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hallo,
ungl aublich, aber wahr, es gibt zu viele betrügereien über kreditangebot
Par Sabine, le 08.02.2022
comment ne pas aimer la corse !
Par Anonyme, le 20.07.2021
bonjour,
me rci pour ce relais...
nou s connaissons-no us peut-être?
bien à vous.
hugue s simard
Par Anonyme, le 03.05.2021
et comme toujours pas un mot sur la seule cause à la base de la catastrophe climatique : la surpopulation, jam
Par anonyme, le 22.04.2021
donat nonnotte; donatien nonnotte, né le 10 février 1708 à besançon et mort le 5 février 1785 à lyon, est un p
Par Anonyme, le 14.03.2021
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Date de création : 16.06.2010
Dernière mise à jour :
01.08.2024
1173 articles
RÉSUMÉ;
Personne ne connaît vraiment Vanda, cette fille un peu paumée qui vit seule avec son fils Noé dans un cabanon au bord de l'eau, en marge de la ville. Une dizaine d'année plus tôt elle se rêvait artiste, mais elle est devenue femme de ménage en hôpital psychiatrique. Entre Vanda et son gamin de six ans, qu'elle protège comme une louve, couve un amour fou qui exclut tout compromis. Alors quand Simon, le père de l'enfant, fait soudain irruption dans leur vie après sept ans d'absence, l'univers instable que Vanda s'est construit vacille. Et la rage qu'elle retient menace d'exploser.
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Extraits:
Il restera pas
Elle l’a reconnu tout de suite, s’est arrêtée de respirer, glacée. Il boit près des enceintes, remue à peine dans un balancement raisonnable de la tête, le sourire ennuyé du mec qui n’a pas traîné dans ce genre d’endroit depuis longtemps.
Qu’est-ce qu’il fout là ? Vanda ne l’a pas revu depuis presque sept ans. Sept ans c’est loin, une autre vie – formule éculée pour une réalité charnelle. Le type ne bouge pas, il y a longtemps déjà il était comme ça, incapable de danser, le corps qui s’empêche, il n’y avait que dans le sexe qu’il devenait mouvant, surprenant de désordre et prêt à l’envol.
Tournant le dos à la scène, Vanda traverse le groupe de danseurs, pousse les corps en sueur, les torses qui tressautent et se heurtent. Les visages luisants et orangés sont tordus dans la lumière, les dents à découvert. À mesure que le groupe sur scène s’excite de plus en plus et que l’ambiance du bar monte encore d’un cran, elle réalise qu’elle est déjà drôlement bourrée. Le vertige de l’alcool et l’impression d’être envahie sur ses terres. Lui, près des enceintes, il ne fait plus partie de son paysage. Il s’y superpose tel un insecte sur un tableau aimé. Il faut qu’elle rentre, elle doit fuir l’autre, rejailli d’entre les disparus, bordel il faut vraiment qu’elle bouge avant qu’il la voie. Elle se coule vers le comptoir, commande une vodka. La dernière, elle annonce au serveur, qui lui sourit sans y croire. Il s’en tape qu’elle mente, il en voit tous les soirs des pires qu’elle. Et elle aussi il la voit souvent, depuis longtemps. Ce bar, c’est une fausse famille à force, des gens avec qui rire sans en avoir vraiment envie, des ivrognes qui deviennent plus familiers que les cousins avec qui on faisait les marioles ou que ses propres gosses. Il n’y a que dans cet endroit qu’on peut encore écouter des groupes de punks qui font de la musique comme on défonce un abribus ou un distributeur de billets. Du rock un peu sale, pour des fêtards d’un même tonneau. Ici, il y en a d’autres qui lui ressemblent, des abîmés qui ont oublié de vieillir. Vanda boit sa vodka d’un seul mouvement, une longue gorgée qui pique à peine, repose le verre sans douceur sur le comptoir.
Parce qu’elle plie sous l’urgence, elle tient parole et décline d’un geste la proposition du serveur qui ressort la bouteille. C’est rare qu’elle refuse le dernier verre offert par la maison, mais là il faut qu’elle se tire, elle n’a pas le choix, trop à perdre et les mains qui tremblent.
Sur le trottoir des types fument, et l’un d’entre eux lui fait des signes d’au revoir, il titube en rigolant.
– Salut Vanda, fais gaffe sur la corniche.
Elle allume une clope sans répondre avant d’ouvrir sa Renault 21 hors d’âge qu’elle n’aura jamais les moyens de remplacer. Elle a laissé un bras au garagiste pour la dernière courroie de distribution, maintenant ça fait moins de bruit quand elle roule, un luxe. Secouée par un rire anxieux elle se glisse dans l’habitacle, un rire de femme saoule ou de jeune fille qui fait le mur. Un rire excentrique et embarrassant. Mais avant qu’elle ne démarre il est là, tout près, si près qu’elle sursaute – il a posé une main sur la portière, là où la vitre est descendue. Il ne dit rien, lui sourit simplement. Elle peut voir qu’il a vieilli, ça lui va pas si mal. Comme elle reste interdite, bouche cousue, il finit par reculer son visage, gêné peut-être.
– Je suis dans le coin pour quelques jours, ce serait bien qu’on boive un verre.
Pour ne pas répondre elle grogne, bave un ouais qui dit l’inverse, fait démarrer la bagnole. Il faut qu’elle parte. Il restera pas.
Elle appuie sur l’accélérateur pour filer le plus vite possible, alors il est obligé de lâcher la portière.
Vanda coupe par le centre-ville et rejoint la mer qu’elle longe, la tête penchée vers la fenêtre, pour le plaisir et la claque fraîche qui lui permet de tenir la route. Elle pense à Simon, il est temps de rendre son nom au mec croisé au bar, le mec d’il y a longtemps. Un copain du copain d’un copain, à cette
époque ils étaient nombreux à traîner en bande, courir les vernissages pour boire l’apéro à l’œil et remplir leurs poches de cacahuètes, ils étaient tous plus ou moins artistes, certains moins que d’autres, tous plus ou moins allumés, certains plus que d’autres. Ils rigolaient bien. Ça a duré quelques mois leur histoire et puis il est parti, elle ne comptait pas qu’il revienne, vraiment pas.
En faisant des grimaces dans la nuit, Vanda tente de chasser le souvenir, chantonne en roulant des épaules pour un public invisible. C’est seulement quand elle s’engage dans la traverse qui rejoint la plage qu’elle se tait et s’apaise un peu. Ici il y a le bruit des vagues, l’aspiration animale du ressac. Elle ne ferme pas la voiture, personne n’en voudrait. Elle la gare toujours au même endroit, tout contre le parapet qui surplombe la plage ; les voisins ne disent rien, ceux des villas – ça fait longtemps qu’elle vit ici, même si elle n’a pas vraiment le droit. Du sable est collé sous la calandre et dans les sillons des pneus presque lisses. À l’intérieur aussi il y a du sable partout, sous ses fesses et au sol, un bordel monstre à l’arrière, les sièges rabattus. Des pots de peinture et de la térébenthine, du white spirit, des morceaux de bois, une pelle en plastique. Et le duvet déroulé, bossu.
Au bruit que fait le hayon en s’ouvrant, ça s’agite dans le duvet. L’enfant se réveille mais pas complètement, juste ce qu’il faut pour s’extirper du duvet et s’agripper à sa mère, qui l’attrape contre sa hanche, le portant à moitié – malgré ses six ans il ne pèse pas grand-chose. Dans son état, la descente des marches jusqu’au cabanon est acrobatique, mais elle a l’habitude, c’est souvent qu’elle l’embarque et rentre avec lui dans la nuit. En revanche dans le sable c’est plus dur, elle manque de s’effondrer et son pied tape dans une canette de bière oubliée. Ça la fait ricaner mollement, elle ne se sent plus si saoule pourtant – la route, le vent, et l’odeur de la mer à présent, son mouvement. Et le corps de l’enfant, sa tête qui roule contre elle.
Le plus doucement possible, elle ouvre le volet efflanqué puis la porte, la referme sur eux et sur la pièce unique, aveugle. Elle accompagne l’enfant dans le grand lit, il se coule sous la couette, un bras hors du drap, et se rendort instantanément, la bouche entrouverte, les tempes encore mouillées par une suée nocturne. Vanda s’accroupit près de lui, enfonce le visage dans son cou pour le sentir, renifler ses odeurs de nuit. Elle l’embrasse comme on dévore, au risque de le réveiller à nouveau.
– Mon bébé, mon Bulot, je t’aime, je t’aime.
Une litanie, une chanson douce et folle – son garçon au sommeil lourd ne se réveille pas.
Bulot
– Reviens, maman ! braille le gosse en direction des vagues.
Vanda devine qu’il a enfilé sa doudoune rouge et passé une écharpe à son cou avant de sortir sur la plage. Une petite tache qui gigote sur le sable. Il fait un froid vif de janvier, grand bleu sans relief mais profond. Vanda replonge, tend son corps pour une nouvelle brasse dans l’eau glacée. Elle est partie nager, elle le fait souvent, toute l’année. Surtout les lendemains de cuite. Elle s’abstient les jours de grand vent, quand les vagues deviennent mauvaises, même en Méditerranée. Parfois, l’eau monte jusqu’à la porte du cabanon, et il faut ruser pour rejoindre les escaliers. D’ailleurs il leur arrive de rester coincés à l’intérieur à cause de ça, alors la maison devient cage pour Vanda, bateau ou refuge de pirates pour l’enfant. Bulot adore ça, être coincé avec sa mère. C’est pas son nom bien sûr, Bulot, en vrai il s’appelle Noé, mais Bulot c’est resté, depuis qu’il est tout petit. Lui, il ne sait pas s’il aime ce surnom, il ne se pose pas la question, si sa mère l’utilise c’est que c’est bien. Mais il y a cette vérité que lui a dite un ami de Vanda, sur les bulots qui mangent les yeux des noyés. En l’apprenant, forcément il a imaginé les corps blancs et gonflés, les yeux ouverts sur le ciel ou tournés vers le fond, et les petits coquillages qui grignotaient les cornées. Quelquefois, il fait des cauchemars.
Noé s’agite devant le cabanon, il grimace et fait des bruits avec sa bouche pour se rassurer, conjurer la distance. Vanda est une excellente nageuse, mais les profondeurs, la tête d’épingle que forme sa tête à la surface des vagues, ça lui fait un peu mal au milieu du ventre, une anxiété diffuse qui mord plus fort les jours de gris.
Elle a entendu son cri, replonge. Elle sent la masse de ses cheveux tirer sa tête en arrière et se coller à sa nuque lorsqu’elle émerge. Le sang circule mieux dans son corps, le froid la gratifie d’un surplus vital. Un peu d’eau salée lui entre par les narines et elle toussote à la surface, crache dans la lumière. D’où elle est, le fond a disparu. Il lui arrive d’imaginer des choses en dessous, des choses réelles comme des murènes aux dents ciselées ou d’autres qui n’existent pas – noyés vengeurs qui attraperaient sa cheville, monstres sous-marins, requins de cinéma. Ici il n’y a que des roussettes, mais on a vu des grands blancs s’approcher des côtes en Méditerranée, à Mahdia, Tanger, et même aux Baléares. Pourquoi pas jusqu’ici.
Elle s’en veut à cause de tout à l’heure. Au réveil, l’enfant a essayé de lui préparer du café. La bouteille d’eau minérale coupée, le filtre en papier toilette. Ils ont une cafetière électrique mais elle ne marche plus et Vanda passe son temps à dire qu’elle va en racheter une, sauf qu’elle n’y pense qu’au moment où elle veut en boire un. Après elle oublie. Il a mis l’eau à chauffer sur la gazinière, il sait faire – c’est un enfant prudent, observateur. Il aime bien l’odeur du café, et sucer la petite cuillère de sa mère, racler le sucre au fond de la tasse. Quand elle se lève avant lui, ou qu’elle rentre avant qu’il se réveille, l’odeur du café est une caresse.
Le gosse a versé l’eau brûlante dans la bouteille, avec une délicatesse et une patience étonnante pour ses six ans. Mais sous le poids du liquide la bouteille s’est renversée, le café déjà filtré a coulé sur le sol, un peu partout, il y en avait sur le frigo, le fauteuil, et sur son pull aussi, et ça l’a mise en rage, soudain. Elle l’a giflé et traité de crétin, et même de petite merde.
– C’est pas toi qui nettoies, j’en ai ras le bol de tes conneries putain.
Elle serrait les dents.
Autour de la gazinière, le petit garçon avait installé des figurines qu’il aime, des Pokémon en plastique et des animaux réalistes, des dinosaures et deux dragons. La bouteille était presque pleine, le café avait la bonne couleur.
En l’insultant, Vanda tirait des coups de poing dans le mou du lit, échevelée. Elle s’est levée soudain et a balayé les animaux d’un revers de main. Après elle s’est mise à pleurer, des sanglots de chiot perdu, et elle l’a pris dans ses bras en le serrant trop fort.
– Mon bébé, mon chéri, pardon mon Bulot, pardon pardon.
Elle se déteste quand elle fait ça. Ça la déborde et après elle voudrait mourir, ou rembobiner, ou apprendre à se taire, être une mère douce comme sont les autres. Elle est partie nager.
Noé vit au cabanon depuis qu’il est né, c’est sa maison. Certains disent à Vanda qu’elle devrait partir. Qu’elle et Noé pourraient peut-être emménager dans un appartement du centre, avec de la hauteur et la lumière qui inonde les tomettes, des rideaux aux fenêtres, et une chambre chacun pour soi. Une machine à laver aussi, ce serait pratique. Là elle doit se cacher au boulot pour laver leur linge dans la buanderie collective. Vanda secoue toujours la tête, elle dit non, chez nous c’est ici, et puis il y a la mer. Parfois elle y pense tout de même, quand il fait froid malgré les poêles à fioul et que le gamin fait ses devoirs avec son anorak, ou si elle rentre avec un type. Toute façon j’ai pas les moyens, elle dit. Ça coûte moins cher qu’un deux-pièces au centre-ville. Et puis il y a la mer.
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Bio;
Marion Brunet, née en 1976 dans le Vaucluse, est une femme de lettres française, auteure de roman policier et de littérature d'enfance et de jeunesse.
Frangine, Éditions Sarbacane, coll. « Exprim' » (2013) (ISBN 978-2-84865-597-0)
La Gueule du loup, Éditions Sarbacane, coll. « Exprim' » (2014) (ISBN 978-2-84865-709-7)
L'Ogre au pull vert moutarde, Éditions Sarbacane, coll. « Pépix » (2014) (ISBN 978-2-84865-683-0)
Dans le désordre, Éditions Sarbacane, coll. « Exprim' » (2016) (ISBN 978-2-84865-820-9) - Points (2019) (ISBN 978-2-7578-7366-3)
L'Ogre à poil(s), Éditions Sarbacane, coll. « Pépix » (2016) (ISBN 978-2-84865-871-1)
L'Été circulaire, Éditions Albin Michel (2018) (ISBN 978-2-226-39891-8) - Le Livre de Poche (2019) (ISBN 978-2-253-25977-0)
Sans foi ni loi, PKJ (2019) (ISBN 978-2-266-29419-5)
Vanda, Albin Michel (2020) (ISBN 978-2-226-44957-3)