« L’ÂME DES GUERRIERS » est le premier long-métrage du Néo-Zélandais Lee Tamahori, tourné dans les quartiers pauvres d’Auckland dont il décrit le quotidien sans enjolivure ni romanesque.
Rena Owen est une princesse Maori qui a quitté son clan pour épouser Temuera Morrison, un ex-esclave. Elle a eu cinq enfants de lui, qui grandissent dans une atmosphère de violence, d’alcool et de promiscuité. Jusqu’au jour où le malheur frappe plus fort que d’habitude. Filmé sans effet, hormis une photo ocre-jaune évitant l’aspect reportage trop sordide, le film est fascinant. D’abord parce qu’il dépeint un monde inconnu, en déliquescence, des traditions en voie d’extinction et des personnages détruits par la misère autant que par leurs propres démons. Le film est porté à bout de bras par l’extraordinaire Owen, digne et hautaine, malgré les passages à tabac répétés de son « grand amour », malgré la menace permanente pesant au-dessus de la tête de sa famille. On la voit peu à peu retrouver son autonomie et sa liberté de penser. Face à elle, Morrison est terrifiant en bête humaine, complexé par ses origines, ne s’exprimant que par des hurlements et des coups. On pense par moments aux Stanley et Stella de « UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR », en beaucoup plus brutal. On remarque également la jeune Mamaengaroa Kerr-Bell en « agneau du sacrifice » dont la mort sauvera (peut-être) ses frères et sœurs. Âpre, sauvage, sans véritable lueur d’espoir, « L’ÂME DES GUERRIERS » a fait connaître le peuple de Nouvelle-Zélande au monde entier et son cinéma par la même occasion. À voir.
À noter : une sequel fut tournée cinq ans plus tard, réunissant les deux acteurs principaux mais sans Tamahori, parti sous les cieux hollywoodiens.