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Archives de Catégorie: LES FILMS D’ALAIN DELON

« LE CHOC » (1982)

Longtemps moqué comme étant un des pires véhicules jamais tournés par Alain Delon et une des rencontres de stars au sommet les plus ratées, « LE CHOC » de Robin Davis a pris une certaine patine avec le temps et s’avère plutôt agréable, du moins dans sa première moitié.

Delon, sorte de samouraï décontracté aimant le luxe, veut se retirer de ses occupations de tueur à gages. Son boss (François Perrot) ne l’entend pas de cette oreille et tente de le faire supprimer. Vu et revu mille fois, certes, mais il règne dans ce polar coupé de toute réalité, une humeur goguenarde accentuée par la BO entêtante de Philippe Sarde et on profite d’un dialogue spirituel, dit par d’excellents seconds rôles. bien sûr, Catherine Deneuve en éleveuse de dindons mariée à un Philippe Léotard complètement hagard, n’est pas crédible une seconde, au même titre que sa love story improbable avec Delon. Bien sûr, les comédiens n’ont pas tous l’air de faire le même film. Quant aux rebondissements à répétition de la fin, jusqu’à la happy end en hélico, ils sont souvent ridicules. Mais, la nostalgie aidant, on suit jusqu’au bout cette aventure adaptée très librement d’un roman de Jean-Patrick Manchette. À 47 ans, Delon, dans une forme royale, bien photographié par Pierre-William Glenn a fière allure et prend visiblement plaisir à manier les armes. Son jeu semble plus relax et détaché que d’habitude et c’est un changement bienvenu. Stéphane Audran est excellente en ex-épouse farfelue, Perrot génial en mafieux boiteux et affable, Étienne Chicot, Jean-Louis Richard et surtout Léotard, semblent échappés d’un autre cinéma et sont en porte-à-faux. On reconnaît brièvement la belle Alexandra Stewart dans une figuration muette au début du film. « LE CHOC » ne sera jamais un bon film, c’est sûr, mais il peut aujourd’hui susciter la curiosité et une certaine indulgence.

À noter : crédité comme scénariste, Alain Delon l’est également comme coréalisateur sur la fiche du film sur IMDB.

ALAIN DELON, CATHERINE DENEUVE ET FRANÇOIS PERROT
 

« LES CENTURIONS » (1966)

« LES CENTURIONS » de Mark Robson, inspiré du roman de Jean Lartéguy, est une production américaine sur la guerre d’Algérie tournée à Almeria. Des figurants espagnols jouant les Arabes, Anthony Quinn un paysan basque devenu colonel et le Juif new-yorkais George Segal incarnant un Algérien…

C’est une infernale bouillabaisse, une Tour de Babel à peu près aussi crédible que le sera « LES BÉRETS VERTS » de John Wayne, où tout le monde s’exprime en anglais, même les comédiens français entre eux. Un des très rares films dont on recommande la VF ! Le scénario tient la route dans un mood western, mais parvient à n’être pas trop manichéen dans sa manière de traiter les ennemis sans réellement choisir un camp. Quinn campe un personnage assez trouble, ambitieux, au comportement bestial (il ne supporte pas d’être appelé « animal »), manœuvré par son subordonné l’infâme Maurice Ronet et couchant avec la veuve d’un général (Michèle Morgan) pour obtenir des médailles. Alain Delon a le rôle le plus intéressant, celui d’un jeune officier intègre, écœuré par ce qu’il voit sur le terrain. Il se retrouve face à Ronet (mais ne le tue pas, cette fois-ci !) et à sa fiancée du « GUÉPARD » Claudia Cardinale. On reconnaît des visages familiers du western italien comme Aldo Sambrell en bras-droit de Segal ou Al Mulock en soudard français. Il y a même Burt Kwouk, le Cato de l’inspecteur Clouseau en officier vietnamien dans le prologue en Indochine. « LES CENTURIONS » a visiblement bénéficié de gros moyens financiers et logistiques, mais hélas, cela n’en fait pas un bon film pour autant. On s’ennuie ferme, les interminables déplacements de véhicules dans le désert, les affrontements à grand renfort d’explosifs auraient même tendance à endormir. S’il fallait conseiller un bon film sur le sujet, ce serait plutôt « LA BATAILLE D’ALGER ».

AL MULOCK, ALAIN DELON, CLAUDIA CARDINALE, MAURICE RONET ET ANTHONY QUINN
 

« NOTRE HISTOIRE » (1984)

Écrit et réalisé par Bertrand Blier, « NOTRE HISTOIRE » est le récit d’une rupture, qui démarre de façon décousue et absurde, s’égare dans de longues dérives sans queue ni tête, pour s’achever (ATTENTION : SPOILER !) par un « tout ça n’était qu’un rêve » rassurant et aussi… un peu décevant.

La grande idée du film, c’est d’avoir confié ce rôle de pauvre type alcoolique et dépressif à un Alain Delon de 49 ans, qui piétine gaîment – façon de parler ! – son image de « grand fauve » du polar hexagonal pour incarner cette loque humaine imbibée jusqu’à l’os, qui s’accroche à une pauvre nympho provinciale qui le méprise et le rabroue cruellement. L’acteur, retrouvant son (contre)emploi du « PROFESSEUR » de Valerio Zurlini, se laisse totalement aller et atteint de grands moments d’émotion pure, même dans cet environnement délirant. On se laisse peu à peu happer par cet univers où les voisins errent dans la nuit comme des zombies en robe de chambre, où les protagonistes s’adressent directement à la caméra, où cette femme « souillée » change sans arrêt d’identité jusqu’à cette dernière séquence à la montagne, où la finalité du scénario fait enfin surface dans les vapeurs de bière, pour s’achever dans l’épilogue. C’est très long pour une idée qui ne tient en fait, que par sa conclusion, mais il se dégage un vrai charme désespéré de « NOTRE HISTOIRE », parfaitement incarné par Delon au sommet de son talent. Il est très bien entouré par Nathalie Baye dans un rôle protéiforme, Jean-Pierre Darroussin, très drôle, Michel Galabru en voisin truculent, Geneviève Fontanel excellente en épouse déçue de ce dernier, Michel Peyrelon, Sabine Haudepin, Philippe Laudenbach, Jean-François Stévenin et de nombreux autres grands seconds rôles de l’époque. Le genre de film qui ne fait, hormis la toute fin, aucune concession au grand public et pour lequel il faut s’accrocher. Mais le voyage en vaut la peine.

ALAIN DELON, NATHALIE BAYE, GENEVIÈVE FONTANEL, JEAN-PIERRE DARROUSSIN ET GÉRARD DARMON
 

« TRAITEMENT DE CHOC » (1973)

Écrit et réalisé par Alain Jessua, « TRAITEMENT DE CHOC », suspense bizarroïde s’achevant dans l’horreur, se déroule dans un centre de rajeunissement où de riches habitués viennent se faire changer les cellules.

Annie Girardot, en plein burnout (même si ça ne s’appelait pas encore ainsi à l’époque) vient faire une cure. Il y a la mer, il fait beau et elle retrouve son ami gay (Robert Hirsch), mais bientôt elle commence à se poser des questions sur la disparition du jeune personnel portugais de l’établissement. Et si Alain Delon, qui dirige l’endroit était une sorte de mélange de Dracula et du Dr. Frankenstein ? S’il prélevait les organes des pauvres émigrés pour les injecter à ses patients idolâtres ? C’est l’éternelle histoire des nantis de ce monde qui se nourrissent (littéralement, en l’occurrence) des misérables. L’idée est intrigante, assez osée même et on s’étonne de voir deux stars du calibre de Girardot et Delon dans ce qui aurait pu être une simple série B. Elle, routinière, semble un peu perdue dans ce cinéma qui n’est pas le sien et lui, apparaît relativement peu, expose généreusement son corps d’Apollon et joue les « savants fous » sans trop s’impliquer. Seul Robert Hirsch offre une prestation intéressante en homosexuel vieillissant, complètement accro à la « drogue » génique du bon docteur. Le film est trop linéaire, trop simple dans son déroulement (on a compris le fin-mot de l’histoire bien avant son héroïne), plombé par un dialogue d’une grande platitude, manquant totalement d’humour ou de finesse. Sans parler de la BO – également due à Jessua – aux accents ethniques rapidement pénibles. Un film malgré tout estimable dans le cadre du cinéma hexagonal de l’époque, qui nécessite l’indulgence.

À noter : le capitaine du bateau transportant les victimes est joué par le premier assistant du film : Jacques Santi qui s’était fait connaître comme acteur avec la série télé « LES CHEVALIERS DU CIEL ».

ANNIE GIRARDOT, ROBERT HIRSCH ET ALAIN DELON
 

« UN CRIME » (1993)

Jacques Deray a tourné 9 films avec Alain Delon. Dans le lot, de l’excellent (« LA PISCINE », « FLIC STORY »), du bon (« BORSALINO » et sa sequel), du passable (« TROIS HOMMES À ABATTRE », « LE GANG ») et du désolant (« DOUCEMENT LES BASSES » et leurs deux derniers en commun : « UN CRIME » et « L’OURS EN PELUCHE »).

Inspiré d’un roman de Gilles Perrault, adapté par Jean Curtelin et… Delon lui-même, « UN CRIME » apparaît comme un téléfilm lyonnais vieillot et confiné, qui fait s’affronter dans un appartement désert un jeune homme (Manuel Blanc) à peine acquitté pour le meurtre de ses parents et son avocat (Alain Delon) à qui il avoue qu’il était réellement coupable. Point de départ point inintéressant, pour un scénario qui semble dater des années 50, un dialogue d’une platitude inouïe et une direction d’acteurs plus que flottante. Blanc et Sophie Broustal sont gauches, guère passionnants, Maxime Leroux joue les fausses-pistes, Jean-Marie Winling est un procureur et Francine Bergé une épouse patiente. Et Delon, là-dedans ? À 58 ans, légèrement alourdi, il adopte un style de jeu extrêmement déconcertant : il mouline des bras, agite ses mains, appuie tous ses effets et semble exaspéré, à cran, du début à la fin. Son long face à face avec son jeune partenaire ne dégage aucune humanité, ne génère pas d’empathie ou d’inquiétude. Pourtant, s’il l’a co-écrit, produit et interprété, on peut légitimement s’imaginer que le sujet l’intéressait. Étrange sensation qu’il s’agit pour la star des années 60 et 70 du fameux « film de trop », et pourtant Deray et lui firent encore pire l’année suivante avec « L’OURS EN PELUCHE ». Le fan inconditionnel du samouraï pourra jeter un coup d’œil curieux sur ce « UN CRIME », les autres passeront sagement leur chemin.

ALAIN DELON
 

« DEUX HOMMES DANS LA VILLE » (1973)

Écrit et réalisé par José Giovanni, « DEUX HOMMES DANS LA VILLE » est un vibrant plaidoyer pour la réforme des prisons et surtout contre la peine de mort, alors encore en vigueur.

C’est, après « MÉLODIE EN SOUS-SOL » et « LE CLAN DES SICILIENS » le 3ème et dernier film que Jean Gabin tourna avec Alain Delon (également producteur). La force et l’évidente sincérité du scénario aident à accepter les côtés manichéens, parfois caricaturaux du récit et ses personnages taillés dans la masse. Gabin, visiblement fatigué, est touchant en vieil éducateur désabusé, Delon est remarquable en voyou luttant contre ses mauvais penchants et contre la poisse qui le poursuit. Ses scènes de colère ou de perte de contrôle sont impressionnantes. Mais il faut bien avouer que les deux têtes d’affiche sont presque éclipsées par l’immense Michel Bouquet qui écope pourtant d’un rôle sans la moindre finesse : un flic besogneux et haineux qui pousse Delon à la faute et… (ATTENTION : SPOILER !) vers la guillotine. Incroyablement haïssable ! À ce propos, la dernière séquence, celle de l’exécution, est traumatisante et vaut tous les discours du monde. « DEUX HOMMES DANS LA VILLE » est tellement simpliste et mécanique, qu’on est surpris de se faire happer ainsi jusqu’à perdre tout sens critique. L’engrenage inéluctable de la seconde partie donne la chair de poule. Autour du trio de grands acteurs déjà cité, d’excellents seconds rôles : Mimsy Farmer en fiancée de Delon, Bernard Giraudeau en fils révolté de Gabin, Victor Lanoux et Gérard Depardieu en braqueurs, Maurice Barrier en juge d’instruction et Malka Ribowska en avocate qui a un belle plaidoirie enflammée pendant le procès. Du bien beau monde pour une cause noble assenée sans subtilité, certes, mais grandement efficace encore aujourd’hui. Très certainement le meilleur film du très inégal et controversé Giovanni et une interprétation viscérale d’un Delon en pleine possession de ses moyens.

JEAN GABIN, MICHEL BOUQUET, ALAIN DELON ET GÉRARD DEPARDIEU
 

« PLEIN SOLEIL » (1960)

Inspiré d’un des meilleurs romans de Patricia Highsmith, cette co-production franco-italienne réalisée par René Clément est un chef-d’œuvre inaltérable du polar psychologique pervers. Mais « PLEIN SOLEIL » est aussi la révélation d’un jeune premier de 25 ans à la présence hors du commun.

Alain Delon est un parasite engagé par un milliardaire pour lui ramener son fils (Maurice Ronet) un oisif cynique qui dilapide sa fortune en Italie avec sa maîtresse Marie Laforêt. D’abord humilié, rabaissé, traité en domestique, Delon va prendre les choses en main et révéler son vrai visage, celui d’un faussaire sociopathe à l’intelligence diabolique. Les extérieurs transalpins sont filmés avec génie par Henri Decae, la BO de Nino Rota et étrange, déconcertante. Mais c’est la confrontation Delon-Ronet (qui tourneront plusieurs fois ensemble par la suite) qui est au cœur du scénario, même si le second disparaît relativement vite. Si Ronet est un enfant gâté tête-à-claques et amoral, Delon venu d’un milieu modeste, est un prédateur au visage d’ange et au regard d’acier. Il faudra attendre « LE SAMOURAÏ » (1967) pour que l’acteur se fixe dans cet emploi. L’intuition de Clément à son égard était aussi précoce que juste. Dans un rôle plus effacé et sans profondeur, Laforêt parvient à exister, grâce à l’utilisation des extrêmes gros-plans qui magnifient son regard. Dans « PLEIN SOLEIL » les seconds rôles sont à peine esquissés, on a même droit à un caméo de Romy Schneider pendant quelques secondes, la méditerranée est extraordinairement bleue, les peaux sont bronzées et la violence éclate quand on s’y attend le moins, mortelle, fulgurante. Parfaitement maîtrisé, retrouvant le malaise généré par le livre, « PLEIN SOLEIL » véritable instantané de son époque, n’a pourtant pas pris une ride et accroche du début à la fin, jusqu’à ce dernier plan à couper le souffle.

ALAIN DELON, MAURICE RONET, MARIE LAFORÊT, BILLY KEARNS ET ROMY SCHNEIDER
 

« ALAIN DELON, UN DESTIN FRANÇAIS »

Récemment publié aux éditions Nouveau Monde, « ALAIN DELON, UN DESTIN FRANÇAIS » est signé Philippe Durant, déjà responsable des biographies de Jean-Paul Belmondo et Lino Ventura.

Sur plus de 800 pages, on voit se dérouler sous nos yeux la vie d’un homme mystérieux, violent, hanté par son enfance, usant et abusant de son pouvoir de séduction sur tous ceux qu’il croise sur sa route. L’auteur entremêle adroitement carrière et vie privée, souvent indissociables, et s’il ne s’étend pas sur ses propres opinions quant à la qualité des films, les témoignages recueillis et documents d’époque, ne laissent aucun doute sur leur valeur. C’est tellement copieux, exhaustif et minutieux, qu’on n’est pas obligé de lire l’ouvrage chronologiquement, sous peine d’essoufflement. Le parcours est impressionnant, et pas seulement dans le domaine du cinéma. Dans les années 70 le nombre de fims produits et/ou interprétés par Delon donne le vertige ! Philippe Durant n’esquive pas les aléas de la vie privée, sans trop céder à des détails intimes ou des choses qui auraient mieux fait de rester secrètes. L’homme Delon n’en ressort pas toujours grandi, n’apparaît pas toujours très sympathique, mais le choix de certains de ses rôles force le respect. On pense bien sûr à « MR. KLEIN » par exemple. Grâce à cette vue d’ensemble de son parcours, on s’étonne du nombre de projets mal emmanchés, bâclés à tous niveaux (« BIG GUNS », « LE CHOC », « L’OURS EN PELUCHE ») qui ont vu le jour sans qu’on comprenne bien pourquoi. François Truffaut, à qui Delon demandait pourquoi il ne lui proposait jamais rien, lui répondit : « Vous me faites peur ». Et, au vu de ses relations avec Jean Chapot, Edouard Niermans, de ses fâcheries avec ses « maîtres » Jean-Pierre Melville et Luchino Visconti, on peut comprendre pourquoi. C’est un livre passionnant, complet, qui n’a rien d’une hagiographie. La vie et l’œuvre d’un personnage fait de zones d’ombres, qui a plané sur le cinéma français pendant des décennies, jamais aussi populaire que son rival/alter-ego Belmondo, mais à l’arrivée, au bilan plus culotté et imprévisible. Les chapitres consacrés à la chute professionnelle et personnelle sont assez poignants. À lire.

 
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CIAO, GATTOPARDO !

 
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LA PREMIÈRE NUIT DE TRANQUILLITÉ…