Écrit par Tennessee Williams d’après sa propre pièce, réalisé par l’éclectique Sidney Lumet et porté par un duo de choc : Anna Magnani et Marlon Brando, « L’HOMME À LA PEAU DE SERPENT » avait tous les atouts pour faire un chef-d’œuvre.
Sur le papier, c’était imparable. À l’arrivée, on se retrouve un peu dépité après deux heures plongées dans un noir & blanc profond, à écouter un petit groupe de sudistes névrosés déverser leurs rancœurs en hurlant dans des intérieurs sous-éclairés. Williams s’autopastiche, rejoue de vieilles partitions, les acteurs ont tous au moins dix ans de trop pour leurs rôles et ne parviennent pas à extirper le film de l’ennui et de la déprime. À 36 ans, Brando joue un gigolo désabusé, portant un blouson de peau de serpent censé symboliser son côté « wild » et trimballant une guitare absurde. Il ne cherche pas à dissimuler sa répugnance à rabâcher son vieil emploi et campe ce personnage maussade, ce « sex toy » sur pattes sans la moindre étincelle. Magnani y met un peu plus du sien, mais le texte l’oblige à des excès permanents qui finissent par fatiguer. Joanne Woodward est plus fine en Ophélie déglinguée au rimmel qui coule. Maureen Stapleton est excellente en gentille épouse du shérif, brisée par les horreurs qu’elle a vus dans sa jeunesse. Le plus frappant est encore Victor Jory, jouant le mari malade de Magnani, un ignoble lyncheur pernicieux membre du KKK qui détruit tout autour de lui. Difficile d’imaginer plus haïssable ! « L’HOMME À LA PEAU DE SERPENT » aurait probablement eu plus d’impact s’il avait été tourné dans la foulée de « UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR » ou « SUR LES QUAIS ». Brando n’a déjà plus la tête à ce qu’il fait, Lumet peine à aérer son matériau théâtral et Magnani – qui a pourtant des moments formidables – est hors de son élément. À voir par curiosité, pour le charisme des comédiens, sans en attendre des merveilles.
À noter : le film s’ouvre sur un long plan-séquence où Brando est interrogé par un juge (qu’on ne voit pas) et débite un monologue incohérent d’une voix sourde, utilisant toute la panoplie de l’Actors Studio. Il est parfois si inaudible que la voix du juge (probablement rajoutée en post-production) lui demande de parler plus fort et de se tenir droit !