Inspiré d’un roman de Shirley Jackson, « LA MAISON DU DIABLE » de Robert Wise est une pierre blanche du film de maison hantée, qui influence, encore aujourd’hui, le genre horrifique tout entier.
Un professeur (Richard Johnson) réunit trois personnes dans une vieille maison inhabitée : une vieille fille malade de solitude (Julie Harris), une médium séduisante (Claire Bloom) et le futur héritier de la demeure (Russ Tamblyn) pour chercher, dans les lieux, la preuve d’une présence surnaturelle. L’endroit est lugubre mais les esprits qui l’habitent semblent ne se focaliser que sur Harris, de plus en plus possédée. Wise concentre toutes ses techniques de grand cinéaste pour générer la peur, sans avoir recours aux gros effets habituels. Des ombres mouvantes sur les boiseries, des chocs contre les portes, des voix chuchotant et ricanant dans les murs, des statues qui semblent vous suivre des yeux mais… semblent seulement, un noir & blanc profond, c’est tout ce que s’octroie le réalisateur pour donner le frisson et suggérer une « afterlife » terrifiante. Julie Harris est inégalable en jeune femme vieillie avant l’âge, imprévisible et friable. Bloom magnétique en maîtresse-femme (implicitement) lesbienne, les deux personnages masculins sont moins convaincants. Le film n’est pas exempt de défauts (la gouvernante impassible qui semble échappée de « REBECCA »), des répliques répétitives et inutilement « scientifiques » sur les fantômes. Mais ce n’est pas grand-chose comparé à des moments qui marquent à jamais la mémoire : cet escalier métallique branlant en colimaçon, cette main serrée dans le noir qui n’appartient… à personne, cette danse aérienne quand Harris sombre définitivement dans la démence. Rien de spectaculaire donc, mais une manière subtile de stimuler l’imaginaire du spectateur qui, à la fin, croit en avoir vu bien plus que ce qu’on lui a réellement montré. Un chef-d’œuvre inaltérable et le sommet de la carrière éclectique d’un immense réalisateur.