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Archives de Catégorie: LES FILMS D’EMILY BLUNT

« THE FALL GUY » (2024)

Lointainement inspiré de la série TV : « L’HOMME QUI TOMBE À PIC » (1981-1986) avec Lee Majors, « THE FALL GUY » de David Leitch est une sorte de reboot d’un concept déjà pas très solide (un cascadeur hollywoodien menant une vie de détective).

Le cinéphile imprudent se laissera peut-être attirer par la présence au générique d’Emily Blunt, jouant une assistante-caméra promue réalisatrice de films d’action, mais il se méfiera toujours un peu des choix de Ryan Gosling. Il plongera naïvement tête baissée dans ce film opulent, pourri de CGI, s’escrimant à mêler une histoire d’amour, un blockbuster d’action et un thriller bien sanglant. Autant le dire tout de suite : ça ne fonctionne pas du tout ! Et les deux heures de projection tiennent du chemin de croix. Les bastons n’en finissent pas de s’étirer ad nauseam, idem pour les cascades en voiture ou en hélico. Quant au « méchant », c’est une superstar ridicule et cabotine (Aaron Taylor-Johnson), légèrement psychopathe sur les bords. Le scénario ? Il n’y en a pratiquement pas, en revanche l’aspect « meta » est soigné avec des allusions incessantes à des succès hollywoodiens, qui non seulement font sortir du film mais en plus, font ressortir davantage la vacuité de celui-ci. Gosling s’en prend plein la gueule pendant toute la durée de la chose, sans se départir de son expression ahurie et débonnaire. Mais il semble en excellente forme physique. Tant mieux pour lui ! Blunt est gaspillée bêtement, dans un personnage idiot et sans aucune épaisseur, faire-valoir inepte de son partenaire. Le couple ne fonctionne à aucun moment. Seule Hannah Waddingham s’en sort à peu près dans un rôle de productrice folle à lier et dangereuse, qui a au moins le mérite d’être distrayante. À noter la rapide apparition à la fin de Jason Momoa dans un extrait du film terminé, où il remplace Taylor-Johnson. Une grosse bouillabaisse qu’on oublie à mesure qu’on le visionne.

EMILY BLUNT
 

« LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA » (2006)

Adapté du best-seller de Lauren Weisberger, réalisé par David Frankel, « LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA » se voudrait une fable faustienne dans l’univers de la mode, mais à force d’aplatir les conflits potentiels, de réduire ses personnages à des caricatures sans âme, devient une sorte d’avatar de « PRETTY WOMAN » aux velléités satiriques bien émoussées.

Étudiante en journalisme, Anne Hathaway se fait engager comme assistante de Meryl Streep, rédac-chef tyrannique de la plus grande revue de mode à New York. Harcelée, humiliée, esclavagisée par sa patronne méprisante et son bras-droit la très jalouse Emily Blunt, Hathaway va devoir changer de personnalité (c’est-à-dire de vêtements !), s’aliéner ses proches, frayer dans un monde qu’elle méprise pour monter en grade. Mais… pourquoi faire ? Le thème en vaut un autre et aurait pu être développé à la façon d’un « ÈVE » de Mankiewciz. Mais à force de glamour à outrance, de scènes répétitives de maltraitance au bureau, le film se contente de filmer amoureusement la jolie Anne, de la faire changer de tenue tous les deux plans et de cadrer ses immenses yeux noirs. Streep n’apparaît pas suffisamment pour dominer le film et son rôle sans nuances (ou si peu) paraît bien étroit pour elle. C’est Blunt qui emporte le morceau dans un rôle amusant et odieux d’idiote perfide et pas si compétente qu’elle n’en a l’air. Autour de ce trio, quelques visages connus comme Stanley Tucci ou le bellâtre Simon Baker. Tout est superficiel dans « LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA », même les personnages qui ne font pas partie de l’environnement professionnel de l’héroïne. On suit tout cela d’un œil morne, sans s’attacher à personne, pas même à Hathaway dont le personnage finit par sembler creux, vain et vaguement méprisable.

ANNE HATHAWAY, MERYL STREEP ET EMILY BLUNT
 

« THE ENGLISH » (2022)

Écrit et réalisé par Hugo Blick, « THE ENGLISH », produit par la BBC et Amazon, fut tourné en Espagne (et c’est absolument indécelable), c’est une mini-série en six parties, qui aurait pu et probablement dû être condensée en un seul long-métrage, tant l’œuvre est parfaitement aboutie.

Emily Blunt, jeune et riche Anglaise qui vient de perdre son fils, débarque dans le Wyoming en 1890 pour se venger de l’homme responsable de sa mort. Elle s’associe à Chaske Spencer, un ex-scout indien dont la famille fut éradiquée lors d’un massacre perpétré par Rafe Spall, voyou ambitieux et sans pitié. C’est en cours de route, que le Pawnee et l’Anglaise découvrent qu’ils ont le même ennemi. Magnifiquement filmé et cadré, « THE ENGLISH » saisit dès ses premières images et entraîne dans un récit violent et cruel, éclatant la chronologie sans complexe, jouant sur des événements survenus 25 ans plus tôt et sur leurs conséquences tragiques dans le présent. Le film doit énormément à Emily Blunt – également productrice – qui campe cette héroïne auréolée de mystère et de secrets indicibles, cette tueuse-née « déjà morte », aux réactions inattendues. Spencer joue un personnage plus taiseux, plus ambigu, qu’on met longtemps à cerner. Spall est absolument odieux dans ce rôle de bad guy intelligent et sadique. Excellente prestation de Stephen Rea, en shérif apparemment passif et mollasson, mais intègre et humain. Le scénario se permet des ellipses parfois très abruptes, qui font perdre le fil de l’histoire et nous privent de scènes qu’on aurait aimé voir. Il se repose trop sur le dialogue pour narrer des incidents qui auraient sans doute dû être filmés. Mais cela ne suffit pas à gâcher le bonheur de voir un grand, vrai western, romanesque et puissant, traversé de bouffées d’émotion et d’un vrai souffle romantique. À voir absolument.

EMILY BLUNT, RAFE SPALL ET CHASKE SPENCER
 

« LE CHASSEUR ET LA REINE DES GLACES » (2016)

Produit quatre ans après « BLANCHE NEIGE ET LE CHASSEUR », « LE CHASSEUR ET LA REINE DES GLACES » de Cedric Nicolas-Troyan en est la prequel/sequel, démarrant avant les événements du n°1 et s’achevant après. On retrouve les principaux protagonistes, hormis Blanche Neige.

Très inspiré du « SEIGNEUR DES ANNEAUX » et « GAME OF THRONES », ce n°2 est une belle surprise : le scénario se tient, les personnages sont bien campés et c’est esthétiquement splendide, voire presque poétique. C’est si rare que les CGI soient utilisés à bon escient. Le duel final entre les deux sœurs est époustouflant. Le scénario utilise les codes du conte de fées et de l’heroic fantasy, le héros le fringant Chris Hemsworth fait preuve d’humour et d’énergie, son histoire d’amour avec Jessica Chastain, guerrière intraitable, sert de charpente au film. Mais c’est l’affrontement des deux reines qui fascine : Charlize Theron qui retrouve son rôle, toujours plus puissante et maléfique et Emily Blunt, devenue un monstre à la suite d’une tragédie. Les effets-spéciaux alors qu’elle érige des murs de glace d’un seul geste ou congèle ses ennemis, sont superbes et la confrontation avec le célèbre miroir est d’une majesté totale. On ne sent pas passer les presque deux heures, même si ce genre d’aventures n’est pas forcément sa tasse de thé et la beauté surnaturelle des comédiennes fait le reste. Mention à Sheridan Smith très drôle en « naine » mal embouchée mais attachante. « LE CHASSEUR ET LA REINE DES GLACES » mérite donc largement qu’on s’y attarde, qu’on laisse son esprit critique au vestiaire pour jouir complètement du spectacle.

EMILY BLUNT, CHARLIZE THERON, JESSICA CHASTAIN ET CHRIS HEMSWORTH
 

« 5 ANS DE RÉFLEXION » (2012)

Écrit, produit et interprété par l’acteur de TV Jason Segel, « 5 ANS DE RÉFLEXION » de Nicholas Stoller tente de créer un nouveau style de comédie, mêlant les codes de la sitcom, de la comédie romantique et de la satire sociale, sur un ton décalé et un humour pince-sans-rire cédant volontiers à la vulgarité la plus crasse.

Cela fonctionne-t-il ? Franchement non. En grande partie à cause de Segel lui-même, acteur impavide, pas spécialement attachant ni drôle, qui occupe tout l’espace dans un numéro de loser décourageant. Son histoire d’amour avec Emily Blunt est bancale, puisqu’on se demande sans arrêt ce qu’elle peut bien lui trouver et ce qu’elle attend pour le quitter ! L’actrice anglaise s’en sort mieux, grâce à son charme naturel, sa photogénie, mais elle se débat avec un matériau vraiment pas facile à défendre (on pense à la scène où elle ravale son vomi, censée provoquer l’hilarité). En fait, les faire-valoir Chris Pratt et Alison Brie sont plus intéressants que les premiers rôles et auraient sans doute mérité de tenir la tête d’affiche ! Heureusement, sur deux heures de projection, incroyablement étirées, quelques moments surnagent, comme ce succulent face à face entre Brie et Blunt, jouant deux sœurs, qui se disent leurs quatre vérités en langage codé avec des voix de cartoon, pour ne pas être comprises des enfants. Ou la plupart des interventions de Rhys Ifans en prof dragueur et karatéka. On aperçoit également les vétérans David Paymer et Jacki Weaver dans des petits rôles sans substance. On ne sait trop que penser de « 5 ANS DE RÉFLEXION », véhicule complaisant et sous-écrit pour son auteur, qui s’en donne à cœur-joie, mais ne parvient pas à s’imposer comme vecteur de comédie. En s’armant de patience et d’indulgence, on peut éventuellement le voir pour Emily Blunt et sa collection de perruques. Mais c’est très dispensable.

JASON SEGEL, EMILY BLUNT, CHRIS PRATT ET ALISON BRIE
 

« LOOPER » (2012)

Écrit et réalisé par Rian Johnson, « LOOPER » est un thriller de science-fiction, situé dans un futur proche et jouant sur les clichés des voyages dans le temps. Pas difficile de trouver les sources d’inspiration de l’auteur : « LA JETÉE », « TERMINATOR », « FRÉQUENCE INTERDITE », etc.

La première partie est extrêmement confuse, constituée principalement de fusillades, d’exécutions, d’explications absconses sur l’état du monde. Le pâle Joseph Gordon-Levitt, curieusement maquillé en mannequin de cire, ne parvient pas à capter l’intérêt dans un rôle de flingueur chnouffé, exécutant des gens expédiés du futur, pour les faire disparaître. Jusqu’à, évidemment, ce qu’il tombe sur la version âgée de lui-même, c’est-à-dire Bruce Willis. Aucune ressemblance physique, mais une même transparence, une absence de charisme identique.  Leur face à face dans un diner est d’un ennui total et semble ne jamais devoir finir. Heureusement, la seconde partie décolle avec l’arrivée d’Emily Blunt, sorte de mère-courage protégeant vaillamment son fils doté de terribles pouvoirs télékinétiques (clin d’œil à « FURIE » de De Palma ?). À la fin du film, notre héros se retrouve face à face avec deux autres avatars de lui-même ! On perd souvent pied, d’autant plus que deux heures ça peut être très long. Blunt sauve pas mal les meubles et apporte un peu d’émotion au film, on aperçoit des visages connus ou en passe de l’être, comme Paul Dano en porte-poisse, Jeff Daniels, Piper Perabo ou l’excellent Garret Dillahunt, mais dans des rôles trop brefs pour exister vraiment. « LOOPER » se laisse regarder, mais le scénario méritait un traitement plus rigoureux et des personnages plus fouillés. Entre le film d’auteur et le blockbuster à gros flingues, on s’y égare.

EMILY BLUNT, BRUCE WILLIS ET JOSEPH GORDON-LEVITT
 

« PAIN HUSTLERS » (2023)

Adapté d’un roman lui-même inspiré de faits réels, « PAIN HUSTLERS » de David Yates adopte un système de narration quasi scorsesien (celui du « LOUP DE WALL STREET » notamment), c’est-à-dire éclaté, rapide, voire hystérique, pour décortiquer le modus operandi des grosses firmes pharmaceutiques et leur dangerosité pour le public asservi.

Mère célibataire à la dérive, Emily Blunt parvient à décrocher un poste dans une société cherchant à commercialiser un puissant anti-douleur. Mais les médecins sont tous « maqués » avec Big Pharma et ne veulent rien savoir. Jusqu’à ce que notre héroïne trouve la faille et commence à faire des millions de dollars, au grand bonheur de son boss (Andy Garcia). Le scénario se veut lucide et féroce, il cerne parfaitement les contours de notre siècle, mais il n’ose pas aller jusqu’à noircir le personnage principal. Blunt a toutes les raisons de se montrer aussi rapace et sans scrupule : elle a besoin de beaucoup d’argent pour faire opérer sa fille ado atteinte d’épilepsie. Évidemment, cela affaiblit le propos, puisque les vrais méchants sont ses collègues, ses rivaux, etc. Malgré tout, la mécanique infernale poussant sur le marché des thérapeutiques inadaptées, voire mortelles, en les faisant passer pour des produits-miracle est très bien exposée et même éclairante, au regard de ce qui s’est passé dans le monde ces dernières années. Omniprésente, Emily Blunt est parfaite de bout en bout, aussi odieuse que touchante. Elle parvient même à faire passer sa rédemption finale, tout de même trop belle pour être crédible. Autour d’elle, Catherine O’Hara excellente dans le rôle de sa mère fantasque, Garcia très drôle en salopard à moitié cinglé ou Chris Evans en collègue sans foi ni loi. Les deux heures passent sans longueurs, mais le mood frénétique du film lui interdira probablement de rester dans les mémoires.

À noter : le film produit par Netflix, est exploité en France sous le titre : « MARCHANDS DE DOULEUR ».

EMILY BLUNT, ANDY GARCIA ET CATHERINE O’HARA
 

« JUNGLE CRUISE » (2021)

Un film inspiré d’une attraction de Disneyland, ça ne rassure pas vraiment. Mais quand on lit le nom de Jaume Collet-Serra comme réalisateur, on lève un sourcil intrigué. De fait, « JUNGLE CRUISE » est – dans son très étroit créneau – une bonne surprise.

Le scénario mixe le classique « THE AFRICAN QUEEN » avec des franchises plus récentes comme « LA MOMIE » ou « PIRATES DES CARAÏBES » (toutes deux inspirées des aventures d’Indiana Jones), y introduit une bonne dose d’ironie, d’action et de surnaturel. Le héros, c’est Dwayne Johnson en pleine forme et en mode autodérision, jouant le capitaine d’un bateau de tourisme sur l’Amazone et l’héroïne a les traits charmants d’Emily Blunt, exploratrice dure-à-cuire à la langue acérée. Le duo fonctionne à merveille. Et quand on découvre que le méchant n’est autre que… Lope de Aguirre (oui, celui du film de Werner Herzog !), on laisse définitivement son sens critique au vestiaire. « JUNGLE CRUISE » comme la plupart des films de Johnson est un amalgame de CGI, d’extérieurs naturels, de (magnifiques) décors virtuels et d’humour volontiers pachydermique. Mais le « Rock » demeure sympathique et débonnaire, sa présence physique est impressionnante et son humour bon-enfant fait passer à peu près toutes les pilules. Autour du couple vedette, un excellent casting : Jack Whitehall en frère snob et… homosexuel (une première dans une production Disney !), Jesse Plemons hilarant en prince allemand totalement givré ou Paul Giamatti en armateur italien aussi bête que méchant. C’est Edgar Ramirez qui reprend le flambeau de Klaus Kinski dans le rôle d’Aguirre. À condition de retrouver son âme d’enfant, de plonger sans trop réfléchir dans cette jungle rêvée, avec ses épaves, ses bêtes sauvages, ses arbres magiques dont les pétales donnent la vie éternelle, on peut passer deux heures certes un peu longuettes, mais finalement réjouissantes.

À noter : le personnage joué par Johnson se nomme « Frank Wolff » qui était le nom d’un acteur américain, pilier du spaghetti western, vu dans « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » ou « LE GRAND SILENCE ». Probablement plus de chances qu’il s’agisse d’une coïncidence que d’un hommage !

DWAYNE JOHNSON, EMILY BLUNT, JESSE PLEMONS ET JACK WHITEHALL
 

« VICTORIA – LES JEUNES ANNÉES D’UNE REINE » (2009)

« VICTORIA – LES JEUNES ANNÉES D’UNE REINE » du canadien Jean-Marc Vallée relate, comme son titre l’indique, l’adolescence de la future reine d’Angleterre (1819-1901), son couronnement et son mariage.

On note dès le début le soin particulier apporté aux cadrages et à la photo. C’est évocateur sans jamais être ostentatoire et plusieurs séquences (on pense spécialement au dîner d’anniversaire du roi Jim Broadbent) sont magnifiquement réalisées. Le film n’étant pas trop long (la durée étant généralement le point faible de ce genre de cinéma) et demeurant à hauteur d’homme – ou de femme, en l’occurrence – on n’a pas le temps de s’ennuyer et l’intérêt ne retombe jamais. Outre le joli travail à l’image de Hagen Bogdanski, la grande force du film tient évidemment dans sa distribution plus que parfaite, réunissant la fine fleur des comédiens britanniques. En tête, Emily Blunt d’une intensité et d’une intériorité très convaincantes, dans ce rôle qu’on voit évoluer de la jeune fille espiègle et manipulée, à la reine autoritaire et endurcie. Elle est entourée par des partenaires de choix : Rupert Friend excellent en confident, puis époux de Victoria, Miranda Richardson remarquable en mère manœuvrée par son amant brutal (Mark Strong) avide de pouvoir. Et puis Broadbent en monarque vieillissant, Paul Bettany mystérieux en Éminence grise au comportement ambigu, la toujours parfaite Harriet Walter en reine Adélaïde de bon conseil. « VICTORIA » est un film tout ce qu’il y a de conventionnel et s’inscrivant dans une longue lignée de film historiques anglais sur la monarchie, mais il ne cède pas à l’imagerie d’Épinal ou à l’hagiographie et propose un portrait de femme solide et crédible, soutenu – répétons-le – par la personnalité d’Emily Blunt, aux multiples facettes.

EMILY BLUNT, MIRANDA RICHARDSON ET RUPERT FRIEND
 

« LE RETOUR DE MARY POPPINS » (2018)

Produit plus de 50 ans après le film original, toujours d’après l’œuvre de P.L. Travers, « LE RETOUR DE MARY POPPINS » de Rob Marshall se situe pendant la grande dépression, à Londres, et retrouve les enfants Banks devenus adultes : lui (Ben Whishaw) est veuf, dépressif, père de trois bambins, elle (Emily Mortimer) est vieille fille et militante comme sa môman. Au bord d’être expulsés, ils ont grand besoin d’une visite de Mary Poppins.

C’est une suite, mais bâtie exactement comme le premier film. Les numéros musicaux s’enchaînent, mais les chansons n’ont en rien l’impact des précédentes, les F/X en revanche, ont évidemment grandement progressé et sont bien utilisés. Emily Blunt relève le défi de succéder à Julie Andrews. Elle a eu l’intelligence de ne pas calquer son jeu sur son aînée. Sa Mary est moins pétillante, plus sèche, ne laissant filtrer sa tendresse qu’avec parcimonie. Le scénario la laisse souvent en situation d’être spectatrice, un peu à la marge de l’action. Presque comme si les enfants étaient les seuls à la voir et à interagir avec elle (peut-être aurait-il fallu assumer ouvertement ce choix ?). Dans une distribution sympathique, on reconnaît quelques vétérans comme David Warner, Meryl Streep le temps d’une séquence, ou Angela Lansbury. Colin Firth est excellent en méchant banquier sans cœur. Et, cerise sur le gâteau, on a droit à l’apparition de Dick Van Dyke, unique revenant du n°1, qui reprend son rôle de vieux banquier généreux et entame, à plus de 90 ans, un impressionnant pas de danse. « LE RETOUR DE MARY POPPINS » ressemble à un gros musical de Broadway et il faut aimer le genre pour ne pas être soûlé au bout d’un moment. Le message du scénario sur la force de l’imaginaire et l’infamie de l’argent, est le même qu’il y a un demi-siècle. Une grande partie de la magie s’est évaporée, certes, mais Emily Blunt a créé une intéressante variante de Mary Poppins moins lumineuse, plus distante, à la limite du fantomatique.

À noter : le personnage secondaire de la marchande de ballons avait été écrit pour Julie Andrews, mais celle-ci refusa et c’est Angela Lansbury (qui postula pour le rôle de Mary Poppins en 1964 !) qui a hérité du caméo.

EMILY BLUNT, ANGELA LANSBURY, COLIN FIRTH, MERYL STREEP ET NATHANAEL SALEH