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Archives de Catégorie: LES FILMS DE WILLEM DAFOE

« NOSFERATU » (2024)

Oui, « NOSFERATU » est encore une adaptation de l’œuvre de Bram Stoker, trop proche dans le temps de l’excellent « DERNIER VOYAGE DU DEMETER » pour justifier son existence et dont le scénario, écrit par le réalisateur Robert Eggers, malgré quelques innovations, ressemble à un remake de remake de remake.

La photo est sombre, monochrome, profonde, mais depuis l’original de Murnau, on connaît l’histoire par-cœur : le cheminement du notaire jusqu’aux Carpathes, le fou mangeur de mouches (ici de pigeons vivants), la jeune femme possédée, le professeur obsessionnel. Malgré des ajustements, rien de neuf et la routine s’installe trop vite. Visiblement fasciné par Lily-Rose Depp, Eggers focalise l’intérêt sur son personnage et puise copieusement dans « L’EXORCISTE » et le « POSSESSION » de Zulawski. Manquant de présence, de regard, l’actrice se dépense sans compter, sorte de morphing entre Isabelle Adjani et Linda Blair, mais ne parvient pas à donner d’épaisseur à son rôle et plombe le film déjà très lent. Autour d’elle, Nicholas Hoult joue son pâle époux constamment en transes, Willem Dafoe est un émule de Van Helsing plutôt convaincant. Le parti-pris de ne jamais vraiment montrer le vampire jusqu’à la toute fin est difficile à tenir : Bill Skarsgård est absolument méconnaissable, recouvert de prothèses, la voix trafiquée, à se demander pourquoi il n’a pas été remplacé par un comte Orlok en images de synthèse ! Son Dracula (ou Orlok) est malgré tout, le plus proche de la description qu’en avait fait Bram Stoker dans son roman. Après les intrigants « THE WITCH » et « THE LIGHTHOUSE » et le très réussi « THE NORTHMAN », ce « NOSFERATU » déçoit indéniablement et donne envie de revoir le Werner Herzog ou se replonger dans l’histoire du Demeter traitée ici à la va-vite en quelques minutes. À retenter un jour, peut-être…

BILL SKARSGÅRD, LILY-ROSE DEPP ET NICHOLAS HOULT
 

« LIGHT SLEEPER » (1992)

Auteur « séminal » des années 70, Paul Schrader n’a jamais été un réalisateur exaltant. Si quelques films comme « HARDCORE » ou « LA FÉLINE » tiennent la route, « LIGHT SLEEPER » fait partie de ses œuvres « arty », languissantes, qu’on regarde sans s’impliquer, sans se passionner vraiment.

Tourné à New York, dans des décors rarement filmés au cinéma, le film suit un dealer (Willem Dafaoe), ex-junkie lui-même, qui va livrer ses produits – où plutôt ceux de sa patronne Susan Sarandon – dans des lieux huppés, à une clientèle fortunée. Il ne se remet pas de son divorce avec Dana Delany qu’il retrouve par hasard, précipitant sans le vouloir, la chute de la jeune femme. Tout est extrêmement lent, voire léthargique, photo et BO participent de l’inertie du film et accentuent son absence d’énergie interne. Le scénario est relâché, sans colonne vertébrale, ne s’accélérant (un peu) que dans son dernier quart, quand il est déjà trop tard. Dafoe, omniprésent, pâle et émacié, promène son étrange visage et son corps noueux dans Big Apple, l’air absent et déprimé. Sarandon surjoue un peu dans un rôle mal défini, on aperçoit d’excellentes actrices comme Mary Beth Hurt en voyante et Jane Adams dans des personnages peu développés. Et on reconnaît un tout jeune Sam Rockwell dans un rôle éphémère de dealer. On ne sait trop que dire au sujet de « LIGHT SLEEPER », pensum assez prétentieux qui prend très au sérieux une histoire dépourvue de nerf. Le showdown final dans une chambre d’hôtel fait évidemment penser à « TAXI DRIVER » écrit par Schrader, mais sans aucune comparaison possible. À voir éventuellement pour le fan irréductible de Dafoe, pour les cheveux courts de la jolie Dana Delany et pour quelques extérieurs inédits. Mais c’est franchement tout…

MARY BETH HURT, WILLEM DAFOE, DANA DELANY ET SUSAN SARANDON
 
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AUJOURD’HUI, IL FÊTE SES 70 ANS !

 
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Publié par le 22 juillet 2025 dans ANNIVERSAIRES, LES FILMS DE WILLEM DAFOE

 

« LA PORTE DU PARADIS » (1980)

Écrit et réalisé par Michael Cimino, « LA PORTE DU PARADIS » est aujourd’hui l’exemple-type du film maudit, mal-aimé, jamais reconnu à sa juste valeur. Et, malgré la gigantesque ambition du projet, on peut comprendre pourquoi : une vision réaliste des fondations de l’Amérique moderne bâtie sur un génocide (un second, celui des migrants), une durée hors-norme, un pessimisme plombant.

À le revoir tant d’années après, on réalise immédiatement l’ampleur du film, sorte de roman-fleuve à la Tolstoï qui embrasse à la fois un triangle amoureux, l’Histoire d’un pays pas toujours reluisante et une guerre ignominieuse qui vire au carnage pur et simple. Qu’on adhère ou non à cette vision, on est terrassé par la beauté des extérieurs, par une des plus belles reconstitutions historiques du 7ème Art, par la photo de Vilmos Szigmond transcendée par la sublime BO de David Mansfield. Bien sûr, la plupart des scènes dure deux ou trois fois le temps nécessaire, ce qui peut être insupportable pour certains, mais cela ancre le récit dans son époque et va au fond de la psychologie des protagonistes. Kris Kristofferson, le visage creusé, vieilli avant l’âge, trouve son plus beau rôle en grand bourgeois idéaliste confronté aux réalités du monde, mélange de cynisme et de naïveté, d’héroïsme et de désenchantement. Isabelle Huppert est très bien en prostituée pragmatique et enfantine, Christopher Walken complète le triangle en tueur angélique. Dans une énorme distribution, on reconnaît les jeunes Mickey Rourke, Anna Thomson, Brad Dourif, quelques vétérans tels que Joseph Cotten. Et Jeff Bridges et John Hurt (qui a la plus belle réplique du film : « On ne va quand même pas tous les tuer ! Ce ne sont pas des Indiens ! ») magnifiques tous les deux. Sam Waterston, main armée du capitalisme, est un des plus haïssables méchants de mémoire de cinéphile. Le film dure presque 4 heures, on mentirait en disant qu’on ne les sent pas passer, mais des séquences comme le bal en patins à roulettes au son du violon ou la bataille de Johnson County suffisent à qualifier « LA PORTE DU PARADIS » de chef-d’œuvre. Imparfait certes, mais chef-d’œuvre tout de même.

ISABELLE HUPPERT, KRIS KRISTOFFERSON ET CHRISTOPHER WALKEN
 

« AFFLICTION » (1997)

Écrit et réalisé par Paul Schrader d’après un roman de Russell Banks, « AFFLICTION » est l’étude psychologique d’un shérif-adjoint (Nick Nolte) traumatisé par son enfance, rejeté par sa famille, qui sombre peu à peu dans la paranoïa, s’inventant un meurtre à résoudre et déclenchant la tourmente dans sa petite ville.

Tourné au Canada, mais situé dans le New Hampshire, le film se déroule entièrement dans la neige, plombé par une photo triste à mourir, qui dépeint la lente dégradation de ce brave type maladroit, taraudé par une rage de dents. Il est encore confronté à ce père (James Coburn) qui le battait et l’humiliait constamment. Le travail de Nolte est absolument admirable : vêtu comme un sac, la démarche biaisée, le regard d’un enfant perdu, il est émouvant sans jamais cesser d’être inquiétant puisqu’on redoute depuis le début, le moment où il va basculer dans la violence. Face à lui, dans un rôle qui lui valut l’Oscar, Coburn à contremploi joue un horrible macho alcoolique, un personnage qu’on dirait écrit pour Lee Marvin, mais que Coburn incarne avec une présence écrasante. À leurs côtés, Sissy Spacek est superbe en gentille serveuse amoureuse de Nolte, qu’elle n’arrivera pas à sauver de lui-même et Willem Dafoe dans un rôle assez effacé de frère cadet « fouteur de merde », dont les délires vont pousser son aîné jusqu’au crime. Du bien beau monde réuni pour une œuvre austère, cafardeuse et désespérée, qui confronte le mâle américain à ses fantasmes de virilité, dissimulant généralement une grande faiblesse voire une totale détresse dès que les masques tombent. Un film un peu languissant, pas spécialement attractif, qui vaut surtout le coup d’œil pour Nolte dont c’est un des meilleurs rôles et un Coburn de 69 ans qui trouve in extremis un personnage à sa mesure de grand acteur trop souvent galvaudé.

NICK NOLTE, JAMES COBURN ET SISSY SPACEK
 

« LE PATIENT ANGLAIS » (1996)

Écrit et réalisé par Anthony Minghella, « LE PATIENT ANGLAIS » reste, encore aujourd’hui, auréolé de ses 9 Oscars et d’une flatteuse réputation. Cela se veut une fresque historique mêlant la guerre 39-45 à une love story mélodramatique à souhait.

Mais, même si Minghella ne manquait pas de talent, n’est pas David Lean qui veut. Et si tous les ingrédients sont bien là, le film manque de quelque chose d’essentiel et pourtant difficile à déterminer avec précision. Narré en flash-backs, alors qu’un grand brûlé (Ralph Fiennes) raconte sa vie à une gentille infirmière (Juliette Binoche) en 1944, le scénario se déroule sur deux époques en parallèle sans qu’une histoire ne soit plus palpitante que l’autre. C’est extrêmement bien fait, soigné à tous niveaux, mais à l’arrivée on n’en retient que cet adultère pas spécialement émouvant. Peut-être est-ce dû aux deux acteurs principaux, Fiennes et Kristin Scott Thomas, bien qu’ils soient très avantagés par la photo, sont aussi froids et en retrait l’un que l’autre. Ils dégagent peu d’émotion et encore moins de sensualité. Aussi, on se rabat sur Binoche et son amourette avec un soldat Sikh (Naveen Andrews) qui sont au moins sympathiques. À leurs côtés, Willem Dafoe est très bien en espion aux pouces mutilés et Colin Firth écope du rôle ingrat du mari cocu qui ronge son frein. Il faut aussi mentionner que le film dure pas loin de 3 heures et que c’est vraiment injustifié. On sent peser chaque minute dans le dernier tiers. Chaque opinion sur une œuvre est personnelle et subjective et parfois, il arrive qu’on n’accroche pas du tout à un film estimable et estimé par la majorité. Chaque argument contre « LE PATIENT ANGLAIS » pourra probablement être contré par des admirateurs plus sensibles aux comédiens, aux histoires d’amour contrariées par la guerre. Donc à chacun de se faire une opinion !

KRISTIN SCOTT THOMAS, JULIETTE BINOCHE ET RALPH FIENNES
 

« SABLES MORTELS » (1992)

« SABLES MORTELS » de l’Australien Roger Donaldson, capable du pire comme du meilleur, se voudrait apparemment un remake de « PROFESSION : REPORTER » d’Antonioni, à la sauce film noir mâtiné de western. C’était, disons, le projet de départ.

À l’arrivée, on a droit à un polar désertique, au scénario flasque et confus, aux personnages sans la moindre épaisseur et à l’esthétique désuète de publicité pour voitures. En deux mots, un shérif-adjoint du Nouveau Mexique (Willem Dafoe) endosse l’identité d’un homme trouvé mort au milieu de nulle part avec 500 000 $ en sa possession, espérant ainsi remonter jusqu’à ses assassins. Il se retrouve au cœur d’une guéguerre entre le FBI et la CIA. Si les premières minutes du film sont assez prometteuses avec la belle photo lumineuse de Peter Menzies, la suite s’embourbe rapidement dans des tunnels de dialogue sans intérêt entre trafiquants d’armes, femmes hystériques ou vaguement fatales et un individu trouble, campé par un Mickey Rourke physiquement encore reconnaissable. Que dire ? L’ennui est un péché mortel dans ce genre de thriller tiraillé entre plusieurs influences, et il est hélas, omniprésent. Comment se passionner pour Dafoe, « héros » naïf et incompétent, au jeu primesautier ? Comment ne pas sourire à sa scène hot sous la douche avec une Mary Elizabeth Mastrantonio folle d’amour pour lui, au cabotinage peu compréhensible de Samuel L. Jackson en ripou du FBI et moulin-à-paroles ou M. Emmet Walsh plus cradingue que jamais en légiste cauteleux ? On note que trois comédiens connus comme Mimi Rogers (jouant l’épouse de Dafoe), John P. Ryan et Fred Dalton Thompson apparaissent dans des rôles secondaires sans être mentionnés au générique. Fâchés d’avoir vu leur travail disparaître au montage ? « SABLES MORTELS » mérite, même s’il un peu facile de dire cela, son titre français. Antonioni peut dormir sur ses deux oreilles…

WILLEM DAFOE, SAMUEL L. JACKSON ET MICKEY ROURKE
 

« BROOKLYN AFFAIRS » (2019)

Écrit et réalisé par Edward Norton, d’après un roman de Jonathan Lethem, « BROOKLYN AFFAIRS » (c’est le titre français !) est un copieux polar de 141 minutes situé à New York dans les années 50 et plongeant dans d’énormes magouilles immobilières sur fond de racisme.

Le privé Bruce Willis a jadis adopté quatre orphelins (Norton, Bobby Cannavale, Ethan Suplee et Dallas Roberts) qu’il a formés pour en faire ses associés. Quand il est assassiné, Norton décide d’enquêter, handicapé par le syndrome de la Tourette qui lui fait dire et faire des choses déconcertantes aux plus mauvais moments. C’est la seule originalité de ce film qui se place dans la lignée de « CHINATOWN » sans en avoir la grâce ni l’ambiguïté. C’est néanmoins très bien confectionné, photo et décors sont irréprochables et la distribution est excellente. Mais c’est terriblement bavard, le scénario patauge souvent dans la redondance et les coups de théâtre mal amenés. C’est la prestation de Norton, acteur généralement décevant ces dernières années, qui cimente le film et maintient l’intérêt. Brave type naïf et solitaire, il passe pour un débile mental alors qu’il est un remarquable détective. Il trace sa route en prenant pas mal de coups et de rebuffades. Autour de lui, outre sa « famille » reconstituée, assez originale, on retrouve Alec Baldwin en promoteur ripou, Willem Dafoe jouant son frère visionnaire, Gugu Mbatha-Raw émouvante et la toujours parfaite Cherry Jones. L’apparition fantomatique de Willis au début, trahit déjà le mal qui lui fera abandonner sa carrière. « BROOKLYN AFFAIRS » se laisse regarder avec un certain plaisir, ne serait-ce que pour son ambiance rétro mais, à cause de sa lenteur constante, finit par devenir soporifique.

EDWARD NORTON, BRUCE WILLIS, WILLEM DAFOE ET GUGU MBATHA-RAW
 

« THE CARD COUNTER » (2021)

Écrit et réalisé par un Paul Schrader de 74 ans, « THE CARD COUNTER » apparaît peu à peu comme un remake caché de « TAXI DRIVER » déjà écrit par Schrader pour Martin Scorsese qui produit par ailleurs le présent film.

Comme Travis Bickle revenait du Vietnam, Oscar Isaac est un ancien « interrogateur » de l’armée, formé à la torture, qui revient complètement « cramé » de la guerre pour purger huit ans de prison à la place de son supérieur Willem Dafoe. À sa sortie, Isaac devient un joueur de poker professionnel, solitaire et maniaque. Il va croiser la route du jeune paumé Tye Sheridan, qu’il va tenter de sauver à tout prix, comme le fit Bickle en son temps, avec la prostituée jouée par Jodie Foster. Les parallèles sont légion, mais le traitement n’a rien à voir. L’auteur décrit une Amérique lugubre, triste à pleurer, les casinos semblent à moitié désertés, les chambres de motel ressemblent à des cellules monastiques. Seule la voix off du protagoniste permet de deviner sa véritable personnalité et son ardent désir de rédemption pour les atrocités commises « là-bas ». Isaac, décidément un des très grands de sa génération, est magnifique dans ce rôle de zombie qui vit « sous le radar », rongé par ses péchés. Il habite complètement le film. Sa relation avec Tiffany Haddish, sorte d’impresario pour gamblers, est délicatement dépeinte, avec finesse et loin de tout cliché. Les seconds rôles occupent l’arrière-plan. Mais le cœur de ce « CARD COUNTER » demeure la prestation d’Oscar Isaac, cheveux plaqués, regard vacant, laissant constamment planer une sensation diffuse de violence rentrée, de danger. Ainsi, la séquence où il amène Sheridan dans sa chambre de motel pour lui proposer un deal, est-elle franchement stressante. Austère, dépouillé au maximum, froid et dépourvu de sentimentalisme, « THE CARD COUNTER » n’est certes pas une œuvre tous-publics, mais il mérite d’être découvert.

OSCAR ISAAC, TIFFANY HADDISH ET WILLEM DAFOE
 

« LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST » (1988)

Adapté de l’œuvre philosophique et polémique de Nikos Katzantzakis par Paul Schrader et réalisé par Martin Scorsese, « LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST » a surtout laissé le souvenir du scandale et des levées de boucliers qu’il a suscités à sa sortie, occultant jusqu’au souvenir du film lui-même.

Qu’en est-il aujourd’hui, à tête reposée, dirons-nous ? Dès le début, on est frappé par l’approche terre-à-terre et humaine du Christ (Willem Dafoe), qui refuse d’être le messie. Il est pétri de doutes et se punit jusqu’au masochisme, allant jusqu’à fabriquer les croix destinées aux suppliciés des Romains. Pas vraiment l’image véhiculée par les superproductions hollywoodiennes du genre « LA PLUS GRANDE HISTOIRE JAMAIS CONTÉE » ou « LE ROI DES ROIS » ! Les événements connus de tous, croyants ou non, sont revisités d’un œil neuf, dans un contexte historique aussi âpre que crédible. Le choc véritable provient de la dernière demi-heure où un ange vient sauver Jésus de la croix et l’accompagne tout au long d’une existence normale et paisible, où il se marie, élève des enfants et devient un vieillard comblé. Jusqu’à la révélation finale, stupéfiante et bouleversante, qui justifie le film tout entier. Dafoe est un Jésus déconcertant, exalté, hésitant. C’est Judas (Harvey Keitel dans un de ses meilleurs rôles) qui est l’homme fort, celui qui – paradoxalement – sera fidèle jusqu’au bout. Barbara Hershey est une Marie-Madeleine tatouée saisissante, particulièrement dans la scène perturbante où des dizaines d’hommes font antichambre avant de passer dans son lit. On aperçoit de bons acteurs comme Verna Bloom, Harry Dean Stanton, Victor Argo et même David Bowie en Ponce-Pilate. La photo de Michael Ballhaus est cristalline et la BO de Peter Gabriel, très présente, immerge totalement dans un espace-temps dépaysant. « LA DERNIÈRE TENTATION… » est un film sur le doute, sur le sacrifice, la trahison, la foi et sur beaucoup d’autres choses fondamentales. Long et narré en ellipses, le film n’est pas exempt d’émotion. À redécouvrir.

WILLEM DAFOE, BARBARA HERSHEY ET HARVEY KEITEL