Inspiré de la vie du Danois Ludvig Kahlen (1704-1774), « KING’S LAND » de Nikolaj Arcel conte la vaine épopée d’un ex-militaire obsédé par l’idée de cultiver une lande désolée et d’obtenir un titre de noblesse.
Quelques décennies plus tôt, cela aurait certainement procuré un sujet idéal pour le tandem Werner Herzog-Klaus Kinski. Même genre d’atmosphère austère et implacable, personnages rudes et cruels, perdus dans une nature hostile. L’Eldorado d’Aguirre ou l’opéra de Fitzcarraldo étant remplacés par… un champ de pommes-de-terre. Mais Kahlen est de la même trempe que ces conquistadors du dérisoire et Mads Mikkelsen lui prête ses traits creusés et impassibles. Opiniâtre, fermé sur lui-même, il va peu à peu et malgré lui se créer une sorte de famille envers et contre tous, mais commencera à perdre de son aura en faisant des compromis et en s’abaissant à des trahisons pour accomplir aveuglément son fantasme. Sobrement réalisé, sans effets esthétiques, parsemé de séquences de violence assez choquante (l’esclave évadé ébouillanté), le film envoûte progressivement et submerge d’émotions diverses, finement gérées. Face à un Mikkelsen magistral, on reconnaît Amanda Collin (« RAISED BY WOLVES ») magnifique en servante intelligente et loyale qui forme un couple parfait avec Mikkelsen. Face à eux, Simon Bennebjerg haïssable à souhait en noble dégénéré et sadique qui ravage la vie et les rêves de Kahlen. On dirait que l’expression tête-à-claques a été inventée pour lui. La jeune Melina Hagberg est parfaite en petite Gitane rejetée par tous et qui trouve momentanément des parents de substitution, le temps d’une belle embellie. « KING’S LAND » est un très beau film dont on ne sent jamais passer les deux heures et qui offre à Mads Mikkelsen un de ses plus beaux rôles. À découvrir absolument.