25 ans après son premier film : « 12 HOMMES EN COLÈRE », le film de prétoire ultime, Sidney Lumet retourne au tribunal pour « LE VERDICT » écrit par David Mamet, situé à Boston, et relatant le combat d’un avocat à bout de souffle, pour retrouver sa foi et sa dignité.
Le procès, c’est celui de la famille d’une jeune femme dans le coma après une erreur médicale, contre les médecins responsables et l’Église, propriétaire de l’hôpital où ils officient. Pot de terre contre pot de fer classique, rehaussé par la prestation d’un Paul Newman de 57 ans, particulièrement inspiré, qui campe avec une étonnante absence d’ego, un loser, un idéaliste amer et désillusionné qui se noie dans l’alcool. Un personnage tellement détruit, qu’il ne supporte pas les confrontations et va jusqu’à s’enfermer dans une salle de bains en tremblant quand il se dispute avec sa petite amie ! Même sa plaidoirie finale ne cède pas à la rédemption flamboyante à la manière de Frank Capra, et le doute subsiste jusqu’au dernier moment quant au verdict du jury. Lumet soigne photo, décors, cadrages, il privilégie ses acteurs en magnifiques gros-plans, et les dirige avec acuité. Outre Newman donc, qui porte le film, on retrouve des pointures comme James Mason remarquable en vieux requin du barreau, Charlotte Rampling ambiguë et énigmatique, Jack Warden en mentor de Newman, Lindsay Crouse parfaite en témoin-clé. Et, à condition de le chercher, on aperçoit même le débutant Bruce Willis, en figuration dans la salle de procès dans quelques plans larges. « LE VERDICT » est indéniablement une des plus belles réussites de Lumet, aussi bien thématique que formelle, et il donne l’occasion à Paul Newman d’une interprétation intérieure, nuancée, sans le moindre tic « Actors Studio » qui est une sorte d’aboutissement de sa démarche de comédien.