ALAN PARKER (1944-2020), RÉALISATEUR AU STYLE TRÈS VISUEL. DEUX OU TROIS CHEFS-D’ŒUVRE PARMI SES 14 FILMS
Archives Mensuelles: juillet 2020
« UNORTHODOX » (2020)
Inspirée de faits réels, réalisée par Maria Schrader, la minisérie allemande « UNORTHODOX » fait partie de ces (rares) petits miracles qu’offrent les productions Netflix.
Vivant dans une communauté hassidique fermée sur elle-même, où les femmes n’ont que le droit de se taire et de procréer, la jeune Shira Haas est incapable de communiquer avec son mari (Amit Rahav) encore plus inexpérimenté qu’elle. Aussi s’enfuit-elle à Berlin où vit sa mère (Alex Reid) qui ne l’a pas élevée. C’est là-bas qu’elle va s’ouvrir à la vie et enfin connaître la liberté. Sujet simple mais magnifiquement écrit, scénario construit sur deux niveaux : le passé récent à Brooklyn, le mariage, l’étouffement, qui mèneront la jeune femme à tout abandonner et le temps présent en Allemagne, ses nouvelles rencontres, la révélation de ses talents musicaux. Sans oublier une menace au-dessus de sa tête : son mari accompagné d’un cousin violent et dépravé (Jeff Wilbusch), bien décidé à la récupérer. La minisérie est dense, dépaysante, passionnante sur le plan humain. On aborde de façon universelle la place de la femme dans le monde, les ravages de la religion, le pardon. De grands thèmes parfaitement développés n’excluant jamais l’émotion. Il faut dire que « UNORTHODOX » bénéficie de la présence de Shira Haas, à l’étrange physique androgyne, presque enfantin, dont l’intensité ne se dément pas durant les 4 épisodes. Forte et fragile, naïve et déjà mûre pour son âge (l’actrice israélienne a 25 ans, mais joue un personnage de 19), elle tient le film sur les épaules avec une maestria époustouflante. Il y a longtemps qu’on avait vu une telle révélation. Des séquences comme le bain dans le lac où elle ôte sa perruque traditionnelle ou son passage au conservatoire où elle chante a capela, sont bouleversantes. À voir toutes affaires cessantes donc, ce « UNORTHODOX » simple, limpide, brillant d’intelligence de bout en bout.
SHIRA HAAS
HAPPY BIRTHDAY, CHRISTOPHER !
CHRISTOPHER NOLAN, AUTEUR-RÉALISATEUR AMBITIEUX, IL A RÉGÉNÉRÉ L’IMAGE DE BATMAN ET S’ATTAQUE À TOUS LES GENRES
« LES FORÇATS DE LA GLOIRE » (1945)
Inspiré des articles du correspondant de guerre Ernie Pyle, pendant la campagne d’Italie de la WW2, « LES FORÇATS DE LA GLOIRE » de William A. Wellman est un classique du film de guerre U.S. réaliste, dépourvu d’héroïsme hollywoodien bidon et centré sur les hommes de terrain et leur misérable existence.
Avec comme fil rouge les déambulations de Pyle, joué par Burgess Meredith vieilli par le maquillage, le film se focalise sur un bataillon d’infanterie mené par le capitaine Robert Mitchum, jeune homme usé avant l’âge, constamment harassé, désabusé, prêt à tout pour ses hommes. On apprend à connaître ces soldats sympathiques entre deux bombardements, d’autant plus que le scénario tourne le dos à une construction dramatique traditionnelle, pour se faire chronique du quotidien : les bombardements-surprise, les morts inattendues, la gadoue, la crasse, les petits moments d’humour et de répit, tout est traité avec délicatesse par Wellman qui sait de quoi il parle. Même le second rôle « pittoresque », figure obligée des films de guerre américains, le rital dragueur joué par Wally Cassell parvient à n’être pas trop agaçant. Remarquable interprétation également de Freddie Steele obnubilé par ce 45-tours envoyé par sa femme qui a enregistré la voix de leur fils. Meredith a choisi de tenir son rôle de façon oblique, presque symbolique, en demeurant à l’arrière-plan, parfois simple témoin des événements. Le film est dominé par Mitchum dans le rôle qui le fit connaître, dont certains gros-plans laissent deviner la star qu’il allait devenir. « LES FORÇATS DE LA GLOIRE » est à voir comme une chronique impartiale et sans pathos de la vie des hommes partis au front. Tourné « à chaud », au sortir de la guerre, dans un somptueux noir & blanc de Russell Metty, il fait figure d’émouvant et beau témoignage.
HAPPY BIRTHDAY, RODOLFO !
« DARK WATER » (2005)
« DARK WATER » est le remake d’un film japonais de 2001, réalisé par le brésilien Walter Salles et tourné aux environs de Seattle.
C’est une « ghost story » nocturne et pluvieuse, d’une totale noirceur, sans la moindre échappatoire qui parvient à sortir du lot par sa double lecture : Jennifer Connelly est-elle hantée par le fantôme d’une fillette dans le vieil immeuble où elle vient de s’installer ? Ou est-elle une paranoïaque en détresse, traumatisée par son passé et mettant sa propre fille et elle-même en danger ? Le film pose la question sans donner vraiment de réponses. Et le jeu de Connelly, fiévreux, au bord de l’hystérie, fait pencher la balance d’un côté comme de l’autre selon les situations. La photo contrastée d’Affonso Beato, la BO d’Angelo Badalamenti s’accordent parfaitement avec les décors suintants, en décomposition, pour créer une atmosphère irrespirable et de plus en plus difficile à supporter. Techniquement, c’est irréprochable, les séquences d’inondation d’eau noire sont éprouvantes, tout comme le dernier quart où tout semble réglé avant de repartir de plus belle vers l’horreur absolue. Mais à force de désespoir, à force de contempler le visage blême, tourmenté de l’héroïne, « DARK WATER » n’est pas un film très plaisant et finit même par donner envie de le zapper. C’est dire si l’ambiance est réussie ! Tous les seconds rôles sont bizarres et joués par des pointures : Pete Postlethwaite en concierge plus que louche, John C. Reilly en syndic roublard ou Tim Roth en avocaillon mythomane. « DARK WATER » est un bon film de fantômes psychologique, qui laisse la plupart des questions sans réponse définitive, mais qui n’est pas à mettre dans toutes les mains. Car vraiment, noir, c’est noir. Et même très noir !
JACQUELINE SCOTT : R.I.P.
« LA COMTESSE » (2009)
Écrit et réalisé par Julie Delpy, « LA COMTESSE » retrace la vie, ou plutôt la légende d’Erzebet Báthory (1560-1614), une noble hongroise soupçonnée d’avoir assassiné des dizaines de vierges pour se baigner dans leur sang, afin de préserver sa jeunesse. Les origines du mythe du vampire…
C’est très bien réalisé, finement photographié et conçu en deux parties distinctes : l’histoire d’amour idyllique entre la comtesse (Julie Delpy) vieillissante et un jeune homme candide (Daniel Brühl) et, une fois que celui-ci l’a quittée, la descente aux enfers d’Erzebet. C’est étrange, prenant, envoûtant par moments et l’actrice, pratiquement méconnaissable sous son masque blafard et glacial, est plus que convaincante. C’est au niveau du scénario que le bât blesse. Ce n’est en effet que vers la fin que l’auteure laisse entendre que la comtesse n’a peut-être jamais commis aucun crime, mais qu’elle fut victime d’un complot de ses pairs, destiné à la destituer et à s’accaparer ses richesses. Une version évidemment beaucoup plus vraisemblable que la légende vampiresque qui a perduré jusqu’à aujourd’hui et même, plus intéressante. Mais Delpy a préféré « imprimer la légende » et se priver d’une vraie réflexion sur cette femme seule dans un monde d’hommes et le poids de la calomnie. Cela n’empêche pas heureusement « LA COMTESSE » de posséder une forte identité, de traiter avec tact la violence et l’horreur de cette période et de décrire quelques personnages étonnants : William Hurt en cousin fielleux et manipulateur, Sebastian Blomberg en noble dépravé adepte du SM ou Nicolai Kinski (fils de…) en professeur dans les flash-backs. Œuvre ambitieuse, maîtrisée et même puissante dans sa seconde partie, « LA COMTESSE » laisse en partie insatisfait par ses parti-pris narratifs, mais constitue un joli moment de cinéma.
DANIEL BRÜHL, JULIE DELPY ET WILLIAM HURT
« THE HOLE » (2001)
Tourné dans le huis clos d’un bunker, avec un budget des plus réduits, « THE HOLE » de Nick Hamm bénéficie d’un scénario très malin, qui offre successivement deux versions des mêmes événements et multiplie les fausses-pistes.
Quatre étudiants se laissent enfermer pour le week-end dans un bunker désaffecté en pleine forêt. Le copain qui doit venir les délivrer ne revient pas le jour prévu. Les voici enfermés, presque sans provisions, condamnés à une mort atroce. À moins qu’il ne s’agisse de tout autre chose et que l’un des reclus soit lui-même responsable de l’enfermement et soit prêt (ou prête) à aller jusqu’au bout de l’horreur. Construit en flash-backs, qu’ils soient menteurs ou pas, très bien dialogué, truffé de coups de théâtre et de rebondissements inattendus, « THE HOLE » tient en haleine pendant 100 minutes sans fléchir, ce qui est en soi – compte tenu de l’exiguïté des décors – déjà un bel exploit. Il faut dire que le casting de jeunes comédiens est remarquable : Thora Birch exceptionnelle dans un rôle excessivement complexe et presque effrayant d’intensité, Desmond Harrington en objet de sa flamme obsessionnelle, une toute jeune Keira Knightley, sans ses tics de jeu habituels, en pin-up anorexique du campus, Embeth Davidtz en psy pas vraiment à la hauteur de la situation. Tout le monde est parfaitement à sa place et a sa part de grain à moudre. Un excellent suspense donc que « THE HOLE » à déconseiller aux claustrophobes, car l’enfermement des personnages devient rapidement suffocant et leur lente dégradation physique finit par atteindre le moral des plus endurants. Mais pour qui apprécie les thrillers « en chambre » bien conçus et bourrés de surprises, c’est à voir absolument, jusqu’au dernier gros-plan glaçant de « l’héroïne » qui risque de hanter longtemps les mémoires.