Inspiré d’un roman de Richard Mason, « LE MONDE DE SUZIE WONG » de Richard Quine fut tourné, pour les extérieurs, à Hongkong et bénéficie d’images d’un monde révolu dont on capte, grâce à la photo du grand Geoffrey Unsworth, quelques précieuses bribes.
Si le début est assez laborieux et si William Holden n’a pas vraiment le physique d’un artiste aventureux et désargenté, le film finit par capter l’intérêt grâce à l’énergie et au charme de Nancy Kwan. Elle apporte vie et fantaisie à ce qui aurait pu n’être qu’un mélodrame exotique hollywoodien convenu. Fraîche, expressive, drôle, elle crée un joli personnage de prostituée des bas-fonds de la ville, qui enjolive son sinistre quotidien en inventant avec aplomb des histoires insensées. L’évolution de son histoire d’amour avec Holden est très bien menée, même si on comprend mal les réticences de l’Américain au début, à céder aux avances insistantes d’une si charmante jeune femme. Mentalités d’une époque (le même Holden est choqué de la familiarité d’un banquier avec sa secrétaire, ignorant qu’elle est sa fille), tempérées par un message antiraciste lucide et en avance sur son temps. On notera également la franchise avec laquelle sont abordés les aspects « sexuels » du scénario : adultère, prostitution, etc. On a, en bonus, la surprise de découvrir une séquence très spectaculaire, en plein déluge, qui montre un bidonville littéralement emporté par les eaux, digne d’un film-catastrophe. À condition de tenir le coup pendant la première heure, la seconde s’intensifie et finit par captiver et s’achève en un happy end doux-amer, sans mièvrerie.