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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MARLON BRANDO

« L’HOMME À LA PEAU DE SERPENT » (1960)

Écrit par Tennessee Williams d’après sa propre pièce, réalisé par l’éclectique Sidney Lumet et porté par un duo de choc : Anna Magnani et Marlon Brando, « L’HOMME À LA PEAU DE SERPENT » avait tous les atouts pour faire un chef-d’œuvre.

Sur le papier, c’était imparable. À l’arrivée, on se retrouve un peu dépité après deux heures plongées dans un noir & blanc profond, à écouter un petit groupe de sudistes névrosés déverser leurs rancœurs en hurlant dans des intérieurs sous-éclairés. Williams s’autopastiche, rejoue de vieilles partitions, les acteurs ont tous au moins dix ans de trop pour leurs rôles et ne parviennent pas à extirper le film de l’ennui et de la déprime. À 36 ans, Brando joue un gigolo désabusé, portant un blouson de peau de serpent censé symboliser son côté « wild » et trimballant une guitare absurde. Il ne cherche pas à dissimuler sa répugnance à rabâcher son vieil emploi et campe ce personnage maussade, ce « sex toy » sur pattes sans la moindre étincelle. Magnani y met un peu plus du sien, mais le texte l’oblige à des excès permanents qui finissent par fatiguer. Joanne Woodward est plus fine en Ophélie déglinguée au rimmel qui coule. Maureen Stapleton est excellente en gentille épouse du shérif, brisée par les horreurs qu’elle a vus dans sa jeunesse. Le plus frappant est encore Victor Jory, jouant le mari malade de Magnani, un ignoble lyncheur pernicieux membre du KKK qui détruit tout autour de lui. Difficile d’imaginer plus haïssable ! « L’HOMME À LA PEAU DE SERPENT » aurait probablement eu plus d’impact s’il avait été tourné dans la foulée de « UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR » ou « SUR LES QUAIS ». Brando n’a déjà plus la tête à ce qu’il fait, Lumet peine à aérer son matériau théâtral et Magnani – qui a pourtant des moments formidables – est hors de son élément. À voir par curiosité, pour le charisme des comédiens, sans en attendre des merveilles.

À noter : le film s’ouvre sur un long plan-séquence où Brando est interrogé par un juge (qu’on ne voit pas) et débite un monologue incohérent d’une voix sourde, utilisant toute la panoplie de l’Actors Studio. Il est parfois si inaudible que la voix du juge (probablement rajoutée en post-production) lui demande de parler plus fort et de se tenir droit !

MARLON BRANDO, ANNA MAGNANI ET JOANNE WOODWARD
 

« DÉSIRÉE » (1954)

Après une demi-douzaine d’œuvres exemplaires qui firent de lui la tête de file des acteurs d’Hollywood, Marlon Brando commit un premier faux-pas avec « DÉSIRÉE » de Henry Koster, gros pudding inspiré d’un roman sur la vie de Désirée Clary, le premier amour de Napoléon Bonaparte.

Tourné en Scope, dans une ambiance de bonbonnière, c’est une sorte de rutilant roman-photo qui relate l’épopée napoléonienne à travers le regard d’une jeune intrigante venue de Marseille, au charmant minois (Jean Simmons). Si historiquement, le scénario est assez rigoureux, on sent une volonté de faire une sorte de « AUTANT EN EMPORTE LE VENT » français et l’héroïne n’est d’ailleurs pas sans évoquer Scarlett O’Hara. On trouve des idées amusantes (la façon stylisée et… économique de filmer les grandes batailles de l’empereur), les décors de studio sont assez bluffants et l’ensemble du cast est excellent. Mais le problème vient paradoxalement de Brando. Il n’apparaît pas assez pour créer un personnage en profondeur, se contente de poses et de brusques changements d’humeur et son Napoléon n’est qu’une image d’Épinal sans relief. Il est, de plus, abîmé par un faux-nez franchement inutile et des perruques ridicules, qui sont contre-productives, puisque l’acteur ressemble naturellement aux portraits de Bonaparte. Ses va-et-vient sentimentaux sont ennuyeux, sa voix nasillarde et monocorde est soporifique et lui, qui provoquait la curiosité pour ce film s’avère être finalement son plus gros handicap. Michael Rennie est en revanche parfait en général austère et courageux, Merle Oberon est une Joséphine crédible et Cameron Mitchell joue le frère du grand homme dans une quasi-figuration. Que dire ? « DÉSIRÉE » a énormément vieilli, il dure trop longtemps ou… pas assez et si on y apprend quelques détails intéressants sur l’époque, ne vaut aujourd’hui un coup d’œil que pour les complétistes de Brando, dans le premier film qui prouva qu’il n’était pas infaillible. Il y en aurait beaucoup d’autres…

JEAN SIMMONS, MARLON BRANDO ET MICHAEL RENNIE

 

« SUR LES QUAIS » (1954)

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ROD STEIGER ET MARLON BRANDO
QUAIS

« SUR LES QUAIS » d’Elia Kazan est aujourd’hui considéré comme un indéboulonnable classique du 7ᵉ Art et chef-d’œuvre de son auteur. C’est un drame social, réalisé avec réalisme en extérieurs et décrivant la corruption des syndicats de dockers et leurs méthodes mafieuses.

Le film se focalise sur Marlon Brando, ex-boxeur pas trop futé, devenu homme à tout faire du caïd Lee J. Cobb, et tombant amoureux d’Eva Marie Saint, sœur d’un docker assassiné. Avec son jeu compliqué, impénétrable parfois, ses yeux bouffis par le maquillage, Brando bouffe littéralement l’écran et s’octroie une sortie de scène héroïque et masochiste, qui deviendra une habitude dans sa carrière. S’il est plus de 60 ans après, la vraie raison de revoir le film, force est de reconnaître que « SUR LES QUAIS » est entièrement bâti comme une glorification du « mouchardage », complètement justifié en l’occurrence, mais chargée d’une lourde ambiguïté quand on connaît le passé de Kazan avec le maccarthisme. Certains personnages sont lourdement écrits et trop beaux pour être vrais, comme Karl Malden irritant en prêtre exalté, d’autres – comme Cobb – sont caricaturaux mais extrêmement efficaces. Quel coffre ! Quelle puissance ! Rod Steiger est superbe en frère aîné de Brando, larbin du syndicat et responsable de la déchéance de son cadet. Le célébrissime face à face à l’arrière d’un taxi est toujours aussi impressionnant. On aperçoit des visages connus comme Martin Balsam, Fred Gwynne, Pat Hingle ou Nehemiah Persoff dans de tout petits rôles. Bien filmé et photographié, magnifiquement interprété, « SUR LES QUAIS », malgré ses indéniables qualités, laisse tout de même sur un malaise. Et la fin totalement invraisemblable, où le mouchard méprisé de tous se transcende subitement en une sorte de messie martyr galvanisant les foules, est à la fois naïve et contre-productive.

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KARL MALDEN, MARLON BRANDO, EVA MARIE SAINT, LEE J. COBB ET ROD STEIGER
 

« LA FORMULE » (1980)

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GEORGE C. SCOTT

Écrit par Steve Shagan, d’après son propre roman, réalisé par John Avildsen (« ROCKY »), « LA FORMULE » démarre comme un polar situé à L.A. et se développe en suspense d’espionnage enraciné en Allemagne et dans la WW2. L’enjeu : la formule d’un carburant synthétique censé remplacer le pétrole.FORMULA2

Tout cela et bel et bon. Mais hélas, le scénario se résume à une longue succession d’interrogatoires, de rendez-vous menant à d’autres rendez-vous dans des lieux touristiques de Berlin. L’enquête du flic George C. Scott est fastidieuse, son histoire d’amour avec une « femme fatale » jouée – pas très bien d’ailleurs – par Marthe Keller, n’est pas crédible une seconde et mène à un coup de théâtre à la frontière entre les deux Allemagnes, qu’on voyait venir des kilomètres à l’avance. Un peu âgé et ventripotent pour son rôle, Scott se donne du mal, mais ne parvient jamais à donner chair à ce personnage dont le seul et unique trait de personnalité est d’avoir un fils qu’il aime et dont il nous rebat les oreilles. On aperçoit des visages connus comme John Gielgud, Richard Lynch, Beatrice Straight ou Craig T. Nelson qui n’apparaissent que dans une ou deux séquences. Mais évidemment, celui qu’on attend depuis le début, c’est Marlon Brando. Il incarne un puissant pétrolier, un « maître du monde » cynique et débonnaire avec un je-m’en-foutisme invraisemblable. Le crâne dégarni, affublé d’un faux nez, d’un sonotone, il fait un numéro clownesque et déconcertant, là où on aurait préféré une vraie composition pour lester le film et donner du poids (c’est le cas de le dire) à son discours final, seule chose vraiment intéressante du film. Mais Brando fait preuve d’une complaisance inouïe (la scène totalement inutile avec la grenouille dans sa piscine !) et anéantit une grande partie d’un rôle de tireur de ficelles ultime qui aurait pu être fascinant. « LA FORMULE » est un pensum statique, bavard, tellement truffé de noms propres qu’on s’y perd complètement. À éviter soigneusement, donc. Même pour le fan du grand Marlon, vraiment à côté de la plaque.

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MARLON BRANDO, GEORGE C. SCOTT ET MARTHE KELLER

 

« APOCALYPSE NOW – FINAL CUT » (2019)

À sa sortie, « APOCALYPSE NOW » de Francis Ford Coppola avait subi des coupes trop sévères. Sa nouvelle version : « APOCALYPSE NOW – REDUX » était plus riche, mais infiniment trop longue et complaisante. « APOCALYPSE NOW – FINAL CUT » remonté pour fêter les 40 ans du film, se veut un compromis entre les deux moutures.FINAL.jpg

Oui, c’est vrai, la séquence des playmates est bien allégée (ouf !), celle de la plantation française plus nerveuse (même si elle peine toujours à trouver sa place dans le film)  et le rôle de Kurtz retrouve un peu de mystère en apparaissant moins. Mais affirmer que ce n°3 enterre définitivement ses prédécesseurs semblerait exagéré. Sans doute parce que « APOCALYPSE NOW » est entré dans l’inconscient collectif, qu’il devient difficile, voire impossible de le visionner et de le juger comme un film « normal ». Toujours est-il qu’on a encore du mal à le qualifier de chef-d’œuvre et que si on admire certains passages comme l’ouverture à Saïgon sur la chanson des Doors ou l’arrivée au camp de Kurtz en bateau, on s’agace encore des mêmes défauts : un Marlon Brando physiquement impressionnant, mais qui fait rigoureusement n’importe quoi la moitié du temps (il faut l’avoir vu avec le visage peinturluré en camouflage)  et dont on aurait apprécié qu’il improvise un peu moins et dialogue de façon plus intelligible avec Martin Sheen, l’homme venu l’assassiner. Et il y a Dennis Hopper, lâché en roue-libre très vite agaçant, une scène de nu totalement gratuite (quoi que jolie à voir) d’Aurore Clément à la plantation, etc.

Il reste heureusement des moments sublimes, comme ces scènes de bataille nocturnes, des répliques aboyées par un Robert Duvall en pleine forme symbolisant à lui seul toute la démence de la guerre, et ces images de Sheen émergeant de la boue fumante, machete au poing pour remplir sa mission trop longtemps retardée. Pour tout cela, on peut revoir « APOCALYPSE NOW », film instable et jamais définitivement achevé, mais qui a marqué l’Histoire du cinéma et changé la face des films de guerre.

 

« LA NUIT DU LENDEMAIN » (1969)

NIGHT.jpgDernier film de la longue traversée du désert de Marlon Brando avant son comeback inespéré trois ans plus tard, « LA NUIT DU LENDEMAIN » de l’anglais Hubert Cornfield, est un des pires fleurons de sa filmographie, qui compte un nombre conséquent de navets, oubliés pour la plupart.

Tourné au Touquet, le film conte le kidnapping d’une jeune fille riche (Pamela Franklin) par une bande de bras-cassés incompétents et névrosés : un faux chauffeur emperruqué (Brando), une junkie affublée d’à peu près le même postiche blond que lui (Rita Moreno), son mollasson de frère (Jess Hahn) et un psychopathe sadique (Richard Boone) qui n’attend qu’une occasion pour les trahir. L’essentiel du scénario est confiné dans une maison du bord de mer où se planquent les malfaiteurs avec leur otage. Que dire ? C’est d’une lenteur mortifère, si on ne devait garder que les séquences réellement utiles à l’avancée du récit, le film durerait à peine vingt minutes. Les dialogues – visiblement tous improvisés – sont d’une pauvreté et d’une bêtise sans nom. Les colères de Brando tombent comme des cheveux (factices) sur la soupe et Boone qui paraît s’amuser beaucoup, fait rigoureusement n’importe quoi. Il paraîtrait que le tournage fut un cauchemar et que Boone remplaça Cornfield après que celui-ci ait été éjecté par Brando. C’est bien possible, tant le résultat est décousu, sans queue ni tête. Quant au « twist » final qui ose nous refaire le coup du « tout cela n’était qu’un rêve », on a peine à y croire ! Rien à sauver, pas même une idée ou une ambiance. C’est le zéro et l’infini. À noter que l’acteur Al Lettieri qui tient un petit rôle de pilote, est également crédité comme « producteur associé ». Il retrouvera Brando deux ans plus tard dans « LE PARRAIN » où il jouera ‘Sollozzo’ son plus redoutable rival.

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MARLON BRANDO ET RITA MORENO

 

« LE DERNIER TANGO À PARIS » (1972)

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MARLON BRANDO

Dans notre série des « films qu’on ne devrait jamais revoir », « LE DERNIER TANGO À PARIS » de Bernardo Bertolucci s’impose dès les premières séquences comme une pièce de choix.TANGO2.jpg

Scandale inouï à sa sortie, symbole d’un cinéma d’auteur sans tabou, auréolé du vieux spectre de la Nouvelle Vague, ce drame intimiste conte quelques jours de la vie de Marlon Brando, Américain exilé à Paris, dont la femme vient de se suicider, le laissant désemparé. Il rencontre une jeune femme (Maria Schneider) avec laquelle il entame une relation uniquement basée sur le sexe, qu’ils vont mener jusqu’au paroxysme. Un thème intéressant, un presque huis clos entre une star hollywoodienne dans le creux de la vague et une débutante française gauche et inégale. Le film doit presque tout à la fascination exercée par le visage « mythique » de Brando, qui hypnotise visiblement le réalisateur et son chef-opérateur Vittorio Storaro. Par moments, cela vire au documentaire sur l’acteur qui prend le pas sur son personnage et se démasque avec une impudeur dérangeante. Flapi, nasillard, mûrissant, l’ex-Stanley Kowalski vampirise complètement le film, détourne le scénario, alternant les instants de dérive obscène et les colères fulgurantes. Une grande interprétation ? Difficile à dire, mais une expérience unique, incontestablement. Face à lui, sa jeune partenaire fait son possible, mais ne peut compter que sur sa fraîcheur et sa spontanéité. Si les scènes dans l’appartement peuvent faire encore illusion de temps en temps (à condition d’oublier les épouvantables dialogues improvisés, d’une terrible indigence), tout le reste est insupportable, en particulier les interventions grotesques de Jean-Pierre Léaud, véritable clin d’œil vivant aux modèles français de Bertolucci. « LE DERNIER TANGO À PARIS » a vieilli. Beaucoup vieilli. Il reste aujourd’hui le témoin d’une époque révolue, l’empreinte d’un acteur qui marqua son temps. Mais quelques plans magnifiques, une image chatoyante et des vues de Paris inoubliables ne rendent hélas, pas le film plus défendable 45 ans après sa sortie. Après, que ce soit une date dans l’Histoire du 7ᵉ Art, c’est un fait.

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MARIA SCHNEIDER ET MARLON BRANDO

 

« LE VILAIN AMÉRICAIN » (1963)

UGLY.jpgOn peut rejeter en bloc « LE VILAIN AMÉRICAIN » de George Englund en n’y voyant qu’un pensum didactique, une leçon de géopolitique soporifique et se demander ce qui a bien pu attirer Marlon Brando dans ce rôle d’ambassadeur naïf et imbu de lui-même, pas spécialement compétent et assez tête-à-claques. À part, probablement, le discours du film.

Mais on peut aussi, avec un peu de patience, apprécier le courage d’un scénario refusant le manichéisme anticommuniste et les amalgames et démontant avec une grande lisibilité les rouages d’un univers opaque où les révolutionnaires, les occidentaux bien-pensants ne sont que les pions aveugles et crédules de grandes puissances qui les manœuvrent à loisir. Le film est trop long, infiniment trop bavard, mais certains face-à-face entre Brando (qui arbore le patronyme ô, combien symbolique de « MacWhite » !)  et Eiji Okada (dont l’anglais est plus intelligible que le français dans « HIROSHIMA, MON AMOUR » trois ans plus tôt), amis puis ennemis, sont passionnants bien que théâtraux et la Thaïlande offre de beaux extérieurs. Brando est inhabituel en politicien arrogant, sûr de lui et de ses certitudes. Son charisme physique atténué par une petite moustache ridicule, il compose un personnage complexe, impuissant, berné du début à la fin. Il se laisse voler la vedette par Okada, excellent en leader passionné et lucide, inconscient de n’être qu’une marionnette. Autour d’eux quelques bons comédiens comme Pat Hingle, Jocelyn Brando (sœur de…) ou Arthur Hill. Difficile de recommander chaudement un film comme « LE VILAIN AMÉRICAIN », souvent fastidieux et balourd, mais il mérite tout de même un coup d’œil pour ce qu’il a à dire sur l’ingérence U.S., la guerre froide ou le colonialisme en général. Et éventuellement pour Brando qui endosse crânement le caractère peu sympathique de cet ambassadeur inepte. À noter qu’il serait certainement intéressant de voir « LE VILAIN AMÉRICAIN » en double-programme avec un autre film de Brando : « QUEIMADA » tourné six ans plus tard et qui présente plusieurs analogies avec celui d’Englund.

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EIJI OKADA ET MARLON BRANDO

 

« QUEIMADA ! » (1969)

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MARLON BRANDO

« QUEIMADA » est le premier film que Gillo Pontecorvo tourna après le succès de son chef-d’œuvre « LA BATAILLE D’ALGER » (1966). Et dès le beau générique-début, dès les premières notes de la sublime BO d’Ennio Morricone, il est clair qu’il n’a perdu aucune de ses convictions politiques en passant de l’Algérie aux Antilles.BURN.jpg

L’île de Queimada (« brûlée ») est gouvernée par les Portugais qui exploitent depuis des siècles un peuple d’esclaves venu d’Afrique. L’Angleterre envoie un espion (Marlon Brando) pour déstabiliser le gouvernement et placer un homme de paille à la tête de l’île. Brando repère un jeune cueilleur de canne (Evaristo Márquez) qu’il va transformer en leader révolutionnaire en le manipulant avec un art consommé. Le scénario se découpe en deux parties : le soulèvement des esclaves qui, incapables de gouverner, finissent par déposer les armes et regagnent les plantations puis – dix ans après – une nouvelle révolution pendant laquelle Brando, devenu à présent un vulgaire employé au service des compagnies sucrières, va devoir détruire sa « créature » à laquelle il s’est pourtant attaché. Filmé « à l’arrache », parfois alourdi par un dialogue enfonçant des portes ouvertes ou cédant au prêchi-prêcha, « QUEIMADA » n’en demeure pas moins une œuvre fascinante et souvent enthousiasmante, qui donne à réfléchir sur l’ingérence des grandes puissances dans certaines contrées commercialement cruciales : la mécanique mise à nu à coups de métaphores et d’images-choc est pour une fois, d’une clarté cristalline ! On pense parfois à « VIVA ZAPATA ! » dont on retrouve certaines situations (le moment-clé où le « général » comprend qu’il va devoir céder les rênes de Queimada à d’autres blancs aussi peu fiables que les précédents). À l’époque, Brando tenait le rôle du ‘peone’ promu leader. Qu’il joue ici l’âme damnée, rôle tenu par Joseph Wiseman chez Kazan, ajoute de la saveur et de l’ironie au film tout entier. L’acteur, alors dans le creux de la vague, trouve un de ses meilleurs rôles. Sobre et subtil, il compose un ‘Walker’ d’une phénoménale ambiguïté, à la fois tireur de ficelles machiavélique et pantin docile d’un pouvoir qu’il méprise. Son amitié avec ‘José Dolores’ est émouvante, condamnée à l’avance. L’épilogue sur le quai « boucle » le personnage de magistrale façon. Brando habite chaque séquence sans recourir à ses « trucs » habituels. Face à lui, l’acteur-amateur Evaristo Márquez est physiquement idéal pour le rôle, malgré un jeu un peu raide, mais tout de même efficace. Passons sur le choix de Renato Salvatori en « mulâtre » promu président. Son fond de teint de spaghetti western est plus distractif qu’autre chose et rend le personnage incohérent. Récemment re-monté dans sa durée initiale (de 108 à 132 minutes), « QUEIMADA » retrouve toute sa force primale, sa violence et sa cruelle lucidité. Un chef-d’œuvre imparfait mais encore plein de sève et vibrant de colère.

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EVARISTO MARQUEZ

 

« DON JUAN DE MARCO » (1994)

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MARLON BRANDO

Écrit et réalisé par Jeremy Leven et donc, pouvant être qualifié de « film d’auteur », « DON JUAN DE MARCO » est un drôle d’objet, un scénario bâti sur une seule idée et qui – comme c’est souvent le cas dans ce genre d’histoire – tombe rapidement en panne de carburant dramatique pour ne faire que ressasser son maigre pitch.JUAN3 Marlon Brando, psy au bord de la retraite, doit soigner un jeune homme (Johnny Depp) mythomane et suicidaire. Mais il se laisse entraîner dans son univers romanesque, au point de changer profondément ses habitudes et de raviver sa libido. C’est en somme un éloge naïf de la folie comme refuge aux agressions du monde, une poétisation de la schizophrénie. Cela ne manque pas de charme, la photo est belle, les comédiens semblent prendre un vrai plaisir dans leurs longues séquences dialoguées. Mais le film tourne sérieusement en rond et une fois qu’on a compris le principe (alternance de séances de psy et séquences « rêvées » dans des contrées exotiques), la seconde moitié s’enlise et paraît interminable. S’il faut voir « DON JUAN DE MARCO », ce sera surtout parce que c’était la première fois depuis 22 ans et « LE DERNIER TANGO À PARIS », que Brando tenait véritablement le premier rôle d’un film. Obèse, coiffé d’une perruque blonde, marmonnant ses répliques comme jamais en zozotant, il déploie malgré tout un charme irrésistible, mélange d’autodérision et de nostalgie qui apporte de l’émotion au récit. Depp est exactement égal à lui-même, n’évitant pas toujours le ridicule avec son costume de Zorro et son accent hispanique. Faye Dunaway forme un couple crédible avec Brando et les seconds rôles sont bien castés. Plaisir d’acteurs donc, plaisir de revoir un Brando de 70 ans rejouer la comédie après des années de n’importe quoi et d’autoparodie. C’est peu, mais selon l’humeur du moment, il n’est pas interdit de trouver tout cela charmant et d’en apprécier les couleurs chatoyantes.

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JOHNNY DEPP, MARLON BRANDO ET FAYE DUNAWAY