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samedi 30 décembre 2017

L'empreinte de Frankenstein chez Elephant Films



L’empreinte de Frankenstein  (The Evil of Frankenstein, 1963)
Un film de Freddie Francis



  "Pas de côté" comme le souligne Nicolas Stanzick dans le supplément du Blu-ray, le plus universalien des Frankenstein par la Hammer, L’empreinte des Frankenstein ne jouit pas d’une très grande réputation : à tort. Le film s’avère même à redécouvrir d’urgence. Considéré injustement comme l’un des épisodes les plus faibles de la série (il faut dire qu’il succède chronologiquement au merveilleux La revanche de Frankenstein), L’empreinte de Frankenstein s’inscrit pourtant dans la droite lignée des films précédents et nous permet de cerner voire d’expliquer l’évolution psychologique du Baron. Nettement plus envisagée comme une saga, la série des Frankenstein évolue tout au long des 6 « épisodes » (nous soustrayons volontairement celui avec Ralph Bates) qui lui seront consacrés. Toutefois à l’inverse des Dracula, davantage un reflet de la société britannique d’alors, les Frankenstein conservent ce charme désuet des films « en costumes ». Peter Cushing et les différents scénaristes qui travaillèrent sur les diverses aventures ont parfaitement saisi le personnage. Le seul petit reproche que l’on pourrait adresser aux producteurs, c’est que, pour respecter la continuité de cette gigantesque épopée, L’empreinte de Frankenstein aurait dû être tourné après Frankenstein créa la femme. Expliquons-nous ! Premier épisode : Frankenstein s’est échappé, le jeune scientifique voit son expérience échouer à cause de l’incrédulité du peuple (c’est un raccourci certes) ; Deuxième épisode (La revanche) : Frankenstein maîtrise tant l’élaboration physique que psychique de sa création (création, et non créature tant le personnage à qui il redonne la vie apparait parfait en tous points). Il échoue cette fois à cause de la jalousie de ses pairs. Troisième épisode, imaginons qu’il s’agisse de Frankenstein créa la femme. Cette fois, Frankenstein s’est éloigné de la ville et parvient à créer une femme parfaite, néanmoins c’est au tour de la créature de choisir sa destinée sans aucune intervention extérieure, ce qui, et nous le découvrons à la fin du film, rend le Baron, sans mauvais jeu de mot, amer. Quatrième épisode : L’empreinte de Frankenstein. Cette fois, le scientifique en a assez d’être pourchassé pour ce qu’il estime de mauvaises raisons (extrêmement bien expliqué par le scénario dans la première partie du film) et, pris d’un coup de tête caractéristique de son esprit audacieux, il décide de retourner sur les lieux mêmes de ses premiers forfaits : Karlstadt. John Elder, le scénariste recycle des histoires prévues pour Tales of Frankenstein et propose une étonnante rencontre puisque le Baron s’allie avec Zoltan, un hypnotiseur, maître de l’occulte, surprenant de la part d’un esprit aussi cartésien et scientifique que le sien. Le rationnel se conjugue à l’irrationnel en quelque sorte. Un mariage détonant comme l’illustre la suite de l’intrigue. Episode 5 : Le retour de Frankenstein nous montre un homme lassé par toute l’hypocrisie, assumant toute sa férocité et sa cruauté avec cynisme et pétant littéralement les plombs puni finalement par sa créature. Enfin, le dernier volet de cette fantastique histoire, Frankenstein et le monstre de l’enfer nous dévoile un homme qui a considérablement vieilli, fatigué d’une vie gâchée et qui n’est plus convaincu par son combat… Regardez les 6 films dans cet ordre et vous passerez un excellent moment !





 Au final, L’empreinte de Frankenstein s’avère peut-être le film qui fait le moins de concessions comme disent les américains, le film est tout sauf un « crowd pleaser », rien dans sa conception scénaristique ou artistique n’est réalisé pour plaire au public. Freddie Francis, toujours aussi élégant dans sa mise en scène de la lumière, nous dépeint en fait la misère humaine qu’elle soit physique (la jeune sourde et muette, le baron et son assistant obligés de vagabonder, presque clochardisés lorsqu’ils se couchent dans la grotte, la tristesse d’une fête foraine pitoyable) ou psychologique (le bourgmestre pilleur des biens du Baron, l’hypnotiseur abusant de ses pouvoirs à des fins de vengeance ou par cupidité). Freddie Francis dresse là un portrait de l’humanité funestement sinistre. La créature, malgré un maquillage d’inspiration Karloffienne mâtiné de papier mâché, n’est pas sans provoquer sa dose d’émotion. Véritable film charnière dans la psychologie du scientifique, L’empreinte de Frankenstein augure les débordements violents futurs du personnage – voire sa façon de traiter son assistant ou de bousculer la jeune femme -, une nouvelle fois merveilleusement interprété par Peter Cushing au faîte de son art. 



 Le public contemporain se gaussera peut-être de quelques transparences grossières ou d’une explosion finale riquiqui, il aura tort car nous ne pouvons que nous incliner devant l’incroyable modernité de la Hammer.
Romain HERMANT & Didier LEFEVRE



mercredi 27 décembre 2017

Paranoïaque de Freddie Francis en Bluray chez Elephant Films



Paranoïaque (Paranoiac, 1963)
Un film de Freddie Francis



  Premier film de Freddie Francis pour le studio Hammer en tant que réalisateur, Paranoïaque se révèle être un mini-Hitchcock, veine creusée par la compagnie dans le sillage du succès de Psychose. Le scénario est signé du spécialiste maison à savoir Jimmy Sangster, aussi habile pour dérider les vieux mythes de l’Epouvante que pour s’inspirer des thrillers triomphants au box-office. Il adapte ici un roman de Josephine Tey, paru en 1949, « Brat Farrar » dont la Hammer acquit les droits en 1954. Jimmy Sangster fut lui-même un romancier créant le personnage de Snowball dans une série de polars. Son script recèle tous les ingrédients du mini-Hitchcock : une histoire familiale trouble lestée de secrets terrifiants, une frangine qui perd la raison (Janette Scott) et qui ne désire qu’une chose rejoindre son frère dans l’au-delà, un autre frangin alcoolique, colérique et dépensier (formidable Oliver Reed aussi à l’aise dans la défroque de Simon qu’un saumon dans les eaux pures d’un torrent de montagne), une vieille tante bigote et renfrognée. Un jour, Tony, que l’on croyait mort,  réapparait dans cet univers. Est-ce vraiment ce frère suicidé ou un imposteur envieux de la fortune familiale ? Toujours est-il qu’il tombe amoureux de sa sœur embaumant le film de Francis des effluves sulfureux de l’inceste… L’intrigue, alambiquée et ténébreuse, nous amène aux confins de la folie puisque Simon (Oliver Reed) et la tante (Shiela Burrel) pratiquent d’étranges rites dans la chapelle abandonnée de la vaste demeure. Et si c’était en ce lieu que se cachait le « cœur-révélateur » (clin d’œil à Poe) de cette machination ? Je n’en dirai pas plus pour ne pas éventer un dénouement aux multiples twists.


 La photographie en noir et blanc d’Arthur Grant et la mise en scène de Francis collent parfaitement à cette ambiance gothique où le réel bascule inexorablement dans l’irréel. Une séquence magnifique en témoigne, celle où Oliver Reed se débarrasse de Françoise l’infirmière (Liliane Brousse). Il la noie dans une mare du domaine, un assassinat complètement suggestif puisque seule une envolée de canards nous indique son terrible forfait. Pourtant, le dernier plan, sous la surface de l’eau,  nous montre Reed fasciner par cette disparition, cette enfouissement sous une surface, cette plongée dans un autre univers. Un plan magnifique qui, à lui seul, mérite que vous découvriez ce film. D’autres saynètes marquent également notre imaginaire comme lorsque la tante se muche derrière un masque grossier et brandit un crochet ou un couteau : une imagerie qui n’aurait pas juré dans un giallo transalpin où la figure du masque, du grimage est particulièrement répandue. 


 Paranoïaque fait partie des Hammer coproduits par l’Universal et donc distribués dans un superbe coffret d’Eléphant Films. Le Blu-Ray rend grâce au fantastique noir et blanc de la photographie. Dans les suppléments, Nicolas Stanzick revient sur le phénomène des thrillers made in Hammer. 




Didier LEFEVRE

dimanche 24 décembre 2017

MEURTRE PAR PROCURATION chez Elephant Films




Meurtre par procuration (Nightmare, 1963)
Un film de Freddie Francis




  Dans le numéro 35 d’Hammer Forever (novembre 2000), nous consacrions l’intégralité du sommaire aux thrillers de la Hammer, autrement baptisés les « mini-Hitchcock » en référence à leur source d’inspiration principale, Psychose et surtout le succès retentissant de ce dernier au box-office.
 S’il est vrai que la Hammer évoque davantage les monstres gothiques (Dracula, Frankenstein, la momie, etc.), la compagnie ne limita pas ses efforts dans ce domaine uniquement (relire l’intégrale d’Hammer Forever pour s’en rendre compte puisque Robin des Bois y croise des chauffeurs de bus comiques alors que des films de pirates se conjuguent aux films de guerre ou d’espionnage).


 Revenons à Nightmare (Meurtre par procuration, le titre français trahissant un peu trop l’un des ressorts dramatiques de l’intrigue). Le scénario de Jimmy Sangster recèle un nombre de twists suffisant pour faire danser l’imagination du spectateur. Après qu’elle a vu sa mère poignarder son père, une adolescente un brin attardée (elle trimbale en permanence une poupée et un poste de radio) est la proie de cauchemars récurrents où sa mère la hèle du fond de sa cellule capitonnée. Revenue dans la demeure familiale pour se reposer, les cauchemars s’accentuent et désormais elle est poursuivie par une sombre lady balafrée. Bientôt, rêve et réalité  se confondent et les prédictions de la demoiselle se révèlent exactes. Lors de son anniversaire, elle poignarde la femme à la cicatrice, en fait l’épouse de son « tuteur », Monsieur Baxter. A cet instant, nous sommes loin de la dernière bobine et la machination apparait au grand jour… Pourtant, l’intrigante infirmière, amante de son tuteur, sombre elle aussi peu à peu dans la folie… Qui la menace ? Une énième maitresse de son nouvel époux, Janet fraichement échappée de l'asile ?
 Vous le devinez comme de nombreux thrillers et moult gialli, Nightmare biberonne aux deux mamelles du genre à savoir Henri-Georges Clouzot et Les diaboliques pour la machination, le piège infernal et l’ambiance délétère et Psychose d’Alfred Hitchcock pour la disparition prématurée du personnage principal, les secrets d’enfance et le psychisme fragile et trouble des protagonistes.
 Freddie Francis n’est jamais aussi à l’aise que dans un noir et blanc classieux où les ombres s’échinent à nous chercher des noises (comme chanterait Bashung). La demeure lugubre aux couloirs interminables presque labyrinthiques offre des déambulations nocturnes et des apparitions spectrales dans la plus pure tradition gothique du genre. Il ne manque que les passages secrets chers à Edgar Wallace pour que le tableau soit complet. Freddie Francis n’hésite pas à filmer ses personnages de haut comme pour mieux montrer leur condition de marionnettes, de pions à la disposition d’esprits machiavéliques. 
 Au générique, aucune vedette de la firme n'apparait, pourtant l'interprétation s'avère solide, notamment  le natif de Niagara Falls David Knight, comédien américain roué au théâtre. Je demeure un peu plus dubitatif quant à Jennie Linden, mal à l'aise en adolescente tourmentée....
 Si le dénouement est des plus classiques, il s’inscrit dans une morale également coutumière du genre : le crime ne paie pas et chacun périra par là où il a pêché ! Sangster était un habile conteur et son intrigue, pourtant limitée à un unique décor, s’avère ciselée et tranchante comme un coup de poignard.


 Le Blu-Ray édité par Elephant Films rend grâce à la fabuleuse photographie en noir et blanc et démontre que ces mini-Hitchcock ont un réel intérêt dans l’histoire de la compagnie.
 Dans le bonus, Nicolas Stanzick, spécialiste es-Hammer, effectue un parallèle pertinent entre giallo et thriller made in Britain en indiquant les chemins divergents empruntés par les uns (le gothique pour les anglais) et les autres (le fétichisme du meurtre chez les italiens). Nicolas resitue également Nightmare dans la lignée des thrillers made in Hammer.
 Naturellement, à nos yeux, l’acquisition de ce Blu-Ray relève de l’impératif.

Didier LEFEVRE