Archives Mensuelles: juin 2013
QUAND LEE RENCONTRE JERRY…
« LE POISON » (1945)
À première vue, « LE POISON » pourrait apparaître comme un pamphlet antialcoolique moralisateur et didactique. Et ça l’aurait probablement été en d’autres mains que celles de Billy Wilder. Dans une atmosphère de ‘film noir’ à couper au couteau, il entre dans le vif du sujet dès la première séquence et ne commence à expliquer qui sont exactement ses personnages que lors d’un flash-back tardif qui, en fin de compte, ne justifie rien.
Le scénario se focalise sur le long week-end d’un ivrogne en roue-libre qui va aller au bout de lui-même, dans une descente aux enfers aussi rapide qu’effrayante, qui culminera dans un délirium tremens cauchemardesque accentué par la BO très hitchcokienne de Miklós Rósza. Les hurlements démentiels que pousse Ray Milland en voyant sur son mur une chauve-souris tuer un mulot, sont réellement traumatisants. Cet acteur généralement plaisant mais fade, accomplit ici un travail impressionnant, se dégradant littéralement sous nos yeux d’une scène à l’autre, jusqu’à ressembler à un vieillard ou un condamné à mort à l’aube de son exécution. Il est bien entouré par Jane Wyman plus séduisante que dans ses films avec Douglas Sirk et par Howard Da Silva excellent en barman stoïque. Ce qu’apporte surtout Wilder dans ce film, c’est son sens visuel étonnant pour l’époque : il lui suffit de filmer les traces humides laissées par les verres éclusés sur le bar, pour résumer une cuite. L’image de Milland à l’hôpital, l’ombre des grilles projetée sur son visage hagard, cristallisent toute sa déchéance bien plus efficacement qu’une voix « off ». « LE POISON » est un film dur, âpre et sans concession, dont la fin se veut relativement positive, sans rien régler tout à fait. C’est en tout cas le film le plus puissant réalisé sur l’alcoolisme, légèrement au-dessus de l’excellent « LE JOUR DU VIN ET DES ROSES » de Blake Edwards. Étrange d’ailleurs, que ces deux films soient signés par des réalisateurs essentiellement connus pour leurs comédies ! Quoi qu’il en soit, à ne pas voir si on veut profiter des petits apéros entre amis, pendant les vacances…
« THE SILVER LADY » : épisode de « Wagon train »
« THE SILVER LADY » est un bien étrange épisode de la 8ème et dernière saison de la série « LA GRANDE CARAVANE » dans le sens qu’on n’aperçoit deux des héros récurrents que dans la première scène et que l’un d’eux se met alors à raconter l’histoire de la ‘dame d’argent’, impliquant Wyatt Earp, ses deux frères et Doc Holliday, sans oublier les Clanton, bien sûr. À la suite d’une attaque de diligence transportant des dollars d’argent, celle-ci prend feu et les pièces fondent, enfermant le corps d’une jeune femme dans une gangue argentée. À Tombstone tout le monde pense qu’il s’agit de Vera Miles, une chanteuse célèbre qu’on attendait, mais en fait cette dernière débarque par la diligence suivante. Alors qui était la morte ?
Le scénario est mal fichu, n’a vraiment rien à voir avec le cahier des charges de la série et la vision des célèbres héros du folklore américain est plutôt déconcertante. Surtout, le ‘Doc’ incarné par Henry Silva dans son habituel style impassible et névrotique. Il a une séquence amusante quand il menace le bandit Victor French en lui promettant de s’occuper de ses dents, en bon ex-dentiste qu’il fut. Et quand un dentiste a la tête de Silva, ça peut effectivement faire peur !
Un bon casting comprenant outre les noms déjà cités, Arthur O’Connell, Denver Pyle en « old man » Clanton et Don Galloway en Virgil Earp. C’est bien tout ce qu’il y a à retenir de cet épisode bien en-deçà des standards de la série.
« SIN » (1971)
« SIN » également connu sous le titre « THE BELOVED » est ce qu’on peut appeler une curiosité : une adaptation libre du « THÉRÈSE RAQUIN » de Zola par le futur réalisateur de « RAMBO 2 : LA MISSION », avec un casting américain, anglais et accessoirement grec pour les petits rôles.
Situé sur une île grecque archaïque, préservée du tourisme, ce film très étrange met longtemps à démarrer, s’attarde sur des détails de la vie quotidienne de façon quasi-documentaire et n’entre dans le vif de son sujet qu’à la fin de second tiers. Un peu tard hélas, pour réveiller les assoupis. Pourtant, elle est belle Raquel Welch ! Elle n’a peut-être même jamais été plus photogénique et exubérante, vibrante de sensualité et très bonne comédienne quand les choses se gâtent et qu’elle est hantée par son péché. Elle est évidemment l’attraction principale du film qui surprend par sa mise en scène primitive, parfois presque « amateur », par ses fautes de goût (le look de « mac » de l’amant joué par Richard Johnson et ses photos de filles à poil épinglées sur ses murs, la scène de cauchemar la plus moche jamais tournée). Pourtant, par instants, la magie opère. Est-ce la beauté des paysages grecs, la musique, cette figuration du cru saisie sur le vif ? Toujours est-il que malgré ses innombrables défauts, on ne décroche pas de « SIN » jusqu’à sa conclusion étonnamment barbare et sanglante à coups de hache. Dans le rôle du mari médiocre et geignard, on reconnaît Frank Wolff figure familière du ‘spaghetti western’ et jouant sa mère, la toujours excellente Flora Robson. On voit aussi Jack Hawkins en pope filou. Un film brut-de-pomme, sans recherche esthétique, mais qui laisse entrevoir la carrière « sérieuse » qu’aurait pu faire Miss Welch dont quelques films – dont celui-ci – permettent de deviner le réel talent d’actrice.
MANDELA !
En hommage au grand Nelson Mandela aujourd’hui toujours entre la vie et la mort, un clin d’œil cinéphilique de « BDW2 » avec ce rappel des principaux comédiens qui l’incarnèrent à l’écran : Danny Glover en 1987 dans le téléfilm « MANDELA », Sidney Poitier toujours à la TV dans « MANDELA & DE KLERK », Dennis Haysbert dans « GOODBYE BAFANA », Morgan Freeman dans « INVICTUS » et Terrence Howard dans « WINNIE ».
Le vainqueur ? À notre humble avis, M. Poitier, à la fois le plus ressemblant physiquement et le plus équivalent en charisme et en rayonnement.