« YI YI » est le dernier film écrit et réalisé par Edward Yang, une fresque intimiste tournée à Taïwan, une tranche de vie familiale de 3 heures, tournant autour du coma de la grand-mère.
Nien-Jen Wu est un père de famille effacé, un business man sans ambition, qui tombe par hasard sur son premier amour (Su-Yun Ko) devenue une riche bourgeoise. Sa femme dépressive est en cure dans une secte, sa fille adolescente connaît ses premiers émois et son fils (Jonathan Chang) de huit ans se découvre, sans le savoir, une âme d’écrivain… ou de cinéaste. L’histoire, en soi, n’a que peu d’intérêt, mais le film, pas évident à pénétrer au début, finit par dégager quelque chose de réel et de poignant. On y parle de vie gaspillée, d’amours mortes, d’illusions piétinées et d’enfance malmenée. D’argent aussi, il en est beaucoup question au fil des rencontres, même lorsque les anciens amants se retrouvent, de trahisons et de lâcheté. Bref, les composants du quotidien d’individus banals comme choisis au hasard dans la foule, par l’auteur. L’envoûtement indéniable de « YI YI » ne tient pas à son esthétique comme dans « IN THE MOOD FOR LOVE » par exemple, mais dans ses plans-séquence larges, figés comme des tableaux, souvent filmés à travers des baies vitrées, avec une omniprésence de la ville. Parmi ces nombreux personnages surnage le petit garçon autonome et curieux de tout, dont le regard innocent et intelligent, devient la clé de l’univers du film. Et la lueur d’espoir. 173 minutes originales et profondes qui méritent l’effort.