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Date de création : 30.11.2013
Dernière mise à jour : 14.07.2026
12685 articles


LAJUSTICE

Publié le 24/06/2026 à 09:07 par papilacabane Tags : sur chez musique

Les magistrats sont-ils vraiment intouchables ?

  1. Le ministre de la justice Gérald Darmanin a lancé une enquête administrative visant une magistrate du parquet d’Auch qui a eu la charge du dossier de Jérôme Barella, suspecté du meurtre de Lyhanna. L’affaire repose la question du régime disciplinaire des juges.

 

Les magistrats sont-ils intouchables ? Depuis le début de l’affaire Lyhanna, c’est une petite musique qui revient avec insistance, alimentée par certains éditorialistes ou responsables politiques. « Les mécanismes de sanction des magistrats ne fonctionnent pas », affirmait par exemple le 6 juin, dans Le Parisien, Bruno ­Retailleau, candidat des ­Républicains à la prochaine présidentielle. « En une quinzaine d’années, une seule ­sanction, en l’occurrence un blâme, a été prise », ajoutait ­l’ancien ­ministre de l’intérieur.

Un seul blâme en l’espace de quinze ans ? L’affirmation a fait bondir le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), instance chargée de la nomination des magistrats et de leur déontologie, qui a répliqué chiffres à l’appui : depuis 2015, cette ­instance a prononcé ou proposé au ministre de la justice 51 sanctions contre des magistrats, dont près d’un tiers (29 %) a entraîné l’exclusion de la personne ­concernée du corps judiciaire, notamment via une révocation ou une mise à la retraite.

Lundi 22 juin, l’actuel garde des sceaux Gérald Darmanin a annoncé sa volonté « d’engager des sanctions(…) à la hauteur des défaillances graves constatées »chez une magistrate, substitut au parquet d’Auch. Selon le rapport administratif, rendu public le même jour, cette parquetière n’a pas jugé prioritaire l’enquête pour des viols répétés sur une fillette de 10 ans visant Jérôme Barella, l’homme suspecté d’avoir ensuite violé et tué Lyhanna.

Le ministre de la justice a d’abord décidé, via, le procureur général d’Agen, de lui retirer son habilitation à traiter des dossiers s’agissant des mineurs. Il a aussi annoncé le lancement d’une enquête administrative, ­première étape avant que son dossier ne soit adressé au CSM. Une fois saisie de l’affaire, cette instance proposera au garde des sceaux une décision ­disciplinaire. Celui-ci sera libre de suivre ou pas l’avis du CSM. C’est la procédure habituelle dans les affaires disciplinaires concernant des magistrats du parquet (1). « Dans ce cas, le CSM peut proposer une sanction mais, au final, c’est le ministre qui a le dernier mot », indique Ludovic Friat, président de ­l’Union syndicale des magistrats (USM). En règle générale, les ministres suivent toujours les avis du CSM. Mais il est fort possible que Gérald Darmanin, très sensible au poids de l’émotion dans l’affaire Lyhanna, décide au final d’alourdir la sanction ­contre la parquetière d’Auch.

Contrairement à une idée reçue, les sanctions disciplinaires des magistrats ne reposent pas uniquement sur leurs pairs. Elles sont décidées par une commission du CSM où siègent huit magistrats mais aussi huit personnalités qualifiées, non-magistrates, désignées pour six d’entre elles par les présidents de la République, de l’Assemblée nationale et du Sénat.

« C’est un mauvais procès en corporatisme que l’on fait au CSM. Les personnalités qualifiées apportent un vrai regard ­extérieur »,indique Martine ­Lombard, professeure émérite en droit public à l’université Paris-Panthéon-Assas, qui a siégé au sein du CSM de 2011 à 2015 en tant que personnalité qualifiée. « Je n’ai pas eu le sentiment que, lors des délibérations, les ­magistrats agissaient avec la volonté d’épargner leurs pairs. Il arrive même qu’ils proposent des ­sanctions plus sévères que celles défendues par les personnalités ­extérieures. »

Ces personnalités extérieures peuvent certes apporter une sensibilité différente, selon ­Bertrand Mathieu, professeur émérite de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne qui, lui aussi, a siégé quatre ans au sein du CSM. « Mais très souvent, le poids des magistrats reste très prépondérant car ils connaissent le système de l’intérieur,­constate-t-il Cela leur donne forcément de l’influence sur les personnalités qualifiées. »

Martine Lombard et Bertrand Mathieu se rejoignent sur un point : les magistrats sont ­davantage sanctionnés pour des ­comportements déviants (alcoolisme, harcèlement, sexisme, pédocriminalité) ou un manque d’intégrité que pour des insuffisances dans l’exercice de leurs fonctions. Le CSM, il est vrai, ne peut pas sanctionner un ­magistrat pour une décision qu’il a pu prendre. « Ce serait porter ­atteinte à l’indépendance ­professionnelle des magistrats. En revanche, on peut très bien sanctionner un magistrat qui, de manière répétée, négligerait tous ses dossiers », confie un membre actuel du CSM.

L’an passé, par exemple, l’instance a exclu de ses fonctions, pour un an avec une privation totale de sa rémunération, un substitut du procureur qui, à l’occasion de son départ du ­tribunal, avait jeté dans un sac-poubelle de nombreux dossiers, dont certains concernaient des signalements de mineur en ­danger, restés sans décision.

Depuis 2011, n’importe quel citoyen peut aussi saisir le CSM s’il estime qu’un magistrat a commis une faute disciplinaire. L’an passé, 254 plaintes de ce type ont été recensées. Mais dans l’immense majorité des cas, ces dossiers n’aboutissent pas. « Les citoyens nous saisissent surtout pour une décision qui ne leur convient pas. Pas pour un ­problème disciplinaire », indique le membre du CSM.

Pierre Bienvault

LACULTURE

Publié le 24/06/2026 à 09:02 par papilacabane Tags : image sur vie monde presse chez fond article musique mort société centre création pouvoir

« Bataille culturelle », l’omniprésence d’une expression minée

  1. La métaphore envahit les discours médiatiques et politiques, nourrit pétitions ou travaux universitaires, comme elle justifie les investissements de grandes fortunes dans le secteur de la culture et des médias. Retour sur la trajectoire historique et les multiples sens d’une notion floue, voire piégeuse.

Le 11 juin dernier, devant les ­sénateurs, l’homme d’affaires Matthieu Pigasse défend les festivals de musique dont il est le ­propriétaire, ainsi que son groupe de médias Combat. « Il y a 5 ou 6 milliardaires conservateurs – ce n’est pas une injure – qui contrôlent 80, 85 ou 90 % des médias ! C’est là que la bataille culturelle est inégale. Et c’est pareil dans ­l’édition, la diffusion ou le cinéma. On est un peu le village gaulois d’Astérix », explique-t-il à la ­commission d’enquête sur le financement privé des politiques publiques.

« Bataille culturelle ». À moins d’un an de l’élection présidentielle, l’expression s’impose partout, dans les titres des journaux, les discours politiques, ou encore les pétitions. La veille du Festival de Cannes, 600 professionnels du cinéma mettaient ainsi en garde contre « une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif » – la pétition a réuni ensuite 3 000 signatures. Un mois plus tôt, près de 300 auteurs et acteurs de l’édition refusaient « d’être les otages d’une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias », après le limogeage d’Olivier Nora à la tête de Grasset par Vincent Bolloré.

Incontournable dans le débat public, la métaphore belliqueuse se diffuse aussi dans les universités. Ces 23 et 24 juin à Paris, elle se retrouve au centre d’un colloque international organisé par la Sorbonne-Nouvelle, réunissant une cinquantaine de chercheurs du monde entier autour de cette question : « La “bataille culturelle” est-elle gagnée ? Communication, médias et culture à l’épreuve de l’extrême droitisation. »

  1. Quelle est l’histoire de cette notion ?

L’expression naît dans les années 1930 sous la plume du communiste italien Antonio Gramsci, dans les Cahiers de prison qu’il ­rédige dans les geôles fascistes, manuscrits exfiltrés en URSS puis publiés entre 1948 et 1951. S’interrogeant sur les raisons pour lesquelles les classes populaires n’ont toujours pas renversé l’ordre bourgeois, un siècle après les écrits de Marx, il forge la notion d’« hégémonie culturelle ».

« Gramsci s’oppose alors au marxisme économiste, focalisé sur les rapports de production, et porte son attention sur ce qui se passe du côté de la culture, explique le sociologue Étienne Ollion. C’est selon lui la culture hégémonique (celle de la bourgeoisie) qui explique que les classes populaires acceptent sa domination. Mais ce qu’il entend par là, c’est moins la capacité à imposer des idées abstraites qu’un sens commun, un ressenti, une forme de pensée ­intuitive liée à la vie pratique. »

Pour mener la révolution à son terme, il s’agit alors de changer ces représentations par « le ­passage de la guerre de manœuvre (et de l’attaque frontale) à la guerre de position, même dans le domaine politique »,écrit l’écrivain communiste. Une stratégie qui vise à prendre de nouvelles « casemates », tels que la presse, les écoles, les universités, les ­associations religieuses ou encore les syndicats, pour emporter l’adhésion.

Centrale à gauche après 1968, la pensée de Gramsci eut dans les décennies suivantes de plus étranges héritiers. Les intellectuels de la Nouvelle Droite, emmenés par Alain de Benoist, entendent, dans les années 1980, investir le terrain des idées et réarmer culturellement ­l’extrême droite. En 1981, le Groupement de recherche et d’études pour la ­civilisation européenne (Grece) explicite le programme avec son congrès « Pour un gramscisme de droite ».

  1. Quand l’expression « bataille culturelle » émerge-t-elle à l’extrême droite ?

Reprenant la théorie de « l’hégémonie culturelle », « ces laboratoires d’idées, discrets, cherchent à construire un projet idéologique global afin de transformer les mentalités pour promouvoir un nouveau système de valeurs », détaille la sémiologue Cécile Alduy dans un article paru dans la revue Mots. La métaphore guerrière surgit ensuite chez le même Alain de Benoist et devient un outil ­tactique « lorsqu’elle est reprise et revendiquée par les futurs cadres du Front national Jean-Yves Le Gallou et Bruno Mégret ».

Une appropriation qui s’accompagne d’un glissement sémantique : « On est passé dans le discours des dirigeants du Front national des années 1980-1990 à l’expression d’une vulgate sur la “bataille des idées” et surtout “des mots” », poursuit la chercheuse. À leur suite, Nicolas ­Sarkozy déclare en 2007 : « Au fond, j’ai fait mienne l’analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées. » Dès lors, et jusqu’à aujourd’hui, « s’installe une grande confusion sur la “bataille culturelle”,analyse Étienne Ollion. Vise-t-elle à imposer un ressenti ou des idées ? Les deux se mélangent sous le terme vague de “méta politique” ».

Mais dans ces années 2000, l’extrême droite identitaire actualise à sa façon l’héritage du penseur italien, mort à 46 ans sous le joug fasciste. Le sociologue Samuel Bouron a étudié la méthode de ces nouveaux ­militants,« moins intellectuelle qu’opérationnelle »,pour rendre consensuelles leurs idées, par ­ailleurs assez floues, de « grand remplacement » ou de « remigration ». « Souvent venus de la publicité ou du marketing politique, ils testent d’autres manières de les diffuser, comme de faire carrière, en investissant le Web ou les médias d’extrême droite. »

L’hégémonie culturelle est pour eux un passage obligé, ­revendiquée par Éric Zemmour, Marion Maréchal, ou encore ­Jordan Bardella qui écrit sur X en juin 2025 :« Cela fait des années que la droite a abandonné la ­bataille culturelle, et que la gauche exerce une hégémonie sur le monde des médias et de la culture. C’est ­parfaitement sain qu’il y ait un rééquilibrage. » Des mots qui ­résonnent avec ceux du milliardaire Pierre-Édouard Stérin dansLe ­Figaro un an plus tôt, au sujet de son projet « Périclès » – Patriotes, enracinés, résistants, identitaires, chrétiens, libéraux, Européens, souverainistes.

  1. En quoi cette expression est-elle un piège ?

La métaphore, captée par l’extrême droite depuis plus de quarante ans, lui permet de surjouer ses victoires.« Ce qui a changé, c’est l’émergence d’un acteur ­économique puissant, qui permet à l’extrême droite d’investir de nouveaux lieux de combat, telles la télévision ou l’édition, pour remporter les cœurs et les esprits,note Étienne Ollion.Toutefois, il faut relativiser son impact sur les représentations, en rappelant par exemple la faiblesse des audiences de CNews, à 2,6 % en mai. »

D’autant que visibilité ne signifie pas légitimité, ni même ­normalisation, ajoute Samuel Bouron. « Le piège, c’est de reprendre l’affirmation fausse de l’extrême droite, qui prétend avoir gagné la bataille culturelle par la présence accrue de ses idées dans l’espace public, davantage liée à leur caractère polémique que consensuel. D’en surestimer le poids et de sous-estimer en retour celui des changements en cours dans l’espace médiatique ou de l’évolution parallèle d’une partie de la droite. »

Au risque de servir le discours de l’extrême droite ? Cécile Alduy en est convaincue, et pour de multiples raisons. Tout d’abord, la métaphore construit un champ de lutte entre deux camps, « une vision des rapports sociaux et du champ politique fondée sur la ­violence ». Ensuite, elle masque les lacunes de programme et les déconvenues électorales : « Les succès confirment le bien-fondé du combat idéologique, les défaites prouvent “la domination absolue des idées de gauche dans l’espace public” », poursuit-elle, citant Éric Zemmour lors de la dernière élection présidentielle.

Enfin, elle est performative.« L’énonciation crée l’énoncé : ­affirmer qu’on se lance dans la bataille culturelle, c’est faire une déclaration de guerre et confirmer donc son existence en la faisant advenir», soutient la sémiologue qui conclut :« L’un des plus grands succès de l’extrême droite est peut-être d’avoir imposé l’idée que cette “guerre culturelle” existe en dehors de son propre ­discours et de ses propres campagnes de dénigrement des mots ­adverses. »

Un brouillage redoublé, selon la sociologue Nathalie Heinich, par deux phénomènes concomitants : « Le déplacement des batailles idéologiques au sein de la gauche sous la poussée de LFI et du “wokisme” d’un côté, la présence accrue d’investisseurs très à droite qui s’emparent des moyens d’influence idéologique, de l’autre. » Pour la sociologue, qui a ­étudié par le passé les querelles autour de l’art contemporain, c’est le mot « culturel » qui est ­devenu piégeux, désignant tour à tour la création artistique, ­l’écosystème médiatique et, pour l’extrême droite, un combat ­civilisationnel.

  1. À quelles conditions la métaphore peut-elle être fertile ?

Face à cette confusion, celle qui pourfend le militantisme de certains de ses collègues universitaires prône la distinction entre arène académique, lieu de la ­controverse scientifique et de la « neutralité », et l’arène civique, « où chacun a le droit de défendre ses opinions et idées ». S’y engager au nom de la « bataille culturelle » peut d’ailleurs renforcer la démocratie. Les récents débats dans le cinéma ou l’édition ont ainsi fait mûrir des propositions pour mieux réguler la concentration dans les médias, soutenir les droits des auteurs, tandis que la dénonciation des dérives de la commission d’enquête sur ­l’audiovisuel public a mis à l’agenda la réforme de cet outil ­institutionnel.

Alors, plutôt que de congédier la métaphore, faisons-en un usage critique, en revenant à la leçon de Gramsci, propose Étienne Ollion. « Elle est double et nous l’avons oubliée : les récits comptent pour gagner l’adhésion populaire, mais à condition d’être ancrés dans les situations concrètes de vie. La politique, c’est faire exister, non pas de grandes idées, mais des représentations – une vision de la société par exemple – et des causalités – désigner les causes, par exemple, du problème du logement. C’est aussi changer la réalité. »

Dans ce cas, la métaphore peut encore servir, acquiesce Justine Lacroix, professeur de théorie politique à l'Université libre de Bruxelles. Elle vient de rejoindre le conseil scientifique du think tank « Noûs » lancé par le parti socialiste pour justement« mener la bataille culturelle face à la vague réactionnaire ». La force de cette expression à ses yeux ?« Nous obliger à nous réapproprier certains thèmes de manière réaliste et progressiste, comme la sécurité ou l’immigration, quitter une position défensive par peur de ces mots, et passer à l’offensive. Non pour viser l’hégémonie culturelle mais pour faire respecter un minimum de pluralisme et préserver l’espace public. »

Béatrice Bouniol

SANTE

Publié le 24/06/2026 à 08:57 par papilacabane Tags : sur

 

Le gouvernement renforce la mobilisation du système de santé

Sébastien Lecornu a annoncé mardi un renforcement de la ­mobilisation du système de santé face à la canicule qui sévit dans le pays, en activant le plan Orsan au niveau 2 sur 4. Ce plan permet d’« organiser la montée en charge du système de santé face à une canicule majeure ». Le niveau 2 inclut par exemple de possibles déprogrammations d’opérations « si nécessaire ». Alors que les appels au 15 se multiplient depuis quelques jours (+ 30 à 40 % selon les régions), les hôpitaux s’attendent à un ­afflux de patients dans les prochains jours, avec l’arrivée des potentielles décompensations cinq à dix jours après les premières chaleurs. « Nous sommes dans une phase d’anticipation pour éviter l’engorgement des hôpitaux : on mobilise la médecine de ville avec un appel à la solidarité entre cabinets, par exemple. À l’hôpital, on procède à un monitoring quotidien des capacités, à une surveillance des plannings de garde », a précisé Matignon, écartant toute réquisition de personnels à ce stade.

SANTE

Publié le 24/06/2026 à 08:57 par papilacabane Tags : sur

Le gouvernement renforce la mobilisation du système de santé

Sébastien Lecornu a annoncé mardi un renforcement de la ­mobilisation du système de santé face à la canicule qui sévit dans le pays, en activant le plan Orsan au niveau 2 sur 4. Ce plan permet d’« organiser la montée en charge du système de santé face à une canicule majeure ». Le niveau 2 inclut par exemple de possibles déprogrammations d’opérations « si nécessaire ». Alors que les appels au 15 se multiplient depuis quelques jours (+ 30 à 40 % selon les régions), les hôpitaux s’attendent à un ­afflux de patients dans les prochains jours, avec l’arrivée des potentielles décompensations cinq à dix jours après les premières chaleurs. « Nous sommes dans une phase d’anticipation pour éviter l’engorgement des hôpitaux : on mobilise la médecine de ville avec un appel à la solidarité entre cabinets, par exemple. À l’hôpital, on procède à un monitoring quotidien des capacités, à une surveillance des plannings de garde », a précisé Matignon, écartant toute réquisition de personnels à ce stade.

SADAPTERALACANICULE

Publié le 24/06/2026 à 07:07 par papilacabane Tags : image sur bonne vie france monde coup soi maison centre 2010 pouvoir

Comment la France tente de s’adapter à la canicule

  1. Alors que, de manière inédite, la France connaît, en juin, sa deuxième vague de chaleur précoce de l’année, chacun prend conscience d’une évidence : nous ne sommes pas prêts à affronter des canicules aussi fortes, surtout si elles doivent devenir plus intenses encore. Alors que faire ?

Ce n’est pas faute pour les scientifiques d’avoir prévenu. Plus nombreuses, plus intenses, surgissant plus tôt et plus tard dans l’année, les canicules vont devenir un quotidien auquel il va falloir s’adapter.

« Avant 1990, les canicules, ­c’était une fois tous les cinq ans, depuis 2010, c’est désormais en moyenne deux par an,rappelle d’emblée Benoit Granier, porte-parole de l’association environnementale Réseau action climat.Or si la France n’est pas prête à affronter la vague de ­chaleur actuelle, elle l’est encore moins pour celles qui se pré­parent. »

Depuis le traumatisme de la canicule de l’été 2003, et ses 15 000 morts dans l’Hexagone, les pouvoirs publics ont commencé à mieux appréhender le sujet, mais de nombreuses questions restent en suspens : où trouver les financements? Comment ­articuler cette adaptation avec la lutte contre le réchauffement climatique? Et dans ­certains cas, faut-il renoncer à ­s’adapter?

  1. Que fait la France pour se préparer aux vagues de chaleur ?

 

La France part de loin. À l’inverse de l’Italie ou de l’Espagne, qui ont construit leurs bâtiments pour résister à la chaleur, la France a fait de la résistance au froid sa priorité, avec des maisons valorisées quand elles sont plein sud et ont des grandes baies vitrées, et une majorité de son bâti inadapté aux canicules. Depuis quelques années, des actions ont été entreprises. En 2021, l’Union européenne a imposé à ses membres d’adopter une stratégie d’adaptation au réchauffement climatique. Depuis lors, la France a adopté un « plan national d’adaptation au changement climatique » (Pnacc). Sa troisième édition, publiée en 2025, est « d’assez bonne qualité, car il traite le sujet de manière transverse, et donne des orientations à tous les acteurs, qu’il s’agisse de l’État, des collectivités ­locales, des écoles, des hôpitaux et même des entreprises, ­estime Violaine Lepousez, coresponsable du pôle adaptation au cabinet Carbone 14, qui accom­pagne les acteurs dans ce type de transformation. Et beaucoup, notamment dans les collectivités locales, qui ont beaucoup végétalisé, s’y sont mis, réellement. »

« Alors que pendant longtemps les constructions de bâtiment n’intégraient pas le confort d’été dans leurs exigences, désormais c’est le cas dans la majorité des ​bâtiments neufs, qui, tant en matière d’isolation que de choix des matériaux, sont désormais capables de se maintenir au frais l’été », abonde François Thomazeau, directeur de programme à l’ Institut de l’économie pour le climat (I4CE). En revanche, il n’y a que peu de temps que les rénovations énergétiques des bâtiments sont censés prendre en compte le ­confort d’été.

Le processus est donc encore balbutiant. « Mon prédécesseur n’avait rien fait, donc, pour l’instant, je cherche des ventilateurs, je suis dans la gestion de crise !,­relate Philippe Vigier, maire de Châteaudun (Eure-et-Loir). L’adaptation va être une priorité de mon mandat mais, pour cela, il faut faire un diagnostic des besoins et des solutions possibles, pour les écoles, les Ehpad et tous les bâtiments publics. Alors il ne faut pas s’attendre à ce que les solutions sortent de terre tout de suite. Et ça va représenter des millions d’euros, ce qui est beaucoup pour une commune de 13 000 ­habitants. »

Or l’argent, c’est justement là où le bât blesse. « Le Pnacc fixe des bons objectifs, mais non seulement il n’y a pas de moyens pour le soutenir, mais en plus on voit que le gouvernement a choisi de raboter les moyens des principaux organismes et enveloppes qui permettent la mise en pratique », juge Benoit Granier. Et de citer le cas du Fonds vert, créé pour aider les collectivités locales à faire face au réchauffement climatique, dont le budget a été divisé par trois en trois ans.

  1. S’adapter, est-ce renoncer à lutter contre le réchauffement climatique ?

En ces temps de disette budgétaire, est-il raisonnable de penser qu’on aura assez d’argent à la fois pour lutter contre le réchauffement climatique, en décarbonant nos usages notamment, et pour s’adapter à un réchauffement à 4 °C prévu en métropole en 2100, ce qui implique des pics de chaleur extrêmes pouvant dépasser les 50 °C ? « On entend des discours qui disent que faire de l’adaptation, c’est renoncer à l’atténuation du réchauffement, et d’autres qui disent que comme le combat ­contre le réchauffement est perdu, il faudrait mieux tout miser sur l’adaptation pour protéger les gens,résume François Thomazeau. Mais, en réalité, ça ne se passe pas comme ça, et quand c’est bien fait, on fait les deux en même temps. »

Si la climatisation – avec laquelle on a tendance à opposer adaptation et atténuation – est actuellement dans toutes les têtes, « il existe toute une série de palettes de solutions, qui permettent à la fois l’adaptation et l’atténuation », explique Marjorie Musy, directrice de recherches au Centre ­d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema). Le Pnacc liste ainsi, à destination des acteurs publics et privés, une série de pistes : par exemple sur le bâtiment, une isolation de 10 cm permet d’améliorer le niveau de confort de 20 à 50 %, l’occultation des fenêtres, de 30 à 50 %, tandis qu’une ventilation efficace l'augmente de 33 à 50 %. La végétalisation des villes, qui rafraîchit par ombrage et par évapotranspiration, est aussi efficace. « D’après une étude scientifique portant sur plus de 100 villes dans le monde, rappelle Benoit Granier, les parcs urbains refroidissent l’air d’environ 3,2 °C en moyenne, les alignements d’arbres d’environ 3,8 °C, les jardins botaniques d’environ 5 °C . »

De toute façon, reprend Marjorie Musy, « on est obligés de ne pas baisser les bras sur l’atténuation, car sinon il y aura un moment où ne pourra plus s’adapter ». Ainsi baisser la température de 5 °C peut être suffisant avec une température extérieure à moins de 35 °C, mais elle risque de ne pas suffire à 50 °C. « Plus les pics de chaleur sont extrêmes, plus les solutions d’adaptation se compliquent, poursuit Vincent Viguié, chercheur aux Ponts et chaussées. Par exemple, il y a peu de végétaux qui résistent à 50 °C et ceux qui peuvent le faire sont ceux qui vivent dans le désert et non seulement ils ne font pas d’ombre, mais ils ont tendance à fermer leurs stomates pour ne plus évapotranspirer. Du coup, leur intérêt en ville est faible. »Bref, résume-t-il, « l’adaptation est obligatoire mais elle risque de ne servir à rien sans atténuation ».

  1. Faut-il tout adapter ?

 

Il n’existe pas d’évaluation du coût global que représenterait différents scénarios d’adaptation. Mais une étude de l’I4CE parue en 2024 estime que, rien que dans le bâtiment, un réchauffement de 4 °C dans l’Hexagone pourrait conduire, en plus des investissements déjà prévus en matière de rénovation énergétique, à « un coût additionnel compris entre 1 et 2,5 milliards d’euros par an pour la construction neuve et jusqu’à plusieurs milliards d’euros par an pour le parc existant ».L’étude parle aussi de « centaines de millions d’euros à quelques milliards d’euros par an » pour les transports, et de « 1,5 milliard d’euros par an » pour l’agriculture, deux secteurs aussi très impactés par la chaleur extrême.

« Il va falloir faire la balance ­entre le niveau d’investissement qu’on est prêt à mettre et le niveau de confort dégradé qu’on est prêt à accepter »,précise Adèle Tanguy, chargée de recherches politiques d’adaptation à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Souhaite-t-on climatiser en priorité les écoles, les Ehpad et les transports publics ? Dans ce cas, faut-il assumer de ne pas pouvoir rafraîchir tous les bâtiments publics et de reléguer au second plan l’adaptation des logements des particuliers ? Doit-on préserver la continuité de la vie économique, ou protéger les travailleurs en instaurant des congés canicule ? Souhaite-t-on mettre de l’argent pour remplacer les rails des trains qui se dilatent avec la chaleur ? Ou faut-il accepter que certains jours des trains ne circulent pas ? « Une chose est sûre : on ne pourra pas continuer à vivre comme aujourd’hui », résume François Thomazeau. « La question, c’est comment on répartit les efforts, et où est-ce qu’on accepte les dégâts, complète Vincent Viguié. Dans tous les scénarios, il y aura des gagnants et des perdants. Si on laisse les individus gérer, ca se fera à plus fort coût et au détriment de ceux qui n’ont pas les moyens. »

  1. Doit-on laisser les gens s’adapter seuls ?

La canicule que nous vivons démontre que les effets des poli­tiques engagées en amont n’ont pas permis aux Français d’être suffisamment préparés. Certains ont pu acheter une maison avec jardin à la campagne, pour moins subir les îlots de chaleur, les plus privilégiés ont une piscine. Et tant pis pour le partage de la ressource en eau. Depuis quelques jours, beaucoup se ruent aussi sur les couvertures de survie et la climatisation individuelle, des solutions de court terme non optimales. ­D’après Hello Watt, qui a récupéré les données d’un million d’utilisateurs de son application, 28% des maisons sont déjà équipées en climatiseur en 2026, soit + 2 % de plus qu’en 2025, et 13,4 % des appartements le sont (+ 6 %).

Ce laisser-faire a des externalités négatives connues. « Le problème,explique Vincent Viguié, c’est notamment la clim mobile que chacun peut s’acheter dans le commerce. » Elle a plusieurs effets nocifs. D’abord, reprend-il, « elle rejette de la chaleur dehors. On estime que, dans les villes où elle est très développée, la clim fait monter la température extérieure de 2 °C, et ça peut être encore plus dans certaines cours d’immeuble. » Ensuite, « pour faire du froid, elle utilise un fluide 2 000 fois plus émetteur en gaz à effet de serre que le CO2, or les fuites ne sont pas rares». Enfin, « elle nous rend très vulnérables aux coupures de courant, comme on le voit aux États-Unis ». Sans compter la grande inégalité entre ceux qui peuvent se l’acheter et les autres.

Mais comment faire autrement ? Sans politique d’adaptation efficace, « il est difficile d’interdire aux gens de se protéger », rappelle Adèle Tanguy. Pour éviter l’anarchie du chacun pour soi, l’État pourrait inciter financièrement à acheter des climatiseurs fixes, plus efficaces, comme il l’a fait en réduisant la TVA sur les pompes à chaleur, qui fonctionnent comme des clims, ou en subventionnant les réseaux de froid pour les collectivités locales. « Il pourrait aussi prendre une réglementation pour interdire les équipements qui ont des risques de fuite importants », ajoute Vincent Viguié. « On en revient à la nécessité d’une politique publique collective qui incite aux bonnes pratiques, conclut Adèle Tanguy. Mais pour l’instant, le débat n’a pas encore vraiment commencé. »Il est plus que temps de poser ce débat, et de dépasser le clivage entre les anti-clim et les pro-clim.

Nathalie Birchem

BREXIT

Publié le 23/06/2026 à 12:14 par papilacabane Tags : image sur vie france monde article centre texte

Dix ans après le Brexit, le Royaume-Uni revient à petits pas

  1. Le 23 juin 2016, après quarante-sept années de vie commune marquées par des relations houleuses, le Royaume-Uni décidait de quitter l’Union européenne. Dix ans plus tard, une majorité de Britanniques regrettent les conséquences du Brexit. À l’initiative du premier ministre Keir Starmer, démissionnaire, le mouvement d’un rapprochement a été enclenché.

Le 23 juin 2016, au grand étonnement des Britanniques eux-mêmes, le Royaume-Uni décide, par référendum et avec un petit oui de 51,9 % (contre 48,1 % pour le « remain »), de larguer les amarres de l’Union européenne pour voguer vers un autre avenir promis notamment par Boris Johnson, qui deviendra peu après premier ministre. Celui d’une grande puissance retrouvée : c’est du « Global Britain ». Huit ans plus tard, constatant le bilan décevant du Brexit, le Royaume-Uni faisait marche arrière sous la houlette du vainqueur des législatives de juillet 2024, le travailliste Keir Starmer. Ce juriste de formation, convaincu que l’avenir de son pays passe davantage à l’est des côtes britanniques qu’à l’ouest, lance alors le « reset » : la « réinitialisation » a minima de la relation entre Londres et Bruxelles devient son mantra. Mais après des résultats très décevants lors élections locales de mai, et sous la pression de son parti, Keir Starmer vient de démissionner, juste à la veille de cet anniversaire. S’il est élu dans les toutes prochaines semaines par ses pairs à la tête du Labour pour lui succéder au poste de premier ministre, le pro-européen affiché Andy Burnham devrait poursuivre sur la même voie.

« Le Brexit n’a pas eu les résultats escomptés,juge Marie-Claire Considère-Charon, professeure honoraire de l’université Bourgogne-Franche-Comté, autrice de Géopolitique du Royaume-Uni (Puf). Au début du mandat de Starmer, il y avait un trou de 22 milliards de livres sterling(25,4 milliards d’euros) dans les finances publiques. »Et depuis, la situation n’a cessé de se dégrader. Mais « le reset inscrit dans le programme électoral du parti travailliste comporte les mêmes lignes rouges que le Brexit : pas de retour dans le marché intérieur européen, ni dans l’union douanière », tempère Cleo Davies, enseignante-chercheuse au Forward College.

Sitôt installé à Downing Street, Keir Starmer se met en quête d’un premier accord avec Bruxelles pour faciliter la circulation des artistes et musiciens dans l’UE ainsi que la reconnaissance des qualifications professionnelles entre Londres et Bruxelles. Le Royaume-Uni renoue « à petit pas » les fils dénoués dix ans plus tôt. Le premier ministre espérant peut-être capitaliser sur le rapprochement avec l’UE s’y investit personnellement, avec le soutien d’Emmanuel Macron, du chancelier allemand, Friedrich Merz, et de la présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen, dans ces manœuvres de rapprochement. En février 2025, il est le premier chef de gouvernement britannique invité au conseil européen à Bruxelles depuis le leave. Puis, un premier sommet UE/Royaume-Uni est organisé le 19 mai 2025. Un accord sur la défense et la cybersécurité est signé. Mais déjà, les Européens qui espéraient de vraies avancées sont frappés par le manque d’ambition de ce reset.

« Starmer est un juriste compétent mais il manque de sens politique »,juge Marie Claire Considère-Charon. « Il y va prudemment, explique Laetitia Langlois, maître de conférences en civilisation britannique à l’université d’Angers, car le traumatisme du Brexit est encore là. »Pourtant, les sondages montrent qu’au sein de la population britannique, les rapports se sont inversés depuis la rupture avec l’UE. Aujourd’hui, 75 % des électeurs souhaitent une relation plus étroite avec l’UE, la préférant aux États-Unis, et 60 % de la population britannique se reconnaissent dans le « Bregret » (le regret d’avoir voté pour le Brexit).

Au sein du gouvernement ­Starmer, conjurer les effets du Brexit est devenu une obsession et devrait le rester après lui. « L’approfondissement des relations commerciales avec l’UE est un enjeu majeur, » martelait en février dernier à la London School of Economics (LSE), Rachel Reeves, chancelière de l’Échiquier, pour laquelle « l’intégration plus poussée avec le principal partenaire commercial du Royaume-Uni stimulerait la croissance économique et renforcerait la sécurité ». Il s’agit toutefois d’« une préoccupation qui arrive très loin derrière le coût de la vie et l’immigration pour les Britanniques »,tempère Cleo Davies.

Le 11 mai, quelques jours avant le premier sommet UE/Royaume-Uni depuis le Brexit et malgré l’échec de son parti aux élections locales, le premier ministre accélère encore le tempo. Dans un discours à Londres, Keir Starmer dit vouloir« mettre le Royaume-Uni au cœur de l’Europe pour que nous soyons plus forts sur le plan économique, commercial et en matière de défense ». « Il tente le tout pour le tout car il a besoin lui aussi de se redynamiser. Il lui faut un marqueur politique, et c’est l’Europe »,observe Laetitia Langlois. L’intensification de la guerre en Ukraine, aux portes de l’Europe, lui en donne l’opportunité. Deux mois plus tôt, sous le leadership du Royaume-Uni, de la France, les discussions sur une« coalition des volontaires » s’engagent pour soutenir Kiev face à l’invasion russe.« L’Europe sait qu’elle sera plus forte avec Londres,poursuit Laetitia Langlois.C’est une grande puissance nucléaire et diplomatique, même si son armée montre quelques faiblesses. »D’autant qu’au même moment, l’allié américain traditionnel bafoue « la relation spéciale » qui le lie à Londres.« Avoir quitté l’Europe dans un monde aux multiples conflits laisse le Royaume-Uni un peu seul, isolé », constate l’universitaire.

Une nouvelle étape est franchie le 15 avril 2026, lorsque Londres et Bruxelles annoncent avoir signé le texte actant la réintégration en 2027 du Royaume-Uni dans le programme européen d’échanges universitaires, Erasmus+. «Keir Starmer essaie de se réapproprier le vote des jeunes, majoritairement électeurs duremain, alors que les boomers avaient voté pour leleave », note Laetitia Langlois. Mais à peine signé, les Britanniques rechignent déjà à alléger le coût des inscriptions pour les jeunes Européens… Un accord sera finalement trouvé, mais les tergiversations britanniques agacent.« L’ambivalence a toujours été le fil conducteur de la diplomatie britannique, tiraillée entre le pragmatisme de la coopération multilatérale et la prudence politique du gouvernement soucieux d’éviter une remise en cause de la souveraineté retrouvée, conclut Marie-Claire Considère-Charon.Keir Starmer s’est engagé à un rapprochement mesuré car il veut corriger les effets les plus néfastes du Brexit.Il n’est pas question d’une réadhésion du Royaume-Uni à l’UE. »Le 22 juillet prochain, Britanniques et Européens devaient se retrouver à Bruxelles pour un deuxième sommet. Le départ annoncé de Downing Street de Keir Starmer pourrait repousser momentanément la date, mais pas fondamentalement rebattre les cartes du reset.

Agnès Rotivel

SANTE

Publié le 23/06/2026 à 08:51 par papilacabane Tags : france chez enfants air femmes

Santé : les cancers et les maladies cardiovasculaires restent la principale cause de décès en France Les tumeurs et les maladies cardiovasculaires étaient les premières causes de décès en France en 2024, selon un bilan annuel publié mardi 23 juin 2026.

Les tumeurs et les maladies cardiovasculaires étaient les premières causes de décès en France en 2024, selon un bilan annuel publié mardi 23 juin 2026. Franck Dubray / OUEST FRANCE/MAXPPP

Cancers et maladies cardiovasculaires ont concentré près de la moitié des décès en France en 2024, selon un bilan publié mardi 23 juin par Santé publique France, l’Inserm et la Drees.

Les tumeurs et les maladies cardiovasculaires sont restées en 2024 les premières causes de décès en France, en totalisant près de la moitié à elles seules, montre mardi 23 juin un bilan annuel publié par plusieurs organismes de recherche.

Tous les ans, des scientifiques – liés à l’agence Santé publique France, à l’Inserm et à la Drees, la direction des statistiques du ministère de la santé – dressent un bilan des principales causes de mortalité, avec un peu de décalage. Il s’agit en l’occurrence de 2024, où plus de 641 000 décès ont été enregistrés.

Rapporté à la population générale, le taux de mortalité des Français a baissé à un niveau historiquement bas – 777,9 pour 100 000 habitants –, selon cette étude de référence. Mais, prévient-elle, cette mortalité « reste significativement supérieure à celle à laquelle aurait conduit la prolongation des tendances 2015-2019 ou 2012-2019 », avant la pandémie de Covid qui avait provoqué un net rebond au début des années 2020.

Dans le détail, les tumeurs, qui correspondent essentiellement à la mortalité liée aux cancers, constituaient en 2024 27,1 % des décès et les maladies circulatoires – désignant principalement les pathologies cardiovasculaires – en ont causé 21,2 %.

Maladies respiratoires en hausse

Ces deux chiffres déclinent, mais avec des réalités variables. Ainsi « la mortalité par tumeur continue de baisser, à l’exception de celle du pancréas en hausse tendancielle, et de celles du poumon, des bronches et de la trachée chez les femmes », notent les trois institutions. Et les décès liés aux tumeurs « concernent des personnes en moyenne plus jeunes que ceux toutes causes confondues », soulignent-elles.

Par ailleurs, une troisième grande cause de décès, les maladies respiratoires, continue à progresser, une tendance déjà à l’œuvre lors des années précédentes. Elles ont causé 8,2 % des décès, un chiffre qui n’inclut pas le Covid, dont les morts poursuivent leur baisse.

« Cette augmentation s’explique notamment par une épidémie de grippe 2024-2025 caractérisée par un démarrage précoce, avec un pic atteint mi-janvier 2025 », détaille l’étude.

Les chercheurs ont, par ailleurs, dressé un premier bilan pour 2025, même s’il reste encore sujet à des incertitudes méthodologiques. Les tendances apparaissent semblables à 2024, avec une « légère baisse » des taux de mortalité des tumeurs et des maladies cardio-neurovasculaires.

BREXIT

Publié le 23/06/2026 à 07:42 par papilacabane Tags : sur vie france monde annonce texte

 

Brexit : dix ans après, le Royaume-Uni et l’UE sur le chemin d’un timide rapprochement

Un supporteur du Brexit montre sa joie en janvier 2020, à Londres, pour son entrée en vigueur effective. Andrew TESTA / PANOS-REA

Huit ans plus tard, constatant le bilan décevant du Brexit, le Royaume-Uni faisait marche arrière sous la houlette du vainqueur des législatives de juillet 2024, le travailliste Keir Starmer. Ce juriste de formation, convaincu que l’avenir de son pays passe davantage à l’est des côtes britanniques qu’à l’ouest, lance alors le « reset » : la « réinitialisation » a minima de la relation entre Londres et Bruxelles devient son mantra.

Mais après des résultats très décevants lors élections locales de mai, et sous la pression de son parti, Keir Starmer vient de démissionner, juste à la veille de cet anniversaire. S’il est élu dans les toutes prochaines semaines par ses pairs à la tête du Labour pour lui succéder au poste de premier ministre, le pro-européen affiché Andy Burnham devrait poursuivre sur la même voie.

Les mêmes lignes rouges

« Le Brexit n’a pas eu les résultats escomptés,juge Marie-Claire Considère-Charon, professeure honoraire de l’université Bourgogne-Franche-Comté, autrice de Géopolitique du Royaume-Uni (PUF). Au début du mandat de Starmer, il y avait un trou de 22 milliards de livres sterling(25,4 milliards d’euros) dans les finances publiques. »Et depuis, la situation n’a cessé de se dégrader. Mais « le reset inscrit dans le programme électoral du parti travailliste comporte les mêmes lignes rouges que le Brexit : pas de retour dans le marché intérieur européen, ni dans l’union douanière », tempère Cleo Davies, enseignante-chercheuse au Forward College.

Sitôt installé à Downing Street, Keir Starmer se met en quête d’un premier accord avec Bruxelles pour faciliter la circulation des artistes et musiciens dans l’UE ainsi que la reconnaissance des qualifications professionnelles entre Londres et Bruxelles. Le Royaume-Uni renoue « à petit pas » les fils dénoués dix ans plus tôt.

Le premier ministre espérant peut-être capitaliser sur le rapprochement avec l’UE s’y investit personnellement, avec le soutien d’Emmanuel Macron, du chancelier allemand, Friedrich Merz, et de la présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen, dans ces manœuvres de rapprochement. En février 2025, il est le premier chef de gouvernement britannique invité au conseil européen à Bruxelles depuis le leave. Puis un premier sommet UE-Royaume-Uni est organisé le 19 mai 2025. Un accord sur la défense et la cybersécurité est signé. Mais déjà, les Européens qui espéraient de vraies avancées sont frappés par le manque d’ambition de ce reset.

75 % des électeurs souhaitent une relation plus étroite avec l’UE

« Starmer est un juriste compétent mais il manque de sens politique »,juge Marie Claire Considère-Charon. « Il y va prudemment, explique Laetitia Langlois, maître de conférences en civilisation britannique à l’université d’Angers, car le traumatisme du Brexit est encore là. »Pourtant, les sondages montrent qu’au sein de la population britannique, les rapports se sont inversés depuis la rupture avec l’UE. Aujourd’hui, 75 % des électeurs souhaitent une relation plus étroite avec l’UE, la préférant aux États-Unis, et 60 % de la population britannique se reconnaissent dans le « Bregret » (le regret d’avoir voté pour le Brexit).

Au sein du gouvernement Starmer, conjurer les effets du Brexit est devenu une obsession et devrait le rester après lui. « L’approfondissement des relations commerciales avec l’UE est un enjeu majeur, » martelait en février dernier à la London School of Economics (LSE), Rachel Reeves, chancelière de l’Échiquier, pour laquelle « l’intégration plus poussée avec le principal partenaire commercial du Royaume-Uni stimulerait la croissance économique et renforcerait la sécurité ». Il s’agit toutefois d’« une préoccupation qui arrive très loin derrière le coût de la vie et l’immigration pour les Britanniques »,tempère Cleo Davies.

L’Europe « un marqueur politique »

Le 11 mai, quelques jours avant le premier sommet UE/Royaume-Uni depuis le Brexit et malgré l’échec de son parti aux élections locales, le premier ⁠ministre accélère encore le tempo. Dans un discours à Londres, Keir Starmer dit vouloir « mettre le Royaume-Uni au cœur de l’Europe pour que nous soyons plus forts sur le plan économique, commercial et en matière de défense ». « Il tente le tout pour le tout car il a besoin lui aussi de se redynamiser. Il lui faut un marqueur politique, et c’est l’Europe »,observe Laetitia Langlois.

L’intensification de la guerre en Ukraine, aux portes de l’Europe, lui en donne l’opportunité. Deux mois plus tôt, sous le leadership du Royaume-Uni, de la France, les discussions sur une « coalition des volontaires » s’engagent pour soutenir Kiev face à l’invasion russe. « L’Europe sait qu’elle sera plus forte avec Londres,poursuit Laetitia Langlois. C’est une grande puissance nucléaire et diplomatique, même si son armée montre quelques faiblesses. »D’autant qu’au même moment, l’allié américain traditionnel bafoue « la relation spéciale » qui le lie à Londres. « Avoir quitté l’Europe dans un monde aux multiples conflits laisse le Royaume-Uni un peu seul, isolé », constate l’universitaire.

Une nouvelle étape est franchie le 15 avril 2026, lorsque Londres et Bruxelles annoncent avoir signé le texte actant la réintégration en 2027 du Royaume-Uni dans le programme européen d’échanges universitaires, Erasmus +. «Keir Starmer essaie de se réapproprier le vote des jeunes, majoritairement électeurs duremain, alors que les boomers avaient voté pour leleave », note Laetitia Langlois. Mais à peine signé, les Britanniques rechignent déjà à alléger le coût des inscriptions pour les jeunes Européens… Un accord sera finalement trouvé, mais les tergiversations britanniques agacent.

Pas de réadhésion à l’UE

« L’ambivalence a toujours été le fil conducteur de la diplomatie britannique, tiraillée entre le pragmatisme de la coopération multilatérale et la prudence politique du gouvernement soucieux d’éviter une remise en cause de la souveraineté retrouvée, conclut Marie-Claire Considère-Charon. Keir Starmer s’est engagé à un rapprochement mesuré car il veut corriger les effets les plus néfastes du Brexit. Il n’est pas question d’une réadhésion du Royaume-Uni à l’UE. »

Le 22 juillet prochain, Britanniques et Européens devaient se retrouver à Bruxelles pour un deuxième sommet. Le départ annoncé de Downing Street de Keir Starmer pourrait repousser momentanément la date, mais pas fondamentalement rebattre les cartes du reset.

BREXIT

Publié le 23/06/2026 à 07:42 par papilacabane Tags : sur vie france monde annonce texte

Brexit : dix ans après, le Royaume-Uni et l’UE sur le chemin d’un timide rapprochement
Un supporteur du Brexit montre sa joie en janvier 2020, à Londres, pour son entrée en vigueur effective. Andrew TESTA / PANOS-REA

Huit ans plus tard, constatant le bilan décevant du Brexit, le Royaume-Uni faisait marche arrière sous la houlette du vainqueur des législatives de juillet 2024, le travailliste Keir Starmer. Ce juriste de formation, convaincu que l’avenir de son pays passe davantage à l’est des côtes britanniques qu’à l’ouest, lance alors le « reset » : la « réinitialisation » a minima de la relation entre Londres et Bruxelles devient son mantra.

Mais après des résultats très décevants lors élections locales de mai, et sous la pression de son parti, Keir Starmer vient de démissionner, juste à la veille de cet anniversaire. S’il est élu dans les toutes prochaines semaines par ses pairs à la tête du Labour pour lui succéder au poste de premier ministre, le pro-européen affiché Andy Burnham devrait poursuivre sur la même voie.

Les mêmes lignes rouges

« Le Brexit n’a pas eu les résultats escomptés,juge Marie-Claire Considère-Charon, professeure honoraire de l’université Bourgogne-Franche-Comté, autrice de Géopolitique du Royaume-Uni (PUF). Au début du mandat de Starmer, il y avait un trou de 22 milliards de livres sterling(25,4 milliards d’euros) dans les finances publiques. »Et depuis, la situation n’a cessé de se dégrader. Mais « le reset inscrit dans le programme électoral du parti travailliste comporte les mêmes lignes rouges que le Brexit : pas de retour dans le marché intérieur européen, ni dans l’union douanière », tempère Cleo Davies, enseignante-chercheuse au Forward College.

Sitôt installé à Downing Street, Keir Starmer se met en quête d’un premier accord avec Bruxelles pour faciliter la circulation des artistes et musiciens dans l’UE ainsi que la reconnaissance des qualifications professionnelles entre Londres et Bruxelles. Le Royaume-Uni renoue « à petit pas » les fils dénoués dix ans plus tôt.

Le premier ministre espérant peut-être capitaliser sur le rapprochement avec l’UE s’y investit personnellement, avec le soutien d’Emmanuel Macron, du chancelier allemand, Friedrich Merz, et de la présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen, dans ces manœuvres de rapprochement. En février 2025, il est le premier chef de gouvernement britannique invité au conseil européen à Bruxelles depuis le leave. Puis un premier sommet UE-Royaume-Uni est organisé le 19 mai 2025. Un accord sur la défense et la cybersécurité est signé. Mais déjà, les Européens qui espéraient de vraies avancées sont frappés par le manque d’ambition de ce reset.

75 % des électeurs souhaitent une relation plus étroite avec l’UE

« Starmer est un juriste compétent mais il manque de sens politique »,juge Marie Claire Considère-Charon. « Il y va prudemment, explique Laetitia Langlois, maître de conférences en civilisation britannique à l’université d’Angers, car le traumatisme du Brexit est encore là. »Pourtant, les sondages montrent qu’au sein de la population britannique, les rapports se sont inversés depuis la rupture avec l’UE. Aujourd’hui, 75 % des électeurs souhaitent une relation plus étroite avec l’UE, la préférant aux États-Unis, et 60 % de la population britannique se reconnaissent dans le « Bregret » (le regret d’avoir voté pour le Brexit).

Au sein du gouvernement Starmer, conjurer les effets du Brexit est devenu une obsession et devrait le rester après lui. « L’approfondissement des relations commerciales avec l’UE est un enjeu majeur, » martelait en février dernier à la London School of Economics (LSE), Rachel Reeves, chancelière de l’Échiquier, pour laquelle « l’intégration plus poussée avec le principal partenaire commercial du Royaume-Uni stimulerait la croissance économique et renforcerait la sécurité ». Il s’agit toutefois d’« une préoccupation qui arrive très loin derrière le coût de la vie et l’immigration pour les Britanniques »,tempère Cleo Davies.

L’Europe « un marqueur politique »

Le 11 mai, quelques jours avant le premier sommet UE/Royaume-Uni depuis le Brexit et malgré l’échec de son parti aux élections locales, le premier ⁠ministre accélère encore le tempo. Dans un discours à Londres, Keir Starmer dit vouloir « mettre le Royaume-Uni au cœur de l’Europe pour que nous soyons plus forts sur le plan économique, commercial et en matière de défense ». « Il tente le tout pour le tout car il a besoin lui aussi de se redynamiser. Il lui faut un marqueur politique, et c’est l’Europe »,observe Laetitia Langlois.

L’intensification de la guerre en Ukraine, aux portes de l’Europe, lui en donne l’opportunité. Deux mois plus tôt, sous le leadership du Royaume-Uni, de la France, les discussions sur une « coalition des volontaires » s’engagent pour soutenir Kiev face à l’invasion russe. « L’Europe sait qu’elle sera plus forte avec Londres,poursuit Laetitia Langlois. C’est une grande puissance nucléaire et diplomatique, même si son armée montre quelques faiblesses. »D’autant qu’au même moment, l’allié américain traditionnel bafoue « la relation spéciale » qui le lie à Londres. « Avoir quitté l’Europe dans un monde aux multiples conflits laisse le Royaume-Uni un peu seul, isolé », constate l’universitaire.

Une nouvelle étape est franchie le 15 avril 2026, lorsque Londres et Bruxelles annoncent avoir signé le texte actant la réintégration en 2027 du Royaume-Uni dans le programme européen d’échanges universitaires, Erasmus +. «Keir Starmer essaie de se réapproprier le vote des jeunes, majoritairement électeurs duremain, alors que les boomers avaient voté pour leleave », note Laetitia Langlois. Mais à peine signé, les Britanniques rechignent déjà à alléger le coût des inscriptions pour les jeunes Européens… Un accord sera finalement trouvé, mais les tergiversations britanniques agacent.

Pas de réadhésion à l’UE

« L’ambivalence a toujours été le fil conducteur de la diplomatie britannique, tiraillée entre le pragmatisme de la coopération multilatérale et la prudence politique du gouvernement soucieux d’éviter une remise en cause de la souveraineté retrouvée, conclut Marie-Claire Considère-Charon. Keir Starmer s’est engagé à un rapprochement mesuré car il veut corriger les effets les plus néfastes du Brexit. Il n’est pas question d’une réadhésion du Royaume-Uni à l’UE. »

Le 22 juillet prochain, Britanniques et Européens devaient se retrouver à Bruxelles pour un deuxième sommet. Le départ annoncé de Downing Street de Keir Starmer pourrait repousser momentanément la date, mais pas fondamentalement rebattre les cartes du reset.

PRIXDELESSENCE

Publié le 22/06/2026 à 17:01 par papilacabane Tags : prix course sur france chez pouvoir

Prix de l’essence : à quelle échéance faut-il s’attendre à un retour à la normale ?
Les prix moyens du litre de gazole et de l’essence sont en baisse dans les stations-service. Stéphanie Para / La Montagne/MaxPPP

Les perspectives d’une résolution du conflit et d’une réouverture du détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, n’y sont pas pour rien. Anticipant un futur retour à la normale, les cours mondiaux de carburants ont largement baissé, et de premiers signaux apparaissent également dans les stations-service. Mais à quelle vitesse les prix pourront-ils revenir aux niveaux d’avant-guerre au Moyen-Orient – soit à 1,70 euro le litre environ ?

Une course à la baisse avant les grands départs

Lors d’une réunion mardi 16 juin au ministère de l’économie avec les distributeurs de carburant, le ministre chargé des PME et du tourisme, Serge Papin, a indiqué que le gouvernement ferait « pression » sur eux si la baisse des prix du baril n’était pas répercutée suffisamment vite sur les prix à la pompe… Mais tous affirment souhaiter eux aussi une baisse la plus rapide possible.

« Si nos fournisseurs répercutent la baisse, on a tout intérêt à l’appliquer dès que possible »,souligne Francis Pousse, président national Stations-service et énergies nouvelles chez Mobilians, un réseau des 5 400 stations-service.D’après le professionnel, les prix devraient avoisiner 1,90 euro le litre « dans la semaine »,avec un retour à la normale d’ici « un ou deux mois ». « Pour nous,ajoute Francis Pousse, la baisse des prix est la seule manière de relancer les ventes, après une période de contraction de la demande. » Dans son réseau, où les marges oscillent entre 1 et 3 centimes le litre, ce sont bien les volumes qui rapportent. Or ces derniers ont beaucoup souffert de la hausse des prix, avec une consommation de carburant en chute de 12 % sur un an en mai.

Concentrant jusqu’à 65 % des volumes de carburants vendus en France, la grande distribution, pour qui le carburant demeure un important produit d’appel, est dans une situation identique. « Les distributeurs vont appliquer aussi vite et fort que possible les baisses, surtout à l’approche des vacances où la sensibilité au prix des clients est maximale, et où chaque année les distributeurs font des opérations carburant à prix coûtant »,analyse Philippe Goetzmann, consultant spécialiste de la grande distribution.

Pour ces stations, qui renouvellent leur stock quasi quotidiennement et peuvent donc rapidement ajuster leurs prix, l’enjeu repose sur la négociation avec les fournisseurs. Là où les stations directement affiliées à un raffineur, notamment celles de TotalEnergies, bénéficient presque instantanément des baisses de prix, les distributeurs doivent en effet négocier avec leurs centrales d’achat. Du fait de leur force de frappe, elles disposent toutefois d’un pouvoir de négociation que n’ont pas les petites stations-service indépendantes.

Le risque d’un rebond trop rapide de la consommation

Ces 800 stations, regroupées au sein de la Fédération française des combustibles, carburants et chauffage (dite FF3C), risquent d’accuser un retard de quelques jours par rapport à leurs concurrents. Dans l’incapacité de plafonner leurs prix pendant la crise comme l’a fait TotalEnergies, leurs ventes ont baissé entre – 20 et – 30 % : les stocks de carburants achetés à prix d’or attendent toujours d’être écoulés, et ne peuvent qu’être vendus aux anciens prix.

Le renouvellement des stocks se fait parfois tous les dix jours, pour les stations les plus reculées. « Une station indépendante peut se retrouver décalée dans l’offre, mais dès qu’elle se réapprovisionne, elle répercute toutes les baisses accumulées en une fois » précise Frédéric Plan, conseiller national à la FF3C.

Si la dynamique d’apaisement au Moyen-Orient se confirme, les baisses mondiales des cours des carburants devraient donc se faire sentir rapidement à la pompe. Reste un point d’inquiétude soulevé par Frédéric Plan : un rebond trop important de la demande, en raison d’un « rattrapage de la consommation »avant l’été, pourrait ralentir la baisse des prix.

La demande mondiale de pétrole en baisse

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a de nouveau révisé mercredi 17 juin à la baisse la demande mondiale de pétrole pour 2026, pointant l’impact « considérable » de la guerre au Moyen-Orient sur le marché. Elle devrait baisser de 1,1 million de barils par jour (environ 1 % de la consommation mondiale), un repli presque trois fois plus important que ce qu’elle prévoyait le mois dernier. Pour 2027, la hausse de la demande devrait être « modeste » (+ 2 millions de barils par jour), tandis que l’offre pourrait augmenter beaucoup plus fortement (+ 8 millions de barils par jour), ce qui pourrait, selon l’AIE, apporter un « répit bienvenu » au marché du pétrole, et une « opportunité » de « reconstituer » les stocks.