Écrit et réalisé par Michael Cimino, « LA PORTE DU PARADIS » est aujourd’hui l’exemple-type du film maudit, mal-aimé, jamais reconnu à sa juste valeur. Et, malgré la gigantesque ambition du projet, on peut comprendre pourquoi : une vision réaliste des fondations de l’Amérique moderne bâtie sur un génocide (un second, celui des migrants), une durée hors-norme, un pessimisme plombant.
À le revoir tant d’années après, on réalise immédiatement l’ampleur du film, sorte de roman-fleuve à la Tolstoï qui embrasse à la fois un triangle amoureux, l’Histoire d’un pays pas toujours reluisante et une guerre ignominieuse qui vire au carnage pur et simple. Qu’on adhère ou non à cette vision, on est terrassé par la beauté des extérieurs, par une des plus belles reconstitutions historiques du 7ème Art, par la photo de Vilmos Szigmond transcendée par la sublime BO de David Mansfield. Bien sûr, la plupart des scènes dure deux ou trois fois le temps nécessaire, ce qui peut être insupportable pour certains, mais cela ancre le récit dans son époque et va au fond de la psychologie des protagonistes. Kris Kristofferson, le visage creusé, vieilli avant l’âge, trouve son plus beau rôle en grand bourgeois idéaliste confronté aux réalités du monde, mélange de cynisme et de naïveté, d’héroïsme et de désenchantement. Isabelle Huppert est très bien en prostituée pragmatique et enfantine, Christopher Walken complète le triangle en tueur angélique. Dans une énorme distribution, on reconnaît les jeunes Mickey Rourke, Anna Thomson, Brad Dourif, quelques vétérans tels que Joseph Cotten. Et Jeff Bridges et John Hurt (qui a la plus belle réplique du film : « On ne va quand même pas tous les tuer ! Ce ne sont pas des Indiens ! ») magnifiques tous les deux. Sam Waterston, main armée du capitalisme, est un des plus haïssables méchants de mémoire de cinéphile. Le film dure presque 4 heures, on mentirait en disant qu’on ne les sent pas passer, mais des séquences comme le bal en patins à roulettes au son du violon ou la bataille de Johnson County suffisent à qualifier « LA PORTE DU PARADIS » de chef-d’œuvre. Imparfait certes, mais chef-d’œuvre tout de même.