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Archives de Catégorie: LES FILMS DE WILLIAM HOLDEN

« LE MONDE DE SUZIE WONG » (1960)

Inspiré d’un roman de Richard Mason, « LE MONDE DE SUZIE WONG » de Richard Quine fut tourné, pour les extérieurs, à Hongkong et bénéficie d’images d’un monde révolu dont on capte, grâce à la photo du grand Geoffrey Unsworth, quelques précieuses bribes.

Si le début est assez laborieux et si William Holden n’a pas vraiment le physique d’un artiste aventureux et désargenté, le film finit par capter l’intérêt grâce à l’énergie et au charme de Nancy Kwan. Elle apporte vie et fantaisie à ce qui aurait pu n’être qu’un mélodrame exotique hollywoodien convenu. Fraîche, expressive, drôle, elle crée un joli personnage de prostituée des bas-fonds de la ville, qui enjolive son sinistre quotidien en inventant avec aplomb des histoires insensées. L’évolution de son histoire d’amour avec Holden est très bien menée, même si on comprend mal les réticences de l’Américain au début, à céder aux avances insistantes d’une si charmante jeune femme. Mentalités d’une époque (le même Holden est choqué de la familiarité d’un banquier avec sa secrétaire, ignorant qu’elle est sa fille), tempérées par un message antiraciste lucide et en avance sur son temps. On notera également la franchise avec laquelle sont abordés les aspects « sexuels » du scénario : adultère, prostitution, etc. On a, en bonus, la surprise de découvrir une séquence très spectaculaire, en plein déluge, qui montre un bidonville littéralement emporté par les eaux, digne d’un film-catastrophe. À condition de tenir le coup pendant la première heure, la seconde s’intensifie et finit par captiver et s’achève en un happy end doux-amer, sans mièvrerie.

NANCY KWAN ET WILLIAM HOLDEN
 

« TRAHISON SUR COMMANDE » (1962)

Écrit et réalisé par George Seaton d’après un roman d’Alexander Klein, « TRAHISON SUR COMMANDE » est un film d’espionnage situé pendant la WW2 et slalomant entre la Suède, le Danemark et l’Allemagne.

Le scénario prend ses aises sur 140 minutes, suivant un industriel suédois opportuniste (William Holden) qui vend du carburant aux alliés aussi bien qu’aux nazis. Il est bientôt visé par les services secrets anglais qui exercent un chantage pour qu’il extorque des renseignements à ses clients et amis. Pendant ce périple malaisant (il doit se faire passer pour un collabo antisémite auprès de sa femme, de son meilleur ami juif), il rencontre une espionne allemande (Lilli Palmer) œuvrant pour les alliés depuis des années et qui lui ouvre les yeux sur la guerre et l’impossibilité morale de rester neutre. Si la première moitié est bavarde, pesante, répétitive, plombée par une photo dépourvue d’atmosphère, la seconde précise les enjeux dramatiques et guerriers et emporte le morceau. Holden qui, comme d’habitude, fait bien plus âgé que ses 44 ans, est parfait dans un personnage ambigu, trouble et limite antipathique, qu’il défend avec honnêteté. Palmer est d’une émouvante intensité. Beaucoup de visages familiers dans le cast international : Eva Dahlbeck muse d’Ingmar Bergman qui n’a qu’un rôle minuscule en épouse d’Holden, Klaus Kinski qui apparaît vers la fin en jeune Juif agonisant. Une apparition courte mais marquante grâce au jeu (déjà) débridé de l’acteur. On aperçoit également Günter Meisner en prêtre et Reinhardt Koldehoff en officier nazi. Et surtout Hugh Griffith savoureux en maître-espion cynique et manipulateur. « TRAHISON SUR COMMANDE » demande une certaine patience pour arriver jusqu’à sa seconde heure passionnante, il contient des séquences très fortes (la scène du confessionnal, Holden assistant à l’exécution de la femme qu’il aime) et laisse, à l’arrivée, une excellente impression : celle d’avoir lu un gros pavé dont on tourne avidement les pages.

WILLIAM HOLDEN, LILLI PALMER ET KLAUS KINSKI
 

« DEUX TÊTES FOLLES » (1964)

« DEUX TÊTES FOLLES » de Richard Quine est le remake de « LA FÊTE À HENRIETTE » (1952) de Julien Duvivier, œuvre très en avance sur son temps, pour tout dire « meta », plaçant en abyme le travail de deux scénaristes en panne d’inspiration.

La version U.S., tournée à Paris, transforme cela en comédie romantique délirante, mêlant fiction, réalité, burlesque, et hélas… partant dans tous les sens. On tient un moment grâce au charme des vedettes, mais presque deux heures pour ne raconter pratiquement rien, c’est interminable. Les auteurs ont dû s’en rendre compte, puisque le dialogue précise que le scénario est nul et ne mène nulle part ! Le film est tout à la gloire d’Audrey Hepburn, amoureusement photographiée, alignant sa gamme de mimiques « cute » et d’yeux écarquillés. Elle est charmante, c’est vrai, et le dialogue fait même un gros clin d’œil à « MY FAIR LADY » qu’elle tourna la même année. Face à elle, William Holden, en scénariste ivrogne et cynique, se démène furieusement pour cloner Cary Grant, mais il ne l’est pas et n’a, de toute façon, jamais été très à l’aise dans la comédie. Le duo fonctionne tout de même, sur un mode sensuel assez appuyé. Mais le seul qui semble avoir totalement capté le mood du scénario, c’est Tony Curtis jouant un figurant aigri de n’avoir jamais le premier rôle. On aperçoit fugitivement des stars venues faire des caméos comme Marlène Dietrich et Mel Ferrer (M. Hepburn à la ville) en… Dr. Jekyll et Mr. Hyde lors d’un bal du 14 juillet. On s’ennuie énormément dans « DEUX TÊTES FOLLES », comédie qui, à force de se regarder le nombril en direct, devient absurde, irritante et perd toute sa fantaisie en route. Un film-champagne en somme, qui soûle et se dissipe très vite.

WILLIAM HOLDEN, AUDREY HEPBURN ET TONY CURTIS
 

« PICNIC » (1955)

Inspiré d’une pièce de William Inge, « PICNIC » de Joshua Logan fait parfois penser à l’univers d’un Tennessee Williams, ne serait-ce que par la personnalité du gigolo-étalon sur le retour joué par William Holden. Celui-ci frise la quarantaine et a donc 10 ans de trop pour ce rôle qui aurait été idéal pour le Paul Newman de l’époque.

Ex-sportif devenu un SDF itinérant vivant de ses charmes virils, Holden débarque dans sa ville natale. Cliff Robertson, riche copain de lycée, l’invite au grand pique-nique célébrant la fin de l’été. Mais Holden tombe amoureux de Kim Novak, la virginale fiancée de son copain. Ramassé sur une journée, « PICNIC » est très efficace quand il s’agit de décrire la foule de « beaufs » en liesse et parvient à faire vivre de très nombreux personnages dans une même séquence. Mais la mise en scène de Logan manque de nerf, paraît trop souvent théâtrale et vieillotte. Tout repose en fait sur les comédiens, tous parfaits et dans le thème général : celui du loser, né du mauvais côté de la barrière, qui va être rejeté par la ville comme un vulgaire parasite. Avec son corps d’athlète et son visage déjà bien marqué, Holden – malgré ses 38 ans – est excellent en beau mec vantard et pas bien futé. Kim Novak, toute jeune, est un peu trop passive comme à son habitude en beauty queen lassée de n’être qu’un objet de désir, l’ado Susan Strasberg est parfaite en petite peste sensible. Robertson adopte une drôle de voix bêlante. Mais le film est littéralement piraté par Rosalind Russell, qui prend de plus en plus de place et devient le centre du film. Elle tient le rôle en or d’une vieille fille aigrie et pénible, terrifiée par la solitude et la vieillesse qui se profile à grands pas. La scènes où elle humilie Holden en public et celle où elle supplie Arthur O’Connell de l’épouser, sont magistrales et méritent à elles seules qu’on voie ce film tout de même désuet et trop bavard.

WILLIAM HOLDEN, ARTHUR O’CONNELL, ROSALIND RUSSELL ET KIM NOVAK
 

« LES PONTS DE TOKO-RI » (1954)

Adapté d’un best-seller de James A. Michener, « LES PONTS DE TOKO-RI » de Mark Robson se déroule pendant la guerre de Corée et raconte les dernières missions d’un jeune avocat devenu pilote de bombardier et ne rêvant que de rentrer chez lui où l’attendent femme et enfants.

William Holden un peu hagard et bouffi, incarne cet anti-héros pétri de doutes, miné par un SPT carabiné, laissant la peur s’infiltrer en lui. Cela aurait pu être intéressant, mais Robson semble beaucoup plus passionné par les plans d’attaques aériennes, d’atterrissages en catastrophe sur un porte-avions, de sauvetages en hélicoptère, que par la psychanalyse de ses personnages brossés à gros traits. Le format carré de l’image est trop étriqué et la direction d’acteurs laisse à désirer : de l’exaspérant cabotin Mickey Rooney en totale roue-libre, au pauvre Fredric March tristement sous-employé dans un rôle d’amiral sentencieux qui est un cliché sur pattes et même à Grace Kelly, jouant l’épouse parfaite d’Holden dans quelques séquences avec son jeu lisse et appliqué. Difficile de trouver quelque chose d’oscarisable là-dedans. Heureusement, Charles McGraw est très bien en officier dur-à-cuire. Robson, contrairement à Billy Wilder l’année précédente dans « STALAG 17 » (déjà avec Holden en vedette), n’a pas laissé Robert Strauss vampiriser son film. Ici, il n’a même pas l’occasion d’en faire des caisses et demeure à sa place de second rôle ! De ce pensum cafardeux et étonnamment pessimiste pour un film de guerre de cette époque, on pourra sauver la dernière partie, où Holden et Rooney se retrouvent encerclés dans une tranchée boueuse par des soldats coréens. C’est peu évidemment, seuls les amateurs d’équipement militaires et de manœuvres guerrières trouveront peut-être leur compte avec ces « PONTS DE TOKO-RI » bien bavards et vieillots.

WILLIAM HOLDEN, FREDRIC MARCH, GRACE KELLY ET CHARLES McGRAW
 

« LA POURSUITE SAUVAGE » (1973)

« LA POURSUITE SAUVAGE » de Daniel Mann est un petit western opportuniste, qui pioche ses idées dans « LES 7 MERCENAIRES », « 12 SALOPARDS » ou « LA HORDE SAUVAGE » (dont il débauche d’ailleurs William Holden et Ernest Borgnine) pour aboutir à une étrange mais assez goûteuse bouillabaisse.

Ex-officier devenu rancher, Holden voit sa famille massacrée par des Comanches. Il part à la poursuite des responsables et en chemin, enrôle six forçats pour l’assister. Déjà vu et revu, bien sûr, filmé à la truelle, au point que le film a beau avoir été réellement tourné au Mexique, on se croirait à Almeria, ce salmigondis vaut un coup d’œil pour son hétéroclite distribution : Holden, un peu bouffi et fatigué, campe un anti-héros très faillible, sa « bande » est composée de Borgnine qui n’a jamais autant cabotiné (c’est dire !) qu’en charognard crasseux et agité, absolument hilarant. Woody Strode étonnamment chevelu est un ancien esclave noble et fiable, René Koldehoff spécialiste des rôles de nazis joue un Allemand givré et, last but not least, Roger Hanin se donne à fond en déserteur de l’armée de Maximilien rigolard et obsédé sexuel. Sans oublier une autre rescapée du vieil Hollywood, Susan Hayward, en infirmière mûrissante en manque d’affection. Il y a quelque chose de naïf et de presque attendrissant à voir ces brutes épaisses aux accents improbables devenir copains comme cochons et suivre leur sauveur comme de gentils toutous. « LA POURSUITE SAUVAGE » a tenté de ratisser trop large pour se qualifier parmi les meilleures bizarreries de la même période comme « UN COLT POUR TROIS SALOPARDS », par exemple. La mise en scène manque de lyrisme et la violence est filmée « à l’ancienne ». C’est, pour faire simple, indéniablement mauvais, mais – patine du temps oblige – pas si désagréable que ça à suivre.

WILLIAM HOLDEN, RENÉ KOLDEHOFF, WOODY STRODE ET ERNEST BORGNINE
 

« RACHEL ET L’ÉTRANGER » (1948)

« RACHEL ET L’ÉTRANGER » de Norman Foster ne s’apparente pas tout à fait au western, même s’il se déroule dans l’Ouest pendant les guerres indiennes. Ce n’est pas non plus un film d’aventures, ni une love story classique. C’est un curieux triangle amoureux aux personnages rudes et entiers, qui finit par balayer les rares réticences.

Récemment veuf, le fermier William Holden achète et épouse une domestique (Loretta Young) qu’il traite comme telle. Le jeune fils (Gary Gray) accueille mal l’inconnue. Seul Robert Mitchum, un trappeur errant à la voix de velours s’intéresse à elle en tant que femme et désire la racheter à son ami Holden. Sur cette trame, on s’intéresse au destin de cette Rachel intelligente et patiente, confrontée à des mâles primaires. Holden, 30 ans, est très bien en fermier psychorigide et monosyllabique, mais il se fait voler la vedette par Mitchum qui « mitchumise » à fond dans ce rôle de séducteur suave portant une jolie veste à franges. On l’aperçoit à cheval, en train de chanter a capella, dans des plans qui préfigurent « LA NUIT DU CHASSEUR ». Loretta Young, avec son étrange visage, campe une esclave soumise mais lucide, qui ne se fait aucune illusion sur les hommes. Le petit Gray se sort bien d’un rôle de tête-à-claques. « RACHEL ET L’ÉTRANGER » fait parfois penser à « LA PETITE MAISON DANS LA PRAIRIE », mais le dialogue est toujours impeccable, les séquences d’action sont bien gérées (excellente attaque de Shawnees en pleine nuit qui mettent le feu à la cabane) et les confrontations – verbales ou physiques – entre les jeunes Holden et Mitchum sont très réussies. À voir essentiellement pour ces futures icônes du western quasiment au début de leur parcours de stars.

GARY GRAY, WILLIAM HOLDEN, LORETTA YOUNG ET ROBERT MITCHUM
 

« STALAG 17 » (1953)

Adapté d’une pièce de théâtre qui met en scène, sous forme de comédie, la vie dans un camp de prisonniers allemands peuplé d’Américains, « STALAG 17 » de Billy Wilder, s’il bénéficie d’une belle réputation, ne sera pas au goût de tout le monde.

Entre les vignettes « comiques » portées par les deux clowns Robert Strauss et Harvey Lembeck, cabotins horripilants qui occupent facilement 50% du métrage, et un whodunit tiré par les cheveux (qui est le traître infiltré dans le baraquement chargé de renseigner les nazis ?), le scénario s’étire, se traîne, ne devenant réellement passionnant que dans son dernier quart d’heure. C’est sans doute par amitié pour Wilder que William Holden a accepté de tenir la vedette de son film. Car, en réalité, il apparaît assez peu, n’a aucune véritable séquence à défendre, hormis lors du dénouement. Il traverse le film avec indolence, cigare au bec, laisse toute la place à ses codétenus qui, outre les comiques troupiers déjà cités, ne sont guère brillants, à commencer par Otto Preminger en officier nazi à l’humour sadique. On reconnaît des visages familiers comme Neville Brand en brute sanguine, Peter Graves dans un personnage à facettes où il se montre excellent. Edmund Trzcinski, tenant un petit rôle de prisonnier qui gobe tout les mensonges que lui envoie sa femme par courrier, n’est autre que l’auteur de la pièce originale. On sait que Wilder aime bien les comédiens qui en font trop, mais dans « STALAG 17 », il dépasse la mesure. Chaque apparition de Strauss – et elles sont très fréquentes – est une souffrance et le son même de sa voix devient un supplice. L’équilibre entre drame et comédie n’est absolument pas respecté et le résultat fait partie des œuvres les moins emballantes de son auteur.

NEVILLE BRAND, WILLIAM HOLDEN, OTTO PREMINGER ET PETER GRAVES
 

« LES CAVALIERS » (1959)

« LES CAVALIERS » est un film sur la guerre de sécession signé John Ford, qui décrit par le menu la mission d’un régiment nordiste derrière les lignes confédérées, dont le but est de faire sauter un pont servant pour le ravitaillement des troupes.

Le sujet n’est guère original, le premier quart du film, bavard et poussif, pourrait inciter à ne pas aller jusqu’au bout, mais on finit par se laisser prendre par l’ampleur de la mise en scène du légendaire « papy » de 65 ans. L’écran grouille littéralement de mouvements de foule, de figurants, de chevaux et à mesure que le scénario progresse on s’attache aux trois personnages principaux dont les relations évolutives sont parfaitement gérées. John Wayne, un peu empâté et trop âgé pour son rôle, tient son emploi habituel d’officier intraitable, voire franchement désagréable. Il a tout de même d’excellents moments où il fissure l’armure, tout spécialement face à la (très) belle Constance Towers en « belle du sud » courageuse et entêtée. Sa première apparition, la montrant en train de jouer les gourdes avec l’accent de Scarlett O’Hara est irrésistible. Dans le rôle d’un médecin militaire lucide et ironique, l’élégant William Holden pique la vedette à ses partenaires sans avoir l’air d’y toucher. Son affrontement larvé avec Wayne donne les meilleurs moments du film. Autour de ce beau trio, bien mis en valeur, on reconnaît toute la troupe de Ford, de Hank Worden à Strother Martin. Malgré plusieurs séquences magistrales, comme la charge pathétique et drôle des très jeunes cadets, heureusement épargnés par le Duke, ou l’amputation de Bing Russell, « LES CAVALIERS » manque d’un petit quelque chose pour s’inscrire dans le panthéon des chefs-d’œuvre de John Ford. Cela reste un film inégal mais efficace.

JOHN WAYNE, WILLIAM HOLDEN, CONSTANCE TOWERS, DENVER PYLE ET STROTHER MARTIN
 

« BREEZY » (1973)

« BREEZY » est le 3ème long-métrage réalisé par Clint Eastwood et le premier où il n’apparaît pas (hormis une fugitive apparition en clin d’œil), cédant un rôle écrit pour lui à William Holden dont l’âge, 55 ans, correspondait davantage au personnage.

Agent immobilier divorcé, cynique et macho, Holden croise la route de Kay Lenz une hippie adolescente traînant à L.A. avec sa guitare. Peu à peu, par sa fraîcheur et sa candeur, la jeune fille parvient à dégeler le ronchon et à s’installer chez lui. Une très improbable love story s’épanouit, redonnant à l’homme énergie et joie de vivre. Mais encore faut-il résister au regard des autres… « BREEZY » est une œuvre simple, sensible, très bien dialoguée, qui évite les lieux communs en donnant une réelle profondeur aux protagonistes. Avec sa « gueule » ridée, abîmée, Holden d’un naturel absolu, assume toutes les contradictions de son rôle, jusqu’à accepter de paraître franchement antipathique. Face au vieux « pro » hollywoodien, Lenz tient largement la distance malgré un personnage plus schématique. Tous les seconds rôles – pour la plupart inconnus – sont à leur place. Roger C. Carmel est excellent en copain ivrogne et libidineux, un rôle qu’aurait pu tenir Walter Matthau dans les années 50. Déjà responsable du scénario de « UN FRISSON DANS LA NUIT », Jo Heims, collaboratrice régulière d’Eastwood, impose sa griffe sur « BREEZY », et le film, sobrement filmé, sans trop de digressions, lui doit sans doute davantage qu’à son réalisateur. Émouvant, drôle, très daté puisque ancré dans son époque, « BREEZY » fait partie des films les plus atypiques de la filmo du grand Clint, mais il a bien tenu le choc des années et offre un rôle riche et profond au vieux routier Holden qu’on est toujours heureux de voir apparaître dans une œuvre de qualité.

À noter : Quand Frank et Breezy vont au cinéma ensemble pour la première fois, c’est pour voir « L’HOMME DES HAUTES PLAINES », le film précédent d’Eastwood.

WILLIAM HOLDEN, KAY LENZ ET CLINT EASTWOOD