Archives de Catégorie: FILMS FRANÇAIS
LUCIENNE HAMON : R.I.P.
« RETOUR DE MANIVELLE » (1957)
Écrit et réalisé par Denys de La Patellière, dialogué par Michel Audiard d’après un roman de James Hadley Chase, « RETOUR DE MANIVELLE » ressemble à beaucoup d’adaptations de l’écrivain : le Midi de France, une machination, un chauffeur manipulé, etc.
Pour résumer le plus succinctement possible un scénario compliqué, Michèle Morgan doit maquiller en meurtre le suicide de son mari (Peter Van Eyck) pour pouvoir toucher son assurance-vie. Elle est aidée d’un gigolo (Daniel Gélin) amoureux d’elle. Mais, on le sait, le crime ne paie pas. La première partie du film se traîne un peu, draine des tonnes de clichés, propose des personnages sans épaisseur. Seule s’en sort à peu près Morgan, glaciale et hitchcockienne en « salope » (elle aime bien le qualificatif !) prête à tout pour être libre et débarrassée des hommes qu’elle méprise et qui la répugnent physiquement. Gélin maussade et monocorde, paraît un peu âgé pour son rôle. La toute jeune Michèle Mercier, dans sa première apparition à l’écran, est gauche et charmante en « bonniche » naïve et crédule et François Chaumette joue les visqueux comme lui seul savait le faire. Mais malgré ces atouts, le film a du mal à maintenir l’intérêt, du moins jusqu’à l’arrivée-surprise de Bernard Blier (il n’est pas mentionné au générique-début !), délectable en flic ronchon et rentre-dedans, flanqué d’un sidekick inepte. Ses face à face avec Morgan sont excellents et bien nourris par des répliques audiardiennes plutôt salées et il sauve littéralement le film tout entier de la banalité et du ronron. À voir donc, ce « RETOUR DE MANIVELLE » daté mais point déplaisant, qui connaît quelques pointes de suspense efficaces et change brusquement de cap avec l’arrivée de Blier.
THÉRÈSE LIOTARD : R.I.P.
« L’AFFAIRE MAURIZIUS » (1954)
Écrit et réalisé par Julien Duvivier d’après un roman de Jakob Wassermann, « L’AFFAIRE MAURIZIUS » est une étrange enquête située en Suisse, où le jeune fils d’un procureur tente d’innocenter un homme emprisonné depuis 18 ans.
Le film est situé à Berne, la distribution attirante manque clairement d’un grand nom pour accrocher l’intérêt. Car il n’y a pas vraiment de personnage principal dans ce scénario, les points de vue s’enchaînent, les flash-backs deviennent confus, les motivations des uns et des autres sont de plus en plus tirées par les cheveux, voire indéchiffrables. Et la confession finale du coupable n’arrange rien tant elle est aberrante. Si la première partie tient tout de même en haleine, la seconde s’effondre complètement, surtout à partir du moment où elle se focalise sur l’Autrichien Anton Walbrook. Individu sordide, homosexuel graveleux et pédophile offrant des bonbons aux petites filles, il passe de suspect à protagoniste principal et le jeu outrancier de l’interprète exaspère assez vite. Eleonora Rossi Drago (très bien doublée en français) a bien du mérite de se dépêtrer de ce rôle injouable, Daniel Gélin est plus sobre que d’habitude, Madeleine Robinson a un personnage bêtement sous-écrit et Charles Vanel joue les statues du Commandeur avec son métier considérable. La fin de carrière de Duvivier, on le sait, n’a pas été à la hauteur de ses débuts, même si on compte encore deux chefs-d’œuvre comme « VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS » et « MARIE-OCTOBRE ». Cette « AFFAIRE MAURIZIUS » n’est pas de cette trempe-là.
HAPPY BIRTHDAY, JACQUES !
CLAUDINE LONGET : R.I.P.
« LA FAILLE » (1975)
Production française, inspirée d’un roman d’Antonis Samarakis, réalisé par l’Allemand Peter Fleischmann et tourné en Grèce avec un casting franco-italo-grec, « LA FAILLE » est un film à part, n’appartenant à aucun genre et mixant politique, suspense et action.
Dans un pays totalitaire, jamais nommé (mais tout est écrit en grec !), un quidam (Ugo Tognazzi) est arrêté arbitrairement par la police et escorté par deux « agents » (Mario Adorf et Michel Piccoli) pour être interrogé. Pendant le trajet en voiture, des relations vont se nouer, complexes et ambiguës, surtout entre Piccoli, flic taiseux et maniaque et Tognazzi, bon bougre, qui n’est peut-être pas aussi innocent qu’il n’en a l’air. Le film s’ouvre par un suicide, puis par une scène de comédie coquine avec Tognazzi et l’accorte Adriana Asti. Une volonté de producteur pour avoir une femme (nue) au générique ? Peut-être, mais pas sûr. « LA FAILLE » ne cesse jamais de dérouter, de désorienter, le scénario enchaîne les twists, les révélations et coups de théâtre et ne rechigne pas à quelques bagarres très physiques (il faut voir la baston entre Tognazzi et Piccoli dans une chambre d’hôtel !). L’histoire semble annoncer celle de « THE HIT » de Stephen Frears. Les deux acteurs, tous deux rescapés de « LA GRANDE BOUFFE » (1973), donnent le meilleur d’eux-mêmes. Piccoli est à son plus mystérieux, laissant apparaître des fissures de plus en plus béantes dans sa carapace de « pro ». La faille du titre, c’est la sienne ! Tognazzi est sobre, insaisissable, inattendu. Mario Adorf leur donne une réplique idéale dans un rôle de « manager » vulgaire et brutal. Un film à découvrir absolument, pour son déroulement jamais prévisible et la richesse de ses personnages. La BO d’Ennio Morricone, martiale et ironique, épouse parfaitement le sujet.