosko. Sa carrière française, il l'a d'abord faite chez Barclay et sur les radios Europe 1 et RMC, mais au moment où il a participé à l'enregistrement de ce disque il présentait l'émission Minimax sur RTL. Cette même année 1967, Rosko était l'animateur de la tournée Stax/Volt en Europe et c'est lui qu'on entend annoncer les groupes sur les enregistrements de ces concerts.
Rosko a enregistré quelques disques au fil de sa carrière et il semble bien que le titre auquel on l'associe le plus est justement Al Capone. Pas tellement à cause de ce 45 tours des Prince of Wales Stars, plutôt parce qu'en fait Al Capone a aussi été édité en Angleterre sous le nom d'Emperor Rosko, chez Trojan, s'il vous plait ! En fait, Trojan a même sorti ce titre trois fois : en 1970 (référence TR-7758) et deux en fois en 1975 (référence TR-7949 avec en face B Anna par The Main Men et référence TRO 9059 avec en face B Phoenix City de Roland Alphonso).
Toutes les sources, à commencer par le livre Young gifted and black : The story of Trojan Records, indiquent que les disques de 1975 sont une réédition de celui de 1970. Je pense que c'est faux et qu'on a à faire à  deux versions différentes.
La version de 1975 (je pense que c'est la même dans les deux éditions) est excellente, très roots et très dynamique, avec une forte présence de Rosko. Il est indiqué que c'est une production Alted.
La version de 1970, très honnêtement je ne l'ai pas écoutée car je ne l'ai pas trouvée en ligne, mais mon petit doigt me dit qu'il s'agit tout bonnement de la version des Prince of Wales Stars. Pourquoi ? Pour deux raisons : la face B est Kaiser Bill, ce qui me rappelle quelque chose, et le producteur mentionné est français, c'est même un producteur très réputé puisqu'il s'agit de Michel Colombier !!
Voilà une info très intéressante, qui nous ouvre des perspectives. Sachant en plus que Colombier a produit de nombreux EP pour Disc'AZ dans les années 1960, je pense qu'elle permet d'avancer sans trop se risquer que les Prince of Wales Stars sont en fait Michel Colombier et son Orchestre et que Mike David Sutton n'est autre que Michel Colombier lui-même...
A confirmer, mais voilà une bonne raison de plus pour les collectionneurs de chercher ce disque (je conseille plutôt aux fans de ska de chercher une édition Trojan de 1975). Quant à moi, des découvertes comme celles-ci compensent largement les heures perdues sur les vide-greniers à se salir les doigts à fureter dans des piles de disques sans intérêt...

A lire, une longue interview d'Emperor Rosko chez Soundscapes.


13 novembre 2008

BIG TEARS AND THE CROCODILE : Sea side shuffle


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 14 septembre 2008
Réf : UP 35387 -- Edité par United Artists en France en 1972
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Sea side shuffle -/- Sea side shuffle (Instrumental)

Le jour où j'ai acheté ma vingtaine d'EP et 45 tours sixties à la brave dame à Athis, y compris celui d'Eileen, je suis repassé devant le stand quelques minutes plus tard en lui jetant un regard déjà nostalgique, vu toutes les bonnes trouvailles que j'y avais faites.

C'est alors que j'ai remarqué que le 45 tours figurant en tête de l'une des boites, visible depuis l'autre côté de la rue, portait la mention "Sea side shuffle". J'avais dû le négliger à l'aller car c'était un 45 tours simple dont la pochette papier avait souffert, et les EP en bon état avaient capté toute mon attention, mais là j'ai tout de suite retraversé la rue et ajouté 50 centimes au pot pour récupérer ce disque.

Pendant quelques secondes, je me suis fait avoir et j'ai cru avoir en main la version originale de cette chanson Seaside shuffle, le tout premier tube écrit par Jona Lewie. Mais j'ai tout de suite eu un doute, car je me souvenais que, si le nom du groupe comprenait un jeu de mots avec des noms d'animaux, il s'agissait plutôt d'animaux préhistoriques que de crocodiles.

En fait, tout comme le disque de Pro Cromagnum (Sapiens) visait à parasiter le succès de A whiter shade of pale, celui-ci, qui affiche fièrement la position de "N° 1 en Angleterre" (n° 2 au mieux en fait) de la chanson ne vise qu'à récupérer un bout du gâteau du succès du disque original, Seaside shuffle par Terry Dactyl and the Dinosaurs. Le succès de ce disque a été suffisamment important pour qu'il sorte en France à la même époque au moins une autre reprise parasite, celle de Jo Sony Arven System (quel nom !).

L'histoire de ce tube est un peu particulière. C'est une chanson qui figurait au répertoire du groupe de blues rock Brett Marvin and the Thunderbolts, composée par leur pianiste John Lewis alias Jona Lewie. Comme elle était vraiment très légère et commerciale, ils ont préféré utiliser un pseudonyme, Terry Dactyl and the Dinosaurs donc, quand il s'est agi de l'éditer en 45 tours, en 1971 la première fois avant qu'une réédition amène le succès en 1972. Evidemment, elle a mieux marché que tous leurs disques précédents, tant et si bien que l'album suivant de Brett Marvin and the Thunderbolts, le troisième, a été intitulé Alias Terry Dactyl and the Dinosaurs !

La chanson a un petit côté cajun et a souvent été comparée à un autre gros succès, In the Summertime de Mungo Jerry, le tube de l'été 70, avant la sortie de Seaside shuffle donc. Mais il n'est pas si facile de savoir qui a influencé qui car, selon Wikipedia, Mungo Jerry a eu l'occasion d'entendre Seaside shuffle sur scène avant d'enregistrer In the Summertime, alors qu'il faisait la première partie de Brett Marvin and the Thunderbolts.

A l'écoute de Seaside shuffle, on reconnaît parfaitement la patte de compositeur de Jona Lewie, celle qui lui apportera à nouveau le succès quelques années plus tard, avec Stop the cavalry notamment. Mais, autant que je m'en souvienne, quand Jona Lewie a édité On the other hand there's a fist, son premier album chez Stiff en 1978, et qu'il a participé au Be Stiff tour, la tournée des nouvelle signatures du label, personne ou presque, ni chez ceux chargés de faire sa promotion chez Stiff (évidemment), ni chez les journalistes, ne signalait que Jona Lewie avait déjà une assez longue carrière derrière lui.

On ne saura probablement jamais quels musiciens se cachent derrière Big Tears and the Crocodile. Personnellement, je pencherais pour des français, car le disque n'a visiblement été édité que chez nous et il ne se contente pas de reproduire le plus fidèlement possible l'enregistrement original, il pastiche aussi la pochette française du disque (l'anglaise est très différente) :



La face A est une reprise tout à fait compétente de la chanson originale, mais n'a aucun intérêt particulier. Outre sa curiosité éditoriale, le seul intérêt de ce disque musicalement, c'est la version instrumentale qui figure en face B : la mélodie principale y est jouée par un duo de kazoo et de Moog du plus bel effet, qui donne un peu de sel à cet enregistrement !

Le label RPM a sorti en 2007 le CD Sea side shuffle, une compilation d'enregistrements de Terry Dactyl and the Dinosaurs.

31 octobre 2008

PRO CROMAGNUM (SAPIENS) : A whiter shade of pale


Acquis sur la braderie/brocante d'automne d'Ay le 26 octobre 2008
Réf : 66 561 -- Edité par Polydor en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : A whiter shade of pale -/- Neurotic saga

A Ay, deux fois par an, c'est moitié braderie et moitié vide-grenier. Entre les camelots de la braderie et les pros de la brocante, pas grand chose à espérer mais, ici comme ailleurs, il suffit souvent d'un stand pour trouver son bonheur. Là, il s'agissait de deux particuliers qui avaient trois cartons à chaussures de 45 tours à 50 centimes, à qui j'ai acheté sept disques, dont le tout premier 45 tours de Henri Guedon.
Quand je suis tombé sur ce 45 tours, avec ce nom de groupe, (ils ont dû avoir des hésitations car sur le rond central de mon exemplaire, c'est un autre nom de groupe qui figure, Procuularum), j'ai pensé qu'il s'agissait d'un gros pastiche bien comique du tube de Procol Harum. En fait non, malgré le jeu de mots foireux sur Cro-Magnon le sapiens, il ne s'agit pas d'un pastiche, juste d'une reprise de A whiter shade of pale, le cas classique d'un single qui sort en même temps qu'un grand tube "N° 1 au hit-parade" en vue de parasiter son succès et de récupérer quelques miettes du gâteau. Pour ce qui est du dessin de l'église sur la pochette, je ne sais pas trop ce qu'il vient faire là. Peut-être qu'il s'agit d'associer cette chanson à une marche nuptiale, même si — j'ai vérifié — les paroles n'ont rien à voir avec ce thème.
Cette reprise est assez fidèle à l'original et plutôt de bonne qualité. Il y a peut-être moins d'écho, l'orgue est moins vaporeux et il a même une attaque assez forte par moments. Le chant est bon, et le jeu de batterie aussi.
Mais ce qui fait vraiment l'intérêt de ce disque, c'est sa face B. Et là, oublié le slow du siècle ! L'orgue est toujours là, mais il est aussi saturé que la guitare, à peine présente sur la face A. Le chanteur est toujours aussi bon, mais sacrément plus excité. Neurotic saga a une pêche d'enfer. C'est ce qu'on appelle depuis relativement peu de temps du freakbeat, entre les Monks et des Seeds survitaminés. Une vraie bombe. La chanson alterne des phases hyper-énergiques avec des pauses marquées. Elle est la preuve que, en plein Summer of love, les substances psychédéliques auxquelles les paroles font référence n'avaient pas rendu tout le monde amorphe. Le chanteur a l'air quand même un peu perdu et le leitmotiv du refrain "What I'm gonna do" rappelle le blues explosé contemporain de Captain Beefheart.



Lorsque j'ai commencé à chercher des informations sur ce disque, je suis tombé sur cette page du site blackeyedsoulclub, qui propose d'écouter Neurotic saga, et qui explique que cette chanson est la version chantée en anglais du titre Le papyvore enregistré par Les Papyvores. C'est probablement le cas, mais alors il existe une autre édition en anglais de cette chanson, éditée sous le titre Phone me par Buddy "Badge" Montezuma.
Mais reprenons les choses dans l'ordre. Le personnage central de toute cette histoire est Richard Bennett, alias Burt Blakey, alias William Bennett (les deux "auteurs" crédités pour Neurotic saga).
Batteur de jazz, il était membre au début des années 60 des Dixie Cats. En 1961, après une tournée avec les Chaussettes Noires, une rencontre choc avec Vince Taylor et une première partie de Ray Charles, le groupe se tourne vers le rock, et accompagne notamment Nancy Holloway. A la séparation du groupe en 1964, Richard Bennett est recruté comme directeur artistique par Barclay, dont il prend en charge le label Riviera. Fin 1965, il lance la carrière de son ami le bassiste des Dixie Cats, Nino Ferrari, alias Nino Ferrer.
En 1965 toujours, il rencontre lors du gala annuel de HEC les Peetles (ou Piteuls), un groupe de Colombes avec qui il publie chez Riviera Marcelle, un 45 tours crédité à Bain Dis Donc.
Pas mal, déjà ! Mais, Richard Bennett est alors recruté, toujours comme directeur artistique, par Polydor et il amène avec lui les Peetles qui vont constituer le noyau dur d'une équipe qui va combler son manque de moyens financiers par une production débridée, délirante, et probablement en grande partie inspirée par des substances psychédéliques.
Voici comment s'expliquait Richard Bennett : "Je ne disposais que d'une palette artistique réduite pour raviver le label Polydor engoncé dans une certaine léthargie… Je tentais, mais en vain d'imposer un style assez psychédélique en phase avec mes influences musicales (Yardbirds, Ingoes) tout en devenant de plus en plus tricards face aux attentes du label de la rue Cavalotti."
En 1967-1968, la petite bande va publier toute une série de disques, dont le EP des Papyvores, avec la collaboration de Moustache. La sortie du disque a été précédée, pour faire plus authentique, de sa version en anglais attribuée à Buddy "Badge" Montezuma, censée faire la promotion des robes en papier de Paco Rabanne et dont les exemplaires promo presse étaient accompagnés d'un buvard censé être imbibé d'acide.
Sort également un 45 tours sous le nom de Pierre, Paul ou Jacques, dont le titre principal, Renaud la guerre, est signé Charles Trenet, que les Peatles ont accompagné pendant un an.
Les Jelly Roll, eux, sortiront trois 45 tours, dont un hommage à Otis Redding, Je travaille à la caisse (Try a little tenderness).
Je n'ai trouvé nulle part écrit que le disque de Pro Cromagnum (Sapiens) était bien un enregistrement des Piteuls sous la houlette de Richard Bennett, mais il est bien sorti chez Polydor France en 1967, et si Neurotic saga est bien le même enregistrement que celui des Papyvores/Buddy "Badge" Montezuma, il n'y a aucune raison d'imaginer que quelqu'un d'autre puisse en être responsable. D'ailleurs, sortir une reprise d'un slow super succès pour ramener un peu d'argent, Richard Bennett l'a fait au moins une autre fois, puisque l'un des 45 tours des Jelly Roll, sorti uniquement en Italie, est une reprise d'un concurrent de A whiter shade of pale au titre de roi des slows, Nights in white satin ! Leur version précéda même de quelques mois la sortie de la version officielle des Moody Blues sur le marché italien !!



Ce 45 tours a eu droit à une sortie en Allemagne, avec une pochette différente.
La version française de Neurotic saga, Le papyvore par Les Papyvores, figurait sur la première compilation Wizzz!, depuis longtemps épuisée je crois. Sur le volume 2, qui vient de sortir, on trouve un titre de Bain Dis Donc.
Richard Bennett serait décédé il y a quelques années.
Les sites de Captain Mercier (y compris celui consacré au Golf Drouot) et de Jean-Pierre Demetri, deux membres des Peetles, m'ont été très utiles pour la rédaction de ce billet. Et merci au Vieux Thorax d'avoir ressorti sa compilation Wizzz! pour m'en lire les notes de pochette !


La pochette du pressage allemand de ce disque, avec encore une variation sur le nom du groupe.

28 août 2008

STUDIO 99 : Punk!


Acquis chez Noz à Dizy fin 2006 ou début 2007
Réf : GFS310 -- Edité par Going For A Song en Angleterre vers 2006
Support : CD 12 cm
17 titres

Ça devait arriver ! Tout au long des années 70, j'ai connu les albums Pop hits, le hit-parade chanté de Mario Cavallero, que les vendeurs passaient tue-tête sur les marchés pour attirer le chaland. Souvent, dans les vide-geniers ou les dépôts-vente, il m'est arrivé de sourire en voyant un gars acheter un album du Carnaby Group en le confondant avec un original des Beatles ou des Stones. Avec le temps, après avoir vécu cette période en direct, j'ai vu passer pour ce qui concerne le punk et la new wave, les rééditions, les compilations façons Les années new wave, les reformations, puis la jeune génération s'inspirant directement des groupes de cette époque. Mais je n'aurais jamais pensé tomber un jour là-dessus : Studio 99 , l'équivalent années 2000 du Carnaby Group ("Studio 99 est un collectif formé de musiciens de session et de chanteurs talentueux et souvent célèbres" est-il précisé au dos de la pochette) qui, après s'être attaqué à U2, Bon Jovi, Madonna ou Shania Twain rend hommage au punk !
L'essence même du punk étant qu'il n'était pas nécessaire, voire même pas recommandé, d'être techniquement un bon musicien pour en jouer, l'ironie est cinglante. Mais bon, en plus de trente ans, cette ironie qui poursuit les vieux punks, à commencer par les Sex Pistols reformés, ne semble pas trop les déranger.
Le plus étonnant dans tout ça, c'est que ce disque n'est même pas complètement mauvais ! Certes, c'est joué et produit trop proprement et ça manque d'âme, mais c'est bien chanté, le gars arrive même à reproduire pas trop mal la voix de Feargal Sharkey des Undertones, et ça ne réussit pas à bousiller complètement la qualité des chansons reprises. Bon, je précise que la sélection des titres n'a rien de trop punk : on commence effectivement avec Pretty vacant des Sex Pistols, et il y a Teenage kicks et un titre de Sham 69, mais les deux titres choisis des Clash datent de leur fin de carrière (Should I stay or should I go et Rock the Casbah, leurs deux plus grands succès aux Etats-Unis, ce n'est pas un hasard). Pour le reste, c'est surtout new wave au sens large, avec trois titres de Ian Dury, deux de Jam, dont A town called malice, tout sauf du punk, et des reprises de X Ray Spex, Siouxsie, The Skids, et Buzzcocks.
Au bout du compte, cette plaisanterie aura au moins servi à me faire découvrir une excellente chanson new wave que je ne connaissais pas du tout, Turning Japanese des Vapors. La vidéo est visible ici, mais je ne suis pas pervers au point de vous conseiller de vous procurer la (fidèle) reprise de Studio 99 !