Guillermo del Toro avait atteint son pinacle d’inspiration avec « L’ÉCHINE DU DIABLE » (2001) et « LE LABYRINTHE DE PAN » (2006). Il avait ensuite signé de bons films, souvent passionnants, sans atteindre ces hauteurs. Jusqu’à « FRANKENSTEIN ».
Produit par Netflix, ce qui n’inspire guère confiance (voir ce qu’ils ont fait de David Fincher), cette nouvelle adaptation de l’œuvre de Mary Shelley réunit toutes les références, l’amour du cinéma et de la BD, l’esthétique baroque du réalisateur, qui a également signé le scénario. C’est d’une beauté fulgurante, tellement lyrique et fou, qu’on pardonne volontiers une longueur pas vraiment nécessaire et des dialogues surabondants. Le mythe est revisité de fond en comble : Oscar Isaac campe un Victor Frankenstein égotique et odieux, très original, l’Australien Jacob Elordi est un « monstre » douloureux et poignant, à jamais privé du choix de mourir. Son histoire d’amour larvée avec la fiancée (Mia Goth) de son créateur est un apport extraordinaire à l’œuvre littéraire. Parmi les seconds rôles : Christoph Waltz étonnamment sobre en sponsor malade en quête d’immortalité, Charles Dance en père fouettard et David Bradley excellent en vieil aveugle dont le rôle a été grandement développé. Ample, fou, violent, cruel, bourré jusqu’à la gueule d’images inoubliables (le bateau pris dans les glaces, le monstre nu, enchaîné dans la cave, l’incendie du château, etc.) « FRANKENSTEIN » s’inscrit magnifiquement dans la déjà belle filmo du señor Del Toro et gagnera sûrement à être revu.
À noter : le réalisateur s’est beaucoup inspiré du monstre dessiné par Bernie Wrightson dans un ouvrage paru en 1983, collant à la description du roman original.