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Archives Mensuelles: novembre 2024

« LA MAISON DU DIABLE » (1963)

Inspiré d’un roman de Shirley Jackson, « LA MAISON DU DIABLE » de Robert Wise est une pierre blanche du film de maison hantée, qui influence, encore aujourd’hui, le genre horrifique tout entier.

Un professeur (Richard Johnson) réunit trois personnes dans une vieille maison inhabitée : une vieille fille malade de solitude (Julie Harris), une médium séduisante (Claire Bloom) et le futur héritier de la demeure (Russ Tamblyn) pour chercher, dans les lieux, la preuve d’une présence surnaturelle. L’endroit est lugubre mais les esprits qui l’habitent semblent ne se focaliser que sur Harris, de plus en plus possédée. Wise concentre toutes ses techniques de grand cinéaste pour générer la peur, sans avoir recours aux gros effets habituels. Des ombres mouvantes sur les boiseries, des chocs contre les portes, des voix chuchotant et ricanant dans les murs, des statues qui semblent vous suivre des yeux mais… semblent seulement, un noir & blanc profond, c’est tout ce que s’octroie le réalisateur pour donner le frisson et suggérer une « afterlife » terrifiante. Julie Harris est inégalable en jeune femme vieillie avant l’âge, imprévisible et friable. Bloom magnétique en maîtresse-femme (implicitement) lesbienne, les deux personnages masculins sont moins convaincants. Le film n’est pas exempt de défauts (la gouvernante impassible qui semble échappée de « REBECCA »), des répliques répétitives et inutilement « scientifiques » sur les fantômes. Mais ce n’est pas grand-chose comparé à des moments qui marquent à jamais la mémoire : cet escalier métallique branlant en colimaçon, cette main serrée dans le noir qui n’appartient… à personne, cette danse aérienne quand Harris sombre définitivement dans la démence. Rien de spectaculaire donc, mais une manière subtile de stimuler l’imaginaire du spectateur qui, à la fin, croit en avoir vu bien plus que ce qu’on lui a réellement montré. Un chef-d’œuvre inaltérable et le sommet de la carrière éclectique d’un immense réalisateur.

JULIE HARRIS, RICHARD JOHNSON ET CLAIRE BLOOM
 

« LE FAUVE EN LIBERTÉ » (1950)

Inspiré d’un roman d’Horace McCoy, « LE FAUVE EN LIBERTÉ » n’existe que pour profiter du regain de popularité de James Cagney, acquis deux ans auparavant avec l’extraordinaire « L’ENFER EST À LUI », en lui offrant un personnage de tueur évadé névrosé, qui pourrait être le cousin de Cody Jarrett.

Hélas, l’honnête Gordon Douglas n’est pas Raoul Walsh et le film n’a pas la rigueur esthétique de son modèle. Le scénario, narré en flash-backs à partir d’une salle où se déroule le procès de sept complices du tueur, n’a rien de passionnant. Même le personnage de Cagney s’avère être davantage un escroc manipulateur et maître-chanteur qu’un assassin sanguinaire. Seule la façon de jouer de l’acteur rapproche artificiellement les deux rôles. À 51 ans, celui-ci joue un truand qui n’en a que… 37, il dégage toujours la même énergie maniaque, mais il n’a pas grand-chose à jouer et ne parvient pas à insuffler à son gangster un minimum d’humanité. Il demeure malgré tout l’unique raison de voir ce film à la photo ingrate et aux seconds rôles bâclés. On pourra retenir tout de même Barbara Payton en femme soumise au caractère volcanique, Ward Bond et Barton McLane excellents dans un tandem de flics corrompus jusqu’à l’os, Luther Adler en avocat pas très net non plus. Sans oublier un tout jeune Neville Brand en codétenu froidement abattu par Cagney au début. Apparemment pas mal d’atouts pour faire de ce « FAUVE EN LIBERTÉ » en petit joyau méconnu du film noir, mais hélas, la facture est trop impersonnelle, l’histoire dépourvue d’enjeux émotionnels et Cagney semble s’imiter lui-même sans retrouver la démence volcanique qui électrisait le chef-d’œuvre de Walsh. Dommage…

JAMES CAGNEY, BARBARA PAYTON ET NEVILLE BRAND
 

« DECISION TO LEAVE » (2022)

« DECISION TO LEAVE » est déconcertant dans l’œuvre de Park Chan-wook et à cent lieues de films âpres et violents comme « OLD BOY » ou « LADY VENGEANCE ». Sous couvert d’enquête policière se déroulant en Corée, il livre ici une histoire d’amour et d’obsession troublante.

Le policier Park Hae-il, insomniaque, doit résoudre une affaire apparemment simple : la chute mortelle d’un alpiniste. Il interroge son épouse (Tang Wei), une Chinoise beaucoup plus jeune que le défunt et commence à soupçonner qu’il pourrait s’agir d’un meurtre. La base est simple, mais les deux personnages eux, sont très compliqués : lui, très « classe » (comme elle le définit), calme et introverti, elle totalement maîtresse de ses nerfs et qu’on devine rapidement manipulatrice. A-t-elle tué ou fait tuer son mari ? Séduit-elle le policier pour le détourner de son travail qu’il finit effectivement par bâcler ? Si l’aspect criminel ne présente pas grand intérêt, la relation entre la meurtrière potentielle et le flic trop sensible à son charme constitue le cœur du scénario, le charisme des deux comédiens et leur alchimie à l’image font le reste. Dommage alors que le film dure 138 minutes, car toute la partie « un an plus tard » apparaît comme une sorte d’interminable épilogue dont on saisit mal la finalité et la mort du second mari de la « femme fatale » enlise le scénario dans une sous-intrigue à peu près incompréhensible. Malgré ces grosses failles, principalement dues à l’écriture, « DECISION TO LEAVE » contient des moments magiques de séduction sur la naissance d’un amour interdit (elle est suspecte, il est marié) et une sensualité constamment réprimée. Park Hae-il est impeccable de sobriété et de fragilité et Tang Wei est envoûtante et imprévisible, comme son personnage. Un film imparfait, manifestement trop long, mais qui mérite le coup d’œil.

PARK HAE-IL ET TANG WEI
 

SILVIA PINAL : R.I.P.

SILVIA PINAL (1931-2024), VEDETTE MEXICAINE AUX 115 FILMS, SURTOUT CONNUE POUR SES FILMS AVEC LUIS BUÑUEL
 
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Publié par le 29 novembre 2024 dans CARNET NOIR, CINÉMA INTERNATIONAL

 

« MEMORIES OF MURDER » (2003)

« MEMORIES OF MURDER » est le second long-métrage de Bong Joon Ho et probablement un des films coréens les plus universellement connus, encore aujourd’hui.

Il faut dire que c’est un film unique et d’une folle originalité, même si le sujet – la traque d’un serial killer par un trio de flics – ne le semble pas à première vue. Inspiré de faits réels, le scénario situé en 1986 dans une zone rurale, suit l’enquête plus que laborieuse de trois inspecteurs : deux locaux (Song Kang-ho et Kim Roe-ha) pas très brillants et un nouveau-venu débarqué de Séoul (Kim Sang-kyung) beaucoup plus dégourdi. Mais les moyens manquent, les gaffes s’accumulent comme les passages à tabac, sans résultat. Le ton frise la comédie noire au début, impossible de ne pas rire à la nullité crasse des deux co-équipiers. Mais peu à peu, alors que les meurtres atroces de jeunes filles s’accumulent, le rire s’étrangle dans la gorge et le ton devient sombre, très sombre, d’un pessimisme plombant. Admirablement filmé et cadré, utilisant les extérieurs avec maestria, « MEMORIES OF MURDER » semble vouloir se défaire des clichés inhérents au sous-genre, venus des U.S.A. pour plonger dans une réalité minable, menée par des anti-héros dont la plupart sont des bouffons pathétiques et inopérants. Le court épilogue situé en 2003 entérine l’échec des uns et l’impunité de l’autre. Song Kang-ho, acteur-fétiche du réalisateur est exceptionnel en fonctionnaire bas-du-front et impulsif dépourvu d’instinct ou d’intelligence. Kim Rie-ha est drôle à sa façon en brute épaisse abrutie, tellement idiot qu’il perdra une jambe dans l’aventure. Park No-shik est fabuleux en idiot du village et bouc-émissaire. Difficile de trouver un thriller aussi dépaysant et prenant et surtout aussi parfaitement abouti. Sa réputation de chef-d’œuvre n’est pas usurpée.

SONG KANG-HO, KIM SANG-KYUNG, KIM ROE-HA ET PARK NO-SHIK
 

HAPPY BIRTHDAY, SABINE !

SABINE GLASER, ACTRICE ALLEMANDE DES SEVENTIES, APERÇUE CHEZ TRUFFAUT, DEVILLE OU SAUTET
 
 

« SPACEMAN » (2024)

Écrit et réalisé par le Suédois Johan Renck, produit par Netflix, « SPACEMAN » est un huis clos dans l’espace. On sent que l’auteur a eu carte blanche, ce qui n’est pas toujours une bonne chose et les 108 minutes de projection semblent en durer le double. Facile !

L’astronaute tchèque Adam Sandler est parti voir de près le gros nuage rose qui flotte au-dessus de la terre pour tenter de l’analyser. Entre une épouse (Carey Mulligan) prête à le quitter alors qu’elle est enceinte et une énorme araignée qui s’est introduite dans son vaisseau et qui parle avec la voix de Paul Dano (et aime la Nutella), Sandler perd peu à peu la boule. Le film s’enlise très rapidement, englue dans une monotonie cafardeuse et impose la vision peu emballante du visage mangé de barbe de Sandler, ex-comique devenu sinistre depuis quelque temps. Passée la surprise de découvrir l’arachnide nommée Hanus (on ne rigole pas bêtement, s’il vous plaît !) et la vision de Lena Olin et Isabella Rossellini, anciennes reines de beauté à peine reconnaissables, « SPACEMAN » s’avère être un véritable pensum sans queue ni tête, une sorte de fable dont on peine à saisir le message (c’est mal d’être ambitieux et de négliger sa femme ?). À peine pourra-t-on sauver du marasme quelques images de l’espace en CGI plutôt poétiques. Sandler n’a jamais été une foudre de guerre et il peine à occuper les 90% de temps d’écran qu’on lui a généreusement alloués. Ses monologues et flash-backs deviennent vite exaspérants. Mulligan n’a hélas, pas grand-chose à faire et son personnage, pas suffisamment développé est très antipathique. Ce genre de produit « existentiel » force à se poser des questions fondamentales : pourquoi ce film a-t-il été produit ? Qu’a donc voulu exprimer son auteur ? Pourquoi pousser le masochisme à ne pas zapper avant la fin ? That is the question…

ADAM SANDLER ET… PAUL DANO
 

EARL HOLLIMAN : R.I.P.

EARL HOLLIMAN (1928-2024), GRAND SECOND RÔLE, DE NOMBREUX WESTERNS CLASSIQUES ET PLUSIEURS SÉRIES TV EN VEDETTE
 
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Publié par le 27 novembre 2024 dans CARNET NOIR

 

« L’ATTENTE DES FEMMES » (1952)

Ingmar Bergman s’est toujours intéressé aux tourments féminins sur un ton de tragédie ou de comédie dramatique. « L’ATTENTE DES FEMMES » serait plutôt de la seconde catégorie et tient pratiquement du film à sketches. Les flash-backs parfois imbriqués, tenant lieu de sketch.

Quatre femmes, toutes belles-sœurs, attendant le retour de leurs époux partis quelques jours. Pour tuer le temps, chacune raconte ses souvenirs, le début de leur amour. Leur seul point commun est l’incommunicabilité entre amoureux et l’étiolement de la passion en routine. La première histoire est celle d’Anita Björk qui s’ennuie avec son mari à la libido en berne et le trompe avec un ami d’enfance (Jarl Kulle). C’est la moins passionnante. La seconde – et la plus longue – met en scène Marj Britt-Nilsson jeune femme libérée qui rencontre un artiste lors d’un séjour à Paris et tombe enceinte de ses œuvres. Mais il ne saura pas se montrer à la hauteur des rêves de la demoiselle. C’est l’histoire la plus stylisée (alors qu’elle est à l’hôpital pour accoucher, elle voit l’ombre de feuilles sur le mur et les transforme dans son délire, en danseuses de french cancan, qui amènent un nouveau flash-back) et elle doit beaucoup à la fraîche et sensuelle Nilsson filmée au plus près par Bergman. La troisième histoire est presque une comédie, puisque la sublime Eva Dahlbeck se retrouve enfermée dans un ascenseur en panne avec son époux de longue date (Gunnar Björnstrand) et, grâce à cette proximité inattendue, ils retrouvent le goût de l’autre et le réveil des sens. La 4ème femme n’a… rien à raconter ! À noter qu’on aperçoit le réalisateur dans un plan où il croise Nilsson qui sort de chez la gynécologiste et s’admire dans le miroir. « L’ATTENTE DES FEMMES » survole élégamment ses thèmes et, s’il n’est pas un des chefs-d’œuvre de Bergman, demeure un film agréable et subtil.

MARJ BRITT-NILSSON, EVA DAHLBERG, GUNNAR BJÖRNSTRAND, ANITA BJÖRK ET JARL KULLE
 

CHIFFRES : LE RETOUR !

BDW2 COMMENCE À SE FAIRE VIEUX !

L’année 2024 touche bientôt à sa fin. Et cela fait un petit moment que BDW2 n’a pas fait un petit point sur ses activités en quelques chiffres fort encourageants. Le site a maintenant 11 ans d’existence et a totalisé 3 millions de vues pendant cette période.

Alors, où en est-on en cette fin novembre ? BDW2 compte 9753 chroniques déjà publiées et 233 en attente de publication jusqu’en juillet 2025. Le nombre de visiteurs quotidien oscille entre 300 et 400, avec quelques pointes allant jusqu’à 600, lorsqu’un film est diffusé à la TV et attire les curieux de passage sur le site. Nos excellents visiteurs réguliers ont commis 49 000 commentaires et pas moins de 1900 rien que cette année ! C’est dire que BDW2 continue de prospérer allègrement, au fil des envies, des découvertes tardives ou récentes, des coups de cœur. Merci donc à toute l’équipe de cinéphiles acharnés qui passent régulièrement dans le coin, avec leurs avis tranchés, laconiques, étayés, drôles ou abscons. Toujours un plaisir de vous lire, de vous répondre jour après jour. Passez tous de bonnes fêtes et à bientôt pour de nouveaux chiffres.

 
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Publié par le 25 novembre 2024 dans ACTU DE BDW2