RSS

Archives de Catégorie: FILMS D’HORREUR

« SUBSTITUTION : BRING HER BACK » (2025)

« BRING HER BACK » des Australiens Danny & Michael Philippou est un des films d’horreur les plus extrêmes, les plus cinglés et malsains de ces dernières années. Un tourbillon de démence qui entraîne jusqu’aux tréfonds de l’inconscient.

À la mort de leur père, un ado (Bill Barratt) et sa demi-sœur aveugle (Sora Wong) sont confiés à Sally Hawkins, ex-assistante sociale qui vient de perdre sa fille. Mais tout part en vrille dès le début, ou presque. Dans la maison, vit aussi un jeune garçon muet (Jonah Wren Phillips) qui a tout du zombie et semble séquestré. La suite, il faut la voir, si on a le cœur bien accroché et l’âme pas trop sensible. Le scénario laisse délibérément des zones d’ombre, des questions sans réponse quant à la sorcellerie et les horreurs qui se sont déroulées dans l’endroit. De plus en plus glauque et irrespirable, le film provoque un authentique malaise et montre ses choses atroces, sans jamais céder à la série B. Hawkins est prodigieuse de malveillance et de d’hystérie, dans ce rôle qui ferait passer Norman Bates pour un enfant de chœur. Elle porte le film et la moindre de ses apparitions fait littéralement frissonner d’appréhension. Quelle actrice ! Parmi les jeunes acteurs, tous excellents, on retiendra Phillips absolument terrifiant et pathétique dans ce personnage de possédé scarifié et cannibale, toujours prêt à exploser dans le gore et la violence. « BRING HER BACK » est une œuvre unique, qui malmène et secoue et laisse le spectateur horrifié et mal à l’aise. N’est-ce pas le but ultime de tous les grands films d’horreur ?

BILL BARRATT, SALLY HAWKINS, SORA WONG ET JONAH WREN PHILLIPS
 

« THE HOUSE OF THE DEVIL » (2009)

« THE HOUSE OF THE DEVIL » est le 3ème long-métrage de Ti West, un film d’horreur au budget visiblement minuscule, tourné dans une grande maison mal éclairée et collant à son héroïne.

Il ne se passe rien avant trois bons quarts-d’heure et le scénario, qui tient en quelques lignes (une étudiante devient la proie d’une famille de satanistes pendant une éclipse de lune), se compose de très longues déambulations dans la vieille demeure, de fausses alertes. Le tout ne prend vraiment forme que lors d’un dénouement sanglant qui laisse sur sa faim. Le fameux « tout ça pour ça » ! La jeune Jocelin Donahue occupe l’écran du début à la fin, sans beaucoup de dialogues. Elle est jolie et très girl next door, comme dans un slasher, mais son personnage ne passionne pas vraiment. Autour d’elle, des visages familiers comme Tom Noonan et Mary Woronov jouant un couple infernal (au premier sens du terme), Greta Gerwig (la future réalisatrice de « BARBIE ») en bonne copine pénible. On aperçoit même Dee Wallace, au début du film, jouant un agent immobilier compréhensif. Sans argent – du moins est-ce l’impression qu’il donne -, pratiquement sans scénario, « THE HOUSE OF THE DEVIL » est exagérément étiré pour atteindre une durée réglementaire, mais grâce à son côté amateur, il demeure sympathique et se laisse voir en s’armant de patience et d’indulgence. L’accélération finale, qui arrive in extremis pour sauver les meubles, est définitivement bienvenue. À tenter…

À noter : on entrevoit un extrait de « LA NUIT DES MORTS-VIVANTS » à la télé et les gros-plans subliminaux du démon sont des clins d’œil à « L’EXORCISTE ».

JOCELIN DONAHUE, DEE WALLACE, MARY WORONOV, TOM NOONAN ET GRETA GERWIG
 

« ÉVANOUIS » (2025)

Trois ans après l’étonnant « BARBARE », l’auteur-réalisateur Zach Cregger confirme sa voix nouvelle dans l’univers de l’horreur avec « ÉVANOUIS », qui part d’un postulat pouvant évoquer Stephen King, mais qui trouve rapidement son style propre.

17 enfants ont disparu la même nuit. L’institutrice (Julia Garner) est soupçonnée mais mène sa propre enquête. Elle est aidée du père d’un de ses élèves (Josh Brolin) et découvre la présence en ville d’une sorcière (Amy Madigan) qui utilise les gens comme des missiles à tête chercheuse. Scénario dément, déconstruit en faisant sans cesse machine arrière pour adopter différents points de vue, comme un puzzle en mouvement. L’intérêt est constamment relancé par un montage efficace et surtout par la qualité du casting qui offre des rôles substantiels à d’excellents comédiens manifestement impliqués : Garner en jeune femme alcoolique et autonome, seule face à une ville entière, Brolin en père maladroit, Benedict Wong en proviseur malchanceux et Austin Abrams parfait en junkie opportuniste et insalubre. Mais c’est Madigan qui se réserve la part du lion : en sorcière dévastée par le cancer, la peau parcheminée, coiffée d’une horrible perruque rousse, elle incarne cette « mangeuse d’âmes » avec une délectation qui crève l’écran et fait froid dans le dos. Le film, par ses excès, ne manque pas d’humour et finit par faire rire de ses effets gore, de ses dérapages dans la folie pure. On ne s’ennuie pas une seconde et Cregger est définitivement un nom à suivre.

JULIA GARNER, CARY CHRISTOPHER, AMY MADIGAN ET JOSH BROLIN
 

« THE BABYSITTER » (2017)

« THE BABYSITTER » de McGee se présente comme une BD hystérique et sanglante, même si elle démarre comme une comédie pour teenagers comme en tournait Tom Cruise à ses débuts.

La trame, c’est à peu près celle de « MAMAN, J’AI RATÉ L’AVION ». Ses parents absents pour le week-end, l’ado Judah Lewis, souffre-douleur de son lycée, est gardé par Samara Weaving, baby-sitter et surtout complice au sourire enjôleur et à la silhouette de rêve. Deux jours en tête à tête avec elle semble donc constituer une belle promesse, mais la sublime blonde s’avère être une adoratrice de Satan qui fait entrer quelques disciples dans la maison pour sacrifier un innocent. C’est-à-dire Lewis ! Il faut s’accrocher au début, jusqu’à ce que la véritable nature du scénario se révèle. Là, cela décolle subitement et l’innocent devient une proie très récalcitrante et les satanistes commencent à tomber comme des mouches. C’est rapide, méchamment drôle, assez gore, les personnages sont bien dessinés, particulièrement Robbie Amell en bellâtre musculeux. Mais, bien évidemment, l’attrait n°1 c’est la baby-sitter elle-même, autrement dit Samara, qui prend visiblement grand plaisir à incarner une « bad girl » gourmande et implacable, sous ses dehors de bimbo. L’actrice dégage une folle énergie et le duo avec son jeune partenaire fonctionne à plein régime. Truffé de références très geek au cinéma et aux séries télé, « THE BABYSITTER » fait passer un excellent moment et ne laisse jamais le soufflé retomber.

ROBBIE AMELL, SAMARA WEAVING ET JUDAH LEWIS
 

« RELIC » (1997)

Héritier direct de « ALIEN » et « JURASSIC PARK », « RELIC » de Peter Hyams se déroule dans un musée de Chicago, un soir d’inauguration, alors qu’un monstre venu du Brésil sème la terreur.

Véritable bouillabaisse d’ADN d’animaux différents et même d’un être humain, la créature se nourrit de cerveaux ! Le sujet en vaut bien un autre et cela démarre d’ailleurs plutôt bien, laissant espérer une série B bien saignante et des massacres bien gore. Il y en a, bien sûr, mais – et c’est le problème principal du film – on n’y voit pratiquement rien. Hyams aurait dû virer le directeur photo après avoir visionné les premiers rushes. L’autre problème est qu’il a signé lui-même la photo de « RELIC » ! Le film s’embourbe dans une image charbonneuse du début à la fin, les sources lumineuses n’étant que le faisceau de torches électriques. Le pire étant atteint lorsque l’installation tombe en panne et… qu’on n’y voit plus rien du tout ! Conséquence, on distingue à peine les traits des comédiens. Penelope Ann Miller fait ce qu’elle peut, mais se contente de hurler la plupart du temps, Tom Sizemore joue un flic sympathique mais superstitieux, James Whitmore un vieux professeur en chaise roulante, Linda Hunt est la conservatrice du musée. Et un œil de cinéphile exercé reconnaîtra très fugitivement la belle Constance Towers (« THE NAKED KISS ») sexagénaire. Impossible de passer outre l’énorme handicap que représente cette photo sous-exposée, qui endort l’intérêt et gâche même les apparitions du monstre. Quelle idée !

TOM SIZEMORE ET PENELOPE ANN MILLER
 

« LA BÊTE TUE DE SANG FROID » (1975)

Co-écrit et réalisé par Aldo Lado, « LA BÊTE TUE DE SANG FROID » surfe sur le succès récent de « LA DERNIÈRE MAISON SUR LA GAUCHE » (1972), lui-même inspiré de « LA SOURCE » (1960) d’Ingmar Bergman.

Le film démarre dans un marché de Noël à… Munich, se poursuit de façon presque documentaire sur la voix de Demis Roussos. Le scénario se concentre progressivement sur un trajet en train vers l’Italie où deux adolescentes vont devenir la proie d’un tandem de violeurs et d’une bourgeoise perverse et nymphomane (Macha Méril) qui va causer leur perte. Ça commence mollement, les va-et-vient entre le wagon et la maison familiale d’une des filles deviennent vite fastidieux. Mais quand la violence se libère, la tension devient de plus en plus pénible, accentuée par la BO lancinante d’Ennio Morricone et l’interminable séquence d’agression sexuelle qui s’achève au cran d’arrêt, est assez difficilement supportable. La distribution de jeunes comédiens est plutôt médiocre mais pleine de bonne volonté, les voyous en font des tonnes dans la grimace simiesque. En revanche, Marina Berti et Enrico Maria Salerno, jouant les parents inquiets d’une des victimes, sont excellents. Mais le film appartient tout entier à Macha Méril qui endosse crânement un personnage totalement ignoble et malsain, tueuse froide et sans état d’âme qui finit par manipuler le duo d’abrutis. C’est certainement son rôle le plus marquant au cinéma, même si le film, tout distrayant qu’il soit, l’est un peu moins. Pas très original donc, puisqu’il s’inspire d’œuvres précédentes, « LA BÊTE TUE DE SANG FROID » se laisse voir avec curiosité, à condition d’être bien prévenu sur son contenu.

MACHA MÉRIL, IRENE MIRACLE ET ENRICO MARIA SALERNO
 

« DANGEROUS ANIMALS » (2025)

« DANGEROUS ANIMALS » est une production australienne réalisée par Sean Byrne, un « film de requins » plutôt malin, qui recycle de vieilles idées pour un suspense excessivement stressant, situé en pleine mer.

Jai Courtney – qu’on n’a jamais vu meilleur – est un capitaine de plaisance qui s’amuse à filmer les touristes qu’il jette en pâture aux squales. Il capture Hassie Harrison, une surfeuse solitaire qu’il compte bien ajouter à ses enregistrements vidéo. Mais la jeune femme est pleine de ressources et fera n’importe quoi pour sauver sa peau, jusqu’à… dévorer elle-même une partie de son corps ! C’est très bien filmé et photographié, les personnages sont taillés à la serpe et les moments de violence sont d’une redoutable efficacité. Courtney joue un psychopathe qui est une sorte de mélange du Quint des « DENTS DE LA MER » et du Buffalo Bill du « SILENCE DES AGNEAUX », il est aussi terrifiant que haïssable et porte une bonne partie du film sur les épaules à égalité avec l’excellente Harrison, parfaitement crédible en tough girl. Le film est court, fonce droit devant, mais s’octroie tout de même quelques moments poétiques, comme ce magnifique face à face sous l’eau entre l’héroïne blessée et un énorme requin blanc qui finit par l’épargner. Sans doute pour démontrer que l’humain est bien pire que l’animal. On pense parfois à « WOLF CREEK » dont le méchant était assez similaire et le suspense aussi maîtrisé. Bonne référence pour ce bon moment de cinéma rentre-dedans, truffé de coups de théâtre jamais artificiels, qui laisse quelque peu pantois.

JAI COURTNEY, HASSIE HARRISON ET JOSH HEUSTON
 

« LE MASQUE D’OR » (1932)

Inspiré de la série de romans de Sax Rohmer, « LE MASQUE D’OR » de Charles Brabin (et Charles Vidor, non crédité) démontre qu’un film d’horreur des années 30 avec Boris Karloff au générique n’est pas fatalement un chef-d’œuvre.

Sur à peine plus d’une heure, le scénario relate le combat entre un groupe d’explorateurs et un mégalomane chinois (Karloff) pour la possession du sabre en or de Gengis Khan récemment exhumé. L’exotisme forcené hollywoodien frise le grand n’importe quoi, toutes les ethnies sont mélangées dans cette Chine d’Épinal burlesque, aux relents racistes. Mais si on peut encore considérer cela comme une « licence poétique » liée à l’époque où le film fut produit, ce qui est impardonnable en revanche, c’est l’ennui profond que génère le résultat, les séquences de torture totalement ridicules (la fosse aux crocodiles, les murs hérissés de pics se rapprochant, le supplice de la cloche, etc.) et la piteuse direction d’acteurs. Karloff a toujours été un bon comédien, capable de se sortir de n’importe quelle situation, aussi est-il amusant avec son maquillage asiatique, ses robes de cérémonie et son accent indéfinissable roulant les « R ». À ses côtés, la jeune Myrna Loy joue sa fille impassible. Le reste de la distribution est tellement nul qu’il provoque l’hilarité, tout spécialement Karen Morlay surjouant de façon insupportable, comme à l’époque du Muet. « LE MASQUE D’OR » n’a donc pas le cachet de ses œuvres contemporaines et manque cruellement d’une vision esthétique et… de talent, tout simplement.

BORIS KARLOFF, MYRNA LOY ET CHARLES STARRETT
 

« LES POUPÉES DU DIABLE » (1936)

Co-écrit par Erich von Stroheim, d’après un roman d’Abraham Levitt, « LES POUPÉES DU DIABLE » de Tod Browning part d’une idée complètement délirante qui semble mixer deux histoires ensemble, n’ayant rien à voir l’une avec l’autre.

Faussement accusé de vol, le banquier Lionel Barrymore s’évade après 17 ans de bagne en compagnie d’un savant fou. Le but de ce dernier est de réduire la taille de tous les êtres vivants, pour optimiser les ressources de la terre (notion très en avance sur son époque, soit dit en passant !). Barrymore va se servir de cette invention pour se venger de ses trois ex-associés responsables de son malheur. Déguisé en vieille fabricante de jouets, il va manœuvrer télépathiquement ses « poupées » vivantes pour éliminer les malfaisants. Énorme suspension d’incrédulité nécessaire pour jouir pleinement de ce film de 78 minutes, mêlant mélodrame familial avec fantastique débridé. On retrouve çà et là des rappels des Frankenstein de James Whale, une approche décomplexée du sujet et l’ambiance « française » revue par Hollywood est assez croquignolette. Un des banquiers félons ne se nomme-t-il pas… Radin ? Barrymore s’en donne à cœur-joie dans son numéro de travesti, déguisé en mamie chevrotante, Maureen O’Sullivan joue sa fille qui l’a toujours haï, le croyant coupable, Rafaela Ottiano surjoue sans complexe en acolyte boiteuse, avec la mèche blanche de la fiancée de Frankenstein. « LES POUPÉES DU DIABLE » frise souvent le n’importe quoi, l’histoire part en tous sens, mais les rudimentaires effets-spéciaux sont sympathiques et cela se suit comme une BD de « CREEPY ».

LIONEL BARRYMORE, RAFAELA OTTIANO ET MAUREEN O’ SULLIVAN
 

« BECKY » (2020)

Réalisé par Jonathan Millott & Cary Murnion, « BECKY » est un petit film de « home invasion » qui démarre de façon assez classique : des taulards évadés, une petite famille dans une maison isolée, une ado en crise, marquée par la mort de sa mère.

Mais l’ado en question (Lulu Wilson) n’est pas tout à fait comme les autres. Simple tête-à-claques au début, on la voit se transformer sous nos yeux effarés en véritable machine à tuer, ivre de rage et de violence. La tête couverte d’un petit bonnet de laine avec des oreilles, elle entreprend de massacrer les voyous qui ont eu le malheur de tuer son père et un de ses chiens. Bad idea ! Très bien rythmé et doté d’un casting d’inconnus tous meilleurs les uns que les autres, « BECKY » est une série B intelligente, viscérale, n’hésitant jamais à se vautrer dans le gore. Ça ne se relâche pas une seconde et même les méchants ont des personnalités complexes et différentes les unes des autres. On pense au chef (Kevin James) au physique de brute mais au langage châtié, Amanda Brugel parfaite dans le rôle ingrat de la nouvelle fiancée du papa et surtout l’incroyable géant Robert Maillet qui compose un beau personnage de tueur bourrelé de remords. Mais le film appartient tout entier à Lulu Wilson qui, du haut de ses 15 ans, parvient à crever l’écran, inquiéter et à s’imposer comme une icône instantanée du genre. Elle retrouvera d’ailleurs son personnage trois ans plus tard pour « THE WRATH OF BECKY » avec d’autres réalisateurs. Un très bon film, qui ne sera certainement pas la cup of tea de tout un chacun, mais qui s’assume avec panache dans l’ultra-violence.

LULU WILSON ET ROBERT MAILLET