Archives Mensuelles: février 2025
HAPPY BIRTHDAY, ALI !
« LE MASQUE DU DÉMON » (1960)
« LE MASQUE DU DÉMON » est le premier long-métrage (officiel) du directeur photo Mario Bava, dont il a lui-même signé l’image, qui est d’ailleurs le plus gros atout du film.
Film-culte, inspiré d’une histoire de Nikolaj Gogol, le film baigne dans une atmosphère de malédiction, de sorcellerie et de vengeance d’outre-tombe, magnifiée par un noir & blanc tranché. Si l’horreur a été passablement atténuée par les années, le film garde quelque chose d’angoissant et malsain. Bava, visiblement fasciné par son actrice, l’Anglaise Barbara Steele, filme son étrange visage sous tous les angles, dans de magnifiques close-ups. Le reste de la distribution n’a rien d’extraordinaire, en revanche, d’Arturo Dominici en avatar de Dracula sorti du tombeau à John Richardson en bellâtre de service. Mais par moments, malgré un scénario poussif qui réutilise ad nauseam les mêmes décors, Bava retrouve la belle tenue des classiques U.S. de la Universal des années 30 et quelques plans gore électrisent le montage. Bien sûr, 60 ans après, on ne cède pas aussi facilement à l’envoûtement et à la peur, et plusieurs détails (les horribles postiches du pope ou la chauve-souris dont on n’aperçoit que l’ombre) prêtent aujourd’hui à sourire. Mais l’ouverture du film, pré-générique, est très frappante : la sorcière marquée au fer rouge, à laquelle on enfonce un masque hérissé de piques à coups de maillet, est inoubliable. « LE MASQUE DU DÉMON » est adulé depuis de nombreuses décennies, par des générations de cinéphiles. Malgré des scories dues à son grand âge et des comédiens pas toujours à la hauteur, on peut comprendre pourquoi. Sans forcément partager cette idolâtrie, on peut reconnaître que Barbara Steele demeure une icône indémodable du cinéma fantastique.
SO LONG, GENE…
Alors que le jeune Gene Hackman se faisait systématiquement rejeter par tous les casting directors d’Hollywood qui le trouvaient « quelconque », son ami et colocataire Dustin Hoffman lui répétait : « Tu n’es pas quelconque, tu es vrai ! ». Grâce à lui, Gene poursuivit ses efforts qui finirent par payer en 1967 avec son rôle dans « BONNIE & CLYDE ».
Un physique massif, une calvitie précoce, un regard dur et intelligent, un sourire capable d’évoquer en même temps la menace et la chaleur humaine, Hackman a tourné une centaine de films et d’épisodes télé (à ses débuts). Il était aussi crédible en brute épaisse (« LES CHAROGNARDS », « CARNAGE », « IMPITOYABLE ») qu’en homme mûr sensible et effacé (« UNE AUTRE FEMME », « MISSISSIPPI BURNING »), il savait se faire transparent (« CONVERSATION SECRÈTE ») ou inquiétant (« MORT OU VIF »), dérapait parfois dans des personnages over the top pas faits pour lui (« SUPERMAN »), mais il s’est définitivement inscrit dans l’Histoire du 7ème Art avec le rôle du flic « Popeye » Doyle qu’il incarna deux fois dans « FRENCH CONNECTION » et sa suite, du privé dans « LA FUGUE ». On gardera toujours un souvenir amusé de son caméo dans « FRANKENSTEIN JUNIOR » où il jouait l’ermite aveugle. Hackman fut un immense acteur qui ne fit pas toujours des choix de carrière judicieux en enchaînant les films indignes de son immense talent. Il est parti à 95 ans, après 20 années de retraite active pendant lesquelles il se recycla dans l’écriture. Il nous manque déjà.
HAPPY BIRTHDAY, DEBRA !
« ŒIL POUR ŒIL » (1983)
« ŒIL POUR ŒIL », véhicule pour Chuck Norris réalisé par Steve Carver, peut être vu comme une prequel de la série « WALKER, TEXAS RANGER », le sportif barbu tenant à peu près le même rôle.
Démarrant comme un spaghetti western, BO morriconienne à l’appui, avec ses gros-plans de visages bronzés et en sueur, le film conte l’affrontement entre un Ranger indiscipliné et increvable et un cartel de trafiquants d’armes mené par l’infâme David Carradine. Après l’intro vaguement encourageante, le scénario se liquéfie rapidement, multipliant les bastons redondantes, les scènes ridicules à la gloire du Chuck, super-héros surdoué en tout. Norris n’a jamais été un acteur (lui-même a méchamment mais lucidement déclaré au sujet de son partenaire : « David est à peu près aussi doué en arts martiaux que je suis bon acteur ») et il le prouve une fois de plus. Inexpressif, l’œil vacant, la barbe envahissante, il traverse l’action sans avoir l’air d’en faire partie et n’est pas vraiment aidé par ses covedettes qu’on a rarement vues aussi mauvaises : la belle Barbara Carrera dans un personnage affreusement mal écrit, L.Q. Jones et R.G Armstrong qui ont dû regretter le bon vieux temps où ils tournaient pour Sam Peckinpah, William Sanderson en bad guy bigleux ou Sharon Farrell éclipsée par son propre brushing. Ne disons rien sur Daniel Frishman en caïd nain du cartel en fauteuil roulant. « ŒIL POUR ŒIL », malgré une photo parfois flatteuse, est un pur nanar, qui tire ce qu’il peut de la non-présence de Norris. La courte filmographie de Steve Carver ne contient aucun bon film (pour tout dire, le meilleur est encore « L’ENFER DES MANDINGOS » !) et « ŒIL POUR ŒIL » démontre les étroites limites du réalisateur. Le combat final entre Chuck ensanglanté et David dans son petit pull à carreaux est néanmoins à voir, mais entre copains avec de bonnes bières.
À noter : l’hôpital où Norris vient chercher sa fille blessée se nomme… Eastwood hospital !
MICHELLE TRACHTENBERG : R.I.P.
« R.A.S. » (1973)
Il n’y a pas eu beaucoup de films de fiction sur la guerre d’Algérie et « R.A.S. » d’Yves Boisset reste un des meilleurs. Le scénario suit un petit groupe de réservistes réfractaires, parti faire la guerre après une période de « formation » proche de la torture aussi bien physique que mentale.
On pense tout de suite au style reportage et ultra-réaliste de « LA 317ème SECTION » et le film sent le vécu à plein nez. Tous les personnages – et ils sont nombreux – sont parfaitement distribués et 100% crédibles, d’autant plus que les plus jeunes étaient alors de parfaits inconnus. En tête, Jacques Weber en grande gueule insoumise, très charismatique, Jacques Spiesser dans un rôle qu’aurait pu tenir Jacques Perrin quelques années plus tôt, Jean-François Balmer qui semble annoncer Vincent D’Onofrio dans « FULL METAL JACKET », Jacques Villeret en comic relief. Et puis deux vétérans à leur top : Michel Peyrelon en lieutenant glauque et ambigu comme lui seul savait l’être et Philippe Leroy-Beaulieu remarquable en colonel rigide mais intelligent, d’une incroyable authenticité. La lente déshumanisation des jeunes trouffions est décrite sans complaisance et l’armée française ne sort pas grandie de l’aventure. La réalisation dynamique et sans aucun effet de style sert idéalement le projet. Même la BO de François de Roubaix sait se faire très discrète (trop peut-être, pour les admirateurs du grand musicien). « R.A.S. » est sans doute le film le plus abouti de Boisset, réalisateur qu’on semble redécouvrir et réévaluer à la hausse avec les années et dont la filmographie éclectique mérite qu’on s’y attarde avec le recul du temps. « R.A.S. » une œuvre sèche, lucide, âpre et sans parti-pris qui donne à réfléchir et dont on ressort secoué.
HAPPY BIRTHDAY, MARK !
« AFTER.LIFE » (2009)
Écrit et réalisé par Agnieszka Wojtowicz-Vosloo, « AFTER.LIFE » est une série B d’horreur tournée à New York, située pour les trois-quarts dans les sous-sols d’une entreprise de pompes funèbres, après qu’une jeune femme (Christina Ricci) soit morte d’un accident de voiture. Mais l’est-elle vraiment ?
Esthétiquement réussi, avec sa photo glacée, son ambiance suffocante et la présence stressante de l’embaumeur joué par Liam Neeson, le film complique inutilement un scénario d’apparence simple, aux enjeux pas toujours très clairs. Étendue sur sa table d’autopsie, à moitié ou entièrement nue, Ricci est-elle encore en vie, comme elle l’affirme ou est-elle déjà morte et en plein déni ? Neeson a, dit-il, le pouvoir de parler aux défunts ou n’est-il qu’un horrible psychopathe qui se délecte à enterrer les gens vivants ? La réponse viendra à la fin, enrobée d’ambiguïté et de flou artistique. Malgré ses illogismes, ses impasses narratives, « AFTER.LIFE » se laisse regarder sans déplaisir, grâce à la très sexy Ricci dans un rôle « entre deux », qu’elle joue avec intensité. Son boy friend est campé par l’attachant Justin Long, Josh Charles apparaît en flic. Mais la vraie raison de visionner le film est Liam Neeson, dans un de ses très rares rôles de méchant pur et dur. D’abord chaleureux et paternel, il devient de plus en plus cassant et inquiétant à mesure que Ricci refuse d’accepter son sort et de lui faire confiance. Leurs face à face chargés en tension et en colère, sont ce qu’il y a de plus intéressant. La réalisatrice n’a signé que cet unique long-métrage dans sa météorique carrière, pourtant sans être un chef-d’œuvre, on a vu bien pire dans le genre. Bien mieux aussi, c’est sûr !