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Date de création : 30.11.2013
Dernière mise à jour : 14.07.2026
12685 articles


PRETRE

Publié le 26/06/2026 à 08:36 par papilacabane Tags : image sur vie merci moi france place saint monde chez homme femme société dieu nuit enfant

« Ce jour où

je me suis

senti prêtre »

  1. Des prêtres de tous âges, horizons et sensibilités témoignent à La Croix de ce moment où ils onttouché du doigt la raison d’être de leur ministère.

«Un matin, je traversais le village de la vallée de la Durance où j’étais curé depuis quinze ans, lorsque je vis sortir d’un bistrot un homme complètement ivre. Il se dirigea vers moi et me lança : “Je peux t’embrasser ?” Je lui répondis oui et il se jeta alors dans mes bras... À cet instant, j’ai senti que je n’étais pas seulement moi-même : c’est l’Église qu’un pauvre venait embrasser », raconte le père ­Stéphane Ligier, 54 ans. Prêtre du diocèse de Digne, il a toujours été proche des personnes en difficulté, habité par cette conviction : l’Église est « au service du monde » pour « témoigner de la proximité du Christ » – un monde, qui bruisse de « questionnements » et de « recherche » de sens. Mais c’est ce jour-là, vingt-six ans après son ordination, dans cette étonnante rencontre, qu’il a saisi intimement le sens de son sacerdoce.

Ce week-end en France, près d’une centaine de séminaristes diacres seront ordonnés prêtres. Ils vivront le même rituel, s’allongeront au sol au son de la litanie des saints, recevront l’imposition des mains de leur évêque et de leurs futurs ­confrères prêtres, comme cela se vit de façon ininterrompue depuis des siècles, puis présideront le lendemain leur première messe… Pour certains, c’est lors de l’un de ces gestes qu’ils toucheront du doigt la raison d’être de leur engagement sacerdotal, pour d’autres qui ont peut-être pourtant reçu un appel assez tôt dans leur enfance, et étudié pendant des années au séminaire, ce ne sera que bien plus tard qu’ils réaliseront le sens profond de ce qu’ils ont reçu ce jour-là…

C’est le cas du père Matthieu ­Bévillard, 32 ans, qui est resté « scotché »par une phrase, lancée à son adresse au moment où il franchissait la porte d’une chambre d’hôpital pour donner le sacrement des malades : « C’est le Galiléen qui vous envoie ! » L’homme, en fin de vie, s’était levé de son lit prononçant ces paroles d’une « voix très habitée ».

« Il m’a ramené à ce rôle fondamental du prêtre qui est de permettre aux fidèles d’entrer en contact avec le Christ aujourd’hui», confie ce prêtre qui célèbre la messe en ­latin et en français. C’est dans les ­sacrements que ce membre de la communauté des missionnaires de la miséricorde divine contemple la ­façon dont Jésus vient « concrètement toucher, nourrir, guérir »ceux qui viennent à lui. « En voyant tout cela, il faut rester lucide et ne pas prendre le melon : c’est un autre qui agit à travers notre humanité », souligne le prêtre ordonné il y a douze ans. Lorsque les personnes le gratifient d’un « merci mon père », il répond toujours « merci Seigneur ! ». Mais ces expressions de « gratitude » lui vont aussi droit au cœur : « C’est aussi un signe ­d’encouragement. »

C’est à bord de sa Peugeot que le père Christophe Sauvé, 58 ans, exerce son « ministère itinérant ». « Mon garagiste musulman m’appelle le commercial de Jésus ! », ­s’amuse ce prêtre du diocèse de Nantes, trente ans d’ordination et 45 000 km par an au compteur. Il accompagne les Tsiganes, une communauté dont il est lui-même issu. L’été est une période particulièrement intense : les caravanes s’installent sur « les grands terrains », mis à disposition par les pouvoirs publics. C’est là que le père Sauvé rejoint les familles pour célébrer l’eucharistie, les baptêmes, les confirmations… « Je suis sans cesse sollicité par les familles et je partage la simplicité de leur vie dans les moments joyeux et douloureux,explique-t-il. Je ne suis pas prêtre pour moi-même mais pour les autres. »

Il l’a particulièrement expérimenté le jour où il a reçu l’appel téléphonique d’un couple qui lui demandait de le rejoindre en urgence. Un « grand silence » règne sur le campement quand il gare sa voiture. Il découvre, entouré par sa famille, un enfant sans vie de 2 ans. Il était atteint d’une malformation cardiaque. La famille a refusé que le personnel des pompes funèbres touche le corps du petit et appelé le prêtre. « Ils m’ont demandé de les aider à déposer l’enfant en paix dans son cercueil et de le recouvrir de draps blancs. Il y avait entre nous une telle confiance, une telle communion…» Dans des moments comme celui-ci, explique-t-il, il est le « Rachaï » : « L’envoyé de Dieu. » Envoyé auprès de ces familles « souvent incomprises de la société mais aussi des chrétiens »,il veut être « le représentant du Prince de la paix, dans l’écoute, le dialogue et l’appel à la fraternité, mais c’est de plus en plus difficile, tant la haine et la violence anti-tziganes gagnent du terrain. »Le prêtre est souvent appelé au moment des expulsions… Et une partie de son ministère est dédiée au rôle de médiateur entre les familles, la mairie, la préfecture, la police, le procureur. Comme on l’a vu avec le père Bévillard, la célébration des sacrements peut jouer un rôle de puissant révélateur. Le père Marc Hémar, 71 ans, se trouvait il y a quelques années dans la paroisse Saint-Alpin de Châlons-en-Champagne qui proposait « les 24 heures du pardon ». Le principe : une église ouverte jour et nuit pour accueillir les gens qui veulent se confesser. « Un homme entre et s’adresse au premier prêtre qu’il croise : moi, se souvient-il. Nous nous retirons dans la chapelle, et l’homme m’explique qu’il traîne un boulet depuis trente ans… » Une « écoute profonde » et la discussion qui s’ensuit révèlent qu’il a commis un « péché grave ». Le prêtre, qui à l’âge de 6 ans affirmait à ses parents qu’il voulait devenir « Monsieur le curé », n’en dit pas davantage : secret de la confession oblige. Mais il témoigne que cet homme, qui est entré à cause du mot « pardon » inscrit sur les panneaux extérieurs, a retrouvé « sa liberté intérieure ».

« On se sent tout petit devant ce sacrement de la miséricorde qui nous dépasse complètement ! », confie le prêtre, ordonné il y a vingt-neuf ans. Pour qu’une rencontre vraie se produise, il faut être habité par« une qualité de présence », insiste-t-il.« Cette présence, c’est le Christ qui me la donne. Il s’agit ­d’être là, tout simplement.» Il se réjouit de la mise en place, par le diocèse, de petites fraternités locales qui allègent son emploi du temps.« Aujourd’hui, je passe moins de temps en réunion avec les différents conseils (pastoraux, économiques, etc.) qu’il y a quelques années. Je suis davantage disponible. »

Pour le père Emmanuel Blondeau, 63 ans, le « petit miracle » est hebdomadaire. Ce recteur de la cathédrale de Chartres, nommé à la rentrée prochaine formateur au séminaire d’Orléans, propose à chaque réunion avec ses paroissiens de méditer sur l’Évangile du dimanche suivant. « Je démarre avec une page blanche », explique ce prêtre du Prado (1), ordonné il y a trente-trois ans. « Durant la semaine, leurs commentaires et réflexions nourrissent ma méditation et ma prière. » Et portent parfois des fruits inattendus, à l’image de cette femme qui a demandé à rejoindre le catéchuménat après avoir écouté une de ses prédications. « En me laissant travailler par l’Esprit, je trouve des mots qui peuvent toucher les cœurs. C’est dans un moment tel que celui-ci que je m’étonne devant ce que Dieu arrive à faire avec un clampin comme moi!», s’esclaffe-t-il.

Même étonnement chez Loïc Madjri, 38 ans, ordonné en mai dernier pour le diocèse d’Arras (Pas-de-Calais). Il a hésité à répondre aux questions de La Croixmais le voilà partant pour raconter ce qu’il vient de vivre et qui lui révèle la surprenante fécondité du ministère de prêtre. À la paroisse de Béthune, il a été contacté par une mère de famille qui s’inquiétait pour son fils de 22-23 ans, qui a des problèmes de santé et a recours à la magie pour obtenir du « succès » et de « l’argent ». Le prêtre appelle le jeune et l’invite à se mettre « en relation avec le Christ pour voir comment il peut l’aider ». Il lui conseille de participer à la messe et de pratiquer l’adoration. Pour le soutenir, il prend même sur son lundi, habituellement son jour de repos, pour aller célébrer la messe avec lui et sa famille. Le jeune ressent une « grande paix » ; depuis, il s’est engagé de son propre chef dans la catéchèse pour adulte. « J’ai suivi le conseil que m’avait donné un prêtre avant mon ordination : ne freine pas le don que tu vas recevoir, tu verras que le Christ est toujours vivant et agissant. »

Gilles Donada

LESNEOCALEDONIENS

Publié le 26/06/2026 à 08:32 par papilacabane Tags : image sur base vie moi france place enfants maison travail société pari femmes pouvoir

Avant les élections, des Néo-Calédoniens croient toujours au vivre-ensemble

  1. Les élections provinciales sont organisées ce dimanche 28 juin en Nouvelle-Calédonie pour désigner les membres du Parlement du territoire. Face à la radicalisation des non-indépendantistes et des indépendantistes, des candidats et des membres de la société civile plus modérés veulent d’autant plus se faire entendre.

Des ouvriers viennent chercher des sandwichs et des clients attablés mangent des brochettes de thon. Dans la salle ajourée de l’Hibiscus, un snack ouvert au bord de la route rectiligne qui traverse la petite ville de Bourail, les traits des visages rappellent la diversité de la population de Nouvelle-Calédonie. Des Kanaks,le peuple premier de l’archipel, côtoient des Caldoches, descendants d’Européens, ainsi que des hommes et des femmes aux multiples racines océaniennes et asiatiques.« Le métissage, ici, on ne peut pas le nier », glisse Hary ­Miloud, en finissant son café.Cet employé dans une usine de ­nickel est lui-même né d’une mère aux origines tahitiennes et d’un père mélanésien. Mais il se présente surtout comme un « Arabe », un de ces Calédoniens dont les ancêtres ont été déportés au XIXe siècle d’Algérie par la France. Âgé de 49 ans, il a grandi dans ce bourg rural de 5 500 habitants situé à 160 kilomètres de Nouméa, au cœur de la brousse calédonienne, un Far West peuplé d’éleveurs et de cultivateurs caldoches qui coexistent avec des Kanaks vivant en tribu. « À Bourail, on sent vraiment le vivre-ensemble », assure le quadragénaire, venu y mener campagne avant les élections provinciales organisées dimanche 28 juin.

Reporté à trois reprises à la suite des émeutes de 2024, le scrutin désignera les membres des assemblées des trois provinces du territoire et les conseillers du Congrès, son Parlement. Il donnera, aussi, une indication sur les rapports de force avant la reprise des discussions avec ­l’État à propos de l’avenir du Caillou. Hary Miloud figure en 17e ­position sur la liste « Une ­province pour tous », qui appartient à un bloc central soucieux de proposer une alternative modérée aux deux mouvements ­dominant la vie politique calédonienne : les indépendantistes du Front de libération national ­kanak et socialiste (FLNKS) et les Loyalistes, une coalition non-indépendantiste, dont les positions respectives se sont ­radicalisées.

Les trois référendums sur l’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie, organisés en 2018, 2020 et 2021, ont contribué à installer un débat binaire sur la question clivante de l’indépendance. Les uns en ont fait un ­horizon indépassable, les autres ne veulent pas en entendre parler. La violente crise de 2024 a ­encore renforcé cette opposition. Au FLNKS, la frange la plus dure a pris le pouvoir. De son côté, la cheffe de file des Loyalistes, ­Sonia Backès, qui dirige la ­province Sud dont font partie Nouméa et Bourail, a plaidé pour une séparation institu­tionnelle des communautés, parlant de « l’huile et l’eau »qui « ne se mélangent pas ».

Ces propos ont choqué les ­défenseurs du « destin commun »,concept phare de l’accord de Nouméa de 1998. « Des responsables politiques d’un bord comme de l’autre ont créé une bipolarisation des discours absolument suicidaire, alerte l’archéologue Christophe Sand, membre d’un collectif d’associations représentant diverses communautés qui a été créé en 2021 pour porter des messages plus rassembleurs. La réalité du quotidien, c’est que probablement 70 % de la population, toutes ethnies confondues, veut juste vivre ensemble. » Hary Miloud le pense aussi. « Bourail est un exemple à ­suivre », reprend le candidat en campagne. Aux dernières municipales, des électeurs indépendantistes ont voté pour le maire sortant non-indépendantiste, ­Patrick Robelin, dont l’équipe municipale mêle des élus de tout bord. Une vieille tradition bouraillaise. « J’ai eu avec moi des gens à la mairie qui auraient pu me trucider sur un barrage dans les années 1980 », raconte en souriant Jean-Pierre Aïfa, 87 ans, maire de la commune de 1977 à 2001, puis de 2008 à 2014.

Surnommé « Le calife », ce fils d’un Algérien déporté est depuis un demi-siècle une figure du dialogue, habitué à dispenser ses analyses sur la terrasse de sa maison. Non-indépendantiste qui n’a « pas peur du mot indépendance », il faisait partie de la délégation de Calédoniens réunis en 1983 à Nainville-les-Roches, dans l’Essonne, alors que la Nouvelle-Calédonie était au bord de la guerre civile. Cette table ronde a constitué les prémices des accords de Matignon de 1988, qui ont ­ramené la paix après les dizaines de morts des affrontements entre partisans et opposants à l’indépendance.

Aujourd’hui, Jean-Pierre Aïfa redoute la résurgence de la haine. « On n’est peut-être pas loin d’un point de bascule », estime-t-il. Pour « apaiser » une société à la fois métissée et fracturée, il préside désormais l’association ­Paroles, mémoires, vérité et ­réconciliation, qui a lancé la « Caravane des mémoires ». L’initiative vise à faire parler toutes les communautés à propos des souffrances accumulées sur des îles dont la France a pris possession en 1853. « Ce pays a été construit et peuplé dans la violence,rappelle-t-il. Aujourd’hui, à nouveau, une violence s’exprime. Il faut la faire sortir pour que les gens soient en paix avec eux-mêmes. »

Assis sur une table de pique-​nique à côté du marché de Bourail, Olivier Revercé, lui aussi, s’inquiète de discours qu’il juge « extrémistes ». Cet ancien instituteur devenu géomètre, âgé de 48 ans, est un Caldoche de « 5e génération »et un des anciens adjoints de Jean-Pierre Aïfa. En mai 2024, il se trouvait parmi les Bouraillais partis à la rencontre des militants indépendantistes bloquant les routes à la sortie nord de la ville.« II n’était pas question que je n’y aille pas, ce sont des gens que j’ai connus enfant et j’ai parfois eu leurs enfants à l’école », ­explique-t-il.

Le fil du dialogue a été maintenu et l’intervention des ­autorités coutumières des tribus a participé à limiter les tensions. « C’est ça, la brousse, on vit ensemble », témoigne Gérald Miko, un représentant des ­Kanaks du secteur, qui désigne les Caldoches comme des « frères ». Même si des incidents ont éclaté, la ville n’a pas connu le même niveau de violence que le Grand Nouméa. Un collectif est né dans cette crise, qui s’est transformé en ­association, puis s’est élargi pour présenter la liste « Faire pays » aux provinciales.

Ses fondateurs entendent ­renouer avec l’esprit du« destin commun »,et défendent le principe d’une« souveraineté préparée, progressive et partagée » de la Nouvelle-Calédonie en maintenant un lien avec la France.« C’est une solution pour ramener la paix », estime Olivier Revercé, lui-même candidat, sans se dire pour autant« indépendantiste ». La liste est essentiellement ­constituée de membres de la ­société civile, à l’image de Marie-Madeleine Lequatre, qui se définit, à 50 ans, comme« une métisse et une enfant des accords de Matignon ».

Avant un meeting organisé à La Foa, à une cinquantaine ​de kilo­mètres de Bourail, cette ex-directrice d’une mission ­locale d’insertion parle à bâtons rompus du« traumatisme »laissé par les émeutes de 2024, mais aussi des« liens à retisser entre les populations »et de la nécessité de« proposer une nouvelle offre ­poli­tique ». « Il y a beaucoup de ­défiancepar rapport aux élus »,dit-elle. À ce sujet, « Faire pays » prône le ­déve­loppement de la ­démocratie participative pour davantage consulter les citoyens, alors que les négociations sur ­l’avenir institutionnel du territoire sont dans l’impasse.« Il faut faire le pari de l’intelligence collective pour faire écrire un accord par le peuple »,­affirme Olivier Revercé.

Sans aller jusque-là, certains élus ne sont pas complètement hostiles à ce type de démarche. Le Congrès a mis en place cette ­année une première assemblée citoyenne, composée de 24 Calédoniens tirés au sort. « C’est une version minimaliste de ce qui pourrait être fait, mais c’est déjà un pas énorme », commente ­Régis Pradal, l’expert missionné pour l’étude de préfiguration de cette nouvelle structure. Ce travail préalable s’est en partie déroulé à Bourail, où des ateliers ont été menés au sein des tribus kanakes. Gérald Miko s’est pris au jeu : « C’est un peu comme cela que l’on fonctionne déjà, en faisant remonter les informations depuis la base. »

Associer la société civile aux débats pour faire émerger un consensus que les politiques n’ont pas réussi à trouver ? Soutien de la liste « Une province pour tous », l’historien Louis-José Barbançon est très réservé à ce sujet. « Ce n’est pas que je ne crois pas à la démocratie participative, mais je n’y crois pas en période de crise,précise-t-il. Tout cela est bien gentil, mais ce n’est pas la démocratie participative qui va permettre de signer un ­accord de paix entre les deux principales forces opposées. »

À 76 ans, ce spécialiste de l’histoire du bagne, qui était engagé aux côtés de Jean-Pierre Aïfa au début des années 1980 au sein d’une Fédération pour une nouvelle société calédonienne, croit en revanche toujours en la force du « nous »pour aller de l’avant. Il voit aussi en Bourail un « cas à part »susceptible de donner de l’espoir. Mais la portée symbolique de ce qui se passe dans un bourg rural risque de peser peu dans les urnes, dimanche 28 juin, face aux 170 000 habitants de l’agglomération de Nouméa, bastion historique des Loyalistes.

Cette mouvance viscéralement attachée au maintien de la ­Nouvelle-Calédonie dans la République ne manque pas non plus de partisans dans la cité broussarde, comme cette septuagénaire, qui veut rester anonyme. Elle fait partie des Caldoches qui ont dû quitter la côte est de la Grande Terre, fief indépendantiste, pendant les violences des années 1980. « Ma famille a beaucoup perdu, rappelle-t-elle. Les Kanaks peuvent être des braves gens, je parle kanak, j’ai du sang kanak, mais je vais voter pour les Loyalistes, je n’ai pas le choix. Je ne veux pas que le FLNKS soit au pouvoir. » Elle ajoute qu’elle a « la gâchette facile » pour bien faire comprendre que sa ­détermination ne s’arrête pas à l’isoloir.

Henri Terrier, un agriculteur de 45 ans, qui vient faire ses courses à Bourail, est plus mesuré. Lui est surtout « fatigué » par toutes ces années de débats. « Il y a eu le ­Covid, les émeutes, l’économie ne redémarre pas, les discussions ­patinent, il faudrait un ­accord pour de bon », lance-t-il avant de remonter dans un pick-up.

Lisa Kabar partage la même ­lassitude : « Je n’y crois pas du tout à la politique, mais alors pas du tout. »Cette ambulancière de 35 ans est kanake par sa mère et réunionnaise par son père qui l’a élevée « comme une Caldoche ». « J’ai toujours eu le cul entre deux chaises », dit-elle.Elle assure qu’elle ne sait pas pour qui elle va voter dimanche : « Moi, je suis surtout pour la paix. »

Pascal Charrier, envoyé spécial à Bourail, La Foa et Nouméa

GUERREENUKRAINE

Publié le 25/06/2026 à 11:21 par papilacabane Tags : sur france place monde presse maison centre

Guerre en Ukraine : incendie dans un dépôt de carburant russe ; Trump félicite Zelensky Des secouristes du Service national des urgences inspectent les locaux d’une plateforme logistique de Nova Poshta, détruite par une frappe de drone russe, à Zaporijjia (Ukraine), le 19 juin 2026.

Des secouristes du Service national des urgences inspectent les locaux d’une plateforme logistique de Nova Poshta, détruite par une frappe de drone russe, à Zaporijjia (Ukraine), le 19 juin 2026. Dmytro Smolienko / ZUMA PRESS/MAXPPP

Un dépôt de carburant en Russie a été touché par des débris de drone ukrainien, provoquant un incendie. Donald Trump a déclaré que Volodymyr Zelensky « s’en sortait plutôt bien » dans le conflit. Retrouvez les informations sur la guerre en Ukraine du jeudi 25 juin.

Incendie dans un dépôt de carburant attaqué par l’Ukraine

Un incendie s’est déclaré dans un dépôt de carburant de Krasnodar, dans le sud de la Russie, touché par un débris de drone ukrainien, ont annoncé jeudi 25 juin les autorités locales.

« À la suite de la chute de débris d’un drone, un incendie s’est déclaré au dépôt pétrolier de Poltavskaïa. Les services d’urgence et d’intervention sont à pied d’œuvre sur place », a écrit sur les réseaux sociaux le chef du district de Krasnorarmeysky de la région de Krasnodar, Alexandre Kharitonov.

Trump juge que Zelensky « s’en sort plutôt bien »

Donald Trump a jugé mercredi que Volodymyr Zelensky « s’en sortait plutôt bien » dans la guerre contre la Russie. « Il tient bon », a encore dit le président américain à propos de son homologue ukrainien, pendant un échange avec la presse à la Maison-Blanche.

La semaine dernière, au G7 ayant eu lieu à Evian, en France, le président américain a pris un virage inattendu en faveur de l’Ukraine. Le républicain, qui affirme être proche de son homologue russe Vladimir Poutine, y a notamment accepté un échange prolongé et improvisé avec les présidents français, Emmanuel Macron, et ukrainien, Volodymyr Zelensky.

LEMASCULINISME

Publié le 25/06/2026 à 09:46 par papilacabane Tags : sur homme internet femmes divers

Un rapport appelle à combattre le masculinisme

  1. La lutte contre ce mouvement doit devenir un enjeu majeur des politiques publiques, estime un rapport du Sénat publié ce mercredi 24 juin.

C’est à « un réveil des consciences » qu’appelle le rapport de la délégation aux droits des femmes du Sénat sur les mouvements masculinistes, présenté mercredi 24 juin. En s’attaquant « au principe d’égalité » entre les sexes, « en cherchant à disqualifier la parole des femmes »et en affichant une « misogynie violente et décomplexée », les mouvements masculinistes « représentent un risque réel pour ­notre démocratie et notre cohésion sociale », alertent les trois rapporteures Béatrice Gosselin (Les ­Républicains), Olivia Richard (Union centriste) et Laurence ­Rossignol (Parti socialiste).

Après sept mois de travaux et une centaine d’auditions, les sénatrices analysent les mécanismes de diffusion et d’adhésion à ces discours qui témoignent « dans certains cas, d’un risque de radicalisation pouvant mener à la violence, voire au terrorisme ». Les masculinismes ne sont pas qu’une simple « tendance sur les réseaux sociaux », insistent-elles, décrivant « un mouvement social et ­politique qui vise à anéantir les droits des femmes et, in fine, à démanteler notre socle démocratique ».Les récits fondateurs des masculinistes, héritiers de mouvements antiféministes de la fin du XIXe siècle, reposent sur deux ­piliers contradictoires, rappelle le rapport : le mythe d’une « crise de la masculinité » présentant les hommes comme des victimes et la défense d’une domination ­masculine jugée naturelle.

Cette « manosphère » qui regroupe divers courants, dont les incels (célibataires involontaires), jugés comme les plus radicaux, a évolué vers un mouvement « plus diffus » et intégré à la culture Internet, relève le rapport. Les réseaux sociaux sont ainsi devenus « la principale caisse de résonance » de leurs discours. Selon une étude de l’université de Dublin, il faut à peine vingt-six minutes pour qu’un jeune homme se voie recommander en ligne des contenus masculinistes. Ces mouvements s’inscrivent dans une « internationale réactionnaire »,bénéficiant de « soutiens politiques de poids »et de « géants de la tech», et entretiennent « des liens avec certains mouvements anti-droits et d’ultra-droite », ajoute le rapport. Pour combattre « le poison du masculinisme », la délégation formule une série de recommandations visant à faire de ce sujet « un enjeu majeur de politique publique », avec une stratégie interministérielle, mais aussi à « repérer et prévenir les trajectoires de radicalisation », ­notamment en intégrant le masculinisme dans les dispositifs de soutien à la parentalité.

Paula Pinto Gomes

ENESPAGNE

Publié le 25/06/2026 à 09:43 par papilacabane Tags : image sur mer bonne vie france place article travail société histoire centre four création femmes

Espagne. Une culture de la chaleur ancrée dans les mœurs

  1. Habitués depuis très longtemps aux fortes températures, les Espagnols s’adaptent rapidement.
  2. Souvent cité en exemple pour ses plans de lutte contre la chaleur, le pays est pionnier dans plusieurs dispositifs, dont la création de refuges climatiques.

« Dès que les grosses chaleurs commencent, on sait ce qu’il faut faire », vous diront systématiquement les Espagnols. Tels des caméléons, ils modifient leur vie quotidienne, adaptent leur alimentation et adoptent ces petits gestes pour combattre les canicules. Fermer les volets en journée ou dérouler les stores, largement installés sur les fenêtres des immeubles, devient un réflexe ici. Il faut s’habituer à vivre dans la pénombre une bonne partie de la journée.

Il suffit d’observer les Espagnols dans la rue pour remarquer certains détails, que résume Paco, un Madrilène : « On marche plus lentement, et on cherche toujours le chemin à l’ombre, quitte à parcourir quelques mètres de plus. » Certains accessoires, comme l’éventail pour les femmes, deviennent indispensables. « On a très souvent aussi une bouteille d’eau à la main et on modifie notre diète », ajoute Maria.

Autant de rituels qui ne suffisent pas forcément. Plus exposée aux événements climatiques ex­trêmes et meurtriers, ­l’Espagne a été parmi les premiers pays à mettre en place au début des années 2000 un plan de lutte contre la surmortalité liée aux vagues de chaleur. Déclenché de façon automatique entre mai et septembre, le dispositif, qui a inspiré beaucoup de pays européens, a été réformé en 2024 pour mieux s’adapter aux spécificités sanitaires et météorologiques de chaque zone.

Par son histoire, le pays est mieux préparé et équipé pour traverser ces périodes suffocantes. Tous les espaces publics disposent de l’air conditionné, le métro, le bus, les trains, toutes les boutiques et grands magasins. Seules les écoles n’ont pas cette chance, avec 1 % seulement des classes qui disposent de l’air conditionné. Même si les cours se terminent généralement aux alentours du 20 juin, chaque année, le secteur éducatif réclame un plan de climatisation, en vain.

Mais en Espagne, le débat sur la climatisation n’a pas pris la tournure politique qu’il a actuellement en France. La part des foyers équipés y est un peu plus élevée, mais bien moins que dans l’Italie voisine. « La grande différence avec le reste de l’Europe, ce sont les piscines publiques et privées, très présentes dans les lotissements d’immeubles des grandes villes », rappelle Pedro, un Madrilène.

Alors qu’à Madrid, les étés secs donnent l’impression de se trouver dans un four à chaleur tournante, près de la mer, la chaleur humide peut parfois sembler encore plus difficile à supporter. À Barcelone, on apporte de l’ombre en plantant des arbres ou en installant des auvents. Depuis quelques années, des refuges climatiques climatisés (presque 400 aujourd’hui) sont mis à disposition des habitants, souvent dans des centres municipaux, bibliothèques ou maisons de quartier.

Inutile de préciser que la société espagnole sait aussi adapter son rythme de travail. En dehors de certains secteurs, comme l’hôtellerie, la plupart des employés passent à la journée intensive, entre 8 heures et 15 heures ou 7 heures et 14 heures Aucune loi n’impose ce rythme particulier, régulé par les conventions collectives. « C’est un peu une question de bon sens, il faut mettre en pause nos activités durant les pics de chaleur », explique, résilient, un autre habitant de Madrid.

En 2024, le pays a aussi été le premier à adopter le congé climatique, quatre jours de congés payés en cas d’alerte maximale (décidée par la puissance publique) pour limiter les déplacements. Attention à éviter les raccourcis, le gouvernement socialiste ne l’a pas mis en place en réponse aux canicules, mais aux inondations catastrophiques de Valence, qui avaient fait 230 morts.

Valérie Demon, correspondante à Madrid (Espagne)

LESRESEAUXSOCIAUX

Publié le 25/06/2026 à 09:36 par papilacabane Tags : image course sur base france place monde musique centre

Comment LFI et le RN mènent la course sur les réseaux sociaux

  1. Élection après élection, les réseaux sociaux prennent de plus en plus d’importance dans les campagnes, poussant des candidats de tous bords à s’y lancer.
  2. Un terrain sur lequel le Rassemblement national et La France insoumise ont pris de l’avance.

Jean-Luc Mélenchon déambulant à la Fête de la musique, Gabriel Attal rendant visite à une centenaire, Marine Le Pen travaillant dans le train… Les candidats à l’élection présidentielle de 2027 se mettent volontiers en scène sur les réseaux sociaux. Autrefois simples canaux de communication, ceux-ci se sont mués en un champ de bataille politique, notamment sur TikTok, la plateforme où les prétendants à l’Élysée génèrent le plus d’interactions, devant Instagram et Facebook.« Le grand changement dans la campagne à venir, c’est qu’il n’y a plus d’un côté les médias traditionnels, et de l’autre côté les réseaux sociaux.Toute la sphère politico-médiatique est désormais hybride,fait remarquer Romain Fargier, chercheur au Centre d’études politiques et sociales de Montpellier. Des générations entières s’informent uniquement par ce biais. »

Tous les partis tentent donc de tirer leur épingle du jeu, avec des armes et des styles inégaux. Pour Florian Silnicki, directeur de ­l’agence de communication de crise LaFrenchCom, Jordan Bardella (2,3 millions d’abonnés sur TikTok) est l’exemple le plus abouti. « Il utilise un mélange très calibré de proximité, de mises en scène léchées, de formats ultracourts avec un storytelling millimétré »,décrit-il. Une stratégie d’autant plus efficace que le RN a été l’un des premiers partis à se lancer sur les réseaux sociaux, lui permettant de construire un important socle militant.« On était absents des médias traditionnels donc on a voulu créer nos propres médias », explique un député frontiste.

Les mêmes raisons ont poussé La France insoumise à se lancer sur ce terrain dès 2012. Jean-Luc Mélenchon affiche désormais plus de 2,9 millions d’abonnés sur TikTok. Et il est parvenu à dépasser Raphaël Glucksmann (Place Publique) et ses 800 000 abonnés sur Instagram. « Il relaie ses interventions, ses meetings, sans fabriquer de formats propres à la plateforme ni surfer sur les tendances, contrairement à Jordan Bardella », observe Florian Silnicki.

Selon Visibrain, l’outil de veille des réseaux sociaux, les figures des ailes les plus radicales du spectre politique captent aujourd’hui l’essentiel de l’engagement en ligne (commentaires, « likes »…). Petit à petit, d’autres formations politiques tentent de les rattraper… Avec plus ou moins de succès. « Étant donné que tout le monde est désormais sur les réseaux, la présence ne suffit plus ; ce qui vaut, c’est l’antériorité,analyse Florian Silnicki. L’argent ne remplace pas le temps nécessaire pour construire une communauté. Voilà pourquoi un Édouard Philippe ou un Gabriel Attal, même avec des moyens, partent avec un handicap structurel. »

Gabriel Attal (Renaissance) redouble pourtant d’efforts pour atteindre la même notoriété en ligne que son ex-mentor, Emmanuel Macron, fort de 7,3 millions d’abonnés sur TikTok grâce à sa présence très active depuis 2017. Le candidat de 37 ans s’est même attiré les critiques fin mai, en récupérant certains comptes de soutien à Emmanuel Macron sur Instagram et X, sans prévenir les abonnés, pour élargir son audience – il s’était contenté de les ­renommer « Attal président ». Quant au candidat d’Horizons, Édouard Philippe, qui n’a jamais ouvert de compte sur TikTok, ­celui-ci a conçu des« réunions ­d’appartement » en visio en guise d’alternative.

Indispensables pour bâtir une image, imposer un agenda médiatique, mobiliser la base militante ou toucher des électeurs dépolitisés, les réseaux sociaux ont toutefois leurs limites.« À ce stade, il n’existe pas de corrélation directe entre de bons résultats numériques et le vote. On ne choisit pas un candidat uniquement parce qu’on le trouve sympa sur TikTok »,conclut Romain Fargier. Mais cela pourrait changer au gré des évolutions sociologiques de l’électorat, les plus jeunes étant particulièrement sensibles à cet outil.

Lauriane Clément

SIJETAISVICTORHUGO

Publié le 25/06/2026 à 08:40 par papilacabane Tags : image sur mer moi france monde coup chez homme gain enfants amis maison travail société centre fille nuit sourire

Si j’étais Victor Hugo

Depuis dix jours, comme beaucoup, je compose avec cette chaleur ­brutale, signe ­indéniable du dérèglement climatique provoqué par nos activités économiques carbonées. J’emprunte les transports pour mes rendez-vous professionnels, espérant que la fragile ligne de grande banlieue qui part de chez moi ne s’arrêtera pas brusquement à cause d’une caténaire en passe de devenir plomb fondu.

Je prends à contrecœur ma voiture pour un trajet poussiéreux de banlieue à banlieue (dans cette longue conurbation, il n’existe aucune ligne de transport transversale). Je contourne les ronds-points où le gazon trop tondu brûle silencieusement et où les déchets plastiques s’accumulent le long des plates-bandes. Au loin, rutile le toit bombé d’un immense centre commercial construit il y a dix ans sur de bonnes terres arables. Ce centre est devenu l’unique horizon des habitants de l’agglomération dense où les immeubles s’échelonnent et les arbres manquent cruellement.

Dans l’autre banlieue non loin de là où vit ma mère, juste en face de sa petite maison, un nouveau centre culturel vient d’ouvrir ses portes. Il a été construit sur une immense esplanade en béton où pas un arbre n’a été prévu. Dépourvu de toute ombre, le complexe comprenant une médiathèque flambant neuve et une salle de spectacle, est déserté par les habitants qui renoncent à traverser cette morne plaine réfléchissant la chaleur au lieu de l’absorber. En ce moment, il doit y faire au moins 40°C.

Mon voisin s’échine à rafraîchir ses enfants en remplissant une piscine en plastique. Mais hier, l’eau y a atteint 30°C et les enfants ont préféré demeurer dans le salon maintenu dans la pénombre. Ma mère, mon voisin, les gens autour de moi haussent les épaules avec un sourire désolé : « Qu’est-ce qu’on peut y faire ? » Cette résignation me fait mal. Le lycée de ma seconde fille est partiellement constitué de préfabriqués non équipés pour les fortes chaleurs (ni pour le froid, d’ailleurs). Le collège de mon fils incite les enfants à partir plus tôt en vacances pour éviter la canicule dans la cour bétonnée. Partout, je n’ose imaginer l’état des urgences hospitalières, ni celui des maternités encore ouvertes, ni celui d’EHPAD où les personnes âgées patientent dans un coin en essayant de « tenir le coup ».

Des amis mexicains, venus me voir en France après avoir économisé pendant vingt ans, reviennent de leurs sorties touristiques en nage et étonnés. Mon amie me montre sur son téléphone la météo chez eux, à Toluca (banlieue de Mexico) : il y fait 20°C, avec un peu de pluie. Je vois bien que leur séjour en France sous cette chaleur, devient une surprise un peu pénible. Ici, nous avons du mal à réaliser (ou refusons de voir ?) que le continent européen est l’un des plus touchés par les canicules à répétition. Cette chaleur implacable et polluée n’a rien de comparable avec la chaleur habituelle des pays tropicaux, subtropicaux, ou même avec le climat de l’autre côté de la Méditerranée : un de mes interlocuteurs de travail, natif d’Algérie, me dit qu’il souffre en ce moment de la température en région parisienne. Elle lui semble bien plus étouffante que ce qu’il ressent en Algérie, dans les rues aérées du bord de mer.

L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite sur la planète. Je lis sur le site du gouvernement que le changement climatique s’y est aggravé de 2,4°C au cours des cinq dernières années, contre une hausse de 1,3 °C en moyenne mondiale. « Qui aurait pu prédire ? » osait dire notre président à la télévision, voici presque cinq ans, alors que les scientifiques alertaient déjà depuis au moins quinze ans. Faute d’avoir pris à temps les mesures structurelles qui auraient évité aujourd’hui les situations d’urgence, les fêtes annulées, les journées de travail supprimées ou rabotées, les autorités ont décidé cette semaine de verbaliser les jeunes qui plongent dans les points d’eau accessibles, tandis que les sénateurs refusent d’ouvrir aux Parisiens, la nuit, le somptueux jardin du Luxembourg qui offrirait un peu de fraîcheur à ceux qui n’ont ni ombre, ni jardin.

Pendant ce temps, TotalEnergies a annoncé un bénéfice de treize milliards d’euros en 2025, issus de ses activités dans les énergies fossiles. Une fois les dividendes versés aux actionnaires, la compagnie réinvestira son gain pour les années qui viennent dans davantage d’extraction, notamment au Mozambique où elle prévoit d’ouvrir un complexe industriel et gazier qui fera deux fois la taille de Paris et sera catastrophique pour l’environnement, dans une région soumise à la répression féroce des populations.  TotalEnergies fait partie des 32 entreprises responsables de 50 % des émissions fossiles de CO₂ dans le monde. Homme blanc et grand bourgeois, Victor Hugo trouva les mots pour remuer la société de son temps. Hélas, je ne suispas Victor Hugo.

Estelle-Sarah Bulle

PHILIPPE

Publié le 25/06/2026 à 08:26 par papilacabane Tags : image sur base moi france place chez homme fond mode article amis maison centre cadre sourire pouvoir

Quand les candidats s’invitent chez vous

  1. Le candidat Horizons à l’élection présidentielle Édouard Philippe organise, ce jeudi 25 juin, plus de 1 000 réunions d’appartement en simultané,
  2. durant lesquelles il prendra la parole en visioconférence pour parler de lui et de son programme.

Opération « Devine qui vient prendre l’apéro ce soir ? » Édouard Philippe avait lancé l’invitation, le 10 mai, à Reims, lors d’une réunion de mobilisation des élus et cadres de son parti Horizons. « Le 25 juin, nous tiendrons la plus grande réunion d’appartements jamais organisée dans le pays. Quinze mille Français reçus – pas chez moi, ça risque de faire un peu petit – mais chez vous et chez nos militants, dans le cadre de mille réunions d’appartement en simultané. » L’ancien premier ministre adore ce format de discussion avec dix, quinze ou vingt personnes rassemblées autour d’une bière ou d’un café. Il le pratique depuis 2011, après que le maire du Havre Antoine Rufenacht, démissionnaire en cours de mandat, lui a passé les commandes de l’hôtel de ville. Il en tient d’ailleurs une comptabilité minutieuse : 132 réunions pour sa première campagne municipale en 2014, 110 lors de la dernière menée en mars 2026.

« On y parle de choses sérieuses, de santé, d’école, de sécurité, mais sans se prendre au sérieux. On rencontre des gens qui ne pensent pas comme nous. On prend le temps du débat, sans chichis, sans caméras »,expliquait-il en mai. La plupart des candidats aux élections locales ont recours à cette méthode de campagne, dans un cadre restreint, pour augmenter leur notoriété, fidéliser des soutiens, mais aussi convaincre des électeurs plus éloignés. « On l’utilise pour toutes les élections. C’est le principe du bouche-à-oreille. Cela va crédibiliser le candidat, le rendre accessible, créer de la sympathie, ce qui est un plus », explique Amélie Salmon, conseillère en communication politique.

Si Édouard Philippe est convaincu que la réunion d’appartement est « le b.a.-ba de la politique locale », il pense qu’elle peut aussi être un instrument utile pour capter l’attention des Français dans le cadre de l’élection présidentielle, à un moment où l’échéance se rapproche tout en semblant encore lointaine pour eux. « Je veux conquérir la France comme j’ai conquis Le Havre, en proximité », a-t-il lancé en privé à son équipe.

Ce jeudi 25 juin 2026, entre 20 heures et 21 h 30, il prévoit donc d’être en visioconférence, depuis chez lui au Havre, où il a invité des amis, pour écouter les participants, répondre aux questions et tenter de les convaincre. « Édouard Philippe a conscience que la campagne se gagne sur le terrain. Il en a retiré une expérience, il sait l’intérêt de la gratification par l’échange », souligne Amélie Salmon.

Cette façon de faire de la politique fait sourire les soutiens de ses adversaires. « Il réinvente les réunions Tupperware en visio », « c’est ringard »et « pas efficace », ironisent des députés du Rassemblement national. « Cet exercice, qui a été raillé, a une extraordinaire puissance de mobilisation », estime au contraire Clément Tonon, à la tête du pôle « projet » du candidat Horizons, le but étant de « récidiver et d’en faire une marque » pour accroître la base militante et nourrir le programme. « C’est un peu notre “grande marche“ à nous », affirme le conseiller. Une allusion à la vaste opération de porte-à-porte lancée par Emmanuel Macron en 2016 afin de dresser un diagnostic du pays.

« C’est une super idée, assez originale dans sa forme dans une époque où les façons de faire campagne se renouvellent peu »,approuve Gaspard Gantzer, ­ancien conseiller en communication du président François Hollande. Avec le grand meeting, la réunion publique, le porte-à-porte et le tractage, la réunion d’appartement fait partie de la panoplie classique de communication politique. Elle était à la mode dans les années 1990, avant de connaître des innovations, par exemple, quand le socialiste Julien Dray, en campagne pour les régionales de 2015, retransmettait ses réunions en petit comité en direct sur sa page Facebook afin ­d’étendre son audience.

Jean-Luc Mélenchon a lui aussi testé la réunion d’appartement dès sa première candidature présidentielle en 2012 et théorisé les effets de ce format. « Ceux qui auront été convaincus garderont en eux la capacité de s’en souvenir, d’en convaincre d’autres et de faire de cette manière circuler la parole et enraciner le mouvement » car « le premier média, c’est nous-mêmes »,déclarait-il alors. Le dispositif est d’ailleurs toujours en place pour 2027 mais se décline désormais sur le propre réseau social de LFI, « Action populaire », où les militants peuvent créer un petit événement, par exemple « organiser un apéro ou une réunion d’appartement ».

Mais mille réunions simultanées autour d’un candidat présidentiel, c’est un changement d’échelle. D’une certaine façon, cela rappelle la multitude de petites réunions publiques dans de petites salles qui ont contribué au succès de François Fillon lors de la primaire de la droite et du centre en 2016. Le maire du Havre pourrait lui aussi tirer partie de cette opération, où il compte parler de lui et de son programme, selon son entourage.

« Cela peut permettre de réintroduire de la proximité. Car il a un problème d’image. Il a un profil d’homme d’État, compétent, mais il paraît aussi distant, arrogant, froid. Il a compris ce risque de juppéisation », note Gaspard Gantzer, en référence à l’échec d’Alain Juppé à la primaire de 2016, après en avoir été le favori. « Auprès des Français, Édouard Philippe arrive à bien combiner une proximité identificatoire – “un homme politique qui me ressemble” – et une proximité admirative – “l’homme politique qu’il me faut”. Une visio géante peut accroître cette proximité admirative, alors qu’il est actuellement en compétition avec Gabriel Attal », estime ­Frédéric Dabi, directeur général Opinion de l’Ifop. De là à le ­choisir comme président de la République ?

Les enquêtes électorales menées par Ipsos pour le Cevipof en 2022 montrent que ce sont en premier lieu les convictions personnelles (valeurs, situation sociale) et les enjeux politiques (pouvoir d’achat, immigration, santé) qui structurent directement un choix électoral. Pour autant, la famille, puis les amis et les collègues peuvent avoir une influence pour s’informer, mais aussi mobiliser pour voter.

« Il est très dur de dire le déterminant du vote, mais l’idée est de faire tache d’huile et d’aller convaincre des gens qui ne sont pas des militants », reconnaît Clément Tonon, ajoutant qu’un sondage « maison » sera réalisé le soir même auprès des participants pour avoir leur appréciation de l’événement. « C’est un très bon format pour Édouard Philippe mais, attention avec 1 000 visios, c’est risqué parce qu’il va être vu, nuance Frédéric Dabi. Si c’est bien réussi, ce sera une étape de plus. S’il y a un loupé de fond ou de forme, il sera démultiplié. »

Corinne Laurent

SHEIN

Publié le 24/06/2026 à 09:15 par papilacabane Tags : image prix sur france coup mode amis heureux nature texte

Avec sa nouvelle loi, la France fait-elle courber Shein ?

  1. Après deux ans de navette parlementaire, la loi contre la mode jetable s’apprête à être adoptée.
  2. Bonus-malus environnemental, interdiction de publicité, définition de « la mode ultra-express » : le texte cible principalement Shein et Temu, au risque de laisser de côté les géants européens de la mode à bas prix.

Si la cadence de production législative était la même que celle des géants de la mode jetable, la loi qui vise à encadrer l’industrie textile serait en vigueur depuis déjà deux ans. Qu’importe, « mieux vaut tard que jamais », assure-t-on à l’Assemblée nationale, alors que ce 24 juin 2026, les députés doivent voter le texte issu de l’accord trouvé en commission mixte paritaire. « La loi rentrera en vigueur au 1er septembre et je me réjouis qu’elle ait conservé sa colonne vertébrale : distinguer les entreprises qui font le choix de la transition de celles qui détruisent nos emplois, notre environnement et notre santé », se réjouit Anne-Cécile ­Violland, députée (Horizon) et rapporteure du texte,différenciant sans les nommer des enseignes comme Zara et Kiabi et des plateformes comme Shein et Temu.

Issu d’un compromis entre sept députés et sept sénateurs, le texte tend davantage vers la version votée en juin 2025 au Sénat. Sa mesure principale est un système de bonus-malus environnemental. Des pénalités s’appliqueront aux produits relevant de la mode jetable, au moment de l’achat par le consommateur.

Progressives, ces taxes pourront aller jusqu’à 50 % du prix de l’article d’ici à 2030, avec un maximum de 10 € par produit, précise le texte. Une manne financière qui sera récupérée par l’organisme Refashion afin de réinjecter l’argent dans le circuit de revalorisation pour financer tri, collecte et recyclage – une filière actuellement « à bout de souffle ».

À l’inverse, les marques les plus «écoresponsables» se verront reverser des primes correspondant à un « bonus environnemental ». Pour que cette distinction devienne opérante, il a fallu produire une définition juridique de « la mode ultra-express ». Celle-ci ​repose sur deux critères cumulatifs : d’une part les volumes de vêtements mis sur le marché (7 000 nouvelles références sont par exemple ajoutées quotidiennement au catalogue de Shein) ; et d’autre part l’incitation à réparer, qui prendrait la forme d’un coefficient rapportant le prix du produit au coût de sa réparation.

Le détail des pénalités et des produits concernés sera ensuite laissé à la main de l’État et défini par décret. Ce flou qui entoure la réglementation définitive suscite les critiques d’associations. ­Emmaüs France dénonce notamment« un texte inapplicable et flou ». « Les critères de pénalisation ont été réécrits, abandonnant le coefficient de durabilité de ­l’Ademe (L’Agence de la transition écologique, NDLR) : au profit de critères cumulatifs facilement contournables », estime l’association. La méthodologie de ­l’Ademe, plus stricte, avait été initialement retenue par les ​députés en 2024.

S’il reconnaît des avancées notables, notamment sur l’interdiction de la publicité pour la mode jetable, le collectif Stop Fast ­Fashion déplore aussi le manque d’ambition du texte. « Le gouvernement Lecornu, poussé par les lobbys, a fait le choix de protéger la fast-fashion et son modèle économique plutôt que d’encadrer une industrie responsable de 10 % des émissions de CO2 mondiales et de nombreuses dérives sociales. »

Oxfam, Les Amis de la Terre ou encore France nature environnement reprochent aux parlementaires d’avoir transformé ce texte censé « réduire l’impact environnemental de l’industrie textile » en « loi anti-Shein ». Quitte à préserver les acteurs européens de la mode à petits prix, tels que les français Kiabi et Décathlon, ou l’espagnol Zara. En clair : d’en avoir fait une loi de protectionnisme économique face à la puissance économique chinoise davantage qu’un texte ambitieux sur le plan environnemental. « L’idée – et l’urgence ! – c’est de taper vite et fort sur les géants chinois qui ne respectent aucune règle, d’endiguer le raz-de-marée et d’en récolter un pécule financier pour les acteurs plus vertueux », assume Anne-Cécile Violland.

À ses yeux, une gradation est nécessaire car les modèles de la fast-fashion traditionnelle et de la mode jetable sont « incomparables ». Des marques comme « Zara, Kiabi, ou H&M, ont déjà engagé une transition vers des mesures environnementales et rien ne nous empêche à l’avenir, de nous montrer plus ambitieux envers elles avec de nouveaux décrets ».

Les récentes polémiques envers Shein – vente de poupées sexuelles et d’armes de catégorie A – ont« forcément influencé l’orientation du texte », glisse un sénateur.« Encore heureux que l’on ne mène pas la même croisade face à des boîtes françaises que face à Shein ou Temu. »

Début juin, le géant de la mode éphémère, aujourd’hui basé à Singapour, a également écopé de deux nouvelles amendes de la répression des fraudes française, pour un total de 22 millions d’euros. « La France sanctionne à nouveau les pratiques de Shein, qui érige la concurrence déloyale en modèle d’affaires », avait salué le ministre du commerce, Serge Papin, dans un communiqué.

Shein, de son côté, dénonce des sanctions « manifestement disproportionnées et discriminatoires », qu’elle entend contester auprès du tribunal administratif. Reste que la facture s’alourdit pour l’enseigne de mode où les Français ont dépensé le plus d’argent en 2024. Au total, depuis trois ans, l’ensemble des amendes de la répression des fraudes et de Commission nationale de l’informatique et des libertés s’élève à 211 millions d’euros.

Si la multinationale a les moyens financiers de s’acquitter de ces amendes, elle voit des embûches apparaître sur son chemin. D’autant plus que son partenariat très critiqué, annoncé il y a six mois avec le BHV Marais, à ­Paris, vient de capoter. Face à la désertion des clients et à la fronde des marques voisines, les récents repreneurs du magasin ont, le 16 juin, qualifié cette collaboration« d’erreur stratégique » et décidé de « mettre fin » au partenariat avec Shein.« Nous assistons à ce qui aura été le plus grand flop de l’année », s’est réjoui Yann ­Rivoallan, le président de la ­Fédération française du prêt-à-porter féminin. Le 1er juillet, l’homogénéisation européenne de la taxe de 2 € sur les petits colis – jusqu’ici appliquée unilatéralement par la France pour des ​résultats très peu probants – ​devrait venir porter un coup supplémentaire au modèle économique de Shein. L’estocade, espèrent les plus optimistes ; une égratignure, estiment ceux pour qui le consommateur restera seul juge.

Rémi Barbet

APPAIRELYANA

Publié le 24/06/2026 à 09:12 par papilacabane Tags : image sur bonne photo chez homme enfants femme travail société histoire fille bleu

Après l’affaire Lyhanna, les juges nantais répondent aux interrogations des citoyens

  1. Après l’émoi suscité par l’affaire Lyhanna, le tribunal de Nantes proposait lundi 22 juin une réunion publique sur les violences sexuelles faites aux enfants.
  2. Les magistrats ont tenté de répondre point par point à la détresse des victimes ou de leurs proches.

« La parole est à la salle. »Entre les épais murs rouges, qui accueillent habituellement des audiences criminelles, le tribunal judiciaire de Nantes organisait, lundi 22 juin en fin de journée, une opération inédite de transparence. « La confiance en la justice a été écornée et il nous appartient de chercher à la rétablir en vous écoutant et en vous apportant des réponses », introduit le président du tribunal Franck Bielitzki, accompagné du procureur, de deux juges et de plusieurs avocats. La première question donne le ton de cette réunion, qui durera plus de deux heures : « Comment expliquez-vous que des plaintes n’avancent ­jamais contre un homme accusé de viol dans une école ? »,demande une femme, sur un ton posé.

Antoine Leroy, procureur de la République de Nantes, lui répond en expliquant comment fonctionne une enquête après un dépôt de plainte. Quand un viol vient d’être commis, une unité spécialisée de l’hôpital reçoit dans les 48 heures l’enfant pour une évaluation psychologique et physiologique. Mais si les faits sont plus anciens, la prise de rendez-vous dans cette unité peut prendre plusieurs mois, faute de personnel suffisant.« Nous ne travaillons pas seuls dans nos bureaux et dépendons d’autres structures », poursuit-il, expliquant qu’actuellement, 1 100 dossiers de viols ou d’agressions sexuelles sur mineurs attendent d’être traités à Nantes. Une« task force » est en train de les examiner jusqu’au 14 juillet, comme l’a demandé le ­ministre de la justice.

Un homme en chemise bleu clair souhaite ensuite questionner les ­juges sur la parole de l’enfant : « On sait qu’en droit, le doute profite à l’accusé. Mais pourquoi le doute ne profite pas à la victime potentielle ? »Réponse d’Anaïs Zerri, vice-présidente du pôle famille du tribunal. « Nous sommes toute la journée au téléphone avec la brigade des ­mineurs d’un côté et les services ­sociaux de l’autre. Quand une ­enquête pénale est ouverte, on met en œuvre une mesure de protection immédiate de l’enfant. »Problème : la cellule de recueil des informations préoccupantes (Crip) est totalement saturée, tout comme les dispositifs d’accueil des enfants en danger. Actuellement, 450 placements ne sont pas ou mal exécutés dans le département.

Ce n’est pas mieux du côté de la police : la brigade des mineurs du commissariat de Nantes ne compte que huit agents et bientôt plus que sept… Réunis en assemblée générale le 16 juin dernier, les magistrats nantais ont de leur côté voté une motion réclamant un renfort urgent de leurs effectifs. « Quand je vais au tribunal, je vois des magistrats qui travaillent de 8 heures à 22 heures et qui, malgré leur bonne volonté, croulent sous des piles de dossiers, appuie Me Louis-Georges Barret, bâtonnier du barreau de Nantes. Notre justice est en état de pauvreté absolue. »

Retour aux questions de la salle. Une femme en débardeur noir révèle que sa fille et son fils ont été violés par leur père. « J’entends que vous êtes submergés, lance-t-elle. Mais comment je fais pour gérer ces deux vies brisées en attendant que la justice fasse son travail ? » ­Réponse du procureur : « Vous avez raison, tout prend trop de temps et la qualité des enquêtes n’a pas progressé car nous faisons face à 40 % de procédures en plus depuis dix ans à effectif constant. C’est un ­problème majeur. »

Au fil des échanges, plusieurs mères interpellent les juges sur la manière dont certaines affaires sont traitées. « Pourquoi laisse-t-on les enfants chez ceux qui leur font du mal et pourquoi les mères protectrices ne sont-elles pas entendues ? », questionne une femme, qui brandit une photo de son petit garçon de 6 ans, qui vit encore chez son père qu’il accuse de viol. À ses côtés, une mère raconte ses 30 000 € de frais d’avocat pour récupérer la garde de ses enfants, qu’elle a soustrait à leur père violent. « Aujourd’hui, on ne se focalise plus sur le conflit parental,assure le procureur. On regarde ce que la femme et les enfants vivent. C’est un vrai changement culturel chez les magistrats. »

Un homme victime de violences sexuelles dans un internat il y a ­cinquante ans raconte qu’à cette époque,« les gendarmes nous ​ramenaient gentiment à nos prédateurs ». Il précise qu’une ​enquête est en cours car d’autres victimes se sont manifestées.« Mais j’ai l’impression que notre société continue à détourner le ​regard, poursuit-il.Il faut sonner les cloches car sinon, dans un mois, on n’en parlera plus. » Le procureur veut croire qu’il y aura un avant et un après ­Lyhanna.« L’enfance doit être au cœur des sujets », martèle Antoine Leroy, assurant que le vote d’une loi ​intégrale ​devrait impérativement s’accompagner des moyens ​nécessaires.

Pour la dernière question de la réunion, un adolescent en polo bleu se lève et raconte son histoire : un viol subi à 8 ans, qu’il a dénoncé à 12 ans. « Aujourd’hui, j’ai 16 ans et il ne se passe toujours rien, lance-t-il. J’ai déjà fait sept tentatives de ­suicide. Combien de temps vais-je devoir attendre ? » Ses pleurs provoquent une onde d’émotion. « On est avec toi », souffle une mère. La séance s’est terminée sous les ­applaudissements.

Florence Pagneux, correspondante régionaleà Nantes (Loire-