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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MADS MIKKELSEN

« KING’S LAND » (2023)

Inspiré de la vie du Danois Ludvig Kahlen (1704-1774), « KING’S LAND » de Nikolaj Arcel conte la vaine épopée d’un ex-militaire obsédé par l’idée de cultiver une lande désolée et d’obtenir un titre de noblesse.

Quelques décennies plus tôt, cela aurait certainement procuré un sujet idéal pour le tandem Werner Herzog-Klaus Kinski. Même genre d’atmosphère austère et implacable, personnages rudes et cruels, perdus dans une nature hostile. L’Eldorado d’Aguirre ou l’opéra de Fitzcarraldo étant remplacés par… un champ de pommes-de-terre. Mais Kahlen est de la même trempe que ces conquistadors du dérisoire et Mads Mikkelsen lui prête ses traits creusés et impassibles. Opiniâtre, fermé sur lui-même, il va peu à peu et malgré lui se créer une sorte de famille envers et contre tous, mais commencera à perdre de son aura en faisant des compromis et en s’abaissant à des trahisons pour accomplir aveuglément son fantasme. Sobrement réalisé, sans effets esthétiques, parsemé de séquences de violence assez choquante (l’esclave évadé ébouillanté), le film envoûte progressivement et submerge d’émotions diverses, finement gérées. Face à un Mikkelsen magistral, on reconnaît Amanda Collin (« RAISED BY WOLVES ») magnifique en servante intelligente et loyale qui forme un couple parfait avec Mikkelsen. Face à eux, Simon Bennebjerg haïssable à souhait en noble dégénéré et sadique qui ravage la vie et les rêves de Kahlen. On dirait que l’expression tête-à-claques a été inventée pour lui. La jeune Melina Hagberg est parfaite en petite Gitane rejetée par tous et qui trouve momentanément des parents de substitution, le temps d’une belle embellie. « KING’S LAND » est un très beau film dont on ne sent jamais passer les deux heures et qui offre à Mads Mikkelsen un de ses plus beaux rôles. À découvrir absolument.

MADS MIKKELSEN, SIMON BENNEBJERG ET AMANDA COLLIN
 

« INDIANA JONES ET LE CADRAN DE LA DESTINÉE » (2023)

Produit quinze ans après le déjà tardif n°4 de la franchise, « INDIANA JONES ET LE CADRAN DE LA DESTINÉE » est certainement le dernier interprété par un Harrison Ford octogénaire et le premier non réalisé par Steven Spielberg.

C’est l’honorable James Mangold qui a pris les rênes de cet opus qui ressemble à un épilogue/hommage, basé sur un scénario qu’on a l’impression d’avoir déjà vu dix fois (encore un « artefact » convoité par les nazis !) et qui est plombé par une utilisation abusive des CGI sans aucune attache avec le réel. Bien sûr, on est bluffé par le début, montrant un Indy rajeuni de 40 ans, bien sûr on ressent un petit coup au cœur en découvrant ensuite Ford tel qu’il est aujourd’hui. Mais la nostalgie joue à fond et la seule vision du Fedora et du fouet amène un sourire aux lèvres. Mais que l’histoire est faible ! Que les seconds rôles – hormis Mads Mikkelsen excellent – sont inexistants. Même les premiers rôles d’ailleurs, puisque la filleule d’Indy, Phoebe Waller-Bridge n’a rien de séduisant, ni même d’amusant, que le gamin de service est sans intérêt et que de très bons comédiens comme Toby Jones ou Thomas Kretschmann disparaissent trop vite. Le film connaît de redoutables « ventres mous » entre deux poursuites, quelques moments réussis mais dépourvus d’enjeux véritables. Quant à la fin (ATTENTION : SPOILER !) marquant la rencontre de notre héros et de son idole Galilée, elle frise le n’importe quoi et rappelle les vieilles séries télé de voyages dans le temps des années 60. Alors, une bonne raison de visionner ce « CADRAN » ? Entendre encore la BO indémodable de John Williams et s’essuyer une larmichette quand Harrison Ford et Karen Allen se retrouvent dans l’épilogue et rejouent une scène du n°1.

HARRISON FORD
 

« LE CHOC DES TITANS » (2010)

SAM WORTHINGTON ET MADS MIKKELSEN

Remake du film anglais de 1981 et réalisé par le Français Louis Leterrier, « LE CHOC DES TITANS » donne à peu près une idée de ce qu’auraient donné les péplums italiens des années 60 s’ils avaient possédé la technologie des effets spéciaux d’aujourd’hui.

Car le film, malgré les a priori qu’on peut avoir contre lui, est une étonnante réussite et fait retrouver son âme d’enfant après une courte mise en place d’un quart d’heure. Cela conte l’odyssée de Persée (Sam Worthington, aussi impavide que d’habitude) fils de Zeus (Liam Neeson) et donc demi-dieu, combattant les forces du Mal en la personne de Hadès (Ralph Fiennes). Le scénario n’a rien de subtil, mais il est constamment en mouvement, nos héros (car Persée est suivi par un groupe à la « 7 MERCENAIRES ») affrontent les pires dangers : des scorpions géants, des sorcières aveugles, la Gorgone (magnifiquement réussie), etc. Et toutes ces créatures sont visuellement très bien conçues, hissant le film au-dessus de la série B en sandales et rejoignant le plaisir qu’on a pu avoir avec un « JOHN CARTER », par exemple. Il faut dire aussi que la distribution est royale : Gemma Arterton belle à se damner en ange-gardien sexy, Mads Mikkelsen imposant en guerrier hanté par le passé, sans oublier des visages familiers comme Danny Huston, Elizabeth McGovern ou Pete Postlethwaite qui ne font que passer mais donnent de la classe au projet. Contre toute attente, « LE CHOC DES TITANS » s’avère être une belle tranche d’aventures colorées, truffée de séquences superbes (le vol de Pégase dans les tentacules du Kraken, l’antre de la Gorgone transformant les hommes en pierre) et jouant le premier degré plutôt que le clin d’œil facile.

RALPH FIENNES, SAM WORTHINGTON ET LIAM CUNNINGHAM
 

« RIDERS OF JUSTICE » (2020)

Écrit et réalisé par Anders Thomas Jensen, « RIDERS OF JUSTICE », part d’un postulat qui aurait parfaitement convenu à un véhicule pour Jason Statham ou Gerard Butler. Mais c’est une production danoise et en commençant à regarder ce film, on entre en territoire inconnu.

À la suite d’une explosion dans un train où sa femme a été tuée, un soldat (Mads Mikkelsen) revient au pays retrouver sa fille rescapée. Bientôt, un trio de geeks vient lui annoncer qu’il ne s’agissait pas d’un accident, mais d’un attentat. Alors avec le support informatique des individus, il va entamer une vengeance impitoyable. Mais si tout est simple dans les blockbusters d’action U.S., rien ne l’est ici ! C’est un film absolument incroyable tant il mélange les genres, les tonalités, tant il passe de l’humour le plus absurde à la plus totale tragédie en quelques secondes, tant ses personnages sont à la fois grotesques et pathétiques, mais aussi… héroïques et extraordinairement attachants. Le guerrier est flanqué de marginaux dont deux sont handicapés physiques et un autre est à moitié fou. Sans oublier un jeune prostitué ukrainien venu prêter main forte ! Drôle d’équipe qui n’a rien à voir avec des « expendables » ou des membres de la MIF. On ne sait jamais à quoi s’attendre avec ce film unique, de plus en plus enthousiasmant à mesure qu’il progresse. Mikkelsen est, comme toujours, magnifique dans ce rôle de machine-à-tuer un peu prompte à la détente, ne cédant jamais à la posture du tough guy, mais s’avérant plutôt comme un psychopathe en plein SPT. Son équipe de bras-cassés est également formidable : Lars Brygmann en excentrique dysfonctionnel (menacé, il baisse son pantalon et se jette à quatre pattes sur le sol !), Nicolas Bro en génie de l’ordi obèse et asocial ou Nikolaj Lie Kaas dans le rôle le plus émouvant. « RIDERS OF JUSTICE » ne se décrit pas, il se tente et, pour peu qu’on aime les films hors des sentiers battus, il est bien possible qu’on ait envie de le revoir dès le mot « FIN ».

MADS MIKKELSEN ET NIKOLAJ LIE KAAS
 

« DRUNK » (2020)

MADS MIKKELSEN

Écrit et réalisé par Thomas Vintenberg, « DRUNK » est une production danoise située dans un lycée et se focalise sur la quarantaine – et plus pour certains – de quatre amis professeurs, tous désillusionnés, mal dans leur peau et au bord de la dépression.

Jusqu’à ce que l’un d’eux parle d’une théorie : l’homme ne serait vraiment lui-même qu’avec 0,5 grammes d’alcool dans le sang. Alors le quatuor s’oblige à maintenir ce niveau quotidiennement et, effectivement, tout semble s’arranger. Jusqu’au retour de bâton, sévère et inévitable. Avec sa mise-en-scène invisible, son dialogue très écrit mais qui paraît improvisé (on pense souvent à « HUSBANDS » de Cassavetes dans les séquences d’ivresse), « DRUNK » est un mélange dérangeant de comédie et de drame existentiel, qui dérape subitement dans les abysses de la condition humaine. Si le début, qui voit Mads Mikkelsen devenu un mort-vivant avec l’âge, littéralement ressusciter est euphorique, il est également perturbant : le film est-il une ode à l’alcool et à ses effets ? Mais quand les doses augmentent jusqu’à atteindre des taux alarmants, on pense au lent suicide par la nourriture de « LA GRANDE BOUFFE » et on ne sourit plus du tout. Acteur protéiforme, Mikkelsen est formidable d’intensité, d’intériorité et sert de charpente au film, les gros-plans de son visage en disent bien plus long que des pages de dialogue. Il est magnifiquement bien entouré par Magnus Millang, Thomas Bo Larsen (bouleversant) et Lars Ranthe, les quatre comédiens fonctionnant comme une seule entité. Le film fait réfléchir sur les renoncements, les mauvais choix, les petites trahisons qui s’accumulent au fil des années et finissent par nous rendre invisibles à nous-mêmes comme aux autres. C’est une œuvre puissante, profonde, qu’on serait fort tenté de qualifier de chef-d’œuvre.

LARS RANTHE, THOMAS BO LARSEN ET MADS MIKKELSEN
 

« ARCTIC » (2018)

Écrit et réalisé par le brésilien Joe Penna, « ARCTIC » est un survival, un « Man vs. Wild » dans la lignée récente de « ALL IS LOST » et « GRAVITY », c’est-à-dire une simple histoire mettant en scène un homme seul face à l’adversité, symbolisée par une nature sauvage et immaculée.

ARCTIC.jpg

Ici, le pilote Mads Mikkelsen s’est crashé avec son petit avion dans l’Arctique, apparemment depuis un certain temps, et attend d’hypothétiques secours dans une solitude absolue. Quand un hélico le repère enfin, il s’écrase aussitôt et Mads recueille une jeune femme qui reste inconsciente pendant le reste du film. Pour la sauver, il entame un périple dans les étendues glacées qui va le mener jusqu’au bout de lui-même. Curieusement, malgré un tel postulat de départ et malgré Mikkelsen, présent dans toutes les séquences, « ARCTIC », tout en étant très bien fait et filmé, ne décolle jamais vraiment et ne parvient pas à transcender son matériau vers quelque chose de plus universel voire métaphysique, comme avaient su le faire les films cités plus haut. Cela reste très terre-à-terre, excessivement répétitif et par moments, complètement inerte. On parvient à ne pas trop s’ennuyer grâce à l’évidente implication physique de Mikkelsen, vraiment immergé dans son rôle. Mais il faut bien admettre que le voir souffrir, ahaner, tomber de Charybde en Scylla, pendant plus de 90 minutes, tient du chemin de croix et devient de plus en plus pénible. « ARCTIC » n’est pas un mauvais film, il est sérieusement fait, mais le scénario n’évite pas les clichés (on se demande à quel moment il va croiser la route d’un ours polaire !), et la fin trop étirée tient de la manipulation pure et simple. À voir pour le décidément grand Mads Mikkelsen dont la palette de jeu est impressionnante et la sobriété jamais prise en défaut.

 

« VALHALLA RISING » (2009)

RISINGOn a connu Nicolas Winding Refn influencé par Scorsese, Cronenberg ou Lynch. Dans « VALHALLA RISING » (sous-titré « LE GUERRIER SILENCIEUX » en France), c’est Werner Herzog et tout particulièrement son chef-d’œuvre « AGUIRRE LA COLÈRE DE DIEU » qui hantent le film de la première à la dernière image.

L’histoire ? Un guerrier viking muet et borgne (Mads Mikkelsen) réduit en esclavage, parvient à échapper à ses geôliers et rejoint un groupe de croisés en route pour la Nouvelle Jérusalem. Ils atterrissent sur un territoire sauvage qui ne s’appelle pas encore l’Amérique, dans lequel ils s’embourbent jusqu’au dernier. C’est une œuvre visuellement magnifique, un « bad trip » sur des terres désertiques balayées par des vents glacés, un voyage immobile sur un océan noyé dans la brume et finalement une arrivée sur un rivage où nos dérisoires conquistadores vont se statufier et mourir à petit feu. Bien qu’on pense sans arrêt à Herzog, sensation renforcée par quelques clins d’œil délibérés de Refn, « VALHALLA RISING » trouve sa spécificité et parvient, par son extrême lenteur, ses cadrages étranges et sa BO (Peter Kyed et Peter Peter), à immerger jusqu’à l’hypnose. La longue séquence filmée au ralenti, montrant les intrus dans la boue, attendant littéralement une mort libératrice, est hallucinante. Le film doit beaucoup à Mikkelsen, crasseux, défiguré, impassible, qui crée un personnage totalement opaque de tueur barbare enfermé en lui-même. Sa relation télépathique avec l’enfant qu’il protège (Maarten Stevenson) est une des grandes trouvailles du scénario. Au milieu de longues séquences comme figées dans le temps et l’espace, à la limite de l’arrêt sur image, des plans « gore » assez atroces viennent de temps en temps donner un électrochoc. Mais « VALHALLA RISING » est un lent cauchemar qui hante longtemps après visionnage. Vraiment un digne héritier de Aguirre et de son voyage sans retour en Amazonie.

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MADS MIKKELSEN

 

« PUSHER II – DU SANG SUR LES MAINS » (2004)

PUSHER2 copie.jpgTourné huit ans après « PUSHER », « PUSHER II – DU SANG SUR LES MAINS » prend pour personnage principal un rescapé du n°1 : Tonny « loser » impénitent (Mads Mikkelsen) qui, sortant de prison, tente de se faire enrôler dans le gang de voleurs de voitures de son père qui l’a toujours méprisé.

Comme son prédécesseur, ce second opus est une tranche de vie sordide et désespérante, suivant quelques échantillons d’humanité bien peu reluisants. Tous les protagonistes, femmes et hommes, sont cocaïnés jusqu’à l’os, ce qui doit leur ramollir le cerveau puisqu’ils sont systématiquement stupides, incapables, irresponsables voire dangereux. On s’attache malgré tout à Mikkelsen, qui devient pathétique à force de se faire injurier et bousculer par tout le monde. De la junkie belliqueuse qu’il a mise enceinte, à son propre père. On sent la tension monter progressivement, malgré l’apparente apathie du pauvre type, jusqu’à cet affrontement terrible entre père et fils où subitement le film bascule dans la tragédie antique. C’est filmé « à l’arrache », avec très peu de lumière, ce qui donne une image granuleuse, ultra-réaliste et participe de la sensation de vécu de tout le film. À un détour de scène, on retrouve Zlatko Buric, le dealer yougoslave débonnaire, mais implacable, découvert dans le n°1. « PUSHER II » baigne dans une noirceur suffocante, à peine atténuée par la présence de ce bébé qui fait sortir Tonny de sa torpeur. Le dernier plan dans le bus est émouvant, ce qui en dit long sur le talent de Mikkelsen qui a réussi à humaniser sans aucun recours au pathos, ce triste individu. « PUSHER II » est à voir dans la continuité du film de 1996, parce que si les années ont passé, les voyous de Copenhague ont toujours les mêmes problèmes de dettes, de menaces permanentes, d’enfants à gérer et de drogues à sniffer. Pas très gai, c’est certain, mais l’aspect « documentaire » est édifiant.

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MADS MIKKELSEN ET ZLATKO BURIC

 

« PUSHER » (1996)

PUSHER.jpg« PUSHER » est le premier long-métrage réalisé par Nicolas Winding Refn et aussi le commencement d’une trilogie sur la pègre danoise et l’univers des deals de drogue.

Dès le début, on sent – à cause de la caméra portée, du grain très marqué de la pellicule – l’influence de « MEAN STREETS » de Martin Scorsese. Comme son aîné, Refn suit de petits malfrats de bas-étage, des ringards violents et dangereux, qui vivent de petits trafics, sans se rendre compte qu’ils sont à la merci de narcotrafiquants beaucoup plus puissants qu’eux et capables au moindre faux-pas de les réduire à néant. Le protagoniste, le toujours excellent Kim Bodnia, n’offre guère de prise à l’identification du public. C’est une brute infantile et sans affect, une vermine sans foi ni loi. Il est criblé de dettes et tombe de charybde en scylla en essayant de s’en sortir. On assiste donc à cette « course du rat » jusqu’au bout des bouts, avec une passivité non dénuée d’intérêt, tout en demeurant indifférent au sort qui l’attend. C’est bien fait, bien rythmé, d’un naturalisme à toute épreuve et l’aspect « documentaire » voulu par le réalisateur crée un style véritable. La séquence où Bodnia est torturé par ses créanciers yougoslaves est réellement éprouvante pour les nerfs. Son gros-plan final est (presque) émouvant. Autour de lui, quelques bons seconds rôles dont Zlatko Buric, en « parrain » faussement bon-enfant et Mads Mikkelsen, qui n’apparaît que dans la première moitié de l’action, en acolyte inséparable de Bodnia, aussi crétin que planche-pourrie. Avec son crâne rasé et ses tatouages, il crée un personnage totalement crédible. Un bon film donc, que ce « PUSHER », une tranche de vie, une plongée dans un milieu qu’on découvre progressivement en réalisant que rien ne change, qu’il s’agisse de New York, Rome, Paris ou Copenhague.

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MADS MIKKELSEN ET KIM BODNIA

 

« BLEEDER » (1999)

BLEEDERS.jpg« BLEEDER » est le second long-métrage du danois Nicolas Winding Refn et probablement un de ses plus accomplis. On pense d’abord au cinéma social anglais, mais les partis-pris de mise-en-scène radicaux de l’auteur créent d’emblée un style très personnel et puissant.

L’emploi systématique des focales courtes, les couleurs primaires, les extérieurs dépourvus de toute figuration – ou presque – font de Copenhague une sorte de ville-fantôme de cauchemar. Ce sera le théâtre du drame qui se noue au sein d’une bande de paumés asociaux incapables de faire face à la réalité et à l’âge adulte. La tension s’installe en quelques plans et ne fait que croître, sans qu’on n’en comprenne totalement les raisons. Mais le malaise est là, la violence n’attend qu’une étincelle pour éclater. Refn bénéficie d’une troupe de comédiens exceptionnelle : Kim Bodnia (qui sera le flic de la série TV « BRON/BROEN ») en loser apathique prêt à exploser à tout moment, Levino Jensen inquiétant à souhait en raciste dangereux. Et surtout Mads Mikkelsen, tout jeune, mais déjà égal à lui-même dans un personnage d’adolescent attardé refusant le monde réel en s’immergeant dans le cinéma, jusqu’à n’avoir plus aucune vie sociale. Sa relation avec une jeune serveuse magnifiquement incarnée par Liv Corfixen est touchante et apporte un maigre souffle d’espoir sur tout le film. « BLEEDER » est une œuvre maîtrisée, techniquement parfaite, plantée dans des décors minuscules, suffocants et traversée d’éclairs de violence fulgurants qui laissent sans voix. Quelques échanges dialogués sont vraiment formidables (« Pourquoi tu ne parles que de cinéma ? ») et l’humanité fruste et primitive des protagonistes finit par les rendre attachants. Malgré eux. Malgré tout. À découvrir.

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MADS MIKKELSEN, RIKKE LOUISE ANDERSSON, KIM BODNIA ET LIV CORFIXEN