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Date de création : 16.06.2010
Dernière mise à jour : 01.08.2024
1173 articles


Le Grand Abandon

Le Grand Abandon

RÉSUMÉ
Dans un monde ravagé par le changement climatique, au sein d'une société dominée par la richesse, Hubert « Etc » Espinoza, Seth et Natalie n'ont nulle part où aller.

Pourtant une autre façon de vivre se dessine, grâce aux progrès de la technologie. Alors, comme des centaines de milliers d'autres, le trio décide de tourner le dos aux règles établies pour... tout abandonner.

Mais le danger est partout : les terres dévastées par le réchauffement de la planète ne connaissent plus de lois et fourmillent de prédateurs. Bravant les menaces, les premiers Abandonneurs construisent les bases de ce qui pourrait devenir une utopie de l'abondance. Avant de découvrir l'unique chose que les ultrariches n'ont jamais pu acheter : le moyen de vaincre la mort...

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EXTRAITS:

1
PARTY COMMUNISTE
[I]
Hubert Vernon Rudolph Clayton Irving Wilson Alva Anton Jeff Harley Timothy Curtis Cleveland Cecil Ollie Edmund Eli Wiley Marvin Ellis Espinoza était trop vieux pour les parties communistes. À vingt-sept ans, il avait sept ans de plus que le deuxième fêtard le plus âgé. Il ressentait le fossé démographique. Il aurait voulu se cacher derrière une de ces énormes machines crasseuses qui envahissaient l’usine abandonnée. Il aurait été prêt à tout pour échapper aux regards inquisiteurs de magnifiques enfants de toutes sortes qui se demandaient pourquoi un vieillard comme lui rôdait par là.

— Fichons le camp, implora-t-il Seth, qui l’avait traîné à cette fête.

Seth était terrifié à l’idée de vieillir, de quitter son enfance merveilleuse et d’entrer dans le monde du non-travail. Il avait le chic pour trouver les activités les plus extravagantes, avant-gardistes et transgressives afin d’éviter de perdre de vue les enfants qui avaient tendance à s’éloigner dans son rétroviseur. Hubert Etc Espinoza fréquentait surtout Seth parce que en refusant de lâcher son enfance, il refusait également de lâcher ses amis d’enfance. Ce sujet lui tenait à cœur, et Hubert Etc était très malléable.

— Ça commence tout juste à devenir réel, contesta Seth. Va nous chercher des bières !

C’était précisément ce que Hubert Etc n’avait aucune envie de faire. Les adolescents les plus insouciants s’étaient rassemblés devant le bar, aussi joyeux et singuliers que des poissons tropicaux. Chacun plus délicat et dramatique que le précédent. Hubert Etc se rappelait avoir eu cet âge, ainsi que la certitude que le monde était si délabré que seul un imbécile daignerait le reconnaître. Il affrontait souvent son reflet sur l’écran de la salle de bains. Il se regardait dans les yeux, cernés de noir, et se rappelait être lui aussi du genre à nier continuellement la légitimité du monde, et voilà qu’il s’y retrouvait empêtré. Hubert Etc ne pouvait plus se bercer d’illusions. N’importe quel jeune en dessous de vingt ans s’en apercevrait tout de suite.

— Vas-y, mon vieux, allez. C’est grâce à moi que tu es là. C’est le moins que tu puisses faire.

Hubert Etc s’abstint de déblatérer sur le fait évident qu’il n’avait jamais demandé à venir, et qu’il n’avait pas particulièrement envie d’une bière. Avec Seth, il était inutile d’argumenter. Il avait enfilé son visage de Peter Pan, affichant une nonchalance à toute épreuve, et Hubert Etc se sentait déjà éprouvé avant même que la soirée débute.

— Je n’ai pas d’argent, déclara-t-il.

Seth le regarda de travers.

— Ah oui, se rappela Hubert Etc. Party communiste.

Seth lui remit deux gobelets en plastique rouge, leur couleur n’étant sans doute pas due au hasard.

Lorsque Hubert Etc arriva à hauteur des robinets – arrimés à un grand tube d’acier qui jaillissait du sol et s’élevait jusqu’au plafond, couvert de codes-barres en damier jaune et noir et de taches d’usure, et illuminés par la lueur dansante des spots du DJ –, il tenta de déterminer lesquels de ces magnifiques enfants étaient barmen, intendants improvisés ou commissaires du peuple. Tandis qu’il s’approchait de plus en plus, personne ne lui proposa son aide, ni ne lui demanda de rester où il était. Trois jeunes se contentèrent de le dévisager d’un air véhément.

Ils portaient tous les trois des lunettes Marx avec une énorme fausse barbe broussailleuse, comme dans les vidéos vocodeurs, faisant peser une menace surréelle. Ces barbes étaient de couleurs vives, et l’un des jeunes avait inséré quelque chose – des fils à mémoire de forme ? – dans la sienne, qui lui donnait l’impression de cacher des tentacules.

Hubert Etc se servit maladroitement un gobelet, et la fille le lui tint le temps qu’il remplisse l’autre. La bière était incandescente, ou bioluminescente, et Hubert Etc se demanda avec inquiétude quel genre de microbes transgéniques de Jésus pouvaient changer de l’eau en bière, mais la fille, ses curieuses lunettes sur le nez, l’observait d’un air énigmatique à la lueur vacillante des spots. Il but une gorgée.

— Pas mal, rota-t-il et rota-t-il encore. Un peu trop pétillant, quand même ?

— C’est un procédé à action rapide. Il y a encore une heure, c’était de l’eau croupie. On l’a filtrée, amenée à température ambiante et versée dans la culture. C’est vivant, aussi. Ajoutes-y du précurseur, et elle restera active. Elle survivra dans ton urine. Mets-en un peu de côté, si tu veux en fabriquer davantage.

— De la bière communiste, hein ? lâcha Hubert Etc.

Le seul bon mot 1 qui lui était venu à l’esprit. Il valait mieux que cela quand on lui  laissait le temps de la réflexion.

— Nazdorovye 2 !

Elle fit tinter un gobelet contre le sien et le vida d’un trait, laissant ensuite échapper un rot à faire vibrer les murs. Elle se cogna sur la poitrine pour libérer quelques petits renvois supplémentaires, et se resservit.

— Si ça reste dans la pisse, fit remarquer Hubert Etc, que se passe-t-il si quelqu’un ajoute du précurseur dans les égouts ? Ça se changera en bière ?

Elle lui lança un regard de mépris adolescent.

— Ce serait idiot. Une fois que c’est dilué, ça ne métabolise plus le précurseur. Tire la chasse, et ce n’est plus que de la pisse. Les bestioles crèvent en une heure ou deux, alors ce n’est pas demain que les pissotières vont se transformer en réservoirs de menaces existentielles durables envers la distribution d’eau. Ce n’est que de la bière. De la bière pétillante.

Hubert Etc en but une gorgée. C’était vraiment bon. Ça n’avait pas du tout un goût de pisse.

— Toute bière est louée, c’est ça ? demanda-t-il.

— La majeure partie. Mais celle-ci est gratuite. Vous savez, comme dans « bière gratuite ». (Elle but la moitié de son gobelet, sans manquer d’en renverser sur sa barbe. Le liquide goutta sur sa tenue de réfugié fripée.) On ne te voit pas beaucoup aux soirées communistes.

Il haussa les épaules.

— C’est vrai. Je suis vieux et ennuyeux. Il y a huit ans, ça n’existait pas encore.

— Vous faisiez quoi, papi ?

Sans méchanceté, ses deux amis – une fille de la même carnation que Seth et un type au magnifique regard de chat – se mirent à ricaner.

— Il essayait de trouver du travail dans les zeppelins ! intervint Seth en prenant Hubert Etc par le cou. Au fait, je m’appelle Seth. Et lui, c’est Hubert Etc.

— Et Cætera ? s’étonna la jeune fille.

Elle esquissa un sourire. Hubert Etc l’aimait bien. Il était convaincu qu’elle était probablement gentille, au fond. Et ce n’était pas parce qu’il était plus âgé qu’elle et qu’il ne connaissait pas sa bière synthétique qu’elle le prenait forcément pour un blaireau. Il était conscient de devoir cet espoir à la théorie que l’humanité était intrinsèquement bonne. Mais aussi à une solitude aussi terrible  qu’accablante, et à un désir indéterminé. Hubert Etc était quelqu’un de brillant, ce qui n’était pas toujours facile, et avait une maîtrise suffisante de son esprit pour se retenir de se raconter n’importe quoi.

— Raconte-lui, mon vieux, le poussa Seth. Allez, c’est une histoire géniale.

— Ce n’est pas une histoire géniale, contesta Hubert Etc. Mes parents m’ont donné un tas de deuxièmes prénoms. C’est tout.

— Combien ?

— Vingt. Le Top 20 des prénoms du recensement de 1890.

— Ça n’en fait que dix-neuf, lui fit-elle aussitôt remarquer. Et un véritable prénom.

Seth éclata de rire comme si c’était la chose la plus drôle qu’il ait jamais entendue. Même Hubert Etc esquissa un sourire.

— Il est rare qu’on s’en aperçoive. En réalité, j’ai dix-neuf deuxièmes prénoms, et un vrai prénom.

— Pourquoi tes parents t’ont-ils donné tant de deuxièmes prénoms et un seul vrai prénom ? voulut-elle savoir. Et qu’est-ce qui te fait dire que ce sont bien tous des deuxièmes prénoms ? Ce sont peut-être dix vrais prénoms et dix deuxièmes prénoms.

— Difficile de prétendre avoir plus d’un premier prénom. Parce qu’il a une particularité que n’ont pas les autres. Exception faite des « Mary Ann », des « Jean-Marc » et ainsi de suite, qui, par convention, sont des prénoms composés.

— Ce n’est pas faux, concéda-t-elle. Mais, allez, si « Mary Ann » est un prénom composé, pourquoi ne serait-ce pas le cas de « Mary Ann Tanya Jessie Banane Pantalon Singe Vomi », etc. ?

— Mes parents seraient d’accord avec toi. Après qu’Anonymous avait introduit la politique de noms véritables, ils ont voulu marquer leur différence. Ils étaient tous deux militants et avaient pour objectif de convertir le mouvement en parti politique. Ils étaient vraiment barrés. Il était pour eux évident qu’« Anonymous » ne pouvait pas avoir de « politique de noms véritables ». Ils ont donc décidé de donner à leur fils un nom unique qui n’entrerait dans aucune base de données et lui donnerait le droit d’utiliser légalement toute une série de diminutifs.

» Avant que je comprenne tout ça, je m’étais habitué à « Hubert », et je m’en suis tenu à ça.

Seth saisit le gobelet de Hubert, le vida et rota.

— Moi, je t’ai toujours appelé Hubert Etc. C’est cool et c’est plus facile à dire.

— Ça ne me dérange pas.

— Mais vas-y, d’accord ?

— Pardon ? demanda Hubert Etc, bien qu’il ait parfaitement compris.

— Tes prénoms. Il faut que tu entendes ça.

— Tu n’es pas obligé, vola-t-elle à son secours.

— Probablement que si, sinon, tu vas t’interroger. (Avec l’âge, cela ne lui faisait plus rien.) Hubert Vernon Rudolph Clayton Irving Wilson Alva Anton Jeff Harley Timothy Curtis Cleveland Cecil Ollie Edmund Eli Wiley Marvin Ellis Espinoza.

Elle hocha la tête.

— Ça manque de « Banane »…

— Je parie qu’on devait sacrément se moquer de toi, à l’école, non ? intervint Seth.

Cela le contraria profondément. C’était stupide. Une stupidité récurrente.

— Allons, vraiment ? Tu crois que c’est à cause de leurs prénoms que les enfants sont moqués ? Le lien de causalité est inversé. Si les gamins se moquent de ton prénom, c’est parce que tu n’es pas populaire. Tu n’es pas impopulaire à cause de ton nom. Si le garçon le plus cool de l’école s’appelle « Harry Mescouilles », on l’appelle « Harold ». Si la tête de Turc s’appelle « Lisa Brown », on l’appelle « Tache de merde ».

Il s’apprêta à poursuivre avec un « sérieusement, ne sois pas con », mais il s’en abstint. Il mettait son point d’honneur à se conduire en adulte. Seth ne prêta aucune attention à la possibilité qu’il soit con.

— Comment tu t’appelles ? demanda ce dernier à la fille.

— Lisa Brown, répondit-elle.

Hubert Etc se mit à ricaner.

— Sans déconner ?

— Non.

Il attendit de voir si elle allait se présenter, puis haussa les épaules.

— Je m’appelle Seth, déclara-t-il aux amis de la fille qui approchaient.

L’un d’eux lui donna une poignée de main sophistiquée qu’il fit mine de simuler avec un enthousiasme sincère que Hubert Etc envia malgré sa gêne.

La musique était de plus en plus forte. Seth remplit le gobelet de Hubert Etc et l’emporta sur la piste de danse. Hubert était le seul à ne pas avoir de gobelet. La fille lui tendit le sien après s’être resservie.

— C’est de la bonne qualité ! lui cria-t-elle.

Il sentit son souffle sur sa joue. La musique était vraiment forte. Un mix automatisé, le DJ faisant appel au lidar et à la cartographie thermique pour mesurer la réaction du public et optimiser sa programmation afin d’inciter le plus de monde possible à danser. Ce procédé existait déjà quand Hubert Etc était encore assez jeune pour aller en boîte. À l’époque, on appelait cela la « règle 34 » pour les mixes de tout genre, mais tout le monde trouvait ça kitsch. Aujourd’hui, il n’y avait plus que cela.

— Un peu houblonneuse, quand même.

— Pas le goût. Les enzymes. Un truc à l’intérieur nous permet de les décomposer et les empêche de se transformer en formaldéhyde dans le sang. C’est bien, ça réduit les gueules de bois. C’est turc.

— Turc ?

— Enfin, presque. Ça vient de réfugiés syriens. Ils ont un labo. Ça s’appelle du « Gezi 3 ». Si tu es intéressé, je peux t’envoyer des infos.

Était-elle en train de lui faire du plat ? Huit ans auparavant, le fait de donner ses coordonnées à quelqu’un était considéré comme une invitation. Mais peut-être l’époque était-elle désormais plus libérée sur le plan de la gestion nom-espace et moins concernant les normes sociosexuelles. Hubert Etc regrettait de ne jamais avoir lu de précis de sociologie sur la génération actuelle des jeunes de vingt ans. Il passa son doigt sur la bande d’interface de son annulaire en marmonnant : « Coordonnées personnelles. »

Il tendit la main. Celle de la jeune fille était brûlante, rêche et de petite taille. En chuchotant, elle effleura une bande qu’elle portait autour de son cou. Il sentit une vibration qui lui confirma l’envoi, puis une double vibration qui signifiait qu’elle en avait fait autant.

— Pour que tu puisses me mettre sur ta liste verte.

Hubert Etc se demanda si elle avait l’habitude de transmettre si facilement ses coordonnées qu’elle devait se soucier des spams ou…

— C’est la première fois que tu viens dans ce genre de soirée, déclara-t-elle, les lèvres de nouveau presque collées à son oreille.

— Oui ! cria-t-il.

La chevelure de la fille dégageait un parfum de pneu brûlé et de réglisse.

— Tu vas adorer. Viens,rapprochons-nous, ça va bientôt commencer.

Elle lui reprit la main. Au contact de ses callosités, il sentit une nouvelle vibration. Cette fois, elle était endogène et ne provenait nullement de son interface.

 

***

 

Ils contournèrent les danseurs, marchant dans les feuilles mortes et la poussière, qui se mit à tourbillonner à la lueur des spots. Des paillettes dans la poussière donnaient une ambiance scintillante féerique. Hubert Etc aperçut Seth. Se tournant vers lui, ce dernier observa la scène : la fille, leurs mains et le fait qu’ils évoluent dans des recoins sombres à la recherche d’un point d’observation un peu plus intime. Il grimaça tout d’abord d’envie, avant de lui adresser un clin d’œil concupiscent auquel il ajouta un signe du pouce. La musique automatisée martelait de la cantopop et de la rumba que la règle 34 déversait de manière aléatoire dans la salle.

— C’est bien, ici, déclara-t-elle tandis qu’ils se hissaient sur une passerelle.

L’échelle de service poussiéreuse laissa des traces de rouille sur les paumes des mains de Hubert Etc. Malgré la musique, ils pouvaient désormais s’entendre, et Hubert Etc avait dorénavant conscience de son souffle et des battements de son cœur.

— Regarde bien, dit-elle en désignant une machine, sur le côté. (Les yeux plissés, Hubert Etc vit les amis de la jeune fille s’affairer autour.) Ils font des meubles. Surtout des étagères. Il y avait une tonne de matières premières, dans la réserve.

— Tu as participé à l’organisation de… ? (Il désigna l’ensemble de la fabrique et les danseurs d’un geste du bras.) De tout ça ?

Portant un doigt le long de son faux nez en caoutchouc, elle lui adressa un lent clin d’œil.

— Soviet suprême, annonça-t-elle. (Lorsqu’elle tapota sur la monture de ses lunettes, il devina un chatoiement sur leurs verres, le grossissement déclenchant l’affichage d’une fausse couleur et une phase de stabilisation.) Ils gèrent.

La musique s’interrompit brusquement.

Un grondement dans la structure de l’usine fit vibrer la passerelle. Les danseurs se retournèrent pour tenter d’en déterminer l’origine, puis tous les regards se tournèrent progressivement vers la machine, qui s’anima dans un nuage de poussière illuminé par les  spots. Il sentit une nouvelle odeur, boisée, chargée de substances volatiles dangereuses qui s’évaporaient de différents éléments de la machine à mesure qu’ils se mettaient en branle. Le silence qui régnait dans la salle fut rompu lorsque la première planche en matériau composite chuta dans l’aire d’assemblage, poussée par des milliers de doigts infinitésimaux rectifiant son alignement avant que tombe la planche suivante. Elles dégringolaient à présent à intervalles réguliers, formant une échelle de fines planches cellulosiques à la fois souples et résistantes, à laquelle se joignirent rapidement des entretoises, elles aussi soigneusement positionnées, alignées face aux éléments de menuiserie et s’emboîtant avec un déclic. Les doigts soulevèrent l’ouvrage, le poussèrent un peu plus loin, et on procéda à un nouvel assemblage, tout aussi rapide que le premier, avant de les ajuster l’un à l’autre.

Le processus se répéta plusieurs fois, puis on jeta autour une boucle de tissu de fixation en guise de sangle, et l’ouvrage achevé fut poussé à l’écart. Une minute plus tard, un autre le rejoignit. Une danseuse se dirigea d’un pas nonchalant vers l’extrémité de la chaîne de production et souleva le produit fini sans la moindre difficulté. Elle le porta d’une seule main sur la piste de danse et trancha la sangle avec un couteau étincelant à la lueur des spots. Le lit – puisque c’était de cela qu’il s’agissait – se déplia, prêt à recevoir un matelas. La danseuse se hissa sur les lattes du sommier et se mit à faire des bonds. Il était aussi souple qu’un trampoline, et, au bout d’un moment, elle se mit à faire de grands écarts dans les airs, à retomber sur les fesses, et même à exécuter un saut périlleux.

La jeune fille s’installa confortablement sur la passerelle, passant un doigt sur sa fausse barbe.

— Excellent.

Hubert Etc était convaincu qu’elle souriait.

— Sympa, le lit, déclara Hubert Etc, ne trouvant rien de mieux à dire.

— L’un des meilleurs. Ils avaient une tonne de produits rentables, mais les lits étaient les meilleurs. C’est génial pour les hôtels, parce qu’ils sont pratiquement indestructibles, et légers comme une plume.

— Pourquoi ont-ils cessé d’en fabriquer ?

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.BIO:

Cory Doctorow, né le 17 juillet 1971 à Toronto en Ontario, est un blogueur, journaliste et auteur de science-fiction canado-britannique. Favorable à des lois sur le droit d'auteur moins contraignantes, il travaille pour l'organisation Creative Commons et milite à l'Electronic Frontier Foundation. La gestion des droits numériques, le pair-à-pair et la gratuité sont des thèmes récurrents de son œuvre. Il est coauteur du blog Boing Boing et a été classé parmi les personnalités les plus influentes du web par le magazine Forbes.

Œuvres
Cory Doctorow commença à diffuser ses écrits à l'âge de dix-sept ans.

Il publie ses écrits par les circuits conventionnels et propose aussi tous ses écrits sous licence Creative Commons sur son site. Ainsi il a édité son roman à grand succès Little Brother en 2008 sous licence Creative Commons.


Doctorow (à gauche) photographié lors de la Lift Conference de 2006 avec son amie Jasmina Tešanović (au centre) contributrice à Boing Boing et Bruce Sterling auteur cyberpunk.
Série Little Brother
Little Brother, Pocket Jeunesse, 2012 ((en) Little Brother, Tor Books/Licence Creative Commons, 2008), trad. Guillaume Fournier
Nommé pour le prix Hugo du meilleur roman 200912 - Il est à noter que Pocket Jeunesse édite une version numérique de Little Brother contenant des DRM, ce qui entre en contradiction avec la licence originale du texte.
(en) Homeland, Tor Books/Licence Creative Commons, 2013
(en) Attack Surface, Tor Books, 2020
Romans indépendants
Dans la dèche au royaume enchanté, Gallimard, coll. « Folio SF » no 308, 2008 ((en) Down and Out in the Magic Kingdom, 2003), trad. Gilles Goullet
Prix Locus du meilleur premier roman 2003
(en) Eastern Standard Tribe, Tor Books/Licence Creative Commons, 2004
(en) Someone Comes to Town, Someone Leaves Town, 2005
(en) Makers, Tor Books/Licence Creative Commons, 2009
(en) For The Win, Harper Voyager/Licence Creative Commons, 2010
(en) The Rapture of the Nerds, 2012
Coécrit avec Charles Stross.
(en) Pirate Cinema, Tor Books/Licence Creative Commons, 2012
Le Grand Abandon, Bragelonne, 2021 ((en) Walkaway, Tor Books, 2017)
(en) Radicalized, Tor Books, 2019
Recueils de nouvelles

Cory Doctorow
(en) A Place So Foreign and Eight More, 2003
(en) Overclocked: Stories of the Future Present, Thunder's Mouth Press, 2007
(en) With a Little Help, 2009
Nouvelles
(en) 0wnz0red, 2002
(en) Truncat, 2002
Presque une suite de Dans la dèche au royaume enchanté
L'Arrière-cour des sauteurs dimensionnels, 2003 ((en) Nimby and the Dimension Hoppers, 2003)
Les Robots, 2012 ((en) I, Robot, 2005)
Prix Locus de la meilleure nouvelle longue 2006
(en) I, Row-Boat, 2006
(en) When Sysadmins Ruled the Earth, 2006
Prix Locus de la meilleure nouvelle longue 2007
EnGooglés13 ((en) Scroogled, 2007)
L'Argent des autres, 2010 ((en) Other People's Money, 2007)
Débranché, 2017 ((en) Unwirer, 2004)
Coécrit avec Charles Stross.
(en) After the Siege, 2007
Prix Locus du meilleur roman court 2008
(en) True Names, 2008
Coécrit avec Benjamin Rosenbaum (en). Publiée dans Fast Forward 2, édité par Lou Anders
* (en) Chicken Little, 2009
Publiée dans l'anthologie Gateways, éditée par Elizabeth Anne Hull
(en) There's a Great Big Beautiful Tomorrow / Now is the Best Time of Your Life5, 2010
(en) The Man Who Sold the Moon, 2014
Publiée dans Prix Theodore-Sturgeon 2015
Romans graphiques
IRL - Dans la vraie vie, Akileos, 2015 ((en) In Real Life, 2014)
Illustré par Jen Wang
Autres
De beaux et grands lendemains, Goater, 2018 ((en) The Great Big Beautiful Tomorrow plus ..., 2011), trad. Antoine Mottier, 128 p. (ISBN 978-2918647119)
Contient le roman court homonyme suivi notamment d'une conférence célèbre de Corry Doctorow Créativité versus copyright
(en) Information Doesn't Want to Be Free: Laws for the Internet Age, McSweeney's, 2014.
Prix et récompenses
En 2009, Little Brother est nommé pour le prix Hugo du meilleur roman et gagne le prix Prometheus14, le prix Sunburst15 et le prix John-Wood-Campbell Memorial16. En 2013, Pirate Cinema gagne le prix Prometheus.

2000 : prix Astounding du meilleur nouvel écrivain
2004 : prix Locus du meilleur premier roman pour Dans la dèche au royaume enchanté
2004 : prix Sunburst pour A Place So Foreign and Eight More
2007 : prix des pionniers de la Electronic Frontier Foundation
2009 : prix John-Wood-Campbell Memorial pour Little Brother
2009 : prix Prometheus pour Little Brother
2009 : prix Sunburst pour Little Brother
2009 : prix White Pine20 pour Little Brother
2013 : prix Prometheus pour Pirate Cinema
2014 : prix Prometheus pour Homeland
2015 : prix Theodore-Sturgeon pour The Man Who Sold the Moon
2018 : prix Inkpot, pour l'ensemble de son œuvre