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Archives de Catégorie: LES FILMS DE WOODY ALLEN

« COUP DE CHANCE » (2023)

Écrit et réalisé par Woody Allen qui signe là son 54ème long-métrage, « COUP DE CHANCE » est une production française tournée à Paris, dans la langue de Molière. Du moins un Molière traduit de l’anglais et qui se serait quelque peu « lost in translation ».

De quoi s’agit-il ? D’une vague histoire d’adultère dans un milieu de nantis snobs et creux, qui vire au drame policier comme Allen l’a souvent fait par le passé, qu’il s’agisse de « CRIMES ET DÉLITS » ou « LE RÊVE DE CASSANDRE ». Peut-il encore apporter du sang neuf à son univers obsessionnel à 87 ans, le renouveler un tant soit peu ? La relocalisation française modifie considérablement la donne, c’est certain, mais pas forcément pour le mieux. Les comédiens, tous aussi impavides et inintelligibles les uns que les autres, débitent un dialogue d’une incroyable platitude, l’humour est totalement absent, malgré les efforts de Valérie Lemercier en belle-mère fouineuse. Mais que les personnages sont stupides ! Que leurs préoccupations semblent déconnectées du monde d’aujourd’hui… Nul n’a envie de « dézinguer » un film de Woody Allen, dont la ténacité force le respect, aussi oubliera-t-on ce faux-pas incompréhensible qui réduit Paris au seul 8ème arrondissement et les rôles secondaires à de grossières caricatures (on pense à l’homme de main au physique de gorille). Un point positif, au moins ? La photo, encore une fois magnifique, de Vittorio Storaro, 84 ans, qui joue de la juxtaposition des couleurs froides et chaudes avec une maestria aussi discrète qu’impressionnante. On notera que les protagonistes (Lou de Laâge et Niels Schneider) mentionnent fréquemment leur jeunesse passée à New York, comme si l’auteur cherchait à se raccrocher par n’importe quel moyen à un monde qu’il connaît bien. Ici, tel un poisson hors de l’eau, il n’est plus que l’ombre de lui-même.

 

« UN JOUR DE PLUIE À NEW YORK » (2019)

« UN JOUR DE PLUIE À NEW YORK » marque le retour de Woody Allen dans son Manhattan adoré. Il se téléporte cette fois dans la peau d’un étudiant de 20 ans, issu d’une famille riche, qui profite d’un séjour de sa fiancée (Elle Fanning) à New York, pour lui faire découvrir la ville. Mais les choses ne vont pas du tout se passer selon ses prévisions.

Le film est charmant, léger, on reconnaît la griffe de l’auteur à chaque plan de la ville, chaque choix musical et, surtout, dans la voix off qui renvoie à ses classiques des seventies. Timothée Chalamet, jeune homme excentrique, passéiste, ado attardé, va profiter de ce retour aux sources pour ouvrir les yeux sur sa copine, gourde inculte décervelée qu’il portait jusque-là aux nues, il va découvrir la véritable personnalité de sa mère qu’il haïssait depuis toujours (Cherry Jones) et retrouver Selena Gomez, qui l’aime en secret depuis l’enfance. Un parcours initiatique drolatique, abrasif, qui évoque « ANNIE HALL » ou « MANHATTAN » sans en avoir la rigueur, ni l’originalité. C’est pourtant bien plaisant à regarder et le regard de Woody n’a rien perdu de son acuité. La photo de Vittorio Storaro est douce et nostalgique et la distribution au top : Liev Schreiber parfait en réalisateur « maudit » pénible et égotique, Jude Law totalement méconnaissable en scénariste, Gomez irrésistible en gamine insolente et surtout Cherry Jones qui révèle son passé à son fils dans la meilleure scène du film : brillante ! « UN JOUR DE PLUIE À NEW YORK » ne s’inscrira certainement pas dans les œuvres majeures du cinéaste, mais on a plaisir à retrouver ses anciennes thématiques, sa ville si souvent filmée jadis et sa vision du monde du cinéma ou des snobs new-yorkais.

TIMOTHÉE CHALAMET, ELLE FANNING, CHERRY JONES ET SELENA GOMEZ
 

« RIFKIN’S FESTIVAL » (2019)

Écrit et réalisé par Woody Allen, produit par l’Espagne, « RIFKIN’S FESTIVAL » se déroule entièrement pendant le festival de cinéma de San Sebastian.

Wallace Shawn, ex-prof de cinéma passéiste, accompagne sa femme (Gina Gershon) là-bas. Elle est attachée de presse d’un réalisateur français (Louis Garrel) imbu de lui-même, dont elle tombe amoureuse. Notre triste héros fait des rêves de cinéphile et rencontre une doctoresse (Elena Anaya) qui éclaire son séjour. Le scénario est simple d’apparence, le dialogue est spirituel, mais le film traite de choses graves : Rifkin est une sorte de Woody Allen qui aurait raté sa carrière, il arrive à un âge où une nouvelle histoire d’amour n’est même plus envisageable. Doppelgänger de son réalisateur (c’est leur 6ème film ensemble), Shawn avec son physique de lutin, porte le film sur les épaules. Drôle, poignant, ridicule et désemparé, il apporte une formidable humanité au film tout entier. Allen retrouve le mood de « STARDUST MEMORIES », il rend des hommages directs à ses maîtres de cinéma : des séquences sont filmées à la manière de Bergman, Godard, Fellini, Welles et… Lelouch. Et à la fin, il confronte la Mort (Christoph Waltz hilarant) devant un jeu d’échecs. C’est délectable, nostalgique, la photo de Vittorio Storaro est stylisée, les couleurs sont poussées à fond et l’ambiance aussi gaie que le fond est triste. Garrel compose un personnage tête-à-claques très réussi, Anaya est absolument charmante et Sergi López désopilant en « artiste » parasite et ringard. « RIFKIN’S FESTIVAL » est pour Allen un retour à ses préoccupations des années 70 et 80, une œuvre sans prétention, solaire et nostalgique signée par un octogénaire qui – malgré une vie privée agitée – n’a jamais cessé d’aimer les femmes. À savourer.

WALLACE SHAWN, GINA GERSHON, LOUIS GARREL ET ELENA ANAYA
 

« CRISIS IN SIX SCENES » (2016)

Écrit et réalisé par Woody Allen, produit par Amazon Prime, « CRISIS IN SIX SCENES », s’il est présenté comme une minisérie de 6×26 minutes, n’est en fait qu’un long-métrage de deux heures et quelques, arbitrairement saucissonné.

Le premier plaisir est de retrouver Woody lui-même dans le rôle principal et dans son emploi préféré d’hypocondriaque, moulin à paroles, pleutre et sympathique. À 81 ans, il tient encore la forme. Le second c’est de voir se reformer son couple si bien assorti avec Elaine May, 84 ans, qui faisait déjà des étincelles dans « ESCROCS MAIS PAS TROP » en 2000. Ils forment un duo touchant, physiquement fragile, qui évoque celui de « MEURTRE MYSTÉRIEUX À MANHATTAN », où l’épouse entraînait son mari pantouflard dans une aventure périlleuse. L’action se déroule dans les années 60, une activiste dangereuse (Miley Cyrus) en cavale, se réfugie dans la maison du vieux couple parce qu’elle connaît la femme de longue date. Celle-ci accepte de l’héberger, au grand dam de son mari terrorisé. Au fil des épisodes, la jeune femme va chambouler la petite existence pépère des deux seniors et même de leur entourage, les transformant en révolutionnaires en puissance. L’idée est bonne, le scénario est clairement étiré et ne trouve jamais sa juste vitesse de croisière, mais le plaisir de retrouver Woody Allen tel qu’en lui-même, suffit à rendre patient et indulgent. L’avant-dernier épisode, montrant le couple transportant une valise pleine d’argent cubain dans New York est savoureux et bien rythmé, le dernier, évident hommage aux Marx brothers, est lui aussi délectable. Dans une distribution homogène, on reconnaît Michael Rapaport dans un petit rôle de flic qui prend Woody pour l’auteur J.D. Salinger et on aperçoit Gad Elmaleh, un peu incongru dans cet univers. « CRISIS IN SIX SCENES » ne fait certes pas partie des grandes réussites récentes de l’auteur, mais on est tout de même bien content de le revoir, comme un vieil oncle dont on n’avait pas de nouvelles depuis longtemps.

WOODY ALLEN, MILEY CYRUS ET ELAINE MAY
 

« ALICE » (1990)

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MIA FARROW ET JOE MANTEGNA

« ALICE » est, avec « LA ROSE POURPRE DU CAIRE », le seul des treize films que Woody Allen tourna avec Mia Farrow, qui soit entièrement focalisé sur elle et son personnage. Il réutilise paresseusement les ressors dramatiques de « UNE AUTRE FEMME » pour suivre cette grande bourgeoise oisive de 40 ans, à l’heure des premiers bilans.ALICE.jpg

Pour ce faire, il adopte un ton de fable poétique, fait appel à la magie et au rêve, et suit pas à pas la prise de conscience de cette ‘Alice’ que – à notre vif regret – on a beaucoup de mal à trouver passionnante. Il faut dire que l’actrice elle-même peine à porter tout un film sur les épaules. Avec son  jeu monocorde, sa voix sempiternellement larmoyante, elle s’avère bien plus agaçante qu’émouvante et son parcours, qui s’achève par une rencontre (heureusement hors du champ de la caméra !) avec… Mère Teresa relève de la niaiserie la plus consternante. C’est du tout petit Woody Allen donc, avec bien sûr quelques pépites à déguster, comme les sentences de ce vieil acupuncteur chinois (Keye Luke) ou les fugitives apparitions de visages familiers comme Judy Davis, Julie Kavner, Bob Balaban ou Blythe Danner, ainsi que de Joe Mantegna, Alec Baldwin, William Hurt, de la toujours drôle Bernadette Peters et de Cybill Shepherd. Aucun ne parvient à trouver un rôle substantiel, tant Mia Farrow occupe le devant de la scène. Probablement un acte d’amour de la part de Woody, mais pas forcément très productif. À l’instar de « LA ROSE POURPRE… », « ALICE » est un Woody Allen fait pour ceux qui généralement, n’aiment pas Woody Allen. La gentillesse sucrée, la naïveté ostentatoire, les leçons de morale et la poésie affichée, n’ont jamais été le fort de l’homme de Manhattan. À moins… À moins qu’il n’y ait un soupçon de moquerie envers Mia (il est précisé que sa mère est « une actrice de troisième zone »)  et qu’Alice ne soit qu’une transposition pas forcément très charitable de la comédienne elle-même ? On préfèrerait cette interprétation-là, à dire vrai !

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DIANE SALINGER, WILLIAM HURT, MIA FARROW ET BERNADETTE PETERS

 

« LE PRÊTE-NOM » (1976)

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WOODY ALLEN

Tourné juste avant que Woody Allen n’entre dans la cour des grands réalisateurs avec « ANNIE HALL », « LE PRÊTE-NOM » de Martin Ritt lui donne sans conteste l’occasion de faire sa plus belle prestation en tant que comédien uniquement.front

Conçu et interprété par des rescapés du maccarthisme (Ritt, le scénariste Walter Bernstein, les acteurs Herschel Bernardi et Zero Mostel), c’est une œuvre engagée et intelligemment écrite, qui relate une des plus sombres périodes de l’Histoire américaine, via un personnage de pauvre type qui accepte de servir de façade à plusieurs auteurs blacklistés lors de la chasse aux sorcières, dont il signe les scénarios contre un joli pourcentage. Le film évite le didactisme et le prêchi-prêcha en se focalisant sur ce ‘Howard Prince’ et sa très progressive prise de conscience qui l’amène à devenir un citoyen courageux face à l’obscurantisme. C’est sobrement réalisé, joliment photographié par Michael Chapman, mais les choses sont dites telles qu’elles doivent l’être et on ressort du visionnage avec un arrière-goût assez désagréable. Autour d’un Woody pareil à lui-même, mais fermement dirigé et apportant à son jeu des nuances jusque-là inédites, de bons acteurs comme Michael Murphy jouant son ami d’enfance, la belle Andrea Marcovicci et surtout Zero Mostel insupportable et bouleversant en vieux cabotin prêt à n’importe quoi pour retrouver du travail. Ses face-à-face avec Allen sont magnifiques et sa dernière apparition est le plus beau moment du film. « LE PRÊTE-NOM » est un film puissant, qui respire le vécu et le désir irrépressible de régler de vieux comptes avec l’Amérique. Une œuvre parfaitement aboutie qui parvient à indigner, à faire sourire, à faire pleurer, sans jamais rien édulcorer. Une des grandes réussites de Martin Ritt.

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WOODY ALLEN, ZERO MOSTEL ET ANDREA MARCOVICCI

 

« BANANAS » (1971)

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WOODY ALLEN

« BANANAS » est le second long-métrage réalisé par Woody Allen. On y retrouve son attirance pour le slapstick (son combat permanent contre les machines, sa maladresse maladive) et un goût de l’absurde bien canalisé.bananas

Le scénario suit sa propre logique et narre le destin d’un new-yorkais qui, après une déception amoureuse s’en va pour l’île (imaginaire) sud-américaine de San Marcos, se fait enrôler parmi les rebelles en lutte contre la dictature, jusqu’à devenir lui-même le président après avoir éliminé tous ses ennemis. De retour aux U.S.A., il est jugé, relâché et retrouve sa petite amie (Louise Lasser). Oui, c’est n’importe quoi, mais sur cette trame très relâchée, Allen s’amuse à satiriser l’American Way of Life, la télévision de plus en plus envahissante (et en profite pour anticiper de plusieurs décennies sur la téléréalité) et à peu près tout le reste, du MLF à la technologie. Il y a à prendre et à jeter, bien sûr. C’est filmé avec les pieds, monté à la tronçonneuse, la BO de Marvin Hamlisch est souvent crispante, mais « BANANAS » se laisse regarder, parce qu’on y trouve en cherchant bien des prémices de « ANNIE HALL », des plans de New York annonçant « MANHATTAN » et parce qu’à 36 ans, l’acteur Woody Allen maîtrise déjà parfaitement sa personnalité de cinéma et que quelques plans parviennent à arracher des sourires. Peut-être pas des rires, mais des sourires ! Dans un cast sans grand éclat, Louise Lasser incarne bien la femme des années 70 filmée avec cruauté, mais aussi tendresse. Parmi de nombreuses silhouettes, on reconnaît un tout jeune Sylvester Stallone en voyou qui agresse une vieille dame dans le métro. Étonnante rencontre qui surprend et ravit. À voir, surtout pour le complétiste de l’œuvre allénienne donc, car « BANANAS » n’est tout de même que l’embryon d’un style en devenir.

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ANTHONY CASO, SYLVESTER STALLONE, WOODY ALLEN ET LOUISE LASSER

 

« LA ROSE POURPRE DU CAIRE » (1985)

roseTourné en plein dans la période de grâce des années 80 de Woody Allen, « LA ROSE POURPRE DU CAIRE » est fréquemment cité comme film préféré de sa filmo, par un vaste public.

Pourtant, à le revoir aujourd’hui, il est loin d’avoir aussi bien vieilli que d’autres opus de cette époque. Le sujet est certes charmant et poétique : pendant la grande dépression, une serveuse (Mia Farrow) échappe à sa misère en allant au cinéma. Un jour, un des personnages (Jeff Daniels) « sort » de l’écran pour la rejoindre. Et bientôt, c’est l’acteur qui l’a incarné qui débarque d’Hollywood pour convaincre son alter-ego de regagner le film ! Et tous deux tombent amoureux de la pauvre fille. Le début du film est truffé de bonnes idées, certaines tiennent sur la durée (les protagonistes du film en noir & blanc désœuvrés depuis le départ du jeune premier), d’autres tournent court (une fois Daniels lâché dans le monde réel, ça n’évolue plus beaucoup). Farrow, un peu âgée à 40 ans pour son rôle, joue sur une seule et même tonalité et le film s’enlise trop vite dans un ronron certes agréable, mais guère passionnant. Bien sûr, le message est joli : l’évasion par le rêve, l’oubli des vicissitudes du monde grâce à la fiction, etc. Mais le film – surtout pour un Woody Allen – manque de mordant, se veut trop ostensiblement naïf et candide, ce qui n’est pas vraiment le fort de l’auteur. On sent une volonté de signer une œuvre « tous-publics » qui s’est montrée payante, mais qui ne peut que décevoir les admirateurs de « UNE AUTRE FEMME » et autres « BROADWAY DANNY ROSE ». La distribution est heureusement formidable : Danny Aiello en détestable mari violent et buveur, Dianne Wiest et Glenne Headly en prostituées et beaucoup de figures familières des distributions alleniennes. « LA ROSE POURPRE DU CAIRE » est à voir pour la photo de Gordon Willis, pour son postulat de départ, pour quelques jolies situations absurdes, mais il manque de substance et de spontanéité. L’avantage d’une œuvre aussi foisonnante que celle de M. Allen, c’est qu’il y en a pour tout le monde !

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MIA FARROW, DIANNE WIEST, JEFF DANIELS ET GLENNE HEADLY

 

« LE RÊVE DE CASSANDRE » (2007)

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COLIN FARRELL ET EWAN McGREGOR

« LE RÊVE DE CASSANDRE » a tout du drame psychologique anglais bien écrit et correctement filmé, mais il serait vain d’y chercher la griffe de Woody Allen, qui se fond complètement dans son matériau – ce qui est tout à son honneur – et oublie pratiquement tout ce qui fit son style et sa marque de fabrique.rÊve

Le scénario explore – et explose dans le même temps – la thématique de la famille. Peut-on et doit-on tout faire pour elle ? Même assassiner quelqu’un si un oncle riche vous le demande pour éviter la prison ? Allen détaille minutieusement tous les états d’âme de deux frères qui acceptent de se salir les mains pour de multiples raisons plus ou moins valables. Ce réalisme dans l’évolution des sentiments permet une immersion totale dans l’histoire et une véritable identification, même si cela implique quelques redondances et pas mal de longueurs. Les deux frères (Ewan McGregor et Colin Farrell) une fois le forfait accompli, qui est loin d’être le principal intérêt du scénario, deviennent en fait comme l’incarnation de l’âme tourmentée du personnage campé par Martin Landau dans « CRIMES ET DÉLITS » : une partie craint la punition divine qui bien sûr, ne vient pas et l’autre ne demande qu’à poursuivre sur sa lancée, quitte à supprimer tout ce qui l’entrave. Le dialogue cite la tragédie grecque, mais c’est aussi à Caïn et Abel qu’on pense. Le film est grandement aidé par son casting parfait : McGregor et Farrell sont à 100% crédibles en frères. Leur relation cimente le film et crée une tension du début à la fin. Tom Wilkinson, ce magnifique et sous-estimé comédien, est remarquable dans le rôle de l’oncle, Sally Hawkins joue avec beaucoup de vitalité la fiancée de Farrell. « LE RÊVE DE CASSANDRE » est un bon suspense, qui aurait sans doute mérité un montage plus nerveux, mais les enjeux ne font que s’intensifier jusqu’au dénouement très sombre. L’idée du « meurtre nécessaire » hante en filigrane une partie de l’œuvre de Woody Allen.

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TOM WILKINSON, EWAN McGREGOR ET SALLY HAWKINS

 

« CRIMES ET DÉLITS » (1989)

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MARTIN LANDAU ET ANJELICA HUSTON

Tourné après son chef-d’œuvre « UNE AUTRE FEMME » et la délicieuse parenthèse de son sketch pour « NEW YORK STORIES », « CRIMES ET DÉLITS » s’il fait indéniablement partie des fleurons de la filmo de Woody Allen, est aussi un de ceux qui ont le moins bien passé l’épreuve du temps.CRIMES.jpg

C’est le film du désenchantement et de l’amertume, de la froide constatation de l’absence de Dieu. Le scénario suit deux destins parallèles qui ne se rejoignent qu’à la toute fin : celui de Martin Landau, grand ophtalmo forcé de faire exécuter sa maîtresse (Anjelica Huston) qui menace son confort bourgeois, et qui attend/espère ensuite une punition divine… qui ne vient pas. Et celui de Allen, médiocre documentariste, qui voit la femme qu’il aime (Mia Farrow) lui préférer un producteur riche et célèbre (Alan Alda) qu’elle tournait jusque-là en dérision. La morale n’a rien à voir avec tout cela, ni la logique hollywoodienne d’ailleurs. Woody va trop au cinéma et voit l’existence à travers ce prisme enjolivé, quant à Landau une fois admis que l’Homme est tout seul dans l’Univers, il pourra oblitérer tous ses remords à tout jamais et oublier cet « incident de parcours ». C’est intéressant, très bien développé, mais force est de reconnaître que le thème supplante trop fréquemment le récit à proprement parler, et que les personnages apparaissent comme des symboles et des porte-parole de l’auteur, plus que comme des êtres de chair et de sang. La photo douce et ténébreuse de Sven Nykvist épouse parfaitement les contours du film, et accompagne la cécité progressive du rabbin (Sam Waterston) dont la parole est de moins en moins audible. Landau trouve un des rôles de sa vie, il est magistral. Woody se répète un peu, mais ajoute à son personnage habituel quelque chose d’assez déplaisant : c’est un loser, un geignard passéiste, dont les sarcasmes finissent par se retourner contre lui. Claire Bloom et Caroline Aaron sont parfaites et on aperçoit dans des caméos Daryl Hannah, Nora Ephron ou Mercedes Ruehl. Aigre et dépourvue d’enjolivures, « CRIMES ET DÉLITS » est une œuvre affutée, mais difficile d’accès, qui dégage une certaine froideur et une désillusion globale très perturbantes.

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WOODY ALLEN, JERRY ORBACH, MARTIN LANDAU ET ALAN ALDA