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Archives de Catégorie: LES FILMS DE BORIS KARLOFF

« LE MASQUE D’OR » (1932)

Inspiré de la série de romans de Sax Rohmer, « LE MASQUE D’OR » de Charles Brabin (et Charles Vidor, non crédité) démontre qu’un film d’horreur des années 30 avec Boris Karloff au générique n’est pas fatalement un chef-d’œuvre.

Sur à peine plus d’une heure, le scénario relate le combat entre un groupe d’explorateurs et un mégalomane chinois (Karloff) pour la possession du sabre en or de Gengis Khan récemment exhumé. L’exotisme forcené hollywoodien frise le grand n’importe quoi, toutes les ethnies sont mélangées dans cette Chine d’Épinal burlesque, aux relents racistes. Mais si on peut encore considérer cela comme une « licence poétique » liée à l’époque où le film fut produit, ce qui est impardonnable en revanche, c’est l’ennui profond que génère le résultat, les séquences de torture totalement ridicules (la fosse aux crocodiles, les murs hérissés de pics se rapprochant, le supplice de la cloche, etc.) et la piteuse direction d’acteurs. Karloff a toujours été un bon comédien, capable de se sortir de n’importe quelle situation, aussi est-il amusant avec son maquillage asiatique, ses robes de cérémonie et son accent indéfinissable roulant les « R ». À ses côtés, la jeune Myrna Loy joue sa fille impassible. Le reste de la distribution est tellement nul qu’il provoque l’hilarité, tout spécialement Karen Morlay surjouant de façon insupportable, comme à l’époque du Muet. « LE MASQUE D’OR » n’a donc pas le cachet de ses œuvres contemporaines et manque cruellement d’une vision esthétique et… de talent, tout simplement.

BORIS KARLOFF, MYRNA LOY ET CHARLES STARRETT
 

« LA CIBLE » (1968)

Dans une Amérique secouée par l’assassinat de JFK et les meurtres du Zodiac, Peter Bodgdanovich écrit et réalise son premier film, produit par Roger Corman.

« LA CIBLE », visiblement tourné « à l’arrache » pour quelques dollars, est un étonnant petit thriller, confrontant un vieil acteur de films d’horreur (Boris Karloff) à une autre sorte d’horreur, bien concrète celle-là, celle du monde « moderne ». Le vieil homme est accidentellement confronté à un jeune serial killer ou plutôt un mass murderer qui décime sa famille avant d’aller perpétrer un massacre à L.A. Le ton semble semi-improvisé, les échanges de Karloff avec son jeune réalisateur (Bogdanovich lui-même) sont d’un naturel délectable et l’ex-monstre de l’Universal s’amuse à se moquer de lui-même (il sursaute en se voyant soudainement dans un miroir) et en rêvant d’une retraite qu’il ne prendra jamais. Le scénario est plutôt centré sur le tueur, Tim O’Kelly, un jeune homme aussi banal que sympathique, qui vit avec son épouse chez ses parents et aime à s’entraîner au tir. On le voit progressivement sombrer dans la folie meurtrière, ce qui emmène au morceau de bravoure du scénario : le carnage dans un drive-in qui passe justement « L’HALLUCINÉ » le film de Corman avec Karloff (ou plutôt Byron Orlock) et Jack Nicholson. Cette mise en abyme, fort bien gérée, finit par ressembler à un hommage très émouvant à un Karloff de 80 ans, qui allait tourner encore quelques navets avant de décéder l’année suivante. Œuvre de cinéphile nullement hermétique, « LA CIBLE » dit des choses sur la violence américaine et la fascination des armes et laisse deviner le talent encore brut, du réalisateur.

BORIS KARLOFF, TIM O’KELLY ET PETER BOGDANOVICH
 

« LE RÉCUPÉRATEUR DE CADAVRES » (1945)

Adapté d’une nouvelle de Robert Louis Stevenson, « LE RÉCUPÉRATEUR DE CADAVRES » est le 3ème film réalisé par l’ex-monteur Robert Wise qui tire le maximum d’un petit budget et d’un scénario somme toute anecdotique.

À Édimbourg au 17ème siècle, un médecin renommé (Henry Daniell) utilise les services d’un étrange cocher (Boris Karloff) afin qu’il lui fournisse des cadavres pour ses étudiants. Mais les deux hommes ont un sombre passé commun dont tire parti Karloff. Le film dure à peine 79 minutes, mais il est bien chargé en événements morbides, seul le passé des personnages, trop rapidement évoqué, demeure quelque peu obscur. Sur un très beau noir & blanc tout en pénombres, une réalisation alerte, Wise signe un efficace thriller, flirtant avec l’horreur sans y céder complètement. Le choix des vétérans du genre, Boris Karloff et Bela Lugosi, n’est certainement pas dû au hasard. Le premier est excellent en crapule efflanquée au sourire cruel, assassinant sans état d’âme pour fournir des corps frais à son ennemi de toujours, le second écope d’un petit rôle de larbin maître-chanteur qui finit sous la poigne d’acier de Boris. Le film est toutefois dominé par l’Anglais Henry Daniell, au visage tourmenté et sévère, dont on suit la lente descente aux enfers. Le jeune premier Russell Wade, disciple du médecin, n’a en revanche que très peu d’intérêt. Inspiré d’une histoire vraie de profanateurs de sépulture – Burke et Hare – survenue en Écosse, et à laquelle il est fait allusion dans le dialogue, « LE RÉCUPÉRATEUR… » se laisse regarder sans problème, malgré son scénario trop elliptique. Le final, dans la carriole sous la pluie battante, lancée dans une course folle à la mort, est remarquable.

BORIS KARLOFF, HENRY DANIELL ET BELA LUGOSI
 
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AUJOURD’HUI, IL AURAIT EU 136 ANS…

 

« LE CORBEAU » (1935)

BORIS KARLOFF

« LE CORBEAU » de Lew Landers est la seconde des sept collaborations entre les deux icônes de l’horreur des années 30 : Boris Karloff et Bela Lugosi. C’est aussi une sorte d’hommage à l’œuvre d’Edgar Poe, puisque le savant fou Lugosi est un fan absolu de l’écrivain et a transformé sa demeure en musée des horreurs, s’inspirant de ses écrits.

Chirurgien génial et mégalo, Lugosi sauve une jeune femme (Irene Ware) victime d’un accident et tombe amoureux d’elle. Mais elle est déjà fiancée, aussi le fou l’invite-t-elle chez lui avec ses proches, pour tous les tuer. En cela, il sera assisté par Karloff, tueur évadé, qu’il défigure horriblement en lui promettant de lui rendre ses traits, s’il assassine ses invités ! Un scénario simple et ramassé – le film dure à peine 60 minutes – qui vaut principalement pour les séquences de torture, bien inoffensives aujourd’hui, mais qui ont dû terroriser les foules à leur époque. Lugosi roule de la pupille, multiplie les rires déments et les œillades cruelles. La sobriété n’a jamais été sa qualité première ! Karloff s’en sort un peu mieux dans un rôle de brave type malchanceux, complexé par sa laideur (même avant son opération) et qui rêve d’être normal. L’acteur reprend de nombreux maniérisme de son personnage du monstre de Frankenstein, comme sa démarche ou ses grognements furieux, mais malgré un maquillage outrancier, il parvient à laisser filtrer une certaine émotion et donne au film tout entier un petit supplément d’âme. Les seconds rôles sont tous aussi ineptes et dépourvus d’intérêt les uns que les autres et ajoutant des instants d’humour lourdingue et hors-sujet. À voir pour Karloff donc, qui nage comme un poisson dans l’eau dans son rôle de Quasimodo manipulé.

BELA LUGOSI ET BORIS KARLOFF
 

« LE CHAT NOIR » (1934)

BORIS KARLOFF

Inspiré d’Edgar Poe, « LE CHAT NOIR » d’Edgar G. Ulmer réunit les deux stars de l’horreur d’Universal : Boris Karloff et Bela Lugosi, autrement dit le monstre de Frankenstein et Dracula.

Lugosi, un médecin, revient en Hongrie après des années de prison pendant la guerre, pour se venger suppose-t-on de Karloff qui dirigea le bagne transformé aujourd’hui en maison où il vit. Un jeune couple d’Américains partage l’affiche dans des rôles ineptes, à peu près inutiles à l’action. Et pourtant le film ne dure que… 65 minutes ! Dès le début, on comprend mal les motivations de Lugosi : retrouver sa femme qui l’aurait jadis quitté pour Karloff ? Tuer celui-ci ? Pendant les trois-quarts du film, il demeure passif, dominé par l’infâme Boris. Vêtu de beaux peignoirs de soie, celui-ci tient un rôle irrécupérable : obsédé sexuel, légèrement nécrophile sur les bords, grand prêtre sataniste, il accumule tous les défauts de la terre et semble s’amuser beaucoup à jouer les ordures intégrales. C’est lui en tout cas qui permet de suivre ce film décousu et abîmé par de nombreuses ruptures de ton absurdes (le trio de policiers comiques, par exemple totalement hors-sujet). Il a une ou deux très jolies scènes comme celle où il visite sa nécropole dans laquelle ses anciennes conquêtes momifiées se tiennent debout dans des cages en verre. Malheureusement, Lugosi n’est pas à la hauteur et son jeu a atrocement vieilli : il faut le voir glapir d’horreur, se jeter contre une vitre ou se plonger la tête dans les mains, dès qu’il aperçoit un innocent chat noir ! Même à l’époque du Muet, on hésitait à jouer ainsi. Les seconds rôles sont globalement indigents. Drôle de film donc, que ce « CHAT NOIR » visuellement élégant, bien cadré, mais dont le scénario peine à trouver une cohérence ou une raison d’être. L’alibi « Edgar Poe » ne suffit pas automatiquement à signer un bon film…

BELA LUGOSI ET BORIS KARLOFF
 

« LE CORBEAU » (1963)

Écrit par Richard Matheson d’après un poème d’Edgar Poe, « LE CORBEAU » de Roger Corman est un savoureux pastiche du « cycle Poe » de l’AIP par ses propres créateurs.

Vincent Price, magicien semi-retraité et (bien sûr) veuf inconsolable, est poussé par un collègue indélicat (Peter Lorre) à affronter dans un duel de maléfices le grand maître-sorcier Boris Karloff dans son château. Price découvrira que sa femme (Hazel Court) n’est pas défunte du tout, mais le trompe avec son vieux rival. Sur cette trame amusante, auteurs et comédiens se laissent complètement aller dans la fantaisie la plus débridée. Tout spécialement Price, qui s’autoparodie crânement, exagérant ses mimiques habituelles, se montrant maladroit (il se cogne constamment dans son télescope) et peu téméraire. Autour de lui, tout le monde est au diapason : Lorre hilarant en poivrot geignard et moyennement compétent transformé en corbeau au gré des humeurs d’un Karloff malicieux et faux-jeton. Hazel Court s’amuse énormément à jouer une garce âpre au gain et on sourit de voir un tout jeune Jack Nicholson, coiffé d’un chapeau à plumes, jouant le fils un peu nigaud de Lorre, faisant office de jeune premier. Il ne démérite pas face à ses glorieux et roublards aînés. Le fan notera que le réalisateur lui octroie, bien avant l’heure, un « Nicholson moment », quand Jack est subitement « possédé » en conduisant une calèche avec son (pas encore) fameux sourire plein de dents. « LE CORBEAU » est à voir pour ses dialogues pleins d’ironie, pour ses décors plutôt réussis dans le genre carton-pâte et pour la réunion émouvante de trois stars du fantastique vintage dont la complicité crève l’écran. On fermera donc les yeux sur le climax du film, un duel sans merci de tours de magie dont les F/X sont vraiment difficilement regardables aujourd’hui et certaines chutes de tension de temps à autres. Mais globalement, on s’amuse bien !

VINCENT PRICE, JACK NICHOLSON, OLIVER STURGESS, HAZEL COURT, BORIS KARLOFF ET PETER LORRE
 

« LA MOMIE » (1932)

BORIS KARLOFF

Produit dans la foulée des films d’horreur Universal qui avaient récemment fait la gloire de Boris Karloff, « LA MOMIE » de Karl Freund a confirmé son génie pour les rôles extrêmes, les monstres à plusieurs visages aussi effrayants que pathétiques.

Ici, il incarne Imhotep, grand prêtre égyptien enterré vivant il y a 3000 ans et ramené involontairement à la vie en 1932. Il se met alors en quête de la femme de sa vie (Zita Johann) qu’il tenta de ressusciter jadis, ce qui lui valut sa mort horrible. Il la reconnaît dans le corps d’une jeune Anglaise qu’il hypnotise à des fins dramatiques. Le scénario est très banal, surtout vu avec un regard d’aujourd’hui, mais il n’est pas ennuyeux et, si les comédiens sont globalement sans intérêt, on peut se concentrer sur le couple principal : Karloff, maigre à faire peur, le masque parcheminé (c’est le cas de le dire !), le regard incandescent et la voix d’outre-tombe. Il occupe l’écran avec une puissance écrasante, qu’il soit sous ses bandelettes ou qu’il ait retrouvé un visage à peu près humain. L’autre bonne surprise, c’est la Roumaine Zita Johann au jeu étonnamment moderne, à la beauté intemporelle, parfaitement distribuée dans ce personnage hanté par l’âme d’une de ses ancêtres. Les décors d’Égypte reconstitués en studio sont exotiques à souhait et c’est sans trop d’effort qu’on parvient à oublier la naïveté de l’histoire, le peu d’épaisseur des rôles secondaires, comme ce jeune premier fougueux mais pas bien malin ou ces vieux savants radoteurs. « LA MOMIE » accuse son âge, c’est bien normal, mais on peut le revoir avec un plaisir intact, comme on parcourt des vieilles BD jaunies oubliées au grenier.

ZITA JOHANN ET BORIS KARLOFF
 

« L’ÎLE DES MORTS » (1945)

« L’ÎLE DES MORTS » de Mark Robson est un petit film situé dans le décor unique d’une minuscule île grecque, à l’intérieur d’une maison située dans un cimetière. Nous sommes en 1912, pendant la guerre et la peste rôde.

Le scénario a peut-être du mal à tenir la distance sur 71 minutes, vu qu’il ne s’y passe concrètement pas grand-chose, mais son concept est intelligent : organiser les événements narratifs pour laisser supposer qu’il s’agit d’un film fantastique (la présence de Boris Karloff étant une garantie imparable !) montrant – ou plutôt laissant deviner – la présence d’un démon antique, le Vorvolaka cherchant à décimer les occupants de la demeure. La réalité est tout autre, comme le révélera le dénouement. Mais en utilisant tous les artifices du film d’horreur, jusqu’à la vieille folle superstitieuse (Helene Thiming), la photo dramatique de Jack McKenzie, les séquences nocturnes cauchemardesques et le vieux fantasme de l’enterré vivant, on se laisse convaincre qu’on nous raconte une bonne vieille histoire paranormale. L’idée est aussi ludique qu’ironique, et se joue des attentes du spectateur, qui en devient aussi crédule que certains des protagonistes du film. En général grec au visage hanté, un Karloff de 58 ans, compose une silhouette intéressante, les cheveux bouclés, les jambes maigres et arquées, il est la menace principale de cette aventure à huis clos, alors qu’il se voit en ultime rempart contre les forces du Mal. Autour de lui, de bons comédiens comme Ellen Drew soupçonnée d’être le démon incarné, Katherine Emery en gentille dame maladive sombrant dans la folie ou Ernst Deutsch en médecin impuissant devant la maladie. « L’ÎLE DES MORTS » a beau être très court et concis, il n’en laisse pas moins l’impression d’avoir été trop étiré, d’avoir capitalisé sur un concept pas suffisamment développé. Mais le temps qu’il dure, et malgré quelques « coups de mou », il propose un agréable spectacle.

ELLEN DREW, KATHERINE EMERY ET BORIS KARLOFF
 

« LE FANTÔME VIVANT » (1933)

BORIS KARLOFF

« LE FANTÔME VIVANT » de T. Hayes Hunter est une production anglaise, tentant de rivaliser avec les films d’horreur made-in-U.S.A. d’Universal en leur empruntant leur star Boris Karloff, pour lui concocter un rôle qui est un mélange du monstre de Frankenstein et de la Momie récemment sortis en salles.

Il faut avouer que le pari est en grande partie réussi, grâce essentiellement à la photo de Günther Krampf tout en clair-obscur – l’intégralité du film se déroule pendant la nuit – parfois à la limite du discernable. La BO et les cadrages sont également superbes et s’il fallait se montrer réticent, ce serait plutôt du côté du scénario. Le film débute à la mort d’un fameux égyptologue (Karloff) adorateur d’Osiris qui ordonne qu’on l’enterre dans un mausolée qui lui permettra à la pleine lune de ressusciter. C’est alors que se greffent une multitude de personnages, des félons d’opérette comme le notaire (Cedric Hardwicke maquillé comme au théâtre), le serviteur zélé (Ernest Thesiger qui retrouve Karloff après « LA FIANCÉE DE FRANKENSTEIN »), des héritiers téméraires, une cousine comique (Kathleen Harrison), un faux prêtre (Ralph Richardson) etc. Si certains moments sont inquiétants, d’autres frisent la pantalonnade et gâchent le plaisir. Karloff, dans son élément, n’a pas grand-chose à faire à part prendre un air halluciné. Il fait ça très bien, il faut dire qu’il a l’entraînement ! Quelques gros-plans de son visage parcheminé par le maquillage, de ses énormes sourcils, sont impressionnants. « LE FANTÔME VIVANT » n’a pas su choisir entre l’horreur et la comédie et c’est bien dommage. Comme est regrettable cette volonté de balayer tout élément paranormal à la fin, en expliquant tout de façon platement rationnelle, même la résurrection de Karloff. Comme c’est expédié en à peine une réplique, on peut supposer que c’est un changement de dernière minute, pour éviter la censure. À voir toutefois pour la photo, l’ambiance…

KATHLEEN HARRISON, HAROLD HUTH, ERNEST THESIGER ET BORIS KARLOFF