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Archives de Catégorie: LES FILMS D’OSCAR ISAAC

« FRANKENSTEIN » (2025)

Guillermo del Toro avait atteint son pinacle d’inspiration avec « L’ÉCHINE DU DIABLE » (2001) et « LE LABYRINTHE DE PAN » (2006). Il avait ensuite signé de bons films, souvent passionnants, sans atteindre ces hauteurs. Jusqu’à « FRANKENSTEIN ».

Produit par Netflix, ce qui n’inspire guère confiance (voir ce qu’ils ont fait de David Fincher), cette nouvelle adaptation de l’œuvre de Mary Shelley réunit toutes les références, l’amour du cinéma et de la BD, l’esthétique baroque du réalisateur, qui a également signé le scénario. C’est d’une beauté fulgurante, tellement lyrique et fou, qu’on pardonne volontiers une longueur pas vraiment nécessaire et des dialogues surabondants. Le mythe est revisité de fond en comble : Oscar Isaac campe un Victor Frankenstein égotique et odieux, très original, l’Australien Jacob Elordi est un « monstre » douloureux et poignant, à jamais privé du choix de mourir. Son histoire d’amour larvée avec la fiancée (Mia Goth) de son créateur est un apport extraordinaire à l’œuvre littéraire. Parmi les seconds rôles : Christoph Waltz étonnamment sobre en sponsor malade en quête d’immortalité, Charles Dance en père fouettard et David Bradley excellent en vieil aveugle dont le rôle a été grandement développé. Ample, fou, violent, cruel, bourré jusqu’à la gueule d’images inoubliables (le bateau pris dans les glaces, le monstre nu, enchaîné dans la cave, l’incendie du château, etc.) « FRANKENSTEIN » s’inscrit magnifiquement dans la déjà belle filmo du señor Del Toro et gagnera sûrement à être revu.

À noter : le réalisateur s’est beaucoup inspiré du monstre dessiné par Bernie Wrightson dans un ouvrage paru en 1983, collant à la description du roman original.

OSCAR ISAAC, MIA GOTH ET JACOB ELORDI
 

« THE CARD COUNTER » (2021)

Écrit et réalisé par un Paul Schrader de 74 ans, « THE CARD COUNTER » apparaît peu à peu comme un remake caché de « TAXI DRIVER » déjà écrit par Schrader pour Martin Scorsese qui produit par ailleurs le présent film.

Comme Travis Bickle revenait du Vietnam, Oscar Isaac est un ancien « interrogateur » de l’armée, formé à la torture, qui revient complètement « cramé » de la guerre pour purger huit ans de prison à la place de son supérieur Willem Dafoe. À sa sortie, Isaac devient un joueur de poker professionnel, solitaire et maniaque. Il va croiser la route du jeune paumé Tye Sheridan, qu’il va tenter de sauver à tout prix, comme le fit Bickle en son temps, avec la prostituée jouée par Jodie Foster. Les parallèles sont légion, mais le traitement n’a rien à voir. L’auteur décrit une Amérique lugubre, triste à pleurer, les casinos semblent à moitié désertés, les chambres de motel ressemblent à des cellules monastiques. Seule la voix off du protagoniste permet de deviner sa véritable personnalité et son ardent désir de rédemption pour les atrocités commises « là-bas ». Isaac, décidément un des très grands de sa génération, est magnifique dans ce rôle de zombie qui vit « sous le radar », rongé par ses péchés. Il habite complètement le film. Sa relation avec Tiffany Haddish, sorte d’impresario pour gamblers, est délicatement dépeinte, avec finesse et loin de tout cliché. Les seconds rôles occupent l’arrière-plan. Mais le cœur de ce « CARD COUNTER » demeure la prestation d’Oscar Isaac, cheveux plaqués, regard vacant, laissant constamment planer une sensation diffuse de violence rentrée, de danger. Ainsi, la séquence où il amène Sheridan dans sa chambre de motel pour lui proposer un deal, est-elle franchement stressante. Austère, dépouillé au maximum, froid et dépourvu de sentimentalisme, « THE CARD COUNTER » n’est certes pas une œuvre tous-publics, mais il mérite d’être découvert.

OSCAR ISAAC, TIFFANY HADDISH ET WILLEM DAFOE
 

« SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE » (2021)

Conçu et réalisé par l’Israélien Hagai Levi, « SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE » est une minisérie de 5×52 minutes, qui s’inspire du film (et de sa version longue télévisée) créé par Ingmar Bergman en 1973.

Située à New York, de nos jours, cette version ne soutient pas la comparaison avec l’original, aussi vaut-il mieux oublier de les mettre en perspective. Les épisodes commencent par les comédiens arrivant sur le tournage, discutant avec le réalisateur, puis glissant dans la fiction. Un artifice qui évoque le « VANYA, 42ᵉ RUE » de Louis Malle, mais qui tient ici du gimmick inutile. Après un épisode de mise en train, la minisérie se concentre uniquement sur le face à face d’un couple en désunion : Jessica Chastain qui décide de quitter son mari (Oscar Isaac) pour un autre homme et lui laisse leur petite fille. Un personnage bizarrement défini, dont les motivations demeurent obscures et qui n’attire malgré les efforts de l’actrice, aucune sympathie. Face à elle, Isaac donc, acteur tous-terrains, un de ceux qu’on n’a jamais vu mauvais, qui est parfaitement crédible en époux amoureux fou, déboussolé, se réfugiant dans la religion. Le duo est vraiment formidable puisqu’il parvient à intéresser à ces personnes névrosées, compliquées, fatigantes, par la seule force de leur conviction et de leurs émotions. La longue nuit qui constitue le 4ᵉ épisode (« THE ILLITERATES ») est d’une violence peu commune, surfant en moins d’une heure de la passion frustrée, au sexe sauvage, jusqu’à la haine à l’état pur. Deux grands moments pour qui aime les acteurs. Malgré toutes ses qualités, sa sophistication, « SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE » peine à convaincre complètement. La photo très sombre, l’accumulation de très gros-plans et un épisode final en forme d’épilogue qui est une grosse déception après le précédent, laissent sur une impression de vague déconvenue. À voir toutefois, pour le duo, même s’il ne fera pas oublier Liv Ullmann et Erland Josephsson.

JESSICA CHASTAIN ET OSCAR ISAAC
 

« DUNE – 1ère PARTIE » (2021)

Du roman-culte de Frank Herbert, il existait déjà deux versions : celle de David Lynch (1984) et une minisérie TV (2000) suivie de sequels. Mais vu l’ampleur du projet, aucune ne fut réellement satisfaisante.

Denis Villeneuve, profitant des progrès des CGI et s’entourant de la crème des techniciens, s’est lancé dans une superproduction ambitieuse et adulte, dont on peut railler l’aspect « pub de luxe » par moments, mais qui parvient – et ce, dès les premières images – à immerger dans un univers autre, avec ses propres codes et à dépayser totalement en imposant une vision vraiment spectaculaire. Il s’agit, tout le monde le sait, d’une guerre interstellaire avec comme enjeu une « épice » qu’on ne trouve que sur la planète Dune et qui symbolise le pouvoir. On pense parfois à « GAME OF THRONES », à « STAR WARS » bien sûr, mais « DUNE » adopte un rythme lent et majestueux, exploite à fond des décors gigantesques et glacés, des extérieurs implacables de désert. À condition d’accepter cette lenteur délibérée, on peut facilement se plonger dans cet univers dangereux, peuplé de guerriers héroïques, de tyrans monstrueux, de grandes prêtresses et vivre tout cela comme un rêve éveillé particulièrement élaboré et envoûtant. Dans le rôle-pivot du jeune prince, Timothée Chalamet est assez convaincant dans son non-jeu contemplatif, Rebecca Ferguson est excellente dans le rôle de sa mère, on retrouve deux action stars comme Jason Momoa et Dave Bautista bien employées, le toujours magistral Oscar Isaac (dont la dernière apparition évoque la mort de Che Guevara), Javier Bardem puissant en homme du désert et Josh Brolin en maître d’armes viril. Sous des tonnes de prothèses, Stellan Skarsgård incarne l’infâme empereur obèse, filmé dans sa première scène comme un colonel Kurtz de l’espace, clin d’œil appuyé qui fait un peu sortir du film. Les 135 minutes de « DUNE » ne constituent que la première partie de cette adaptation réussie et ambitieuse. À suivre, donc…

TIMOTHÉE CHALAMET, REBECCA FERGUSON, OSCAR ISAAC ET JASON MOMOA
 

« DRIVE » (2011)

DRIVE.jpg« DRIVE » est le premier film 100% américain de Nicolas Winding Refn et il s’inscrit dans les travées de classiques du néo-film noir des décennies précédentes comme « THE DRIVER » de Walter Hill ou « LE SOLITAIRE » de Michael Mann. Des films d’atmosphère au visuel ultra-stylisé, à la violence sèche et implacable, au héros quasiment ectoplasmique, comme mort intérieurement, évoluant dans un monde froid et dangereux.

Le personnage central, un cascadeur/mécanicien maestro des voitures de sport et trempant dans des affaires louches, semble avoir les mots « Steve McQueen » tatoués sur tout le corps. Ryan Gosling, un peu jeune et lisse, n’a évidemment pas un dixième du charisme de son aîné, mais c’est tout de même un de ses meilleurs rôles et il se montre crédible et même attachant, alors qu’il n’affiche que deux expressions pendant toute la projection. « DRIVE » malgré une certaine lenteur, inhérente au style de Refn, est une œuvre très aboutie et parfois hypnotisante, qui prend soin de dépeindre des protagonistes humains ou inhumains, mais jamais banals ou stéréotypés. Carey Mulligan est très mignonne en victime-née du milieu où elle évolue, Oscar Isaac – malgré un rôle relativement bref – est remarquable en ex-taulard poursuivi par la poisse. Ron Perlman et Albert Brooks sont étonnants en horribles gangsters qui tuent comme ils respirent. Et Bryan Cranston donne une réelle densité à son rôle de garagiste magouilleur et paternel. Rien que de très bons comédiens auxquels Refn a donné du grain à moudre et qui ancrent ce film aux allures de cauchemar éveillé, dans une réalité inhabituelle. À voir donc, ce « DRIVE » qui ressuscite les tough guys taciturnes et ultra-professionnels des seventies, sans jamais reculer devant des éruptions de violence stupéfiantes. Un beau film noir.

DRIVE2

RYAN GOSLING, OSCAR ISAAC ET CAREY MULLIGAN

 

« AT ETERNITY’S GATE » (2018)

GATE.jpgCoproduction anglo-franco-suisse, « AT ETERNITY’S GATE » de Julian Schnabel revient sur la période où Vincent Van Gogh vécut à Arles puis à Auvers-sur-Oise. Le cinéma a souvent exploré la vie du peintre hollandais qui arbora les visages de Kirk Douglas, Jacques Dutronc ou Tim Roth.

À 64 ans, Willem Dafoe est bien trop âgé pour incarner celui qui mourut à 37 ans, mais sa prestation est tellement intense et habitée, qu’il emporte l’adhésion en quelques plans. C’est grâce à lui et à son implication qu’on parvient à supporter les partis-pris radicaux de la réalisation : caméra portée nauséeuse, plans subjectifs, montage chaotique, censés nous faire voir le monde par les yeux (fatigués) de Vincent. L’idée en vaut une autre, mais le systématisme du procédé finit par irriter voire exaspérer et appauvrit un film qui aurait gagné à plus de sobriété et moins d’effets redondants. Reste que les gros-plans du visage exalté de Dafoe sont souvent saisissants et que la fin révèle une autre version de sa mort tout à fait inédite et fascinante. Autour de l’acteur dont la seule présence crée un parallèle avec le Christ, surtout quand il en parle avec le prêtre joué par le toujours remarquable Mads Mikkelsen dans une séquence, un cast en grande partie français, et des personnages dont on peine parfois à saisir la finalité. À quoi sert le monologue de Niels Arestrup, ex-militaire tatoué, par exemple ? Pourquoi Emmanuelle Seigner – difficilement reconnaissable – a-t-elle un rôle aussi peu développé ? Tout comme Mathieu Amalric en Dr. Gachet ? Seul s’en sort l’excellent Rupert Friend en Théo effacé et calme et surtout le décidément parfait Oscar Isaac qui compose un Gauguin loin de toute caricature. Passionnant sur le fond, décevant sur la forme, « AT ETERNITY’S GATE » se laisse regarder si on est fasciné par l’œuvre et le destin de Van Gogh. Et pour Willem Dafoe dont c’est un des plus beaux accomplissements.

WILLEM DAFOE, MADS MIKKELSEN ET OSCAR ISAAC
 

« TRIPLE FRONTIÈRE » (2019)

TRIPLESes trois premiers films avaient été de réelles réussites, aussi attendait-on J.C. Chandor au tournant. « TRIPLE FRONTIÈRE » vient confirmer la maîtrise de l’auteur et son éclectisme, ce qui le fait directement entrer dans la « short list » des réalisateurs à suivre.

Sous ses dehors de film d’action façon « 12 SALOPARDS » ou « RETOUR VERS L’ENFER », « TRIPLE FRONTIÈRE » est une saisissante fable guerrière sur la rédemption et le poids du péché. La première partie (le braquage haletant par cinq anciens soldats de la forteresse d’un narcotrafiquant en pleine jungle brésilienne) aurait déjà largement suffi à remplir un scénario tout entier. Mais il ne s’agit que de la mise en train. Tout remarquable soit-elle. C’est quand les « héros » prennent la fuite avec un butin colossal que le film démarre vraiment. Alourdis par les sacs de dollars, ralentis par cette fortune qui les handicape gravement, les protagonistes vont aller jusqu’au bout d’eux-mêmes. Les sacs symbolisent clairement leur passé de tueurs et leur périple est un chemin de croix expiatoire qui n’est pas sans rappeler le calvaire subi par Robert De Niro dans « MISSION » de Roland Joffé, qui traînait derrière lui son armure et ses armes jusqu’à épuisement complet. À l’issue de ce « voyage au bout de l’enfer », quelque chose aura changé pour les survivants, laissant l’espoir d’une possible renaissance. Heureusement, le petit twist final évite de sombrer dans le prêchi-prêcha. À la tête d’une distribution impeccable : le désormais incontournable Oscar Isaac en leader entêté, fébrile et réglo. Il est magnifiquement secondé par Ben Affleck en ex-militaire trop avide et à la gâchette nerveuse, Pedro Pascal excellent en pilote d’hélico accro à l’adrénaline ou Charlie Hunnam. « TRIPLE FRONTIÈRE » confirme donc l’opinion qu’on pouvait avoir de J.C. Chandor et enthousiasme du début à la fin. Un grand film humaniste déguisé en « actioner » frénétique.

OSCAR ISAAC ET PEDRO PASCAL
 

« LA PROMESSE » (2016)

Situé à l’aube de la WW1, « LA PROMESSE » de Terry George retrace le génocide arménien de façon très lisible et frontale, sans exagérer les aspects mélodramatiques, ni se transformer en cours d’Histoire fastidieux. Le scénario, bâti autour d’un triangle amoureux, rappelle celui de « DOCTEUR JIVAGO », transposé dans cette terrible période.PROMISE

Le film doit beaucoup à Oscar Isaac, qu’on suit depuis son petit village jusqu’à Constantinople où il poursuit des études de médecine. Pris dans la tourmente de la guerre, il tombe amoureux de la très mignonne et lumineuse Charlotte Le Bon, fiancée à Christian Bale, reporter américain tête brûlée, seul à couvrir les événements tragiques du massacre du peuple d’Arménie.

Cela dure plus de deux heures, la réalisation est efficace mais effacée, à l’inverse de ce qu’aurait fait un David Lean. On s’identifie instantanément au personnage de ‘Mikael’ grâce au jeu fiévreux mais contenu du décidément toujours parfait Isaac. « LA PROMESSE » parvient à faire comprendre les rouages politiques, les forces en présence, à montrer l’horreur du massacre sans céder à la violence excessive. C’est peut-être parfois un peu trop « sage » et raisonnable. Quelques images-choc auraient sans doute généré de salutaires électrochocs. Mais des séquences comme l’éradication du village ou la fuite sur le navire français sont très fortes et bien conçues. Dans un cast sans défaut, on retiendra Shohreh Aghdashloo, émouvante en mère-courage, Angela Sarafyan en épouse malchanceuse et même Jean Reno barbu dans une fugitive apparition en capitaine magnanime.

Pas un chef-d’œuvre cinématographique, c’est certain, mais un film ample, sérieux, esthétiquement soigné sans ostentation, à voir pour s’instruire et pour la belle performance de son acteur principal.

 

« OPÉRATION FINALE » (2018)

On se souvient du téléfilm « THE MAN WHO CAPTURED EICHMANN » (1996) où Robert Duvall incarnait magnifiquement le tristement célèbre responsable de la « solution finale ». « OPÉRATION FINALE » de Chris Weitz couvre exactement les mêmes événements et, alors que tout le monde connaît le dénouement, le suspense demeure entier et les enjeux sont toujours colossaux.FINALE.png

C’est Ben Kingsley qui endosse le rôle de l’infâme nazi. Il s’y montre excellent, malgré un maquillage affreux qui le fait ressembler à un mannequin du musée Grévin. Quel dommage ! Car même grimé ainsi, il ne ressemble absolument pas à Eichmann. Pourquoi lui avoir infligé cela ? Quoi qu’il en soit, il offre un superbe face-à-face avec Oscar Isaac, remarquable – comme souvent – dans le rôle de l’agent du Mossad qui le capture et le fait parler. Antihéros indiscipliné, hanté par le passé, intuitif, il crée un personnage attachant, imprévisible qui supporte une bonne partie du film sur les épaules. Malgré ses deux heures, « OPÉRATION FINALE » n’ennuie pas une seconde et s’offre même quelques poussées d’adrénaline très réussies, comme la fin à l’aéroport de Buenos Aires. Autour des deux protagonistes, on reconnaît (à peine !) Greta Scacchi en Mme Eichmann, Peter Strauss en Juif aveugle exilé en Argentine et la toujours transparente Mélanie Laurent.

Porté par la BO d’Alexandre Desplat, très bien monté et dialogué, le téléfilm maintient l’intérêt jusqu’au bout et l’épilogue en Israël est très émouvant. À voir donc, éventuellement en double-programme avec la version de ’96.

 

« BIENVENUE À SUBURBICON » (2017)

« BIENVENUE À SUBURBICON » est un vieux scénario des frères Coen, retravaillé par George Clooney. Et cela se sent dès les premières images : d’un côté, une histoire de machination familiale foireuse à la « FARGO » et de l’autre un manifeste antiraciste basé sur des événements réels qui se sont déroulés dans une petite ville de banlieue dans les années 50, ahurissants documents d’archives à l’appui.SUBURBICON.jpg

Pas sûr que le mélange des deux se fasse toujours harmonieusement car l’humour noir des Coen est un peu asphyxié par l’indignation suscitée par le quasi-lynchage d’une famille noire récemment installée dans un pavillon et rejetée par toute une communauté haineuse. Malgré cela, « BIENVENUE À SUBURBICON » est un film extrêmement plaisant, porté par le jeune et excellent Noah Jupe, enfant-martyr d’une famille monstrueuse aux allures de braves et honnêtes banlieusards. Matt Damon – qui se mue de rôle en rôle en très bon acteur de composition – est parfait en pater familias hypocrite et sans cœur, Julianne Moore dans un double-rôle offre une version cauchemardesque de la maman idéale américaine (on n’oubliera pas de sitôt la scène « d’amour » avec raquette de ping-pong comme accessoire !), Oscar Isaac apparaît peu, mais fait un hilarant numéro d’agent d’assurances pourri jusqu’à l’os et trop sûr de lui. Tous les seconds rôles sont impeccables.

Un peu bancal par instants, tiraillé entre deux styles narratifs diamétralement opposés, « SUBURBICON » vaut largement le coup d’œil pour des scènes étonnantes de violence, même psychologique : il faut avoir vu Damon, dans la meilleure scène du film, menacer son fils de mort, en dévorant un sandwich qui… MAIS NE SPOILONS PAS ! Pour qui aime la petite musique aigrelette de « SANG POUR SANG » ou « FARGO », ce film (la réalisation la plus accomplie de Clooney, soit dit entre parenthèses) offrira des moments délectables et bien tordus. Et si on est tenté de penser que l’Amérique « c’était mieux avant », « SUBURBICON » est là pour nous rappeler que… pas du tout !