Oui, « NOSFERATU » est encore une adaptation de l’œuvre de Bram Stoker, trop proche dans le temps de l’excellent « DERNIER VOYAGE DU DEMETER » pour justifier son existence et dont le scénario, écrit par le réalisateur Robert Eggers, malgré quelques innovations, ressemble à un remake de remake de remake.
La photo est sombre, monochrome, profonde, mais depuis l’original de Murnau, on connaît l’histoire par-cœur : le cheminement du notaire jusqu’aux Carpathes, le fou mangeur de mouches (ici de pigeons vivants), la jeune femme possédée, le professeur obsessionnel. Malgré des ajustements, rien de neuf et la routine s’installe trop vite. Visiblement fasciné par Lily-Rose Depp, Eggers focalise l’intérêt sur son personnage et puise copieusement dans « L’EXORCISTE » et le « POSSESSION » de Zulawski. Manquant de présence, de regard, l’actrice se dépense sans compter, sorte de morphing entre Isabelle Adjani et Linda Blair, mais ne parvient pas à donner d’épaisseur à son rôle et plombe le film déjà très lent. Autour d’elle, Nicholas Hoult joue son pâle époux constamment en transes, Willem Dafoe est un émule de Van Helsing plutôt convaincant. Le parti-pris de ne jamais vraiment montrer le vampire jusqu’à la toute fin est difficile à tenir : Bill Skarsgård est absolument méconnaissable, recouvert de prothèses, la voix trafiquée, à se demander pourquoi il n’a pas été remplacé par un comte Orlok en images de synthèse ! Son Dracula (ou Orlok) est malgré tout, le plus proche de la description qu’en avait fait Bram Stoker dans son roman. Après les intrigants « THE WITCH » et « THE LIGHTHOUSE » et le très réussi « THE NORTHMAN », ce « NOSFERATU » déçoit indéniablement et donne envie de revoir le Werner Herzog ou se replonger dans l’histoire du Demeter traitée ici à la va-vite en quelques minutes. À retenter un jour, peut-être…