« PLUS DURE SERA LA CHUTE » réalisé par Mark Robson, d’après un roman de Budd Schulberg, est certainement le chef-d’œuvre du réalisateur et offre son ultime rôle à un Humphrey Bogart de seulement 57 ans, qui décédera l’année suivante.
Le film brosse un portrait terrible de l’univers de la boxe rongé de l’intérieur par la pègre, les magouilles les plus sordides. Les boxeurs sont utilisés comme une vulgaire marchandise bon-marché, exploités jusqu’à la dernière goutte de sang et jetés à la rue sans un sou. D’abord à la solde du caïd Rod Steiger, l’ex-reporter sportif Bogart, va perdre sa dignité et son humanité, pour les récupérer in extremis. Son parcours est passionnant, la complexité du personnage est accentuée par le visage marqué avant l’âge de l’acteur atteint par la maladie. Il a de magnifiques face à face avec Steiger – dans un rôle très proche de celui qu’il tenait l’année précédente dans « LE GRAND COUTEAU » – en salopard colérique et dépourvu d’empathie. Jan Sterling est excellente en épouse déçue de Bogie et le géant Mike Lane est parfaitement crédible en lutteur abruti et incapable de boxer, promu champion par des matches truqués. La scène où Bogart lui démontre à quel point il est nul est assez bouleversante. De bons seconds rôles comme Nehemiah Persoff, Felice Orlandi et Val Avery complètent le tableau. On trouve dans « PLUS DURE SERA LA CHUTE » quelques-unes des plus belles séquences de boxe filmées à l’époque, une ambiance « film noir » à couper au couteau et des dialogues percutants sur la corruption et le respect de soi. Pas loin du chef-d’œuvre, autrement dit.