« LA BANQUIÈRE » de Francis Girod est inspiré de la vie de Marthe Hanau (1886-1935), femme d’argent, de pouvoir, bisexuelle assumée, une femme donc « scandaleuse » en son temps, qui défraya la chronique dans les années 30.
A priori un rôle en or, taillé aux mesures de Romy Schneider, rebaptisée « Emma Eckhert », qui occupe 90% du temps d’écran. Hélas, l’écrin plutôt clinquant ne la met pas réellement en valeur : elle n’est pas flattée par les costumes et coiffures d’époque, paraît fatiguée, loin de la flamboyance de ses rôles de la décennie précédente. Et, il faut bien le dire, le personnage n’a rien d’attachant ou d’émouvant, ce qui prive l’actrice de ses meilleurs atouts. Les moyens semblent pharaoniques, mais tout est trop propre, cela manque d’atmosphère et, à plus de deux heures, le scénario souffre de gros coups de mou (on pense à l’histoire d’amour très pénible de notre héroïne avec Daniel Mesquich). Heureusement, la star est bien entourée par des seconds rôles de haut-vol. Jean-Louis Trintignant, venimeux, joue son ennemi juré, Jean Carmet excelle en journaliste fouille-merde, Daniel Auteuil est parfait en traître professionnel, Marie-France Pisier très séduisante en bras-droit de la banquière. On aperçoit également Thierry Lhermitte gominé ou Claude Brasseur remarquable dans un contremploi de juge aigri et méchant comme une teigne. Cette belle brochette aide bien sûr à passer le temps, mais « LA BANQUIÈRE » est un curieux film complètement désincarné, parfois maladroit (le flash-back où Emma est censée avoir 18 ans), qu’on oublie à mesure qu’on le regarde. Quant à la BO d’Ennio Morricone, peut-être faut-il l’écouter isolée de la bande-son pour la juger, car elle est plus que discrète. Une déception donc, qui aurait sans doute nécessité un réalisateur visionnaire.