« LAWRENCE D’ARABIE » de David Lean, basé sur la vie du colonel T.E. Lawrence (1888-1935), un soldat exalté, fasciné par le désert et les peuplades arabes, qui parvint à unifier les tribus rivales contre les Turcs, avant que son rêve d’indépendance ne se délite.
Au-delà du très grand spectacle que réussit Lean et qui n’a pas pris une ride, des paysages arides de Jordanie et d’enjeux politiques clairement établis, c’est le portrait d’un homme qui fait tout le prix du film, encore aujourd’hui. Peter O’Toole – alors presque débutant – a quatre heures pour développer tous les aspects, même les moins ragoûtants, de son personnage. Charismatique et mégalomane, intelligent et malsain, humaniste mais capable d’atroces cruautés, on voit ce messie autoproclamé grimper au sommet de la gloire, avant qu’un événement ne vienne tout faire basculer. En effet, « El Aurens » comme l’appellent ses amis arabes, est capturé et violé (c’est bien sûr, suggéré, mais tout de même très explicite) par un général turc (José Ferrer). Le leader tombe alors de son piédestal et c’est, complètement déséquilibré, et mentalement instable, qu’il achève son épopée dans le carnage et l’échec. Le travail de l’acteur est réellement prodigieux, laissant filtrer toutes ses ambiguïtés, ses failles et sa folie de plus en plus dévastatrice. O’Toole qui domine le film de plusieurs têtes, est très bien entouré par Omar Sharif en prince loyal mais lucide, Claude Rains en politicien cynique, Arthur Kennedy en reporter yankee, Alec Guinness en roi et Anthony Quinn en ruffian hélas, affublé d’un faux nez aquilin absurde et inutile. Monument du cinéma anglais et du 7ème Art, plus largement, « LAWRENCE D’ARABIE » est et demeure un chef-d’œuvre, d’autant plus fascinant qu’il ne comporte pratiquement aucun protagoniste sympathique ! Enfin, une mention à la BO mythique de Maurice Jarre.
À noter : comme c’était une convention à l’époque, la distribution à l’exception de Sharif, ne compte que des non-Arabes très maquillés, pour tenir les rôles pourtant cruciaux des chefs de tribus et des soldats. Par ailleurs, on ne trouve pas la moindre femme dans la distribution !