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L’Être et la Marchandise | Prostitution, maternité de substitution et dissociation de soi
Kajsa Ekis Ekman
Article mis en ligne le 27 novembre 2013
dernière modification le 22 avril 2026

Depuis quelques décennies, on assiste à une marchandisation croissante du corps des femmes. D’un côté, le capitalisme néolibéral a engendré une industrie prostitutionnelle mondialisée  : d’un continent à l’autre prospèrent les réseaux de tourisme sexuel et de traite des femmes à des fins de prostitution. L’industrie du sexe est l’un des secteurs les plus lucratifs de l’économie mondiale. De l’autre, la maternité de substitution – des femmes portant des enfants pour autrui –, est désormais une activité économique considérable. En Inde seulement, elle rapporte plus de 400 millions de dollars par année.

Aujourd’hui, plusieurs justifient que le corps des femmes soit transformé en une marchandise sexuelle ou maternelle. D’un côté, on exige la décriminalisation ou la règlementation de la prostitution au nom du «  travail du sexe  ». Du plus vieux métier du monde, la prostitution serait devenue le métier le plus moderne, un métier comme un autre, voire une pratique libératrice. De l’autre, de nombreux États légalisent la maternité de substitution. Pourtant, on nous assure qu’il n’est question ici que de la promotion des droits des femmes. Une femme qui vend son corps à des fins de prostitution ou qui loue son utérus pour donner naissance à un enfant accomplirait une action rationnelle prouvant son «  autonomie  » voire sa libération postmoderne des stéréotypes patriarcaux. Elle ne serait en aucune façon une victime, mais bien une personne active sachant quels sont ses véritables intérêts. En fait, la prostitution et la maternité de substitution ne seraient que des activités «  compensatoires pour du travail féminin non rémunéré  ».

Incarnation de l’aliénation et de la réification, l’actuelle marchandisation du corps des femmes est saisie par la journaliste suédoise Kajsa Ekis Ekman non seulement en tant qu’instrumentalisation des unes au profit des autres, mais également dans la dimension dissociative de soi qui la marque.

Ce livre, qui s’appuie sur une riche documentation et une enquête menée dans plusieurs pays, est une contribution capitale à la compréhension de la dyna­mique actuelle des formes renouvelées de l’oppression des femmes et déconstruit les discours les légitimant.


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