LUCIENNE HAMON : R.I.P.
« RAINMAN » (1988)
« RAINMAN » de Barry Levinson fit beaucoup pour la carrière d’un Tom Cruise de 26 ans et relança celle de Dustin Hoffman. Le projet avait tout d’un « gagneur » aux Oscars et connut un énorme succès.
A-t-il bien vieilli ? Oui, car la perception qu’on en a aujourd’hui est la même qu’on a pu en avoir à l’époque. Non, parce que les défauts du film sont également inchangés. Le scénario met presque une heure à installer ses enjeux, à justifier sa forme de road movie et s’appuie trop sur l’alchimie entre ses deux stars pour légitimer sa durée de deux heures et quelques. Cruise, business man égoïste et pressé, découvre qu’il a un frère aîné autiste dont il convoite la part d’héritage. Il le « kidnappe » dans l’institut où il est interné. Pendant le trajet en voiture, des relations se nouent, d’abord difficiles, puis – et c’est tout le sujet du film – l’aventure va faire retrouver son humanité perdue au jeune homme. Le problème majeur de « RAINMAN », c’est en fait la présence des deux stars. Non pas qu’elles soient mauvaises, bien au contraire, mais si la personnalité de Cruise colle parfaitement à son personnage, on a du mal à accepter totalement Hoffman dans son numéro de « savant » incapable de communiquer, enfermé dans ses tics, ses TOC et ses paniques. Car c’est bel et bien un « numéro », exécuté par un grand professionnel, mais l’émotion peine à percer. Un comédien inconnu aurait sans doute été bien plus crédible. Mais l’affiche aurait été moins belle ! C’est très bien filmé, les extérieurs sont joliment exploités, et le film est confortable, émouvant quand le besoin s’en fait ressentir, mais dépourvu de la moindre surprise ou véritable aspérité. C’est pourtant un film très apprécié… À chacun de se faire son idée, donc.
« SUEURS FROIDES » (1958)
Adapté d’un roman noir français de Boileau & Narcejac, « SUEURS FROIDES » (titre bien inférieur à l’original) est un mélodrame policier alambiqué bâti autour d’un complot et d’un uxoricide ingénieux.
Le film est aujourd’hui considéré comme le chef-d’œuvre d’Alfred Hitchcock et on se sentirait un peu mesquin à se montrer réticent. Mais le scénario est bizarrement construit : une première partie lente et répétitive, une seconde plus prenante, dont le suspense est prématurément éventé par un flash-back trop précoce et une BO échevelée de Bernard Herrmann qui prend parfois trop de place, étouffant les émotions. James Stewart paraît trop âgé pour son rôle d’ex-flic fou d’amour, sujet au vertige et si facile à manipuler. Kim Novak blonde hitchcockienne par excellence, semble trop figée, trop passive. Alors, après cet inventaire de récriminations, pourquoi « VERTIGO » fonctionne-t-il toujours ? La magie est bel et bien là, générée par un ensemble de pièces disparates, mais formant finalement un ensemble envoûtant et unique : les extérieurs de San Francisco, les séquences de musée (qui ont tant inspiré Brian De Palma), les effets spéciaux datés mais pleins de charme, la photo très inspirée de Robert Burke, jouant sur les verts (ces scènes à l’hôtel !) avec maestria et le sujet même, qui fait oublier les circonvolutions excessives du scénario et d’énormes invraisemblances. À revoir donc ce cher « VERTIGO » peut-être un peu surévalué, mais qui vaut définitivement le coup d’œil.
HAPPY BIRTHDAY, HENRY !
« RETOUR DE MANIVELLE » (1957)
Écrit et réalisé par Denys de La Patellière, dialogué par Michel Audiard d’après un roman de James Hadley Chase, « RETOUR DE MANIVELLE » ressemble à beaucoup d’adaptations de l’écrivain : le Midi de France, une machination, un chauffeur manipulé, etc.
Pour résumer le plus succinctement possible un scénario compliqué, Michèle Morgan doit maquiller en meurtre le suicide de son mari (Peter Van Eyck) pour pouvoir toucher son assurance-vie. Elle est aidée d’un gigolo (Daniel Gélin) amoureux d’elle. Mais, on le sait, le crime ne paie pas. La première partie du film se traîne un peu, draine des tonnes de clichés, propose des personnages sans épaisseur. Seule s’en sort à peu près Morgan, glaciale et hitchcockienne en « salope » (elle aime bien le qualificatif !) prête à tout pour être libre et débarrassée des hommes qu’elle méprise et qui la répugnent physiquement. Gélin maussade et monocorde, paraît un peu âgé pour son rôle. La toute jeune Michèle Mercier, dans sa première apparition à l’écran, est gauche et charmante en « bonniche » naïve et crédule et François Chaumette joue les visqueux comme lui seul savait le faire. Mais malgré ces atouts, le film a du mal à maintenir l’intérêt, du moins jusqu’à l’arrivée-surprise de Bernard Blier (il n’est pas mentionné au générique-début !), délectable en flic ronchon et rentre-dedans, flanqué d’un sidekick inepte. Ses face à face avec Morgan sont excellents et bien nourris par des répliques audiardiennes plutôt salées et il sauve littéralement le film tout entier de la banalité et du ronron. À voir donc, ce « RETOUR DE MANIVELLE » daté mais point déplaisant, qui connaît quelques pointes de suspense efficaces et change brusquement de cap avec l’arrivée de Blier.
THÉRÈSE LIOTARD : R.I.P.
« L’AFFAIRE MAURIZIUS » (1954)
Écrit et réalisé par Julien Duvivier d’après un roman de Jakob Wassermann, « L’AFFAIRE MAURIZIUS » est une étrange enquête située en Suisse, où le jeune fils d’un procureur tente d’innocenter un homme emprisonné depuis 18 ans.
Le film est situé à Berne, la distribution attirante manque clairement d’un grand nom pour accrocher l’intérêt. Car il n’y a pas vraiment de personnage principal dans ce scénario, les points de vue s’enchaînent, les flash-backs deviennent confus, les motivations des uns et des autres sont de plus en plus tirées par les cheveux, voire indéchiffrables. Et la confession finale du coupable n’arrange rien tant elle est aberrante. Si la première partie tient tout de même en haleine, la seconde s’effondre complètement, surtout à partir du moment où elle se focalise sur l’Autrichien Anton Walbrook. Individu sordide, homosexuel graveleux et pédophile offrant des bonbons aux petites filles, il passe de suspect à protagoniste principal et le jeu outrancier de l’interprète exaspère assez vite. Eleonora Rossi Drago (très bien doublée en français) a bien du mérite de se dépêtrer de ce rôle injouable, Daniel Gélin est plus sobre que d’habitude, Madeleine Robinson a un personnage bêtement sous-écrit et Charles Vanel joue les statues du Commandeur avec son métier considérable. La fin de carrière de Duvivier, on le sait, n’a pas été à la hauteur de ses débuts, même si on compte encore deux chefs-d’œuvre comme « VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS » et « MARIE-OCTOBRE ». Cette « AFFAIRE MAURIZIUS » n’est pas de cette trempe-là.