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Date de création : 16.06.2010
Dernière mise à jour : 01.08.2024
1173 articles


Lettre d'amour sans le dire

Lettre d'amour sans le dire

RÉSUMÉ
Alice a 48 ans, c’est une femme empêchée, prisonnière d’elle-même, de ses peurs, de ses souvenir douloureux (origines modestes, native de Cambrai, séduite et abandonnée, fille-mère, chassée de chez elle, cabossée par des hommes qui l’ont toujours forcée ou ne l’ont jamais aimée). Ancienne professeur de français, elle vit dans ses rêves et dans les livres auprès de sa fille, richement mariée et qui l’a installée près d’elle, à Paris.
Tout change un beau jour lorsque, ayant fait halte dans un salon de thé, Alice est révélée à elle-même par un masseur japonais d’une délicatesse absolue qui la réconcilie avec son corps et lui fait entrevoir, soudain, la possibilité du bonheur.
Cet homme devient le centre de son existence : elle apprend le japonais, lit les classiques nippons afin de se rapprocher de lui. Enfin, par l’imaginaire, Alice vit sa première véritable histoire d’amour. Pendant une année entière, elle revient se faire masser sans jamais lui signifier ses sentiments, persuadée par quelques signes, quelques gestes infimes qu’ils sont réciproques.
Le jour où elle maitrise assez la langue pour lui dire enfin ce qu’elle ressent, l’homme a disparu...
D’où la lettre qu’elle lui adresse, qui lui parviendra peut-être, dans laquelle elle se raconte et avoue son amour. Tendre, sensuelle, cette lettre est le roman que nous avons entre les mains : l’histoire d’un éveil. Ce qu’Alice n’a pas dit, elle l’écrit magnifiquement. Prête, enfin, à vivre sa vie.

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EXTRAITS;

Cher monsieur,

 


Je vous écris cette lettre car nous n’avons jamais pu nous dire les choses avec des mots. Je ne parlais pas votre langue et maintenant que j’en ai appris les rudiments, vous avez quitté la ville. J’ai commencé les leçons de japonais après notre septième rencontre. C’était en hiver, les feuilles prenaient la couleur que je prêtais à votre pays. Je voulais vous demander de le décrire afin de vous comprendre avec lui.

Lors de mon premier cours, mon professeur m’a fait la courtoisie de ne pas me questionner sur la raison qui me poussait à apprendre le japonais à mon âge. Il m’a simplement demandé s’il y avait une échéance, je lui ai répondu qu’elle était celle du destin.

« Unmei », a-t-il dit, et ce fut le premier mot que m’offrait votre culture.

C’est aussi le destin qui m’a mise sur votre route, pourtant je le croyais étranger à ma vie. Mon nom est Alice Cendres mais vous me connaissez sous le nom d’Alice Renoir. Je ne vous ai jamais expliqué cette confusion car cela ne me semblait pas nécessaire au début et le temps passant il eût été étrange de me débaptiser. Plus tard, j’ai pensé que j’avais été stupide, qu’il vous était impossible de me retrouver si jamais vous aussi vous aviez voulu apprendre mes mots comme je me saisis des vôtres et venir me dire ce que je m’apprête à essayer de vous écrire. Je vous supplie d’accorder de l’attention à ces quelques pages. Elles peuvent vous sembler légères par endroits, graves ou impudiques à d’autres, mais vous comprendrez peu à peu que ma vie en dépend.

 

Je suis entrée dans le salon de thé le 16 octobre de l’an dernier. Je consigne tout dans un carnet, comme une sorte d’almanach qui tient dans ma poche et dessine un rythme à ma vie et au peu d’événements qui la ponctuent. Je me serais souvenue de ce jour sans en avoirrien écrit. Mais je l’ai fait. Sous cette date, il est indiqué le nom du lieu : « Ukiyo » et j’ai glissé la carte de visite du salon de thé pour être certaine de le retrouver. Je sais maintenant que le mot Ukiyo n’existe pas dans mon langage, qu’il veut dire profiter de l’instant, hors du déroulement de la vie, comme une bulle de joie. Il ordonne de savourer le moment, détaché de nos préoccupations à venir et du poids de notre passé. Il était seize heures quand j’ai poussé la porte. Les enfants de l’école voisine jouaient sous la pluie et sautaient dans les flaques tandis que d’autres couraient avec leurs cartables sur le dos. Sur le mien je portais une vie qui endolorissait tout mon être mais je ne le savais pas. J’ai souri, une jeune femme que je sais maintenant se prénommer Kyoko m’a fait m’asseoir juste d’un mouvement des lèvres.

J’ai retiré mon manteau et mon bonnet mouillés. Sans que je ne le demande, elle a posé devant moi un petit plateau sur lequel étaient disposées une théière noire et une tasse bleu ciel fragile qu’elle a remplie à moitié. Elle a précisé que ce thé provenait de Miyazaki, la ville où je vous adresserai ce courrier au matin. Je ne l’ai pas bu tout de suite, je me suis contentée d’observer le liquide qui m’a réchauffée ; un futsumushi sencha aux feuilles d’un vert intense qui donne un breuvage aux couleurs du soleil qu’on regarde à travers les herbes hautes quand on est adolescent et qu’on se couche dans les prés. J’ai pensé « il faudrait un nom à cette couleur », sans savoir qu’il existait dans votre pays un mot pour qualifier les rayons qui se dispersent dans les feuilles des arbres : komorebi. Cette teinte qui se diffuse dans le vent et à travers laquelle on voit les choses plus belles. Pourtant le goût n’est pas aussi limpide et transparent que la robe de ce thé, il a une densité qui ressemble à de la liqueur. Sa saveur ressemble à du miel adouci par un cacao amer. Pardonnez mon extase et mon souci du détail mais il est important que vous compreniez que ce jour-là a transformé ma vie. Pas comme un choc mais plutôt une vague qui s’en revient vers la plage, et s’apprête à repartir à l’assaut de l’océan tout entier.

 

Je viens d’un monde où nous ne goûtions pas aux choses exotiques, je n’ai jamais voyagé que dans des livres et c’est ainsi que je suis devenue professeur de français. Sans doute aurais-je mieux fait de choisir le métier d’hôtesse de l’air, de sentir de vrais bras autour de ma taille, d’embrasser des visages d’autres couleurs. Au lieu de ça, je n’ai pas quitté le Nord pendant mes quarante-huit premières années, j’ai imaginé l’amour, les gens et les odeurs. J’ai trouvé l’aventure dans le confort de mon salon, sous une couverture, accrochée aux pages que je ne cessais de tourner. Je vis à Paris depuis trois ans et je suis toujours effrayée de ne pas y être à ma place. J’ai emménagé ici à la demande de ma fille qui a épousé un homme riche et m’a « installée » dans un appartement confortable ; sans doute afin ne pas avoir à prendre le train pour me rendre visite et ne pas s’embarrasser d’une mère qui ne répond pas aux exigences de sa nouvelle position sociale. Elle a pensé que je déménageais avec plaisir tandis que je tentais de satisfaire le sien. J’ai pris une retraite très anticipée et elle m’a convaincue que j’allais enfin « pouvoir écrire mon roman » mais aucune d’entre nous n’y a cru. Cela a toujours été un fantasme. Elle pensait que sa démarche me consolait de son arrivée prématurée dans ma vie, des sacrifices qu’elle avait impliqués, qu’elle me rendait une part de la jeunesse qu’elle s’imagine m’avoir volée. Mais elle est ce que j’ai fait de mieux et de plus beau. Je suis triste qu’elle ne soit pas plus en feu, qu’elle ne soit pas de ces filles qui courent sous la pluie, qui rient, qui pleurent et qui brisent des cœurs. De ces filles qui dansent pieds nus. Je n’ai jamais souhaité qu’elle me rende mon insouciance mais qu’elle profite de la sienne.

 

Quand j’ai eu fini mon thé, Kyoko m’a fait monter quelques marches et amenée jusqu’à une pièce attenante en disant « Renoir », qu’elle prononçait avec un accent qui m’a d’abord rendu la chose impossible à comprendre, je pensais qu’elle me demandait de la suivre en japonais, je n’ai pas osé refuser. Elle insistait. Elle m’a menée dans une pièce plus sombre et nue, seules deux branches de cerisier fleuries tenaient dans un vase rectangulaire, un plancher de bois et au milieu un grand sol mou, comme ceux des salles d’arts martiaux. Sur le côté un petit banc laqué permettait de poser ses affaires. À son geste, j’ai compris qu’il fallait enlever mes chaussures et j’ai saisi le pyjama bleu marine qu’elle me tendait. J’allais protester mais elle a refermé la porte avec un sourire. Je me suis dit qu’elle allait me faire un massage et que c’était compris dans la formule avec le thé. Je n’ai pas osé refuser.

Je ne me rappelle plus ce que je portais. Sans doute mon pantalon noir un peu trop court et un col roulé gris. Rien qui vaille la peine de s’en souvenir.

....................................................................................,

Quand je suis arrivée à vous, j'étais pleine d'une rage sourde et honteuse.

J'ai appris depuis en lisant des ouvrages sur le shiatsu que cette salutation s'appelle "gasshô"qu'elle est un moyen de créer le lien avec le patient, pour faire chœur, comme des enfants qui chantent ensemble dans une église pour arriver à dieu.

Il y a quelque chose de divin dans vos mains, dans les gestes que vous avez répétés, comme s'ils étaient ancestraux,que vous n'en étiez que le légataire et que vous transmettiez à mon corps le poids soulagé des corps passés et leur lumière pour guérir.

.......................................................................................,

Il y a dans la peau les traces de ce qu'on est, il se dégage de notre chair comme un effluve de notre cruauté ou au contraire comme chez vous, de bonté.

À la fin de nos massages, l'odeur de votre peau sur la mienne était un pansement, et complétait mon parfum pour en créer un autre : nous.

Je sais aussi que vous n'avez pas été heureux ; seul un être brisé peut en réparer un autre.

On ne comprend la douleur que si on la frequentée.

......................................................................................,

Les paumes de vos mains à plat contre ma peau étaient chaleureuses et ouvertes pour m'exprimer que je ne risquais rien.

Elles se sont inscrites sur la courbe de mon cou comme si elles étaient attendues et que leur place étaient là.

Vous avez immobilisé votre corps entier et m'avez entraînée à fixer ma respiration sur la vôtre.

Nous ne pouvions respirer à contre-temps, votre souffle me demandait d'inspirer avec vous, que je sois avec vous.

Et dans ce duo d'exhalations , soudain je n'ai plus été seule et mes yeux on laissé couler des larmes.

Ce n'était ni du chagrin, ni même une émotion, je libérais simplement de la vie.

Je me remettais en marche.

Vous êtes parti tel un fantôme sans que j'aie eu le temps de vous rendre même un sourire.

................................................................,

Si je me montre telle que je suis. Les gens verront sans doute que je suis une enfant perdue.

Lorsque j'y pense, je me dis que tout s'est arrêté pour moi l'hiver de mes huit ans, que je suis restée bloquée ce jour-là, le jour de la fin de l'innocence, dans ma chemise de nuit de coton qui ne me tenait pas assez chaud.

Je le sais.

Mais je refuse d'y penser.

Cela voudrait dire mourir.

Mourir, oui...

"Et la neige qui tombe

Le silence lent des gestes

L'enfance chiffon "

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BIO;

Amanda Queffélec-Maruani dite Amanda SthersNote 1, née le 18 avril 1978 à Paris, est une écrivaine et scénariste française vivant entre Paris et Los Angeles. Auteure de romans, scénarios, chansons, pièces de théâtre, et de la série Caméra Café, elle est également réalisatrice.

Ouvrages

Amanda Sthers à la foire du livre 2010 de Brive-la-Gaillarde
Romans
2004 : Ma place sur la photo, roman (ISBN 2246659817)
2005 : Chicken street, roman, (ISBN 2246690714)
2007 : Madeleine, roman, Stock - Collection bleue, (ISBN 978-2-234-06079-1)
2008 : Keith Me, roman, Stock, (ISBN 978-2-234-06150-7).
2010 : Le Reste de nos vies, roman, Flammarion, (ISBN 9782081233508).
2010 : Les Terres saintes, roman, Stock, (ISBN 9782234064225).
2012 : Rompre le charme, roman, Stock.
2013 : Les Érections américaines, roman, Flammarion
2013 : 50 et des nuances, adaptation de la comédie musicale, Palace, Paris
2015 : Les Promesses, roman, Grasset
2020 : Lettre d’Amour sans le dire, roman, Grasset - Prix France Télévisions Roman.


Théâtre
2006 : Le Vieux Juif blonde, pièce de théâtre : monologue créé pour Mélanie Thierry et mis en scène par Jacques Weber, (ISBN 2246717019)
2007 : Thalasso, pièce de théâtre, mise en scène par Stéphan Guérin-Tillié et interprété par Gérard Darmon, Thierry Frémont, Jean-Philippe Ecoffey et Alexandra London, Ariane Séguillon et Axelle Charvoz, Avant-scène théâtre - no 1230, (ISBN 2749810477)
2012 : Le Lien, pièce de théâtre, Flammarion, (ISBN 9782081233508), avec Chloé Lambert Stanislas Merhar
2013 : Mur, pièce de théâtre, théâtre de Paris; avec Nicole Calfan et Rufus
2015 : Conseil de famille, pièce de théâtre, théâtre de la Renaissance ; avec Eva Darlan et Frédéric Bouraly
2020 : Amis, pièce co-écrite avec David Foenkinos, théâtre de la Michodière en Mars 2020 et reprise en Novembre 2020 avec Kad Merad, Claudia Tagbo et Lionel Abelanski.
Jeunesse
2006 : Le Chat bleu, l'alouette et le canard timide avec Pierre Cornuel, Grasset Jeunesse, (ISBN 2246715814)
2007 : Les Gums - Cœur d'Oscar Tichaut, livre pour enfants, TF1 Entreprises, (ISBN 978-2-916780-57-3). À noter que plusieurs aventures des Gums sont à sortir courant septembre 2007)
2011 : Le Carnet secret de Lili Lampion, album jeunesse illustré par Florent Chavouet, Fernand Nathan.
Préface
Philippe Grimbert et Claude Miller, Les Secrets d'Un secret, photos de Thierry Valletoux, Paris, Verlhac, 2007 (ISBN 9782916954080)
Ouvrage autour de l'adaptation cinématographique de Claude Miller Un secret sorti la même année, d'après le roman éponyme de Philippe Grimbert.


Divers
2010 : Liberace, biographie, Plon, (ISBN 978-2259211154).
2013 : Le Carnet secret de Timothey Fusée16, illustrations de Ronan Badel, Nathan
2013 : Dans mes yeux avec Johnny Hallyday, Plon, (ISBN 978-2259218627)
2018 : De l'infidélité, dictionnaire paru chez Plon.

Filmographie
2005 : Un vrai bonheur, le film, coscénariste
2009 : Je vais te manquer, scénariste, réalisatrice
2017 : Madame, coscénariste, réalisatrice
2019 : Holy Lands, scénariste, réalisatrice