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Archives Mensuelles: mars 2022

« MOM AND DAD » (2017)

Écrit et réalisé par Brian Taylor, connu pour les amusants « HYPERTENSION » et le désastreux « ULTIMATE GAME », « MOM AND DAD » est une excellente surprise, qui déjoue toutes les attentes et utilise les codes du film de zombies pour parler de la famille américaine et de la parentalité.

Le sujet ? Très simple : subitement, les parents américains se mettent à vouloir tuer leurs enfants, quel que soit leur âge, à les pulvériser de façon atroce si possible ! L’ado Anne Winters et son petit frère se voient ainsi attaqués sauvagement par leurs parents, Selma Blair et Nicolas Cage. Une lutte à mort s’engage dans le coquet pavillon de banlieue, alors que tout autour, le carnage s’intensifie. Le film, pour bizarre qu’il soit, accroche immédiatement par sa narration syncopée, un vrai sens du montage et de l’ellipse, un refus du gore facile et surtout par son humour noir, finement distillé. Au milieu des bastons, de poursuites qui font immanquablement penser à la fin de « SHINING », un flash-back justifie et éclaire tout le film : Cage, en plein burnout dans son sous-sol, qui démolit la table de billard qu’il vient de monter et le dialogue qui s’ensuit avec sa femme, sur les espoirs envolés, la jeunesse gaspillée. Et tout ça, pourquoi ? Pour des ados déplaisants, qui leur rendent la vie impossible. Cette scène, la seule vraiment « sérieuse » du scénario, permet d’adopter plusieurs points de vue et de maintenir l’intérêt. Selma Blair est remarquable en gentille maman malmenée, voyant venir l’âge mûr, puis en monstre infanticide, Cage donne une idée de ce qu’il aurait donné dans le rôle de Jack Torrance. Dans une distribution homogène, on aperçoit brièvement le grand Lance Henriksen, jouant le père de Cage, vétéran du Vietnam, qui attaque celui-ci au couteau : il n’y a pas d’âge pour être l’enfant de quelqu’un ! « MOM AND DAD » est un film culotté, subversif et malin, un OVNI maîtrisé et distrayant de bout en bout. Et surtout, luxe suprême : jamais gratuit.

NICOLAS CAGE, LANCE HENRIKSEN ET SELMA BLAIR
 

MARVIN J. CHOMSKY : R.I.P.

MARVIN J. CHOMSKY (1929-2022), RÉALISATEUR TV QUI MARQUA SON TEMPS AVEC LES MINISÉRIES « RACINES » ET « HOLOCAUSTE »
 
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Publié par le 30 mars 2022 dans CARNET NOIR

 

« …ET LE VENT APPORTA LA VIOLENCE » (1970)

KLAUS KINSKI

« …ET LE VENT APPORTA LA VIOLENCE » d’Antonio Margheriti est un western italien atypique dans le sens qu’il mêle crânement les poncifs du genre avec les ficelles de l’horreur gothique, spécialité jusque-là du réalisateur.

Le scénario se concentre sur la rude journée d’un homme (Klaus Kinski) amnistié après dix ans, qui sort du bagne, achète direct un cheval et un fusil et s’en va se venger de l’individu (Peter Carsten) qui l’a injustement fait accuser d’un vol pendant la guerre, s’est approprié son ranch et… sa femme (Marcella Michelangeli). Alors que souffle une tempête, Kinski massacre méthodiquement la petite armée de son ennemi et parvient finalement jusqu’à lui. On le voit, le scénario est simple, TRÈS simple, même ! Margheriti a tout misé sur l’ambiance de terreur, quasi onirique, qui annonce nettement les westerns « fantomatiques » d’Eastwood comme « L’HOMME DES HAUTES PLAINES » ou « PALE RIDER ». Son film traîne un peu en longueur, par manque de péripéties (on se court après dans la ville déserte, au milieu des bourrasques et on se tire dessus), mais il ne manque pas de style. Et puis il y a la surprise de découvrir Kinski dans un rôle de « héros ». Il est calme, d’une surprenante sobriété, et s’appuie sur son seul regard pour imposer sa personnalité. Il est parfait, n’en rajoute jamais et supporte un immense chapeau noir qui en aurait ridiculisé plus d’un. Face à lui, Carsten fait le job en méchant nerveux et brutal, les seconds rôles ne sont guère brillants. Mais c’était souvent le cas dans le « spag ». « …ET LE VENT APPORTA LA VIOLENCE » mérite le coup d’œil, c’est certain, pour le soin apporté à l’image, aux décors baroques, et principalement pour l’interprétation maîtrisée de Kinski, qu’on aurait aimé voir plus souvent aussi impliqué et sérieux.

À noter : le film, qui s’intitule « ET DIEU DIT À CAÏN » en italien, ressortit en France sous le titre : « UN HOMME, UN CHEVAL, UN FUSIL ». Au générique, il est signé « Anthony M. Dawson.

PETER CARSTEN, KLAUS KINSKI ET MARCELLA MICHELANGELI
 

HAPPY BIRTHDAY, LUCY !

LUCY LAWLESS, BELLE ET ATHLÉTIQUE ACTRICE DE TV, REMARQUÉE DANS LES SÉRIES « XENA LA GUERRIÈRE » ET « SPARTACUS »
 
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Publié par le 29 mars 2022 dans ANNIVERSAIRES

 

« LE PRÉSIDENT » (1961)

Adapté d’un roman de Georges Simenon, « LE PRÉSIDENT » est le second des cinq films que Jean Gabin tourna sous la direction d’Henri Verneuil. C’est le portrait d’un ex-président du Conseil de la 4ᵉ République, inspiré de Georges Clemenceau, qui se remémore sa carrière, à l’heure de la retraite.

Gabin, véritable raison d’être du projet, apparaît âgé de 75 ans et de 55 (son âge réel) lors des flash-backs, mais le véritable centre d’intérêt du film, c’est le dialogue de Michel Audiard. Totalement déchaîné – et visiblement passionné par la thématique – il se lâche sans retenue lors de longs tunnels (on pense au discours suicidaire du président à la Chambre des députés, véritable morceau de bravoure en forme de baroud d’honneur), qui tiennent parfois de la logorrhée verbale. Certes, ils cassent le rythme, mais demeurent incontestablement brillants. L’histoire se focalise sur le vieil homme reclus, écrivant ses mémoires, et sa détestation de Bernard Blier, son probable successeur, qui l’avait salement trahi en pleine crise économique, des années plus tôt. Gabin possède une preuve de cette trahison qui coûta des milliards à la France et Blier sait qu’il ne peut rien faire sans l’accord de son ex-mentor. Il faut être féru de politique pour pleinement apprécier « LE PRÉSIDENT », qui ne s’octroie pas beaucoup d’échappatoires et traite essentiellement des affaires d’une France déjà bien lointaine. Gabin est superbe et surtout admirable d’avoir retenu ces tartines de dialogues alambiqués, il domine le film sans effort apparent. Face à lui, Blier excelle en traître débonnaire, en faux-jeton d’anthologie. Son ultime face à face avec Gabin est inoubliable. Trop souvent plombé par ce qui fait justement sa valeur, c’est-à-dire le texte d’Audiard, « LE PRÉSIDENT » n’est pas toujours facile d’accès, malgré de fulgurants parallèles prémonitoires avec notre 21ᵉ siècle, il manque d’ellipses pour dynamiser le montage, mais c’est de l’excellent cinéma français, porté par la BO de Maurice Jarre, aux notes immédiatement identifiables.

JEAN GABIN ET BERNARD BLIER
 

HAPPY BIRTHDAY, VINCE !

VINCE VAUGHN, ACTEUR DE COMÉDIE QUI S’EST IMPOSÉ COMME UNE VÉRITABLE PRÉSENCE AVEC LES ANNÉES. À SUIVRE…
 
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Publié par le 28 mars 2022 dans ANNIVERSAIRES

 

« 10 CLOVERFIELD LANE » (2016)

« 10 CLOVERFIELD LANE » est le premier long-métrage de Dan Trachtenberg et ne présente que peu de relations avec le « CLOVERFIELD » de 2008.

C’est un huis clos post-apocalyptique, où une jeune femme (Mary Elizabeth Winstead) fuyant un mariage raté, a un accident de la route. Elle est secourue par John Goodman, qui l’emmène dans un bunker où il la retient prisonnière, lui affirmant que l’air est toxique dehors, que toute la race humaine a été éradiquée, et qu’elle est condamnée à rester enfermée. Un ouvrier (John Gallagher, Jr.) est déjà sur place depuis quelque temps. Qui est Goodman ? Un bon samaritain ? Un mythomane qui a tout inventé ? Un serial killer dangereux ? C’est ce questionnement permanent qui maintient l’intérêt – et même l’anxiété – de bout en bout et fait de ce film à budget modeste, une franche réussite. On avait déjà vu Goodman dans des emplois de méchants, mais là, il fait vraiment peur. Avec son impressionnant physique d’ogre, son regard à moitié éteint et ses accès de colère ravageurs, il crée un personnage authentiquement dérangé, dont on n’arrive jamais à déterminer le stade de folie. Face à lui Winstead, incarnation de la « girl next door », est un choix parfait pour jouer cette héroïne courageuse et obstinée. Seul Gallagher ne fait pas grand-chose d’un rôle, il est vrai, moins bien travaillé. « 10 CLOVERFIELD LANE » par sa nature même, est une œuvre suffocante et claustrophobique, qui joue de la paranoïa de notre époque, fouille les fantasmes les plus déments des « survivalistes » et, par de brusques accélérations, devient de plus en plus stressant. À voir pour la rigueur de son scénario et pour Goodman qui, à 64 ans, parvient à renouveler son image et à créer un terrifiant boogeyman. Quant au dénouement… nous ne « spoilerons » pas !

MARY ELIZABETH WINSTEAD ET JOHN GOODMAN
 

« LE CRI DU CORMORAN LE SOIR AU-DESSUS DES JONQUES » (1971)

JEAN CARMET ET MICHEL SERRAULT

Adapté d’un roman d’Evan Hunter par Jean-Marie Poiré, « LE CRI DU CORMORAN LE SOIR AU-DESSUS DES JONQUES » est le 4ᵉ film réalisé par Michel Audiard et on sent qu’il a pris de l’assurance. Mieux ficelé, mieux rythmé, plus drôle que ses précédents longs-métrages, il se tient à un scénario maigre, mais à peu près structuré et distrait sans problème.

L’enjeu ? Un veston dont les boutons contiennent des diamants, convoité par deux bandes rivales. Entre eux, Michel Serrault un quidam particulièrement minable, un loser de compétition qui joue sa peau à chaque coin de scène. Oui, c’est n’importe quoi, aucun doute là-dessus, mais le ton est absurde et enjoué et rappelle parfois le futur cinéma de Bertrand Blier. D’ailleurs, on y trouve déjà les comédiens de « BUFFET FROID » : Bernard Blier, Serrault, Jean Carmet et même le débutant Gérard Depardieu. On ne s’ennuie pas, hormis quelques coups de mou inévitables quand le scénario est aussi bordélique, on rit souvent et Audiard a enfin trouvé le juste équilibre. Serrault, en roue libre, est en pleine forme en amant lamentable, joueur pitoyable, Paul Meurisse – acteur melvillien s’il en fut – s’est fait justement le look de Jean-Pierre Melville pour jouer un caïd sentencieux et digne mais aussi stupide que tout le monde. Depardieu hirsute, mais en costard, joue un de ses hommes de main. Blier, égal à lui-même, est comme toujours savoureux en gros méchant malfrat. À noter que Marion Game joue un clone parfait du personnage de Marlène Jobert dans « FAUT PAS PRENDRE LES ENFANTS DU BON DIEU POUR DES CANARDS SAUVAGES », cheveux roux inclus. Nul besoin d’épiloguer sur « LE CRI… », qui n’a rien à raconter, mais le fait plaisamment et en amusant autant qu’il s’amuse lui-même. C’est à voir si on aime les grands acteurs en liberté et les répliques qui fusent.

BERNARD BLIER, MICHEL SERRAULT, GÉRARD DEPARDIEU, MARION GAME ET PAUL MEURISSE
 

HAPPY BIRTHDAY, EMILIO !

EMILIO FERNÁNDEZ (1904-1986), RÉALISATEUR ET ACTEUR MEXICAIN, MÉMORABLE DANS PLUSIEURS FILMS DE SAM PECKINPAH
 
 

« TROIS CHAMBRES À MANHATTAN » (1965)

ANNIE GIRARDOT

Adapté d’un roman de Georges Simenon, « TROIS CHAMBRES À MANHATTAN » de Marcel Carné est une sorte de huis clos, dont les intérieurs new-yorkais furent tournés en studio à Paris, ce qui handicape fortement le film et prévient tout dépaysement.

Un acteur français dépressif (Maurice Ronet) traîne son cafard à Manhattan et croise la route d’une femme à la dérive (Annie Girardot). Ils ont une liaison sans joie ni passion, qui se mue peu à peu en histoire d’amour. Pour ce qui est du scénario, c’est à peu près tout. Et le film se laisse regarder grâce aux deux « pointures » constamment à l’écran et un beau noir & blanc d’Eugen Schüfftan. Hélas, quand le long face à face se brise à l’arrivée du pénible Roland Lesaffre, le film commence à se déliter, perd son centre d’intérêt, jusqu’à s’effilocher complètement avec le voyage au Mexique de Girardot, également tourné en studio, d’un ridicule achevé (le larbin qui l’accueille chez son ex-époux semble échappé d’un épisode de « ZORRO » !). Le drame psychologique se mue alors en mélodrame, voire en roman-photo à deux balles, et cela n’en finit pas de finir. Dommage pour Ronet, qui parvient à donner chair à un rôle particulièrement déplaisant de loser aigri et jaloux, véritable girouette à la main leste. Et surtout pour Girardot, belle et pathétique, malgré une perruque jamais « raccord » qu’on remarque beaucoup trop. Ils ont de beaux moments ensemble, où parvient parfois à percer un début d’émotion. Mais la réalisation de Carné est lourde, sans grâce, sans fantaisie et le dialogue tellement littéraire qu’il prête à sourire. Parmi les seconds rôles, on retiendra Gabriele Ferzetti en diplomate froid et cassant, O.E. Hasse en producteur télé débonnaire, Donal O’Brien en barman et même le débutant Robert De Niro, figurant le temps de deux courtes séquences de restaurant. Déception donc que « TROIS CHAMBRES À MANHATTAN », qui promettait bien plus qu’il ne livre à l’arrivée et qui gaspille un duo de comédiens charismatiques qui doivent se dépatouiller de personnages indignes de leur talent.

MAURICE RONET, ANNIE GIRARDOT, ROBERT DE NIRO (DANS LE REFLET) ET DONAL O’BRIEN