Archives Mensuelles: juin 2024
CLAUDIO MANCINI : R.I.P.
« MINDSCAPE » (2013)
Produit par Jaume Collet-Serra en Espagne, « MINDSCAPE » (également exploité sous le titre : « ANNA ») est réalisé par Jorge Dorado et tourné en anglais mais filmé en Catalogne.
Le pitch est, à la base, compliqué à assimiler : une société épaule la police en envoyant des enquêteurs capables de pénétrer les rêves des patients, afin de révéler leurs secrets les plus enfouis et, le cas échéant, l’identité de criminels. On a déjà du mal à gober cela, mais quand, en plus, le choix de l’acteurs principal empêche toute espèce d’identification, le visionnage devient franchement fastidieux. Bon second rôle au jeu excessivement limité, Mark Strong affiche une unique expression (l’anxiété, sourcils froncés) et une froideur rébarbative dans ce personnage sans la moindre profondeur, hormis des flash-backs sur la mort de sa femme. Sa relation avec une adolescente cloîtrée (Taissa Farmiga) ne dégage aucune émotion et ne suscite, à vrai dire, aucun intérêt. Le scénario se veut « à tiroirs », la confusion entre réalité et cauchemars constitue le seul véritable levier à la peur. Nous sommes en plein dans la série B multinationale sans âme et l’ennui s’installe très vite. Outre Strong donc, qui n’a – en tout cas dans le cas présent – pas l’étoffe d’un leading man, on retrouve avec plaisir l’excellente Farmiga, qui tient le film sur les épaules et que certains éclairages et angles de caméra font ressembler à la jeune fille à la perle de Vermeer. Brian Cox apparaît de temps en temps pour jouer le boss de Strong, avec les cheveux teints et Indira Varma n’a pas grand-chose à faire en psy plutôt coquine. Que dire de plus de « MINDSCAPE » ? Pas grand-chose, hélas. C’est éventuellement à voir un jour de disette, mais c’est tout.
« UN MONDE PARFAIT » (1993)
« UN MONDE PARFAIT » contient toutes les qualités et la plupart des défauts des films de Clint Eastwood. À 138 minutes, il est infiniment trop long, le montage parallèle entre les fugitifs et les policiers à leurs trousses n’existe manifestement que pour donner un rôle à Clint. Quant à la fin, à partir de la blessure de Butch, elle n’en finit pas de finir, gâchant la bonne impression laissée par le film jusque-là.
En taulard évadé, traînant ses traumatismes d’enfance, Kevin Costner trouve un de ses meilleurs rôles de début de carrière. Il est aussi attachant qu’imprévisible, voire dangereux. Son duo avec l’enfant qu’il a pris en otage (T.J. Lowther) fonctionne à plein régime et justifie l’entreprise. Clint en vieux ranger ronchon joue sur une seule note et sa relation passée avec Costner paraît plaquée, forcée au chausse-pied. Laura Dern a un rôle plus intéressant de criminologue peu impressionnable. Dans un rythme monotone mais pas désagréable, surnagent plusieurs séquences violentes très bien gérées : le premier meurtre dans un champ de maïs, la crise de folie homicide qui prend possession de Costner quand il voit un fermier maltraiter son petit-fils. Le film atteint à ces moments-là une vraie grandeur eastwoodienne. Aussi est-on d’autant plus consterné, quand s’installe (ATTENTION : SPOILER !) une des plus longues agonies de l’Histoire du 7ème Art, où Costner se vide de son sang, tout en taillant plusieurs bavettes consécutives avec le gamin. « UN MONDE PARFAIT » s’effondre vraiment à partir de là et fait regretter qu’Eastwood n’ait pas eu un monteur plus sévère avec son matériau. Malgré ses défauts, le film se laisse revoir avec plaisir et permet déjà de deviner que Kevin Costner n’est jamais meilleur que lorsqu’il joue des bad guys. Sa fin de carrière le prouvera définitivement. Très louangé à sa sortie, le film semble aujourd’hui quelque peu surévalué dans la filmo de Mr Eastwood.
« SHAMPOO » (1975)
Écrit par Robert Towne et Warren Beatty, réalisé par Hal Ashby, « SHAMPOO » suit deux jours du quotidien d’un coiffeur à la mode à L.A. en 1968, au moment de l’élection de Nixon. Il passe d’un lit de femme à l’autre, roule à moto sans casque (son énorme brushing doit suffire à le protéger des chocs !) et vit comme un ado en dehors des réalités.
S’il passe aujourd’hui pour un cult movie, « SHAMPOO » a beaucoup de mal à passionner. D’ailleurs, de quoi parle-t-il exactement ? De la fin annoncée de « l’innocence » américaine coïncidant avec le passage à l’âge adulte de Beatty ? De l’hypersexualité bien connue de celui-ci, qu’il confesse dans un monologue qui sent le vécu ? Du vide abyssal des nantis de la côte ouest ? C’est vraiment difficile à dire et l’ennui prend rapidement le dessus. Beatty trimbale son regard vacant, son sourire benêt et ses chemises bouffantes dans un rôle désincarné de sex toy sur pattes. Il est entouré de belles femmes toutes abîmées par de vilaines perruques, comme Julie Christie, Lee Grant en nympho mûrissante ou l’horripilante Goldie Hawn. Jack Warden (lui aussi emperruqué !) est excellent en politicien chaud-lapin. Le fan des « 7 MERCENAIRES » reconnaîtra Brad Dexter en gros sénateur chantant lors d’une party et celui de « STAR WARS » sera ravi de découvrir une toute jeune Carrie Fisher. « SHAMPOO » capte l’ambiance de la fin des sixties, la réalisation d’Ashby est fluide, très « reportage » et le film se déroule mollement, sans séquence particulière à retenir, au rythme somnambulique du jeu de Beatty, raison d’être de ce film inclassable, informe, qui laisse à la fin sur un gros point d’interrogation : pourquoi avoir consacré un film à cet individu infantile et tête-à-claques et à sa ribambelle de maîtresses décervelées ?
« GEMINI MAN » (2019)
Réalisé par l’éclectique Taïwanais Ang Lee, « GEMINI MAN » est un des nombreux films de SF basés sur l’idée du clonage humain. La présence de Will Smith dans un double rôle fera reculer ceux qui le supportent déjà mal dans un simple rôle, mais le film vaut tout de même le coup d’œil.
C’est encore une histoire de tueur à gages bourrelé de remords, voulant prendre sa retraite malgré l’avis de ses chefs. Ceux-ci décident de l’éliminer (vieux cliché !) et envoient son clone pour exécuter la mission : un clone juvénile, sans état d’âme. Et c’est là le seul et unique intérêt de ce film luxueux mais poussif : la perfection du « de-aging » (rajeunissement numérique) qui sidère complètement et laisse la (fausse) sensation que le film est intéressant. On retrouve un Smith tel qu’il était à ses débuts et – cerise sur le gâteau – on a même droit à un second clone encore plus jeune, à peine adolescent, et tout aussi crédible. Smith donc, est au mieux, routinier, quel que soit le rôle qu’il joue, Mary Elizabeth Winstead est très bien, fait parfois penser à Sigourney Weaver et Clive Owen écope d’un personnage de méchant mégalo très caricatural. Le scénario puise dans les 007, les « MISSION : IMPOSSIBLE », on voyage, on se bastonne, on se poursuit à moto, etc. Rien de neuf sous le soleil. Et quand après deux heures, on s’exaspère de tant d’infantilisme, on nous sert un épilogue en forme de happy end redoutable de niaiserie. Quand on pense que Martin Scorsese aurait pu bénéficier de CGI de cette qualité pour son « IRISHMAN », on s’en mord les doigts. Il les méritait infiniment plus que ce « GEMINI MAN » si oubliable.
BILL COBBS : R.I.P.
« THE ROSE » (1979)
« THE ROSE » de Mark Rydell, co-écrit par Michael Cimino, est un faux biopic sur une chanteuse de rock’n roll, clairement inspirée de Janis Joplin, qui explose en vol à la fin des années 60, rongée par la drogue, l’alcool, la solitude et un sérieux burnout que personne ne prend au sérieux.
Pour son premier rôle, Bette Midler crève l’écran, incarne « Rose » des pieds à la tête, dans toutes les phases de sa déchéance, jusqu’à l’agonie finale, sur scène, dont le réalisme est un crève-cœur et s’avère douloureux à contempler. Elle a beau avoir tourné 60 films par la suite, Midler restera à jamais la femme d’un seul rôle. Rydell, épaulé par la photo de Vilmos Zsigmond, capte parfaitement l’ambiance de ces tournées à travers les U.S.A. en avion, en car, où la chanteuse perd peu à peu son identité, ses repères et se retrouve toujours seule : « Where’s everybody going ? » répète-t-elle sans cesse. À la fois reportage et vision déformée par les yeux fatigués de Rose, le style visuel n’a pas pris une ride. Autour de Midler, que des pointures : Alan Bates en manager implacable mais dont on peu comprendre l’exaspération, Frederic Forrest en déserteur du Vietnam qui ne saura pas résister à l’ouragan d’une love story condamnée d’avance. Et surtout Harry Dean Stanton. Il n’apparaît que dans une seule scène, en star de la country, qui humilie Rose de façon traumatisante dans son trailer. Probablement le moment le plus marquant du film. Long, parfois lent à force d’enchaîner les séquences trop bavardes, « THE ROSE » est boosté par les scènes de concert où éclate l’énergie autodestructrice de la star et par des moments réellement pathétiques, comme le retour dans sa Floride natale où elle ne connaît que déceptions sordides et horribles souvenirs. « THE ROSE » parvient à toucher droit au cœur, grâce à la fusion totale entre le personnage et l’interprète. Un beau film…
« METROPOLIS » (1927)
« METROPOLIS » de Fritz Lang est classé depuis sa première sortie parmi les grands classiques du 7ème Art, par l’ambition démesurée de son propos, ses décors visionnaires, des images devenus iconiques. Il a influencé des générations de cinéastes et s’est présenté sous diverses versions plus ou moins longues et même dans une mouture colorisée et mise en musique par Giorgio Moroder, roi du disco !
Comment aujourd’hui porter un jugement sur une œuvre qui a pratiquement un siècle, tournée dans l’Allemagne tourmentée de l’entre-deux guerres et porteuse d’une imagerie funeste ? La version disponible en Blu-ray fait 150 minutes et ressemble paraît-il à celle qu’ont visionné les spectateurs de 1927. Bien sûr, les éléments réintégrés sont dans un état déplorable et il manque encore quelques séquences. Mais même s’il semble interminable, surtout sur la fin, même si l’acteur principal Gustav Fröhlich surjoue la moindre émotion jusqu’au délire (oui, c’est du Muet, mais tout de même !), l’ensemble parvient encore à impressionner. L’incroyable Brigitte Helm y est pour beaucoup. Dans un double rôle de passionaria virginale, bonne fée des travailleurs exploités et de doppelgänger machiavélique et lascive, elle crève l’écran. Complètement survoltée, au bord de l’hystérie, le sourire torve, et l’œil fou, elle électrise tout le film, alors qu’elle n’y apparaît pas aussi souvent que cela. « METROPOLIS » se doit d’être vu pour tout cinéphile qui se respecte, parce qu’il fut la première pierre de l’édifice du cinéma d’anticipation et qu’on voit clairement sa descendance dans bon nombre de plans. Mais, nous l’avons dit, le film a bientôt 100 ans et il faut s’armer de courage et de patience pour aller jusqu’au bout. Mais le voyage en vaut la peine.
« HOLY SMOKE » (1999)
Comme c’est souvent le cas dans l’œuvre de Jane Campion, « HOLY SMOKE » part sur un postulat intéressant : un « désenvoûteur » américain réputé débarque en Australie pour « exorciser » une jeune femme sous la coupe d’un gourou indien rencontré à Delhi. Ensuite, comme d’habitude, cela part en sucette pour s’achever dans un salmigondis abscons et prétentieux.
Le ton est bizarre, caviardé de plans truqués, parfois burlesques qui cassent l’ambiance, l’essentiel est dit au bout d’une demi-heure et les personnages sont à la fois opaques et pas spécialement futés. Quant au dernier tiers, c’est une sorte de guerre des sexes à huis clos dans une cabane en plein bush, où le pauvre Harvey Keitel, envoûté à son tour par sa cliente, finit en robe rouge et la figure barbouillée de maquillage. À quoi cela rime-t-il exactement ? Difficile à dire. Qu’on succombe tous toujours à un gourou quel qu’il soit ? Qu’on assiste à la fameuse « déconstruction » d’un mâle dominant devenu une loque humaine ? Une fois de plus, un film de Mme Campion, championne des festivals, laisse perplexe, agacé et découragé. Heureusement, Kate Winslet est là, malgré un rôle sans épaisseur, elle déambule en sari, se révolte comme une ado hystérique et finit en « maîtresse » SM complètement incongrue. Keitel lui, est égal à lui-même et frôle le ridicule à plusieurs reprises (le plan « rêvé » où il voit Winslet en déesse à huit bras échappée d’un Bollywood). Pam Grier apparaît dans trois petites séquences en assistante de Keitel cavalièrement évincée. Pour résumer, Campion on aime ou on n’aime pas ! Depuis « UN ANGE À MA TABLE » l’auteur de ces lignes avoue humblement qu’il est totalement hermétique…