Y a-t-il de la passion dans « UNE PASSION » d’Ingmar Bergman ? Ce n’est pas ce qui saute aux yeux de prime abord. Il y a en revanche pléthore de secrets et de névroses.
Tourné dans le décor boueux et glacé de l’île de Fårö, chère au réalisateur, le film met en présence quatre personnages en perdition : un ex-repris de justice (Max Von Sydow) vivant en ermite, une veuve inconsolable (Liv Ullmann), un couple à problèmes (Bibi Andersson et Erland Josephson), qui vont se croiser, tenter de s’aimer, se décevoir, se déchirer… Sur l’île sévit une sorte de serial killer d’animaux qui massacre les bêtes de façon atroce. Mais à bien y regarder, le mari de Bibi avec sa collection de photos, n’a-t-il pas justement les manières d’un tueur en série ? Et la douce Liv n’aurait-elle pas délibérément causé l’accident qui a tué sa famille ? Rien n’est évident dans « UNE PASSION », rien n’est explicité, ni même solutionné. On devine que Bergman parle de déni, de rédemption impossible et de la violence primitive qui sommeille en chacun de nous. Mais pour ce faire, il choisit des chemins de traverse déconcertants : quand il veut parler du background de ses protagonistes, il insère carrément des interviews de ses comédiens – précédées de claps à leur nom – discutant de leurs rôles comme s’ils étaient en séance de psy ! Quant à la relation entre Ullmann et Von Sydow, qui est quand même au cœur du film, elle démarre en ellipse, de façon si abrupte et cavalière, qu’on dirait qu’il manque une bobine du métrage ! Ce n’est pas du cinéma facile d’accès, ni toujours compréhensible. C’est un maelström de sensations, de pensées fugaces. La photo de Sven Sykvist est magistrale et les extrêmes gros-plans chers au réalisateur sont d’une beauté renversante. Le casting quatre étoiles est à son maximum. Certains monologues sont hypnotiques. Il est compliqué de parler d’un film qui n’est pas conçu pour être compris dans son ensemble, mais laisse une multitude de portes ouvertes et s’achève sur une dernière phrase off absconse. À voir donc, mais surtout à ressentir.
À noter : une première version de cette chronique fut publiée sur le premier BDW en mai 2012 et rapatriée ici après remaniement.