RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS D’HUMPHREY BOGART

« PLUS DURE SERA LA CHUTE » (1956)

« PLUS DURE SERA LA CHUTE » réalisé par Mark Robson, d’après un roman de Budd Schulberg, est certainement le chef-d’œuvre du réalisateur et offre son ultime rôle à un Humphrey Bogart de seulement 57 ans, qui décédera l’année suivante.

Le film brosse un portrait terrible de l’univers de la boxe rongé de l’intérieur par la pègre, les magouilles les plus sordides. Les boxeurs sont utilisés comme une vulgaire marchandise bon-marché, exploités jusqu’à la dernière goutte de sang et jetés à la rue sans un sou. D’abord à la solde du caïd Rod Steiger, l’ex-reporter sportif Bogart, va perdre sa dignité et son humanité, pour les récupérer in extremis. Son parcours est passionnant, la complexité du personnage est accentuée par le visage marqué avant l’âge de l’acteur atteint par la maladie. Il a de magnifiques face à face avec Steiger – dans un rôle très proche de celui qu’il tenait l’année précédente dans « LE GRAND COUTEAU » – en salopard colérique et dépourvu d’empathie. Jan Sterling est excellente en épouse déçue de Bogie et le géant Mike Lane est parfaitement crédible en lutteur abruti et incapable de boxer, promu champion par des matches truqués. La scène où Bogart lui démontre à quel point il est nul est assez bouleversante. De bons seconds rôles comme Nehemiah Persoff, Felice Orlandi et Val Avery complètent le tableau. On trouve dans « PLUS DURE SERA LA CHUTE » quelques-unes des plus belles séquences de boxe filmées à l’époque, une ambiance « film noir » à couper au couteau et des dialogues percutants sur la corruption et le respect de soi. Pas loin du chef-d’œuvre, autrement dit.

ROD STEIGER, HUMPHREY BOGART, JAN STERLING, FELICE ORLANDI, VAL AVERY, MIKE LANE ET JERSEY JOE WALCOTT
 

« LA MORT N’ÉTAIT PAS AU RENDEZ-VOUS » (1945)

« LA MORT N’ÉTAIT PAS AU RENDEZ-VOUS » de Curtis Bernhardt est un curieux film à bien des égards. D’abord parce que le protagoniste est également le « méchant » de l’histoire, ensuite par la présence très inhabituelle d’Humphrey Bogart dans un rôle de riche bourgeois aux instincts criminels.

Amoureux de la jeune sœur (Alexis Smith) de sa femme acariâtre (Rose Hobart), Bogart décide d’assassiner cette dernière. Mais alors que son corps demeure introuvable, la voilà qui revient hanter son époux, jusqu’à lui faire perdre la raison. Bien sûr (ATTENTION : SPOILER !), on le comprend très (trop) vite, il s’agit d’une simple machination ourdie par un psychiatre (Sidney Greenstreet) ami de la famille, pour obliger Bogart à se rendre sur les lieux du crime et se démasquer lui-même. C’est tiré par les cheveux, mais la mécanique fonctionne et renvoie un peu à « HANTISE ». La photo de film noir est belle, le meurtre lui-même très bien filmé, tout en ellipses. Le film est tout à fait agréable, mais on peut être gêné de voir Bogart si éloigné de la mythologie qu’il a créée à l’écran depuis cinq ans, à savoir celle du tough guy cynique mais cachant un cœur d’or. Ici, il est un individu veule et colérique, suant de trouille. Le contremploi peut marcher, mais sans doute aurait-il fallu qu’il change radicalement de look : avec son imper, son feutre et ses costumes rayés, il ressemble trop à ces « privés » qui ont fait sa gloire. Et la présence de Greenstreet à ses côtés, son partenaire dans plusieurs films dont « LE FAUCON MALTAIS » et « CASABLANCA » n’aide pas à oublier le passé cinématographique de « Bogie ». Ceci mis à part, « LA MORT N’ÉTAIT PAS AU RENDEZ-VOUS » est un bon petit suspense et la dispute domestique qui ouvre le film est d’un âpre réalisme. À voir…

HUMPHREY BOGART, ALEXIS SMITH ET SIDNEY GREENSTREET
 

« LE PORT DE L’ANGOISSE » (1945)

Librement adapté d’un roman d’Ernest Hemingway, « LE PORT DE L’ANGOISSE » d’Howard Hawks tente de capitaliser sur le succès de « CASABLANCA » sorti deux ans plus tôt. On retrouve de nombreux points communs dans le scénario et même dans le casting. Et encore une fois, le centre en est une histoire d’amour sur fond de résistance en 1940.

Capitaine d’un bateau de pêche au gros, Humphrey Bogart refuse d’aider des résistants traqués par la « police allemande » en Martinique. Il finira, bien sûr, par accepter de se mouiller. Mais l’intérêt n’est pas là : ce qui fascine encore aujourd’hui, c’est ce coup de foudre en direct auquel on assiste. Bogie 45 ans, qui tombe amoureux, littéralement sous nos yeux de la débutante Lauren Bacall, pas encore 20 ans. Le personnage de celle-ci est incroyablement moderne : une fugueuse, pickpocket, allumeuse, qui n’a vraiment pas froid aux yeux et saute sur notre héros-malgré-lui comme une mante religieuse. Le couple provoque des étincelles à l’écran, faisant oublier l’intrigue, un suspense quelque peu languissant et des seconds rôles sacrifiés. Hormis Walter Brennan, assez agaçant en poivrot gloussant, jouant le sidekick de Bogart en prenant un peu trop de place. On oublie que le film contient une autre femme fatale, tout aussi séduisante, Dolores Moran en épouse de résistant pas insensible au charme rugueux de Bogart. Marcel Dalio et Dan Seymour, des fidèles de l’univers bogartien, défendent leur bout de gras. Laissant élégamment la première place à sa future femme, Bogart traverse le film comme s’il était en promenade. On le retrouve tel qu’en lui-même dans la séquence où, perdant son sang-froid, il abat un flic et tabasse les deux autres à coups de crosse. « LE PORT DE L’ANGOISSE » est devenu un classique grâce au couple-vedette, à la présence d’Hoagy Carmichael et de son piano et à quelques répliques anthologiques (« Avez-vous déjà été piqué par une abeille morte ? », « Vous savez siffler, Steve ? »). À savourer.

LAUREN BACALL, MARCEL DALIO, WALTER BRENNAN ET HUMPHREY BOGART
 

« RUE SANS ISSUE » (1937)

Écrit par Lillian Hellman d’après une pièce de théâtre, réalisé par William Wyler, « RUE SANS ISSUE » est une fable morale, située dans un quartier misérable de New York, attenant à des immeubles luxueux récemment rénovés. Deux univers qui se côtoient sans jamais se croiser. Ou si peu…

Dans le beau décor de studio d’un pâté de maison dont on ne sort jamais, les destins divers se croisent : une bande de « sauvageons » agités, un architecte sans le sou (Joel McCrea), une jeune femme (Sylvia Sidney) qui traîne son délinquant de frère comme un boulet et un gangster de retour dans son quartier natal et qui ne connaîtra que déceptions et amertume. C’est foisonnant, bien dialogué, mais le scénario pèche par un trop grand nombre de personnages principaux et des changements de points de vue qui finissent par lasser. De plus, les gamins sont insupportables de cabotinage précoce et rendent leurs scènes – et elles sont très nombreuses – franchement pénibles. Heureusement, Bogart est excellent en tueur au visage refait, qui scelle lui-même son destin en renouant avec son passé. Les face à face avec sa mère (Marjorie Main) qui lui dit « d’aller crever » et son premier amour (Claire Trevor, magnifique) devenue une prostituée de bas-étage, sont émouvantes et âpres. Un des premiers films où on pressent clairement l’aura de future star de Bogart. McCrea et Sidney n’ont que des rôles sans épaisseur et on aperçoit de bons comédiens comme Ward Bond en portier, Allen JenKins en acolyte loyal de Bogart et Wendy Barrie en amour idéalisé de McCrea. Tout cela n’est pas très léger et les symboles sont assenés sans finesse, mais « RUE SANS ISSUE » demeure une œuvre intéressante, grâce à la performance subtile de Bogart à la fois haïssable et pathétique et à la photo somptueuse de Gregg Toland tout en clair-obscur.

HUMPHREY BOGART, SYLVIA SIDNEY ET CLAIRE TREVOR
 

« LES FANTASTIQUES ANNÉES 20 » (1939)

GLADYS GEORGE, JAMES CAGNEY ET HUMPHREY BOGART

« LES FANTASTIQUES ANNÉES 20 » de Raoul Walsh, produit à l’aube des années 40, est une véritable fresque couvrant des événements comme la WW1, la prohibition, le crash de 1929 et la fin d’une certaine forme de gangstérisme. Et tout cela en… 106 minutes. De nos jours, le film en ferait probablement le double.

Cela démarre en France, dans les tranchées, cela se poursuit à New York où on suit le destin de trois copains de régiment, James Cagney, Humphrey Bogart et Jeffrey Lynn, qui s’associent pour devenir de puissants bootleggers, jusqu’à la chute inévitable. Comme toujours chez Walsh, tout va très vite, les personnages sont bien définis, sans jamais être manichéens et les séquences d’action tiennent encore parfaitement le coup aujourd’hui. C’est Cagney qui porte le film sur les épaules avec sa nervosité à fleur de peau, son instabilité, son sourire inquiétant. Il est très bien entouré par ses partenaires féminines : Priscilla Lane en jeune chanteuse naïve au physique de girl next door, mais au charme rayonnant. Elle chante plusieurs chansons au cours du film, sans que ce ne soit jamais gênant. Une gageure ! Gladys George est extraordinaire dans un emploi à la Arletty de femme mûre qui a roulé sa bosse et ne s’étonne de rien. Bogart, crispé et l’œil sombre est un psychopathe violent et fourbe tout à fait détestable. Seul Frank McHugh est un brin pénible en sidekick se voulant comique, mais qui n’est que lourdingue. « LES FANTASTIQUES ANNÉES 20 » est un grand film ambitieux, qui parvient constamment à équilibrer la grande Histoire de l’Amérique avec l’anecdote. La voix « off » reliant les époques et décrivant l’évolution des lois et de l’économie a très certainement inspiré celle célébrissime de la série TV « LES INCORRUPTIBLES » et ajoute au rythme enfiévré de l’action. Du vrai cinéma.

PRISCILLA LANE ET HUMPHREY BOGART
 

« EN MARGE DE L’ENQUÊTE » (1947)

HUMPHREY BOGART

On retrouve dans « EN MARGE DE L’ENQUÊTE » de John Cromwell, la plupart des ingrédients qui firent le succès d’Humphrey Bogart au début des années 40 : l’ambiance de film noir, la femme fatale, les répliques assassines et l’histoire d’amour condamnée à l’avance.

On pense souvent au « FAUCON MALTAIS » et, dans la série des traîtresses dangereuses, Lizabeth Scott n’a rien à envie à Mary Astor. Hormis, peut-être son talent d’actrice, car avec son défaut de prononciation et ses expressions mélodramatiques, elle manque clairement de finesse et d’ambiguïté et ne fait pas le poids face à Bogart. Bien qu’il joue un militaire cherchant à venger un ami assassiné, Bogie retrouve rapidement ses marques. Que ce soit dans la tenue vestimentaire ou le cynisme, il joue à nouveau une sorte de « privé » dur-à-cuire, dont le seul point faible est une femme. L’enquête est un peu fastidieuse et tourne autour des mêmes décors, la construction en flash-backs est totalement superflue et les coups de théâtre sont tout de même un peu faibles. Reste le charme du dialogue hard boiled, parfois poétique (la femme idéale qui tiendrait dans la poche de notre héros) et un noir & blanc évocateur qui situe bien le film dans le parcours de star de Bogart. Les seconds rôles n’ont pas énormément d’épaisseur, les méchants sont caricaturaux et le dénouement n’étonnera personne par sa misogynie assumée. « EN MARGE DE L’ENQUÊTE » s’est imposé avec les années comme un classique du film noir. C’est compréhensible pour le charisme de Bogie, un peu moins pour un duo bancal avec Lizabeth Scott, au visage étrange, mais au jeu hésitant.

LIZABETH SCOTT, MARVIN MILLER ET HUMPHREY BOGART
 

« CONVOI VERS LA RUSSIE » (1943)

HUMPHREY BOGART

Pour apprécier un film comme « CONVOI VERS LA RUSSIE » de Lloyd Bacon (ainsi que Raoul Walsh et Byron Haskin, non crédités), il faut impérativement le replacer dans son contexte, c’est-à-dire en pleine WW2 et s’affichant résolument comme un film de propagande antinazie.

Après une première partie consacrée à la débâcle d’un navire U.S. torpillé par un sous-marin allemand, plutôt intéressante, la seconde montre le même équipage s’intégrant à un convoi en direction de Gdansk, pour livrer du matériel et des troupes. Là, malgré son côté documentaire, le film s’éternise, s’enlise et devient interminable. Il faut dire que, dramatiquement parlant, il est bizarre que Humphrey Bogart, star du film, ne soit que le second du capitaine Raymond Massey et s’efface souvent derrière son partenaire. Bogie est en service minimum et il faut un retour à terre, pour le voir endosser sa tenue de gangster habituelle, le temps d’une séquence. Mais son personnage demeure en périphérie, sans jamais devenir le centre d’intérêt du scénario. Massey n’est pas gâté par un rôle d’officier moralisateur (il faut le voir insulter la girl friend de Bogie, avant de changer d’attitude en apprenant qu’ils sont mariés !). On reconnaît une jeune Ruth Gordon (« ROSEMARY’S BABY ») dans le rôle de sa stoïque épouse. Parmi les personnages de marins beaucoup trop présents et pénibles, on voit Dane Clark qui, quelques années plus tard, fut lancé comme « le nouveau Bogart » par les studios, sans grand retentissement. Son face à face avec son aîné dans une cabine, démontre qu’il était loin de l’égaler. « CONVOI VERS LA RUSSIE » est un film de circonstances, plutôt bien fait, principalement dans les séquences de bataille en mer, mais profondément ennuyeux et pesant. Pour le complétiste de Bogie, donc.

À noter : parmi les réalisateurs de seconde équipe, probablement chargés des scènes de combat, on aperçoit le nom familier de Don Siegel qui faisait alors ses classes.

RAYMOND MASSEY, RUTH GORDON, JULIE BISHOP ET HUMPHREY BOGART
 

« LA FEMME À ABATTRE » (1951)

TED DE CORSIA ET HUMPHREY BOGART

« LA FEMME À ABATTRE » est signé du peu connu Bretaigne Windust, avec l’aide – non mentionnée au générique – de Raoul Walsh. C’est un polar réaliste et sec comme un coup de trique où un Humphrey Bogart de 52 ans joue un procureur stressé à la veille d’un procès.

Son témoin-clé, le caïd Ted De Corsia, est prêt à le lâcher et finit par mourir accidentellement. Bogart n’a que quelques heures pour le remplacer et retrouver une jeune fille qui pourrait faire tomber le gangster n°1, Everett Sloane, inventeur du crime organisé. C’est le premier film où on entend parler de « contrat » ou de « hit », pour des assassinats commandités. Le film va vite, ne perd pas de temps en psychologie, pas même du héros, dont on ne saura strictement rien, à part qu’il est obsédé par sa mission de justice. Le noir & blanc est efficace, tranchant, le dialogue purement fonctionnel, mais le film ne connaît pas une seconde d’ennui, il slalome d’interrogatoire en témoignages, jongle habilement avec une multitude de flash-backs imbriqués les uns dans les autres, avant de s’achever dans un joli suspense en pleine rue. Égal à lui-même, concentré et nerveux, « Bogie » nage comme un poisson dans l’eau et crée un personnage qui n’existe que par son charisme tranquille et ses mimiques familières. Il est très bien entouré par Roy Roberts en flic costaud et par quelques « gueules » des années 50, comme on n’en fait plus : Zero Mostel en gros pleutre suant de peur, Jack Lambert en hitman fou à lier, Bob Steele en flingueur sans état d’âme et surtout Everett Sloane, qui apparaît tard dans le film, mais crève l’écran en génie du crime qui invente le « meurtre sans mobile ». « LA FEMME À ABATTRE » est un film solide, sans chichi, très soigneusement filmé et monté, qui fait passer 85 minutes en un éclair.

EVERETT SLOANE, JACK LAMBERT ET ZERO MOSTEL
 

« LA GRANDE ÉVASION » (1941)

HUMPHREY BOGART ET IDA LUPINO

Adapté d’un roman de W.R. Burnett par lui-même et John Huston, « LA GRANDE ÉVASION » de Raoul Walsh fit beaucoup pour l’accession au vedettariat d’Humphrey Bogart et demeure, encore aujourd’hui, un magnifique portrait de gangster déphasé, au bout du rouleau, poursuivi par la poisse, symbolisée par un petit chien qui le suit partout.

Si l’anecdote policière (le braquage d’un grand hôtel) n’a aucune importance et très peu d’intérêt, l’aspect psychologique des personnages est étonnamment mature et fouillé. Bogart d’abord, sorte d’avatar de Dillinger (cité dans le dialogue), sortant de prison après huit ans, les tempes grisonnantes, le rictus menaçant, il se prend à rêver de retourner à ses racines rurales, d’épouser une gentille fille de fermiers et d’avoir une vie « normale ». Mais son passé le rattrape et ses illusions s’effondrent une par une. C’est donc flanqué d’une « fille perdue » (Ida Lupino) et d’un trio de bras-cassés, qu’il va tenter ce fameux « dernier coup », celui qui ne réussit jamais. Maigre, vieilli par quelques cheveux blancs, le visage agité de tics nerveux discrets mais incessants, Bogart n’a peut-être jamais été aussi émouvant et humain. Son histoire d’amour avec Lupino a quelque chose de pathétique. L’acteur a plusieurs scènes inoubliables, comme celle où il est rejeté par la pure jeune fille qu’il comptait épouser ou cette fin où, traqué dans les montagnes, il redevient ce tueur impitoyable surnommé « le chien enragé ». Autour des deux vedettes parfaitement assorties, de bons seconds rôles comme Arthur Kennedy ou Cornel Wilde. Seule faute de goût, le personnage de l’homme à tout faire noir, incarné par Willie Best, comme échappé de « AUTANT EN EMPORTE LE VENT » et qui louche comiquement pour provoquer des rires bon-marché. Ceci mis à part, « LA GRANDE ÉVASION » est un beau film, sec et chargé d’amertume, le second rôle mythique de « Bogie » après « LA FORÊT PÉTRIFIÉE ».

À noter : Walsh tourna un remake western de ce film : « LA FILLE DU DÉSERT » huit ans plus tard et un autre remake fut produit en 1955 : « LA PEUR AU VENTRE » avec Jack Palance dans le rôle de Roy Earle, au scénario calqué sur « HIGH SIERRA ».

ALAN CURTIS, ARTHUR KENNEDY, IDA LUPINO ET HUMPHREY BOGART
 

« HOMMES SANS LOI » (1939)

« HOMMES SANS LOI » de Lewis Seiler est un curieux film dans le parcours d’Humphrey Bogart à un moment délicat où il passait progressivement de second rôle à vedette de premier plan à l’âge de 40 ans. Il semblerait que le film ait été remonté pour atténuer l’importance du personnage de Kay Francis et rehausser artificiellement celle de ‘Bogie’.

Cette petite escroquerie ne tient pas la route bien longtemps. L’héroïne est clairement cette doctoresse soupçonnée d’être la complice du gangster après que celui-ci a tué son époux. Bogart lui, n’a qu’un rôle pas spécialement gratifiant de caïd stupide et imbu de lui-même, qui cite sans arrêt Napoléon sans rien comprendre à ce qu’il dit. Il est entouré d’une bande d’abrutis presque comiques à ses ordres et kidnappe un écrivain au chômage (James Stephenson) pour écrire ses mémoires. Sa route croise celle de Kay Francis dans une petite ville de province, où elle va tout mettre en œuvre pour le faire arrêter par la police et laver son nom. La seule bonne idée du scénario est le final, où la jeune femme aveugle les malfrats à l’aide d’un produit désinfectant, les laissant démunis face aux policiers. « HOMMES SANS LOI » ne parvient jamais à trouver son identité, oscillant selon les scènes entre suspense et pure comédie (le personnage pénible de la grosse tantine jouée par Jessie Busley) et surtout, alors qu’il dure à peine plus d’une heure, il paraît interminable. Bogart là-dedans ? Il ne s’en sort pas trop mal, assumant avec une certaine verve ce rôle de tueur pas très futé, qui ne comprend même pas que lorsque Francis le décrit comme une « espèce de crétin », ce n’est pas un compliment ! L’air mauvais, le rictus haineux, il s’autocaricature avec plaisir et demeure l’unique raison valable de voir ce film excessivement désuet, écrit par-dessus la jambe.

HUMPHREY BOGART ET KAY FRANCIS